La gauche ramenée à son étiage historique, par Gérard Courtois

Publié le par david castel

Analyse
 
LE MONDE | 11.06.07 | 09h54  •  Mis à jour le 11.06.07 | 09h54

e verdict était tombé, brutalement, le 22 avril, au soir du premier tour de l'élection présidentielle : avec 36,45 % des suffrages exprimés, l'ensemble des gauches – des trotskistes aux Verts en passant par les altermondialistes, les socialistes et les communistes – avait réalisé son plus mauvais score depuis 1969.

Le jugement des électeurs a été logiquement confirmé en appel le 10 juin, au soir du premier tour du scrutin législatif. Avec 39 % des suffrages exprimés, la gauche enregistre son plus mauvais résultat depuis le début de la Ve République, exception faite de la Berezina des législatives de 1993 (35 % avec les Verts). Même en juin 1968, lors des élections qui suivirent les événements du mois de mai et débouchèrent sur une "Chambre bleu horizon", la gauche dans son ensemble avait recueilli 40,5 % des voix; il est vrai qu'à l'époque les communistes représentaient encore un cinquième de l'électorat.

Voilà donc la gauche ramenée à son étiage historique et toutes ses composantes laminées. Certes, le Parti socialiste sauvera tant bien que mal les meubles lors du second tour et constituera la seule force d'opposition dans la future Assemblée. Mais, avec à peine 25 % des suffrages exprimés, il enregistre son score le plus faible depuis trenteans, exception faite, là encore, du désastre de 1993 (19 %); encore faut-il rappeler que, cette année-là, le PS avait subi de plein fouet le discrédit d'un parti installé à l'Elysée depuis douze ans. Rien de tel aujourd'hui : les socialistes ne sont pas parvenus à tirer profit de l'aspiration au changement après cinq ans d'exercice du pouvoir par la droite.

C'est peu dire que leurs alliés ne se portent pas mieux. Avec 4,62 % des voix, le Parti communiste se satisfera peut-être de réaliser un meilleur score que sa secrétaire générale le 22 avril (1,94 %) et pratiquement le même qu'en 2002. Mais avec deux fois moins d'électeurs qu'il y a dix ans et quatre fois moins qu'en 1981, il ne se bat plus guère, désormais, que pour une hypothétique survie. Quant aux Verts, avec 3,25 % des suffrages exprimés, ils ont une nouvelle fois démontré leur incapacité à convaincre et à constituer un courant significatif dans le paysage politique français.

Le printemps électoral de 2007 sonne donc définitivement le glas de la stratégie d'union de la gauche – puis de gauche plurielle – engagée par François Mitterrand depuis 1971-1972, avec la reconstruction du PS au congrès d'Epinay et le programme commun. C'est d'autant plus évident que la gauche ne peut plus compter ni sur les divisions de la droite ni sur la capacité de nuisance du Front national.

En face d'elle, en effet, la droite se trouve en position de force, réunie pour la première fois au sein d'un parti unique, l'UMP, qui rassemble à lui seul près de 40 % des suffrages (soit 2 points de mieux que les gaullistes en juin 1968) et plus de 45 % avec les divers droite. Seule la présence, a minima, du MoDem de François Bayrou (7,76 %) l'empêche de franchir nettement la barre des 50 %, comme elle l'avait fait lors de tous les scrutins législatifs entre 1958 et 1973. Quant à l'extrême droite, elle aura perdu, en quelques semaines, l'essentiel du terrain électoral qu'elle avait conquis depuis vingt ans. Lors des élections législatives de 1997, elle avait attiré plus de 15 % des suffrages (contre moins de 5 % le 10 juin). Cela lui avait permis de provoquer de redoutables triangulaires dans 76 circonscriptions et de contribuer, pour une part non négligeable, à la défaite de la droite et au succès de Lionel Jospin. A l'évidence, ce temps est passé. Et, pour la gauche, tout est à réinventer : projet, programme et stratégie.


Gérard Courtois
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Publié dans Politique Politicienne

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