Monsieur livre des records politiques
Serge July 14/05/2007 22h46
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C'est ce mardi soir, après environ 759.327 discours et allocutions, qu'il s'adresse aux Français pour la dernière fois. Ce n'est plus la sortie d'un chef d'Etat, mais une tranche d'histoire longue de plus de quarante ans et large d'un nombre de mandats et de fonctions incalculables, qui prend enfin congé.
Jacques Chirac, à lui tout seul, est un livre des records, avec un milliard de mains serrées, pas un seul loyer pendant des décennies, des victoires à n'en plus finir, mais aussi beaucoup d'échecs, un marathonien des sommets, ceux des grands, des européens, des africains, qui lui auront permis de faire 215 fois, ou quasiment, le tour de la Terre. Pour ne prendre que la Russie, il aura connu les leaders communistes - Brejnev, Tchernenko - et ceux qui ont renversé le communisme : Gorbatchev, Elstine, jusqu'à Poutine, le Napoléon du KGB, devenu son ami.
De la même manière, il peut décliner la liste des titulaires dans tous les pays du monde, mais aussi, ce qui est tout aussi exceptionnel, chez le même homme le surnom de milliers de vaches. Dans ses campagnes électorales, il a du honorer des tonneaux de têtes de veaux ravigote. Sans compter les bières, dont sa consommation sur une longue période aurait fait vivre paisiblement une petite brasserie familiale. Je laisse aux statisticiens le soin d'homologuer les performances.
Comme Jacques Chirac a occupé tous les mandats électifs depuis 1967, il pourrait écrire le plus informé de tous les guides de la République, la plus implacable description de tous les mécanismes du pouvoir. Mais ce n'est pas Balzac. Jacques Chirac est un ogre du pouvoir, contraint par les règles et les calendriers démocratiques à quitter les palais de la République, pour n'y plus jamais revenir, sauf invité, à l'exception du Conseil constitutionnel où il peut siéger de droit, dès lors que l'envie lui en prend. Il n'est pas certain qu'il en abuse. L'idée de se retrouver à côté de l'autre grand retraité de la politique, Valéry Giscard d'Estaing, lui aussi ancien président, doit lui donner un coup de vieux supplémentaire.
Que restera-t-il de son très long "règne" de Premier ministre (deux fois) et de Président (deux fois) ? Cinq inventions. D'abord, le musée des Arts Premiers, avec son architecture tropicale qui, sans la passion présidentielle, n'aurait jamais vu le jour. Un musée qui est destiné sans doute à porter son nom.
Il est l'inventeur d'une philosophie politique, le radical-socialisme de droite, et son corollaire, l'immobilisme, puisqu'il n'y a aucun problème qu'une absence de solution ne saurait résoudre. Jacques Chirac a toujours privilégié l'unité nationale et les apaisements aux passages en forces, aux divisions violentes.
Il aura été l'homme de la "repentance", comme dirait Nicolas Sarkozy. Il est le premier Président à reconnaître la responsabilité de l'Etat français dans la déportation et le martyre juif. Il a institué la commémoration de l'abolition de l'esclavage.
Le quinquennat, qui porte sa signature même, s'il se l'est fait refiler par Lionel Jospin et VGE, dont jusqu'au bout il aura cru que c'était simplement un petit septennat alors que cela transformait le chef de l'Etat en président exécutif. Personne ne lui avait dit.
Cinquième invention forcée, sinon contrariée : d'avoir couvé Nicolas Sarkozy lui-même, son quasi-fils adoptif qui avait fini par le trahir pour Edouard Balladur et qui, à force de rupture à son égard, a réussi à se faire élire de manière triomphale. Si si, grâce à lui ! A son crédit également : d'avoir décidé, en arrivant à l'Elysée, de bombarder l'artillerie serbe autour de Sarajevo, ce qui sauvera la ville et permettra de parvenir aux accords de Dayton. Il n'a pas eu peur de la guerre d'un côté, sans y prendre goût : il s'est opposé avec courage à la décision américaine de déclencher la euxième guerre d'Irak. Ce jour là, on l'a échappé belle. Merci Jacquot.
Il aura réussi à liquider le gaullisme, en acceptant de demeurer chef de l'Etat après deux échecs qui remettait en cause sa légitimité : la dissolution ratée de 1997 et le référendum sur la Constitution européenne qui, par ailleurs, flinguait l'Europe. Bye, Bye Charlie et Bye, Bye Europa ! Un carton plein, sans bouger un cil !
Il aura aussi laissé l'un des taux de chômage les plus élevés d'Europe, l'une des plus faible croissance, des déficits budgétaires abyssaux, un enseignement supérieur dégradé et une intégration en berne.
Pour finir, une performance exceptionnelle : ce communicant handicapé, ce pédagogue mutilé, aura su faire de sa marionnette aux "Guignols de l'info", une véritable star de la télévision, ce qui en dit long sur le personnage et son image. Mais c'est bien sûr, Jacques Chirac devrait faire un talk show à la télévision avec PPD !