La Croisière jaune, le retour

Publié le par david castel


Samedi 9 août, un convoi exceptionnel partira de Paris vers le Sud, sans pour autant alerter Bison Futé : dix équipages s'élanceront pour l'Expédition Paris-Kaboul organisée par la Guilde Européenne du Raid, l'Unesco et Le Point. Dans le sillage de la mythique route de la soie, l'expédition n'a pas qu'un caractère sportif ; elle sera également l'occasion de donner un coup de projecteur sur le patrimoine culturel en danger de l'Afghanistan et de soutenir les ONG qui travaillent sur place.



Un parcours chargé d’histoire


Ceci n’est pas une compétition...


Une aventure culturelle et scientifique


Taklamakan va plus loin


Pour en savoir plus

:: Un parcours chargé d’histoire

Les participants de l’expédition Paris-Kaboul s’apprêtent à s’engager sur la voie mythique de la route de la soie, qui a été pendant des millénaires le chemin privilégié des commerçants et des conquérants, depuis qu’au IIe siècle avant notre ère, le général chinois Zhang Qiang l’a ouverte pour la première fois. De nos jours, cette route marquée d’une forte dimension culturelle est également empruntée par des aventuriers avides de découvertes et d’exploits sportifs. On citera pour exemple, au siècle dernier, Ella Maillart (à qui nous consacrons un dossier), ou plus récemment Philippe Valéry qui l’a parcourue à pied, au départ de Marseille, pendant près de deux ans (voir notre interview). Certains y ont même pris goût : Amandine Roche, qui est déjà partie sur les traces d'Ella Maillart à travers l'Asie centrale jusqu'en Chine (voir notre interview), s'apprête à reprendre la route pour participer au raid !
Les premiers raids automobiles le long de la route de la soie ont coïncidé avec la naissance de la légende de Citroën. Le constructeur français s’était engagé, à partir des années vingt, dans l’organisation d’expéditions sportives, en Afrique ou au Moyen-Orient. C’est en février 1932 que les équipages de la célèbre Croisière jaune, emmenés par Georges-Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil, arrivent à Pékin, ouvrant ainsi la voie mythique aux voitures. Depuis, si celles-ci ne l’ont plus parcourue dans son intégralité, plusieurs expéditions ont refait le tronçon qui relie Paris à Kaboul. Citroën, on y revient, a notamment organisé en 1970 un raid en 2CV et en Dyane !

Plus près de nous, deux membres de la Guilde Européenne du Raid, Édouard Cortés et Émeric de Kervenoaël, ont relié en 2002 Paris à Kaboul... en 2CV. Leur voyage, dont ils ont notamment rendu compte au dernier festival du film d’aventure de Dijon, a servi de repérage pour l’édition 2003 du raid Paris-Kaboul.

:: Ceci n’est pas une compétition...

Les dix équipages en lice, en auto ou à moto, s’élanceront samedi 9 août du Champ-de-Mars à Paris, pour un périple de 8 500 km qui suivra au plus près le tracé historique de la route vers Kaboul. Arrivée prévue début septembre, après un parcours à travers les Alpes (Suisse, Autriche), la Slovénie, la Croatie, la Serbie-Monténégro, la Bulgarie, la Turquie et l’Iran.
Il ne s’agit pas d’une compétition, le parcours ne sera pas chronométré : ce n’est pas le Paris-Dakar ! Mais n’imaginez pas pour autant que ce sera pour les participants une promenade de santé. Seul un léger encadrement (assistance mécanique et médicale) leur sera accordé, pour ce qui reste une aventure sportive.
À défaut d’un véritable enjeu personnel, les candidats poursuivent un but humanitaire. Chaque équipage représente une association agissant en Afghanistan, à qui il remettra à l’arrivée un véhicule 4X4. L’association Taklamakan, par exemple, dont deux équipages participent au raid, apportera son soutien à Negar, qui œuvre pour les droits et l’éducation des femmes afghanes. Negar, en plus du véhicule promis, recevra des dons pour la construction d’écoles, des colis de vêtements et des jouets.

:: Une aventure culturelle et scientifique

Une autre préoccupation des organisateurs du raid est de mettre en lumière le patrimoine afghan, durement touché par les années de guerre que le pays a derrière lui. Le suivi médiatique du rallye permettra au public de poser les yeux sur ces trésors historiques, naturels ou architecturaux en danger. L’Unesco prévoit aussi de mener des études scientifiques de terrain sur trois principaux sites à sauvegarder :

- Le minaret de Djam, dans la province du Ghor, est un monument de briques haut de 65 m, un peu bancal (on le surnomme « la tour de Pise » du monde musulman), qui fut construit au XIIe siècle. Considéré comme l’une des merveilles du monde islamique, il est menacé, notamment par les eaux.
- Les lacs de Band-e-Amir, situés à 3 300 km d’altitude, sont un endroit vénéré par les chiites et se trouvent au carrefour des civilisations nomades de l’Asie centrale. Ils présentent en cela un grand intérêt culturel.
- La forteresse de Shar-e-Sohak, édifiée au XIIe siècle et surnommée « la ville rouge », se dresse non loin de Bamiyan. Elle a connu un sort similaire à cette dernière, puisqu’elle a été pillée par les talibans, d’où la nécessité de recenser dès à présent son patrimoine.

Les travaux de recherche seront menés par des archéologues, des ethnologues, paléontologues, biologistes, botanistes, etc. Ils donneront lieu à des rapports qui seront remis à l’Unesco. Rappelons que l’organisation vient d’ajouter, au mois de juillet 2003, la vallée de Bamiyan et ses vestiges archéologiques à sa liste du patrimoine mondial en péril.

:: Taklamakan va plus loin

À noter enfin que, parmi les participants, l’association Taklamakan déjà citée nourrit un projet ambitieux. Le raid Paris-Kaboul ne sera pour ses membres que la première étape d’un périple qui devrait les mener sur les traces de la fameuse Croisière jaune, de Paris à Pékin.
Le projet, déjà ancien, devrait se concrétiser en deux phases distinctes, et en deux ans, si tout va bien : après Paris-Kaboul, première étape à franchir en compagnie des autres participants du raid, l’équipe devrait repartir de Pékin au printemps 2004 pour relier Kaboul, et parcourir ainsi la route de la soie dans son intégralité, ce qui serait une première depuis 1932. Souhaitons-leur bonne chance !

Clémentine Bougrat
Mise en ligne le 1 août 2003
:: Pour en savoir plus

L’avancée du raid Paris-Kaboul sera régulièrement chroniquée à travers les médias et le site internet qui lui est dédié.
- Le 9 août, à partir de 13 h, Le Journal inattendu de RTL sera présenté en direct du départ. La station de radio proposera également des chroniques à chaque étape.
- Le journal Le Point consacrera une chronique hebdomadaire à l'expédition.
- Le site du raid : www.paris-kaboul.com. Vous y retrouverez régulièrement les carnets et les images du voyage.
- Au retour, l’exposition des carnets, photos et autres dessins du rallye est prévue, ainsi que plusieurs conférences à la Société des explorateurs français, à la Société de géographie, etc. Des livres du voyage seront également édités. À suivre...
- Si vous vous intéressez plus particulièrement au « cas » Taklamakan, l’association a un site internet : www.taklamakan.net.
- Enfin, le site de la Guilde Européenne du Raid, qui organise également le festival Les Écrans de l’Aventure à Dijon : www.la-guilde.org.

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Publié dans LAETITIA

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