Gaza brûle, les leaders palestiniens bricolent
[Les Palestiniens doivent comprendre que les fanatiques du Hamas ne les
mèneront nulle part, et que seule une direction laïque est capable de les
unir pour parvenir à la paix et à l'indépendance, et de les protéger des
"opportunistes qui rôdent autour d'eux comme des vautours"]
Yediot Aharonot, 27 mai 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3404912,00.html
Gaza brûle, les leaders palestiniens bricolent
Ray Hanania
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Devant l'escalade de la violence dans la bande de Gaza, la quasi-totalité
des analystes arabes place la responsabilité sur le dos d'Israël, évitant
ainsi les vrais défis que posent les conflits grandissants dans la société
palestinienne elle-même. Gaza reste en ébullition, mais pas seulement parce
qu'Israël a toujours l'avantage dans le rapport de forces militaire. En
d'autres termes, oui, Israël fait partie du problème, mais ne se concentrer
que sur Israël serait une erreur fatale.
Mais les analystes du monde arabe continuent à ne pas voir l'évidence, car
la culture arabe n'aime pas les remises en cause et les responsabilités. On
préfère embrasser des théories ridicules qui font porter toute la
responsabilité sur l'élément étranger, Israël, en espérant rallier le
militantisme arabe et palestinien.
Certains analystes arabes avancent que c'est Israël qui a provoqué le
conflit entre les laïques du Fatah et les religieux du Hamas. D'autres
considèrent qu'Israël se trouve face à un nouveau front libanais. Selon eux,
Israël s'inquiète d'une répétition possible de la confrontation désastreuse
qui l'a opposé à un Hezbollah lourdement armé. D'autres vont plus loin et
soulignent que Gaza peut devenir un nouveau Liban, un front Sud où les
radicaux du Hamas peuvent rejouer les succès du Hezbollah.
Tout ces arguments sont les mêmes vieilles rengaines : accuser Israël chaque
fois que quelque chose va mal, ce qui sape d'autant la conscience arabe, et
éviter d'affronter les vérités de fond, ce qui garantit que le conflit
continuera à faire rage.
Les Palestiniens se sont détournés de la seule voie capable de les sauver :
le retour au processus de paix et aux négociations avec Israël. Et entre
temps, les différentes factions palestiniennes sont montées les unes contre
les autres, dans un remake du conflit politique laïques-religieux qui fait
désormais partie de la vie quotidienne des Palestiniens.
Les Palestiniens doivent résoudre leurs propres conflits internes avant
d'espérer voir leur indépendance nationale. Mais d'abord, ils ont un certain
nombre de choses à faire.
Fuire la tragédie
Le plus important est de reconnaître que leur tragédie a plusieurs couches.
Il y a le conflit avec Israël, une voiture qui abat toutes les solutions du
passé et s'écrase contre toutes les barrières raisonnables d'espoir avec des
résultats tragiques mais prédictibles. Aujourd'hui, nous en sommes à 40 ans
après la guerre de 1967 et le début de l'occupation de la Cisjordanie, de la
bande de Gaza et de Jérusalem Est.. Très vite, nous marquerons les 50 ans.
Il y a les défis que la société palestinienne elle-même doit surmonter. Les
Palestiniens connaissent une paupérisation désespérante. Ils subissent
l'oppression d'un siège militaire qui semble ne jamais devoir s'achever, ils
sont divisés par des barrières artificielles mais bien réelles, comme le mur
de 8 mètres de haut qu'a bâti Israël, davantage pour voler des terres que
pour se protéger du terrorisme. Tout, autour d'eux, se resserre. Dans un
monde aussi confiné, mentalement et physiquement, il est facile de
comprendre comment quelques-uns franchissent le point de non-retour et
commettent des actes fous comme des attentats suicides.
Mais une transformation est également en train de se produire chez les
Palestiniens eux-mêmes. Marqués par des générations de conflit et mauvais
dirigeants, ils se détournent des solutions laïques et s'embarquent dans le
semblant de confort que procure la religion mêlée de politique, une nouvelle
forme de fanatisme qui remplace la logique et la raison par une foi aveugle.
Sous le poids de tous ces problèmes, les Palestiniens sont en train de faire
la seule chose qu'ils ne peuvent pas se permettre de faire en tant que
peuple : fuire la tragédie. Et, bien que l'idée de partir reconstruire sa
vie ailleurs, dans d'autres pays, peut paraître une réponse à court terme,
elle est en train de saper la volonté nationale.
Un coma de désespoir
Ce qui fut une société palestinienne laïque et diverse devient rapidement
une entité mono-religieuse, mono-identitaire et mono-idéologique faite de
haine de soi. Les Palestiniens tombent dans cet abîme et commencent à
tourner leur rage les uns contre les autres. S'il est facile d'identifier
les fruits de cette abondance de malheurs, les Palestiniens doivent placer
les différents conflits selon une échelle des priorités, puis traiter en
premier le plus important.
Et le plus important de tous les défis auxquels sont confrontés les
Palestiniens est de s'unir pour réussir à surmonter tous les autres, qui les
conservent dans un cycle de misère et de désespoir exploité par les
opportunistes qui rôdent autour d'eux comme des vautours.
Les Palestiniens ont un besoin urgent d'avoir une confiance restaurée dans
leurs dirigeants. Ceux-ci doivent s'unir et entamer un processus de
définition d'une nouvelle stratégie nationale qui soit laïque et parle à
tous les secteurs politiques et religieux.
Les Palestiniens doivent être ramenés à croire qu'il existe un espoir réel
de paix et de salut national. Cela mettra fin aux conflits amers et vicieux
que nous voyons aujourd'hui entre groupes palestiniens, pas seulement dans
la bande de Gaza, mais aussi partout en Cisjordanie. Avec une nouvelle
direction, les Palestiniens peuvent aller négocier pour résoudre le conflit
avec Israël, avec des demandes justes comme la disparition de la clôture, le
retour des terres volées pour les colonies israéliennes illégales, le
partage de Jérusalem et une solution à ce gorille de 400 kg qui menace toute
discussion : le sort des réfugiés palestiniens.
Les Palestiniens peuvent retrouver le chemin qui mène à l'espoir.
Ou bien, ils peuvent continuer à trouver des excuses et mettre tout sur le
dos d'Israël. Et rêver à l'idée ridicule que les fanatiques du Hamas vont,
d'une manière ou d'une autre, se transformer en une puissante force
militaire et devenir un Hezbollah palestinien qui jettera le "yahoud" à la
mer, nettoiera la Nouvelle Palestine de ses chrétiens et de ses incroyants
laïques, et imposera un régime dont les ayatollahs seront fiers.
Cela ne se produira pas.
Mettre tout sur le dos d'Israël et refuser de traiter nos propres problèmes,
cela ne fera que renforcer le mur mental qui emprisonne aujourd'hui le
peuple palestinien dans un coma de désespoir.
Ray Hanania est américain d¹origine palestinienne (sa famille est originaire
de Jérusalem et de Bethléem). Il est éditorialiste et comédien. Son site
internet : http://www.hanania.com
mèneront nulle part, et que seule une direction laïque est capable de les
unir pour parvenir à la paix et à l'indépendance, et de les protéger des
"opportunistes qui rôdent autour d'eux comme des vautours"]
Yediot Aharonot, 27 mai 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3404912,00.html
Gaza brûle, les leaders palestiniens bricolent
Ray Hanania
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Devant l'escalade de la violence dans la bande de Gaza, la quasi-totalité
des analystes arabes place la responsabilité sur le dos d'Israël, évitant
ainsi les vrais défis que posent les conflits grandissants dans la société
palestinienne elle-même. Gaza reste en ébullition, mais pas seulement parce
qu'Israël a toujours l'avantage dans le rapport de forces militaire. En
d'autres termes, oui, Israël fait partie du problème, mais ne se concentrer
que sur Israël serait une erreur fatale.
Mais les analystes du monde arabe continuent à ne pas voir l'évidence, car
la culture arabe n'aime pas les remises en cause et les responsabilités. On
préfère embrasser des théories ridicules qui font porter toute la
responsabilité sur l'élément étranger, Israël, en espérant rallier le
militantisme arabe et palestinien.
Certains analystes arabes avancent que c'est Israël qui a provoqué le
conflit entre les laïques du Fatah et les religieux du Hamas. D'autres
considèrent qu'Israël se trouve face à un nouveau front libanais. Selon eux,
Israël s'inquiète d'une répétition possible de la confrontation désastreuse
qui l'a opposé à un Hezbollah lourdement armé. D'autres vont plus loin et
soulignent que Gaza peut devenir un nouveau Liban, un front Sud où les
radicaux du Hamas peuvent rejouer les succès du Hezbollah.
Tout ces arguments sont les mêmes vieilles rengaines : accuser Israël chaque
fois que quelque chose va mal, ce qui sape d'autant la conscience arabe, et
éviter d'affronter les vérités de fond, ce qui garantit que le conflit
continuera à faire rage.
Les Palestiniens se sont détournés de la seule voie capable de les sauver :
le retour au processus de paix et aux négociations avec Israël. Et entre
temps, les différentes factions palestiniennes sont montées les unes contre
les autres, dans un remake du conflit politique laïques-religieux qui fait
désormais partie de la vie quotidienne des Palestiniens.
Les Palestiniens doivent résoudre leurs propres conflits internes avant
d'espérer voir leur indépendance nationale. Mais d'abord, ils ont un certain
nombre de choses à faire.
Fuire la tragédie
Le plus important est de reconnaître que leur tragédie a plusieurs couches.
Il y a le conflit avec Israël, une voiture qui abat toutes les solutions du
passé et s'écrase contre toutes les barrières raisonnables d'espoir avec des
résultats tragiques mais prédictibles. Aujourd'hui, nous en sommes à 40 ans
après la guerre de 1967 et le début de l'occupation de la Cisjordanie, de la
bande de Gaza et de Jérusalem Est.. Très vite, nous marquerons les 50 ans.
Il y a les défis que la société palestinienne elle-même doit surmonter. Les
Palestiniens connaissent une paupérisation désespérante. Ils subissent
l'oppression d'un siège militaire qui semble ne jamais devoir s'achever, ils
sont divisés par des barrières artificielles mais bien réelles, comme le mur
de 8 mètres de haut qu'a bâti Israël, davantage pour voler des terres que
pour se protéger du terrorisme. Tout, autour d'eux, se resserre. Dans un
monde aussi confiné, mentalement et physiquement, il est facile de
comprendre comment quelques-uns franchissent le point de non-retour et
commettent des actes fous comme des attentats suicides.
Mais une transformation est également en train de se produire chez les
Palestiniens eux-mêmes. Marqués par des générations de conflit et mauvais
dirigeants, ils se détournent des solutions laïques et s'embarquent dans le
semblant de confort que procure la religion mêlée de politique, une nouvelle
forme de fanatisme qui remplace la logique et la raison par une foi aveugle.
Sous le poids de tous ces problèmes, les Palestiniens sont en train de faire
la seule chose qu'ils ne peuvent pas se permettre de faire en tant que
peuple : fuire la tragédie. Et, bien que l'idée de partir reconstruire sa
vie ailleurs, dans d'autres pays, peut paraître une réponse à court terme,
elle est en train de saper la volonté nationale.
Un coma de désespoir
Ce qui fut une société palestinienne laïque et diverse devient rapidement
une entité mono-religieuse, mono-identitaire et mono-idéologique faite de
haine de soi. Les Palestiniens tombent dans cet abîme et commencent à
tourner leur rage les uns contre les autres. S'il est facile d'identifier
les fruits de cette abondance de malheurs, les Palestiniens doivent placer
les différents conflits selon une échelle des priorités, puis traiter en
premier le plus important.
Et le plus important de tous les défis auxquels sont confrontés les
Palestiniens est de s'unir pour réussir à surmonter tous les autres, qui les
conservent dans un cycle de misère et de désespoir exploité par les
opportunistes qui rôdent autour d'eux comme des vautours.
Les Palestiniens ont un besoin urgent d'avoir une confiance restaurée dans
leurs dirigeants. Ceux-ci doivent s'unir et entamer un processus de
définition d'une nouvelle stratégie nationale qui soit laïque et parle à
tous les secteurs politiques et religieux.
Les Palestiniens doivent être ramenés à croire qu'il existe un espoir réel
de paix et de salut national. Cela mettra fin aux conflits amers et vicieux
que nous voyons aujourd'hui entre groupes palestiniens, pas seulement dans
la bande de Gaza, mais aussi partout en Cisjordanie. Avec une nouvelle
direction, les Palestiniens peuvent aller négocier pour résoudre le conflit
avec Israël, avec des demandes justes comme la disparition de la clôture, le
retour des terres volées pour les colonies israéliennes illégales, le
partage de Jérusalem et une solution à ce gorille de 400 kg qui menace toute
discussion : le sort des réfugiés palestiniens.
Les Palestiniens peuvent retrouver le chemin qui mène à l'espoir.
Ou bien, ils peuvent continuer à trouver des excuses et mettre tout sur le
dos d'Israël. Et rêver à l'idée ridicule que les fanatiques du Hamas vont,
d'une manière ou d'une autre, se transformer en une puissante force
militaire et devenir un Hezbollah palestinien qui jettera le "yahoud" à la
mer, nettoiera la Nouvelle Palestine de ses chrétiens et de ses incroyants
laïques, et imposera un régime dont les ayatollahs seront fiers.
Cela ne se produira pas.
Mettre tout sur le dos d'Israël et refuser de traiter nos propres problèmes,
cela ne fera que renforcer le mur mental qui emprisonne aujourd'hui le
peuple palestinien dans un coma de désespoir.
Ray Hanania est américain d¹origine palestinienne (sa famille est originaire
de Jérusalem et de Bethléem). Il est éditorialiste et comédien. Son site
internet : http://www.hanania.com
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