Abbas ne sera pas Quisling
[Quelques suggestions du Palestinien Siniora, dont l'une audacieuse : que le
Hamas joue le rôle qu'a joué le Likoud en son temps. Naïf? "Angélique"? En
tout cas, cela alimentera la réflexion.]
Jerusalem Times, 30 juin 2007
http://www.jerusalem-times.net/main.asp?edition=586
Abbas ne sera pas Quisling
Hanna Siniora *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le sommet de Sharm El-Sheikh est apparu comme une fête primesautière, où les
quatre dirigeants (Egypte, Jordanie, Israël et Palestine) étaient
fondamentalement d'accord pour affirmer que le moment était venu d'avancer.
Malheureusement, l'opinion palestinienne est sceptique : il y a déjà eu des
sommets semblables, des promesses y avaient été faites, mais rien de
tangible n'en a résulté. L'urgence de ce sommet provient du dangereux
plongeon dans l'inconnu du conflit israélo-palestinien, et au sein des
Palestiniens, un grave fossé sépare désormais Gaza, tombée aux mains du
Hamas, de la Cisjordanie, où le Fatah semblerait contrôler la situation.
Les pressions internationales, en particulier américano-israéliennes, ont
conduit le Hamas à prendre le dessus sur le Fatah par la force et à chasser
les troupes loyales aux président Abbas. Cela a permis au Hamas de souligner
que l'OLP n'est pas la seule voix du peuple palestinien. De cette
confrontation, le Hamas et le Fatah sont tous les deux perdants aux yeux de
l'opinion palestinienne. Le Hamas a perdu le soutien populaire que les
élections leur avaient donné. En usant de la force et en commettant des
atrocités contre des frères palestiniens, le Hamas a sapé non seulement le
processus démocratique, mais aussi la légitimité dont il jouissait.
Dans l'immédiat, le résultat a été une montée de popularité du président
Abbas et un soutien à son gouvernement d'urgence. La durée de cette
popularité dépendra de la capacité d'Abbas de montrer à son peuple qu'il
peut obtenir du gouvernement Olmert des actes et non des promesses. Abbas a
interdit à tous le port d'armes, même aux Brigades d'Al-Aqsa, et ordonné à
ses forces de sécurité de confisquer toutes les armes (1). En retour, Olmert
doit ordonner à Tsahal et au Shin Bet d'arrêter leurs incursions
quotidiennes, les assassinats ciblés et les arrestations en Cisjordanie, et
restaurer la coordination sécuritaires entre les deux parties. Olmert et ses
conseillers doivent comprendre que l'Autorité palestinienne et ses forces en
Cisjordanie sot sous les ordres du président légitimement élu, et non des
Quisling aux ordres d'Israël. Jusqu'à présent, Israël et ses dirigeants ont
nui à Abbas plutôt qu'ils ne l'ont soutenu. Olmert doit comprendre qu'il a
affaire à la direction du peuple palestinien et non à des laquais et des
employés à sa disposition.
Le président Abbas a franchi le Rubicon. Il est en train de mettre en oeuvre
activement les obligations que lui imposent la Feuille de route. Le
gouvernement israélien, parallèlement, doit de son côté démanteler les
colonies illégales et geler la colonisation. De dures décisions doivent être
prises des deux côtés, à défaut de quoi la direction palestinienne modérée
perdrait sa crédibilité aux yeux de son opinion. L'opposition palestinienne
a beau jeu d'avancer qu'Israël ne souhaite pas remplir ses obligations.
Dans les 24 mois à venir, une politique active de stabilisation de la région
doit être la responsabilité principale des leaders israéliens et
palestiniens, des pays arabes et de la communauté internationale, comme cela
a été affirmé par le Quartet. Du côté palestinien, le Président doit faire
en sorte d'ouvrir un horizon politique avec ses homologues israéliens.
L'opinion palestinienne a pleinement soutenu Abbas après le coup de force du
Hamas à Gaza, mais la même opinion soutient aussi les efforts arabes
destinés à tracer la voie à une réconciliation entre Palestiniens, qui
permettrait au bout du compte la création d'un deuxième gouvernement d'union
nationale. Le Premier ministre Salam Fayyad doit poursuivre le processus de
réformes et aider ainsi l'économie palestinienne à retrouver la santé, à
Gaza comme en Cisjordanie, pour combler le fossé actuel. Il ne suffit pas de
permettre à l'aide humanitaire de parvenir à Gaza, il est essentiel d'y
créer des emplois. Fayyad a un calendrier chargé, mais la plupart des
Palestiniens croient qu'il est capable de le mettre en oeuvre. Et le Fatah
doit procéder à un grand nettoyage, organiser son 6ème congrès, élire une
nouvelle génération de dirigeants et se préparer aux prochaines élections.
Le Quartet a un nouveau super-émissaire : Tony Blair. Son nouveau rôle n'est
pas de veiller à ce que l'aide humanitaire parvienne à Gaza, ou à faciliter
la circulation des personnes et des biens. Son travail est d'ouvrir un
horizon politique pour Abbas et Olmert, discrètement, loin des médias,
rapprocher les positions des Israéliens, des Palestiniens, des Syriens et
des Libanais pour les aider à profiter de l'opportunité qu'offre
l'initiative de paix arabe. (...)
Pendant la période actuelle de stabilisation, un cessez-le-feu à long terme,
appliqué par les deux parties à Gaza et en Cisjordanie, pourrait contribuer
à faire naître une période provisoire, un peu comme la phase 2 que suggère
la Feuille de route. Depuis le premier jour de son arrivée au pouvoir, le
Hamas défend l'idée d'une hudna (trêve) à long terme, et un certain nombre
d'Israéliens, pour la première fois, discutent de cette idée. En un sens, le
président Abbas devrait l'envisager sérieusement, car cela contribuerait au
processus de réconciliation inter-palestinien. Entre-temps, le Hamas doit
décider s'il veut s'impliquer dans ce processus, se transformer en un
mouvement politique et accepter, comme tous les autres mouvements, de
désarmer sa branche armée.
Des nuages sombres couvrent toute la région. Toutes les parties pensent
qu'il n'existe pas de solution militaire. Tous doivent donc coopérer et
travailler à un règlement négocié. Par le passé, le Parti travailliste
israélien a défendu cette thèse, mais n'a pas pu la mettre en oeuvre seul.
Il a fallu Begin et le Likoud pour que naisse le premier traité de paix,
avec l'Egypte. Sous Abbas et Arafat, le Fatah a oeuvré pour un règlement
avec Israël. Mais le processus ne s'engagera pas tant que le Hamas ne jouera
pas le rôle du Likoud. La politique des sanctions et de l'isolement a durci
le Hamas. Il est grand temps de le faire s'engager, maintenant qu'il a
quelque chose à défendre.
(1) Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa ont refusé de se soumettre à cet
ordre (ndt).
* Hanna Siniora est le co-président palestinien de l¹IPCRI (Israel/Palestine
Center for Research and Information) : http://www.ipcri.org/
Hamas joue le rôle qu'a joué le Likoud en son temps. Naïf? "Angélique"? En
tout cas, cela alimentera la réflexion.]
Jerusalem Times, 30 juin 2007
http://www.jerusalem-times.net/main.asp?edition=586
Abbas ne sera pas Quisling
Hanna Siniora *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le sommet de Sharm El-Sheikh est apparu comme une fête primesautière, où les
quatre dirigeants (Egypte, Jordanie, Israël et Palestine) étaient
fondamentalement d'accord pour affirmer que le moment était venu d'avancer.
Malheureusement, l'opinion palestinienne est sceptique : il y a déjà eu des
sommets semblables, des promesses y avaient été faites, mais rien de
tangible n'en a résulté. L'urgence de ce sommet provient du dangereux
plongeon dans l'inconnu du conflit israélo-palestinien, et au sein des
Palestiniens, un grave fossé sépare désormais Gaza, tombée aux mains du
Hamas, de la Cisjordanie, où le Fatah semblerait contrôler la situation.
Les pressions internationales, en particulier américano-israéliennes, ont
conduit le Hamas à prendre le dessus sur le Fatah par la force et à chasser
les troupes loyales aux président Abbas. Cela a permis au Hamas de souligner
que l'OLP n'est pas la seule voix du peuple palestinien. De cette
confrontation, le Hamas et le Fatah sont tous les deux perdants aux yeux de
l'opinion palestinienne. Le Hamas a perdu le soutien populaire que les
élections leur avaient donné. En usant de la force et en commettant des
atrocités contre des frères palestiniens, le Hamas a sapé non seulement le
processus démocratique, mais aussi la légitimité dont il jouissait.
Dans l'immédiat, le résultat a été une montée de popularité du président
Abbas et un soutien à son gouvernement d'urgence. La durée de cette
popularité dépendra de la capacité d'Abbas de montrer à son peuple qu'il
peut obtenir du gouvernement Olmert des actes et non des promesses. Abbas a
interdit à tous le port d'armes, même aux Brigades d'Al-Aqsa, et ordonné à
ses forces de sécurité de confisquer toutes les armes (1). En retour, Olmert
doit ordonner à Tsahal et au Shin Bet d'arrêter leurs incursions
quotidiennes, les assassinats ciblés et les arrestations en Cisjordanie, et
restaurer la coordination sécuritaires entre les deux parties. Olmert et ses
conseillers doivent comprendre que l'Autorité palestinienne et ses forces en
Cisjordanie sot sous les ordres du président légitimement élu, et non des
Quisling aux ordres d'Israël. Jusqu'à présent, Israël et ses dirigeants ont
nui à Abbas plutôt qu'ils ne l'ont soutenu. Olmert doit comprendre qu'il a
affaire à la direction du peuple palestinien et non à des laquais et des
employés à sa disposition.
Le président Abbas a franchi le Rubicon. Il est en train de mettre en oeuvre
activement les obligations que lui imposent la Feuille de route. Le
gouvernement israélien, parallèlement, doit de son côté démanteler les
colonies illégales et geler la colonisation. De dures décisions doivent être
prises des deux côtés, à défaut de quoi la direction palestinienne modérée
perdrait sa crédibilité aux yeux de son opinion. L'opposition palestinienne
a beau jeu d'avancer qu'Israël ne souhaite pas remplir ses obligations.
Dans les 24 mois à venir, une politique active de stabilisation de la région
doit être la responsabilité principale des leaders israéliens et
palestiniens, des pays arabes et de la communauté internationale, comme cela
a été affirmé par le Quartet. Du côté palestinien, le Président doit faire
en sorte d'ouvrir un horizon politique avec ses homologues israéliens.
L'opinion palestinienne a pleinement soutenu Abbas après le coup de force du
Hamas à Gaza, mais la même opinion soutient aussi les efforts arabes
destinés à tracer la voie à une réconciliation entre Palestiniens, qui
permettrait au bout du compte la création d'un deuxième gouvernement d'union
nationale. Le Premier ministre Salam Fayyad doit poursuivre le processus de
réformes et aider ainsi l'économie palestinienne à retrouver la santé, à
Gaza comme en Cisjordanie, pour combler le fossé actuel. Il ne suffit pas de
permettre à l'aide humanitaire de parvenir à Gaza, il est essentiel d'y
créer des emplois. Fayyad a un calendrier chargé, mais la plupart des
Palestiniens croient qu'il est capable de le mettre en oeuvre. Et le Fatah
doit procéder à un grand nettoyage, organiser son 6ème congrès, élire une
nouvelle génération de dirigeants et se préparer aux prochaines élections.
Le Quartet a un nouveau super-émissaire : Tony Blair. Son nouveau rôle n'est
pas de veiller à ce que l'aide humanitaire parvienne à Gaza, ou à faciliter
la circulation des personnes et des biens. Son travail est d'ouvrir un
horizon politique pour Abbas et Olmert, discrètement, loin des médias,
rapprocher les positions des Israéliens, des Palestiniens, des Syriens et
des Libanais pour les aider à profiter de l'opportunité qu'offre
l'initiative de paix arabe. (...)
Pendant la période actuelle de stabilisation, un cessez-le-feu à long terme,
appliqué par les deux parties à Gaza et en Cisjordanie, pourrait contribuer
à faire naître une période provisoire, un peu comme la phase 2 que suggère
la Feuille de route. Depuis le premier jour de son arrivée au pouvoir, le
Hamas défend l'idée d'une hudna (trêve) à long terme, et un certain nombre
d'Israéliens, pour la première fois, discutent de cette idée. En un sens, le
président Abbas devrait l'envisager sérieusement, car cela contribuerait au
processus de réconciliation inter-palestinien. Entre-temps, le Hamas doit
décider s'il veut s'impliquer dans ce processus, se transformer en un
mouvement politique et accepter, comme tous les autres mouvements, de
désarmer sa branche armée.
Des nuages sombres couvrent toute la région. Toutes les parties pensent
qu'il n'existe pas de solution militaire. Tous doivent donc coopérer et
travailler à un règlement négocié. Par le passé, le Parti travailliste
israélien a défendu cette thèse, mais n'a pas pu la mettre en oeuvre seul.
Il a fallu Begin et le Likoud pour que naisse le premier traité de paix,
avec l'Egypte. Sous Abbas et Arafat, le Fatah a oeuvré pour un règlement
avec Israël. Mais le processus ne s'engagera pas tant que le Hamas ne jouera
pas le rôle du Likoud. La politique des sanctions et de l'isolement a durci
le Hamas. Il est grand temps de le faire s'engager, maintenant qu'il a
quelque chose à défendre.
(1) Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa ont refusé de se soumettre à cet
ordre (ndt).
* Hanna Siniora est le co-président palestinien de l¹IPCRI (Israel/Palestine
Center for Research and Information) : http://www.ipcri.org/
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