Gerhard Treutlein dénonce le dopage organisé en Allemagne

Publié le par david castel

Entretien
 
LE MONDE | 29.05.07 | 13h47 • Mis à jour le 29.05.07 | 13h47

erhard Treutlein est responsable du département des sciences du sport de l'université d'Heidelberg.

Êtes-vous surpris par les récents aveux de deux médecins de la clinique de Fribourg, Lothar Heinrich et Andreas Schmid, qui ont reconnu avoir administré de l'EPO à des coureurs de l'équipe Telekom dans les années 1990 ?

 

Je suis surtout surpris qu'il y ait autant de gens qui se disent surpris par les aveux de ces derniers jours. A l'université de Fribourg, d'éminents scientifiques et leurs élèves ont fait des recherches dans le domaine des stimulants, des stéroïdes anabolisants, de la testostérone et de l'EPO pendant des décennies : ces recherches étaient bien vues par le sport organisé et l'ancienne RFA.

Ainsi, le cardiologue Reindell (1908 - 1990) est considéré par beaucoup comme le père de la médecine sportive allemande : il a été entre autres membres de la commission médicale du CIO. Son élève, le professeur Joseph Keul (1932- 2000), a été pendant près de trente ans le responsable de la médecine sportive de l'université de Fribourg, et même, pendant quelque temps, président de la commission antidopage du sport allemand et médecin en chef des équipes olympiques allemandes entre 1984 et 1996. Reindell et Keul sont les pères de la soi-disant "école de Fribourg".

Les révélations et aveux en cascade ne concernent que des cyclistes. Pourtant, les médecins de Fribourg ont travaillé avec de nombreux autres sportifs ?

Keul a eu le prix du CIO avec Wilfried Kindermann et B. Deus dans le domaine de la médecine sportive, en 1989. Il est assez vraisemblable que leurs recherches n'ont pas seulement été faites à des fins théoriques mais aussi à des fins d'utilisation. Wilfried Kindermann, qui était le médecin de l'équipe nationale de football championne du monde en 1990, et qui dirige aujourd'hui le département de médecine sportive de l'université de Saarbrück, n'a jamais pris ses distances avec les activités de Reindell et Keul.

Le professeur Huber, médecin en chef de l'équipe olympique allemande de Turin en 2006, n'a craqué que samedi 26 mai, et, encore, en avouant seulement avoir dopé des amateurs de cyclisme entre 1980 et 1990 (comme les cyclistes, il avoue seulement les faits prescrits pour ne pas risquer de poursuites juridiques).

Il a été congédié par l'Agence nationale antidopage, la Fédération de cyclisme et l'université de Fribourg. Mais jeudi dernier, la Fédération allemande de ski alpin et celle du handisport, en apprenant que l'université de Fribourg voulait mettre un terme à sa collaboration avec le sport de haut niveau, avaient déclaré que Huber était un médecin très crédible et très compétent et qu'ils voulaient continuer de collaborer avec lui.

Aujourd'hui, l'équipe cycliste T-Mobile prend ses distances avec ces deux médecins. Que vous inspire ce comportement ?

Les équipes professionnelles savaient pour la plupart très bien à qui s'adresser pour avoir le soutien médical "nécessaire". Keul et la médecine sportive de Fribourg avaient une "bonne" renommée. Jusqu'à sa mort, Keul a été le partenaire de l'équipe Telekom.

Je ne peux pas m'imaginer que la firme Deutsche Telekom ne savait pas comment Keul et ses deux élèves, Schmidt et Heinrich (les deux médecins de Fribourg qui ont avoué avoir administré de l'EPO à des coureurs), ont travaillé. Il ne faut pas non plus oublier que Telekom a sponsorisé - après l'affaire Festina, en 1998 - la clinique Fribourg, avec 1,2 million de deutschemarks pour faire des recherches et trouver des méthodes de détection de l'EPO.

Avec ces révélations, les dirigeants politiques comme le grand public semblent découvrir que l'université de Fribourg a été le centre du dopage en Allemagne de l'ouest depuis plusieurs années...

Si des politiciens comme le ministre de l'intérieur et responsable du sport de haut niveau, Wolfgang Schäuble, se montrent surpris par les révélations des jours derniers, ils ont dormi dans le passé ou alors ils font semblant. Qui a voulu voir et entendre des choses a eu l'occasion, et il pouvait être informé des travaux de "l'école de Fribourg".

Mais, pour la plupart, il ne s'agissait que de rumeurs ; dans le domaine du dopage la différence entre une rumeur et la vérité est pour la plupart des cas seulement une question de temps. La volonté politique et du sport organisé, dans le passé (comme d'ailleurs dans la plupart des pays) n'était pas d'agir contre de tels médecins parce que le résultat de leurs actions était bénéfique pour la nation par le rendement en termes de médailles et de titres.

La clinique de Fribourg a été le plus grand centre de la médecine sportive allemande, mais pas le seul. Mais là encore, il ne faut pas oublier qu'il y a eu d'autres médecins et centres qui ont fait et font encore un travail sérieux.

L'Allemagne a fait le procès du dopage d'Etat de l'ex-RDA, faut-il faire aujourd'hui celui de l'Allemagne de l'Ouest ?

Il ne suffit pas de congédier deux ou trois médecins qui ont avoué avoir dopé. Ce qui est nécessaire, c'est de remplacer beaucoup de personnes dans le sport de haut niveau, pas seulement des médecins et pas seulement dans le cyclisme. Le sport de haut niveau a besoin de changements structuraux et la prise de fonctions par des personnes qui dans le passé avait une attitude claire contre le dopage.

Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas d'une affaire uniquement allemande. Le dopage est-allemand a été traité ainsi par des dirigeants internationaux comme l'ancien président du CIO, Juan Antonio Samaranch, ou l'ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme, Primo Nebiolo, parce que cela leur évitait de devoir agir sur le plan international.

Il s'agit d'un problème de structures du sport de haut niveau et de médecine sportive. La logique du haut niveau - toujours plus de performances, plus de médailles - l'emporte toujours sur celle de la médecine - guérir des malades. Le sport ne peut pas être mieux que la société. Le dopage existe de plus en plus dans toute la société : chirurgie esthétique, dans le monde du travail, l'art, la musique etc., et dans tous les pays développés. Le sport, qui s'est donné ses propres règles, doit réfléchir sur le sens d'un sport humain et en déduire de nouveaux comportements.


Propos recueillis par Stéphane Mandard

Quand Telekom rendait hommage au père de l'"école de Fribourg"

En 2000, après le décès de Joseph Keul, l'un des pères de l'"école de Fribourg", du nom de la clinique qui a récemment licencié les deux médecins qui ont avoué avoir dopé des coureurs de l'équipe Telekom, l'entreprise Deutsche Telekom et son équipe cycliste avaient publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung un hommage, qui, selon le Pr Trautlein, "suscite des interrogations" : "Pour un homme magnifique et un éminent spécialiste de la médecine sportive, qui au cours de nombreuses années de surveillance médicale des cyclistes de l'équipe Telekom a acquis des mérites éternels. Par son engagement pour un sport propre, le fair-play et pour ainsi dire un sport sans dopage, il a envoyé un signal positif au monde du sport." Signé : les dirigeants de Telekom, Sommer et Kindervater, et les directeurs sportifs de l'équipe Telekom, Walter Godefroot et Rudy Pevenage.

Article paru dans l'édition du 30.05.07


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"Il n'y a pas de dopage dans le soccer"
- Joachim Löw
Samedi 26 mai 2007
AFP

BERLIN - Le sélectionneur de l'équipe d'Allemagne, Joachim Löw, a assuré dans la presse dimanche que le dopage n'était pas présent dans le soccer.

"Selon mon expérience, je ne peux imaginer (le dopage) présent dans le football en Allemagne", a expliqué Löw à l'édition dominicale du quotidien Die Welt.

"Nous avons des contrôles très sévères, depuis des années: après chaque journée de championnat, il y a des contrôles et personne ne sait avant qui va être contrôlé. Il y a aussi des contrôles inopinés à l'entraînement ou lors des compétitions", a poursuivi le sélectionneur.

"Mais nous n'ignorons pas la question du dopage, nous faisons des opérations de sensibilisation dans les clubs et à la fédération", a assuré l'ancien joueur et entraîneur de Fribourg, club qui a mis un terme à sa collaboration avec la clinique universitaire, dont deux médecins ont admis avoir participé à des procédures de dopage dans le cyclisme, chez l'équipe Telekom de Bjarne Riis et Jan Ullrich dans les années 1990."Cela fait longtemps que je ne suis plus à Fribourg, mais je n'ai jamais été confronté dans ma carrière au dopage", a assuré Löw.

Le sélectionneur allemand a par ailleurs estimé qu'il fallait avant tout "réduire le nombre de matches: les joueurs allemands n'ont par exemple pas eu le temps de faire une préparation spécifique après le Mondial-2006 et cela s'est traduit par un creux dans leurs performances cette année".

Pour affronter Saint-Marin le 2 juin et la Slovaquie le 6 juin en qualifications pour l'Euro-2008, Löw sera notamment privé de son capitaine Michael Ballack, de l'attaquant Lulas Podolski et du milieu Bastian Schweinsteiger.



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Publié dans Foutballe

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