Oui, les positions arabes ont bien changé
[Même si cet article est une réponse à d'autres, que nous n'avons pas
diffusés, il est intéressant à plusieurs titres. Une fois de plus, Steinberg
démonte la tentative, prégnante au sein des médias israéliens, de démontrer
la théorie "il n'y a pas de partenaire" (1). Il traite de l'histoire de
l'OLP et de l'initiative saoudienne]
Ha'aretz; 1er juin 1967
http://www.haaretz.com/hasen/spages/865724.html
Mati Steinberg (2)
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Deux tribunes par le professeur Shlomo Aviner,i parues dans Ha'aretz les 10
et 24 mai derniers ("Jusqu'à ce qu'ils assument leurs responsabilités" et
"Ce n'est pas la bonne initiative") sont remplies d'erreurs factuelles.
Dans le premier article, qui traite de l'attitude des Arabes en général et
des Palestiniens en particulier à l'égard de la résolution de l'ONU du 29
novembre 1947 concernant le partage entre Israël et la Palestine, Avineri
reprend le refrain : "Il n'y pas un iota d'introspection, d'autocritique et
d'étude de la contribution des Palestiniens à leur propre catastrophe." Et
comme si cela ne suffisait pas, Avineri continue : "A ce jour, aucun ouvrage
[arabe ou palestinien] n'a posé la question de savoir si, peut-être, les
Arabes ne s'étaient pas trompés en repoussant le compromis, aussi douloureux
qu'il ait pu être, que représentait le partage. Le diagnostic d'Avineri :
les Palestiniens ne veulent en aucune manière "reconnaître qu'en 1948, eux
et leurs leaders ont commis une terrible erreur historique."
Suivent trois exemples importants de cette prise de conscience, dont aucun
ne peut être écarté en étant traité de marginal.
1.Les mémoires d'Abou Iyad (Salah Halaf), publiés en 1978, et en hébreu en
1979 sous le titre "Lelo moledet" ("Sans Patrie", Mifras Books). Abou Iyad
raconte que lors d'une conversation avec Mohammed Amin al-Husseini, en 1974,
il avait posé la question à l'ancien grand mufti de Jérusalem : "Le plan de
partage de l'ONU était bien sûr inacceptable sur le principe, mais pourquoi
les leaders palestiniens n'ont-ils pas accepté, comme l'ont fait les leaders
sionistes, une solution provisoire qui leur aurait permis de créer un Etat
dans la portion du territoire national qui leur avait été accordée par
l'ONU?" Abou Iyad note que les prétextes et auto-justifications fournis par
le mufti ne l'ont pas convaincu.
Il ne faut surtout pas mésestimer l'importance d'Abou Iyad dans l'histoire
du Fatah et de l'OLP. Ce qu'il disait a eu pour effet de commencer à
préparer le terrain pour l'adoption par l'OLP d'une stratégie diplomatique
sans attendre qu'Israël y soit prêt, ni la communauté internationale emmenée
par les Etats-Unis. En janvier 1991 Abou Iyad a payé de sa vie ce choix de
la voie diplomatique : assassiné à Tunis par un agent de l'organisation
d'Abou Nidal.
2. La "Déclaration d'Indépendance" de l'OLP en novembre 1988. Par ce
document, l'OLP se déclare prêt à adopter le principe du partage dans le
cadre de deux Etats pour deux peuples. Cette position a été complétée un
mois plus tard, quand l'OLP a accepté la résolution 242 du Conseil de
sécurité des Nations unies, qu'elle avait refusé d'accepter lors de son
adoption, en novembre 1967.
La Déclaration d'Indépendance est un document fondateur dans l'histoire de
l'OLP. Elle est contradiction absolue avec le langage et la logique générale
de la charte nationale palestinienne. Et c'est bien ce qu'ont compris les
opposants, à la fois à l'intérieur de l'OLP et à l'extérieur (comme le
Hamas). Tout le raisonnement de la Déclaration d'Indépendance se fonde sur
l'acceptation du principe du partage, alors que la logique de la charte
nationale (section 19) s'appuie sur le refus de ce principe et sur la
préservation à tout prix du territoire de toute la Palestine. Cette
Déclaration souligne que, malgré l'oppression inhérente à la résolution sur
le partage, du fait que le droit à l'auto-détermination de la majorité arabe
en Palestine a été bafoué, "c'est cette résolution qui continue à fournir
les conditions de légitimité internationale qui garantissent le droit des
Arabes palestiniens à la souveraineté."
Lors des décisions diplomatiques qui ont accompagné la publication de cette
déclaration, il a été précisé que le principe du partage devait s'appliquer
selon les lignes du 4 juin 1967. Ce n'est donc pas sans raisons que cela a
été attaqué par certaines organisations de résistance, dont le Hamas.
3. Les manuels scolaires palestiniens qui datent de la période d'Oslo
fournissent un autre exemple du fait que le plan de partage a été "repensé"
: dans une série de manuels scolaires publiés en 2000, la Déclaration
d'Indépendance de 1988 a été promue au rang de seul document "canonique" que
les élèves étaient requis d'apprendre par coeur et de réciter dans les cours
d'éducation civique. Cela, et non la charte nationale palestinienne, son
contraire en termes d'acceptation du principe du partage.
Ce ne sont que trois exemples parmi beaucoup d'autres.
Les faits tels qu'ils sont présentés par le professeur Avineri dans son
second article consacré à "l'initiative saoudienne" ne sont pas exacts non
plus. La proposition saoudienne ne contient nulle part une condition
préalable que les Arabes exigeraient d'accepter. Le mot "ayda" (le "si"
conditionnel en arabe) est totalement absent du document. En revanche, on
trouve le mot "indaïd", qui signifie "simultanément". Cela signifie qu'en
même temps que les principes "territoriaux" arabes seront acceptés, les
exigences d'Israël concernant la "paix", la "normalisation" et "la fin du
conflit" seront acceptés.
Dès son introduction, l'initiative saoudienne souligne qu'il s'agit d'un
processus "parallèle". De plus, le document parle d'une "solution au
problème des réfugiés palestiniens qui devra être mutuellement acceptée".
"Mutuellement" signifie par les deux parties, Israël et les Palestiniens.
Comment parvenir à se mettre d'accord sur quelque chose sans mener des
négociations? Et s'il y a bien une condition qui est stipulée, c'est celle
qui dit qu'en réalité, la solution aux problèmes des réfugiés palestiniens
devra être "mutuellement acceptée", ce qui élimine de fait toute possibilité
que cette solution comprenne le "droit au retour" dans le territoire
israélien.
La mention de la nécessité d'une "solution mutuellement acceptée" crée une
nouveauté dans l'interprétation arabe de la résolution 194. Le choix offert
entre l'indemnisation et le retour, choix mentionné dans cette résolution, a
été retiré aux individus et subordonné aux accords diplomatiques avec
Israël. Ainsi est-il mis un terme à la possibilité de retour en territoire
israélien.
C'est exactement dans ces termes que cette innovation a été expliquée par
l'Egypte, la Jordanie et le président Mahmoud Abbas. Et c'est exactement
comme cela que l'a comprise que la Hamas, qui l'a fortement combattue,
allant jusqu'à la qualifier de "trahison".
De plus, contrairement à ce qu'écrit Avineri, l'absence de l'exigence
traditionnelle d'évacuation de toutes les colonies juives des territoires
(exigence toujours réitérée jusque là dans tous les plans arabes précédents,
tel que le "Plan en 8 points" du roi saoudien Fahd en 1981) crée une marge
de manoeuvre diplomatique qui pourrait déboucher sur des échanges de
territoires et des ajustements mineurs de frontières.
Je ne dis pas qu'Israël doit adopter "l'initiative arabe" comme les Tables
de la Loi, mais nous devons la considérer telle qu'elle est. Et, telle
qu'elle est, elle incarne un changement important dans la posiition
collective arabe. On ne peut pas à la fois blâmer les Arabes d'avoir refusé
le plan de partage et chercher à le nier quand on constate qu'ils sont prêts
à l'adopter.
(1) Voir les articles d'Akiva Eldar : "Conceptions erronées mais populaires
(et vice-versa)" http://www.lapaixmaintenant.org/article788, " Les cinq
années perdues du processus de paix"
http://www.lapaixmaintenant.org/article1560 et " les deux erreurs
stratégiques d'Israël et le syndrome du cordonnier"
http://www.lapaixmaintenant.org/article1267
(2) Mati Steinberg enseigne à l'université Hébraïque et au Centre
interdisciplinaire d'Hertzliya. Il est également conseiller du Shin Bet.
diffusés, il est intéressant à plusieurs titres. Une fois de plus, Steinberg
démonte la tentative, prégnante au sein des médias israéliens, de démontrer
la théorie "il n'y a pas de partenaire" (1). Il traite de l'histoire de
l'OLP et de l'initiative saoudienne]
Ha'aretz; 1er juin 1967
http://www.haaretz.com/hasen/spages/865724.html
Mati Steinberg (2)
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Deux tribunes par le professeur Shlomo Aviner,i parues dans Ha'aretz les 10
et 24 mai derniers ("Jusqu'à ce qu'ils assument leurs responsabilités" et
"Ce n'est pas la bonne initiative") sont remplies d'erreurs factuelles.
Dans le premier article, qui traite de l'attitude des Arabes en général et
des Palestiniens en particulier à l'égard de la résolution de l'ONU du 29
novembre 1947 concernant le partage entre Israël et la Palestine, Avineri
reprend le refrain : "Il n'y pas un iota d'introspection, d'autocritique et
d'étude de la contribution des Palestiniens à leur propre catastrophe." Et
comme si cela ne suffisait pas, Avineri continue : "A ce jour, aucun ouvrage
[arabe ou palestinien] n'a posé la question de savoir si, peut-être, les
Arabes ne s'étaient pas trompés en repoussant le compromis, aussi douloureux
qu'il ait pu être, que représentait le partage. Le diagnostic d'Avineri :
les Palestiniens ne veulent en aucune manière "reconnaître qu'en 1948, eux
et leurs leaders ont commis une terrible erreur historique."
Suivent trois exemples importants de cette prise de conscience, dont aucun
ne peut être écarté en étant traité de marginal.
1.Les mémoires d'Abou Iyad (Salah Halaf), publiés en 1978, et en hébreu en
1979 sous le titre "Lelo moledet" ("Sans Patrie", Mifras Books). Abou Iyad
raconte que lors d'une conversation avec Mohammed Amin al-Husseini, en 1974,
il avait posé la question à l'ancien grand mufti de Jérusalem : "Le plan de
partage de l'ONU était bien sûr inacceptable sur le principe, mais pourquoi
les leaders palestiniens n'ont-ils pas accepté, comme l'ont fait les leaders
sionistes, une solution provisoire qui leur aurait permis de créer un Etat
dans la portion du territoire national qui leur avait été accordée par
l'ONU?" Abou Iyad note que les prétextes et auto-justifications fournis par
le mufti ne l'ont pas convaincu.
Il ne faut surtout pas mésestimer l'importance d'Abou Iyad dans l'histoire
du Fatah et de l'OLP. Ce qu'il disait a eu pour effet de commencer à
préparer le terrain pour l'adoption par l'OLP d'une stratégie diplomatique
sans attendre qu'Israël y soit prêt, ni la communauté internationale emmenée
par les Etats-Unis. En janvier 1991 Abou Iyad a payé de sa vie ce choix de
la voie diplomatique : assassiné à Tunis par un agent de l'organisation
d'Abou Nidal.
2. La "Déclaration d'Indépendance" de l'OLP en novembre 1988. Par ce
document, l'OLP se déclare prêt à adopter le principe du partage dans le
cadre de deux Etats pour deux peuples. Cette position a été complétée un
mois plus tard, quand l'OLP a accepté la résolution 242 du Conseil de
sécurité des Nations unies, qu'elle avait refusé d'accepter lors de son
adoption, en novembre 1967.
La Déclaration d'Indépendance est un document fondateur dans l'histoire de
l'OLP. Elle est contradiction absolue avec le langage et la logique générale
de la charte nationale palestinienne. Et c'est bien ce qu'ont compris les
opposants, à la fois à l'intérieur de l'OLP et à l'extérieur (comme le
Hamas). Tout le raisonnement de la Déclaration d'Indépendance se fonde sur
l'acceptation du principe du partage, alors que la logique de la charte
nationale (section 19) s'appuie sur le refus de ce principe et sur la
préservation à tout prix du territoire de toute la Palestine. Cette
Déclaration souligne que, malgré l'oppression inhérente à la résolution sur
le partage, du fait que le droit à l'auto-détermination de la majorité arabe
en Palestine a été bafoué, "c'est cette résolution qui continue à fournir
les conditions de légitimité internationale qui garantissent le droit des
Arabes palestiniens à la souveraineté."
Lors des décisions diplomatiques qui ont accompagné la publication de cette
déclaration, il a été précisé que le principe du partage devait s'appliquer
selon les lignes du 4 juin 1967. Ce n'est donc pas sans raisons que cela a
été attaqué par certaines organisations de résistance, dont le Hamas.
3. Les manuels scolaires palestiniens qui datent de la période d'Oslo
fournissent un autre exemple du fait que le plan de partage a été "repensé"
: dans une série de manuels scolaires publiés en 2000, la Déclaration
d'Indépendance de 1988 a été promue au rang de seul document "canonique" que
les élèves étaient requis d'apprendre par coeur et de réciter dans les cours
d'éducation civique. Cela, et non la charte nationale palestinienne, son
contraire en termes d'acceptation du principe du partage.
Ce ne sont que trois exemples parmi beaucoup d'autres.
Les faits tels qu'ils sont présentés par le professeur Avineri dans son
second article consacré à "l'initiative saoudienne" ne sont pas exacts non
plus. La proposition saoudienne ne contient nulle part une condition
préalable que les Arabes exigeraient d'accepter. Le mot "ayda" (le "si"
conditionnel en arabe) est totalement absent du document. En revanche, on
trouve le mot "indaïd", qui signifie "simultanément". Cela signifie qu'en
même temps que les principes "territoriaux" arabes seront acceptés, les
exigences d'Israël concernant la "paix", la "normalisation" et "la fin du
conflit" seront acceptés.
Dès son introduction, l'initiative saoudienne souligne qu'il s'agit d'un
processus "parallèle". De plus, le document parle d'une "solution au
problème des réfugiés palestiniens qui devra être mutuellement acceptée".
"Mutuellement" signifie par les deux parties, Israël et les Palestiniens.
Comment parvenir à se mettre d'accord sur quelque chose sans mener des
négociations? Et s'il y a bien une condition qui est stipulée, c'est celle
qui dit qu'en réalité, la solution aux problèmes des réfugiés palestiniens
devra être "mutuellement acceptée", ce qui élimine de fait toute possibilité
que cette solution comprenne le "droit au retour" dans le territoire
israélien.
La mention de la nécessité d'une "solution mutuellement acceptée" crée une
nouveauté dans l'interprétation arabe de la résolution 194. Le choix offert
entre l'indemnisation et le retour, choix mentionné dans cette résolution, a
été retiré aux individus et subordonné aux accords diplomatiques avec
Israël. Ainsi est-il mis un terme à la possibilité de retour en territoire
israélien.
C'est exactement dans ces termes que cette innovation a été expliquée par
l'Egypte, la Jordanie et le président Mahmoud Abbas. Et c'est exactement
comme cela que l'a comprise que la Hamas, qui l'a fortement combattue,
allant jusqu'à la qualifier de "trahison".
De plus, contrairement à ce qu'écrit Avineri, l'absence de l'exigence
traditionnelle d'évacuation de toutes les colonies juives des territoires
(exigence toujours réitérée jusque là dans tous les plans arabes précédents,
tel que le "Plan en 8 points" du roi saoudien Fahd en 1981) crée une marge
de manoeuvre diplomatique qui pourrait déboucher sur des échanges de
territoires et des ajustements mineurs de frontières.
Je ne dis pas qu'Israël doit adopter "l'initiative arabe" comme les Tables
de la Loi, mais nous devons la considérer telle qu'elle est. Et, telle
qu'elle est, elle incarne un changement important dans la posiition
collective arabe. On ne peut pas à la fois blâmer les Arabes d'avoir refusé
le plan de partage et chercher à le nier quand on constate qu'ils sont prêts
à l'adopter.
(1) Voir les articles d'Akiva Eldar : "Conceptions erronées mais populaires
(et vice-versa)" http://www.lapaixmaintenant.org/article788, " Les cinq
années perdues du processus de paix"
http://www.lapaixmaintenant.org/article1560 et " les deux erreurs
stratégiques d'Israël et le syndrome du cordonnier"
http://www.lapaixmaintenant.org/article1267
(2) Mati Steinberg enseigne à l'université Hébraïque et au Centre
interdisciplinaire d'Hertzliya. Il est également conseiller du Shin Bet.
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