Ces Allemands qui ont pris le maquis
Ecrans
Docu. Rediffusion d'un film sur un pan méconnu de la Résistance.
Par Emmanuèle PEYRET
QUOTIDIEN : vendredi 11 mai 2007
Des Allemands dans la Résistance, documentaire de Jean-Pierre Vedel. Ce soir sur France 3, 3 h 10.
Ce sont d'abord, comme souvent, des histoires d'une vie en noir et blanc racontées par des vieux messieurs ou des vieilles dames. Ce qui change, là, c'est qu'ils s'expriment dans un français teinté d'un léger accent germanique : Maria, Ernst, Peter, Gerhard et les autres, un millier de résistants allemands antinazis en France, méconnus, enfin remis au grand jour du documentaire par ce 52 minutes de Jean-Pierre Vedel. Un film d'une facture classique images d'archives, interviews en couleurs, portraits cadrés serrés, voix off, etc. mais qui raconte ce microphénomène par plusieurs détours, en explique de multiples aspects.
Histoires personnelles, persécutions, résistants communistes intégrés dans les maquis français, anciens combattants de la guerre d'Espagne, fille d'un militant assassiné en 43, entrée en résistance à 17 ans. Peter, l'un des piliers de mouvement de résistance allemande en France, raconte comment il a noué contact avec les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), les infiltrations, les renseignements pour la Résistance. Et reconnaît, non sans ironie, «certes, nous n'étions qu'un millier sur les 500 000 Allemands que comptaient les troupes d'occupation, c'est peu». Au fil des récits, la torture esquissée, la lumière non-stop, les trains, le hasard, l'évasion. Le rôle des femmes, ensuite, magnifiquement illustré par ces portraits d'Yvette Bloch, Marianne Bernat... ces 132 femmes qui allaient flirter avec les soldats pour leur soutirer des informations, «la mission la plus difficile», estime l'un des survivants.
Et puis le contact avec les réseaux français, la méfiance d'abord, la fraternité ensuite : un volet du docu qu'on aurait aimé plus étoffé, sur ces relations entre Allemands antinazis et maquis français... On laisse au téléspectateur le plaisir de découvrir ce moine allemand, entré en résistance française, qui a réconcilié Bible et marxisme. Il explique d'une voix douce pourquoi les protestants cévenols qui ont gardé le souvenir des persécutions sous Louis XIV ont pris la défense, plus que les catholiques majoritaires, pour les exilés de l'Allemagne nazie.
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