Qui a peur de l'arabe?

Publié le par david castel

Shalom Arshav publie sur son site une série de photos de la "maison" (ou
immeuble) occupée récemment par des colons (voir
http://www.lapaixmaintenant.org/article1577), des cartes, des chiffres et
une photo de la manif organisée par Shalom Arshav sur les lieux :
http://www.peacenow.org.il/site/en/homepage.asp?pi=25 (cliquer sur la
flèche).

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[Les langues ne sont pas seulement des ponts. Elles sont aussi le lieu de
luttes politiques. Contre la solution de l'affrontement linguistique, Yaron
London propose celle de l'apaisement. Que nos lecteurs suisses, italiens ou
paraguayens (il y en a!) s'en prennent à l'auteur plutôt qu'à nous s'il a
déformé la situation linguistique dans leur pays. De toute façon, là n'est
pas l'essentiel]]

Yediot Aharonot, 10 avril 2007

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3386308,00.html

Qui a peur de l'arabe?
Yaron London

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Les guerriers de Galaad reconnaissaient leurs ennemis à leur accent. Ils
ordonnaient
à ceux qu'ils soupçonnaient d'appartenir à la tribu d'Ephraïm de prononcer
le mot "shibolet" (épi de blé). Ceux qui prononçaient "sibolet" étaient
massacrés sur les rives du Jourdain.

Le personnel de sécurité de l'aéroport a adopté la tactique "shibolet". Les
passagers qui prononcent "Baris" et non "Paris" doivent subir des
vérifications de sécurité épuisantes. Aussi bien aux temps bibliques
qu'aujourd'hui, la langue sert à marquer une identité et semer la haine
entre voisins. Elle n'allume pas des incendies, mais un conflit peut être
alimenté par une querelle linguistique.

Sans le conflit entre Juifs et Arabes, il est fort probable que les citoyens
arabes d'Israël auraient parlé arabe chez eux et hébreu à l'extérieur, sans
que la question de la langue ne suscite d'émotions. Mais, du fait d'une
querelle ancienne et oubliée, le débat linguistique mijotait, et il a
aujourd'hui éclaté.

La population arabe cherche à renforcer le statut de sa langue, et cela
effraie la majorité juive car cette aspiration est liée à une série
d'exigences qui menacent l'identité d'Israël en tant qu'Etat juif (1).

Cette querelle ne disparaîtra pas, même si nous nous bouchons les oreilles,
et nous ferions bien d'en discuter, en étudiant les expériences chez les
autres. Les deux situations au niveau linguistique, apaisement et
affrontement, se retrouvent dans plusieurs parties du monde. Par exemple, la
majorité des Paraguayens parlent le guarani indigène, alors que la langue
officielle et écrite est l'espagnol (langue des conquérants), parlé
également par la plupart des habitants. Les deux langues coexistent
harmonieusement.

Des millions d'Indiens parlent en même temps l'anglais, qui est pratiquement
leur langue maternelle, et l'un au moins des nombreux dialectes locaux. La
Suisse est un Etat uni, bien que 70% de sa population soit germanophone, le
reste parlant le français, l'italien ou le romanche.

En revanche, la Yougoslavie s'est divisée dans le sang et le feu bien que le
serbe et le croate soient des langues soeurs, qui ne se distinguent que par
leur alphabet (le serbe s'écrit en cyrillique, le croate en caractères
latins).

Le tyran Franco avait interdit le catalan. Après sa mort, les Catalans ont
obtenu une très large autonomie et se sont mis à renforcer leur langue,
utilisée aujourd'hui par la moitié de la population. Les Catalans l'ont fait
dans l'affrontement, mais à leur crédit, il faut souligner qu'ils se sont
souciés du sort d'une toute petite minorité : quelque 10.000 Gascons du nord
de la Catalogne sont soutenus dans leurs efforts de préservation de leur
héritage linguistique particulier.

Un curieux exemple des relations complexes entre langue et politique s'est
manifesté il y a 15 jours au parlement italien, qui a statué que langue
officielle était l'italien. A première vue, cette décision équivalait à
reconnaître que le soleil se lève à l'est, et pourtant, un cinquième des
parlementaires a voté contre, ce qui montre que ce n'était pas si étrange.
L'Italie n'est pas occupée, et l'Etat est uni depuis 137 ans. Parce qu'une
langue commune constitue ce qui transforme des communautés en nation, les
Italiens se sont efforcés d'imposer une seule langue : celle de la Toscane.
Cet effort n'a pas encore abouti, et à ce jour, des millions d'Italiens
utilisent plusieurs langues hors l'italien, ainsi que de nombreux argots.

Une situation particulière prévaut en Israël. Qui, mieux que les Juifs,
peuvent comprendre la volonté des citoyens arabes de se défendre contre
l'effacement de leur identité à travers l'atrophie de leur langue? Après
tout, ce fut le sionisme qui a réclamé une langue écrite et parlée pour
contribuer à définir la nation. Et, peut-être à cause de cette expérience
réussie, les Juifs craignent-ils aujourd'hui que le renforcement de la
langue arabe renforcerait en même temps les sentiments nationalistes arabes.

Pour ma part, je propose le contraire : la générosité à l'égard de l'arabe
renforcerait l'identification des citoyens arabes à leurs pays.


(1) Rappelons malgré tout que l'arabe est langue officielle en Israël au
même titre que l'hébreu, même s'il y a loin entre la lettre et l"esprit
(ndt).
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