Quelques questions qui fâchent à Ehoud Olmert

Publié le par david castel

[En refusant de répondre aux questions qui fâchent et même de les aborder,
dont certaines sont posées par Arieli dans cet article, Olmert contribue à
geler la situation. Comme on pouvait s'y attendre, la réunion d'hier
(dimanche) avec Abbas n'a strictement rien donné. Il se pourrait bien que
cette attitude ne lui laisse que le Hamas et le front du refus comme seul
interlocuteur dans la société palestinienne]

Yediot Aharonot, 10 mars 2007

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3374712,00.html


Shaul Arieli *

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Par le refus justifié d'Israël de parler au Hamas, et par le refus
destructeur d'Olmert de donner toute substance à ses rencontres avec Mahmoud
Abbas, une situation désastreuse est en train d'émerger, désastreuse pour
les pragmatiques des deux côtés qui souhaitent avancer vers une solution.

La politique de Sharon et Mofaz, menée "au nom de la sécurité", sera un
obstacle sur le chemin de la stabilité nécessaire pour entamer un processus,
et sera même utilisée par les radicaux pour lui faire échec.

Si Olmert cherche encore à faire sortir le processus diplomatique du formol
où l'ont placé ses prédécesseurs, par la "Feuille de route" et par le "plan
de désengagement unilatéral", voici une liste non exhaustive de questions
auxquelles il aura à répondre :

Y a-t-il une chance pour que les dernières personnalités laïques parmi les
dirigeants de l'Autorité palestinienne acceptent le détachement qui se
poursuit de la Jérusalem Est arabe, y compris ses lieux saints, de l'espace
vital palestinien?

Y a-t-il quelqu'un, de l'autre côté, qui accepterait la poursuite de
l'effondrement économique et social de Jérusalem, résultat de sa coupure de
son tissu social naturel et quotidien que connaissait la zone métropolitaine
palestinienne qui s'étendait de Naplouse à Hebron?

Y a-t-il un seul dirigeant palestinien qui accepterait la séparation de la
Cisjordanie en deux parties, par une enclave qui comprendrait Ma'aleh
Adoumim, enclave plus grande que Tel-Aviv? Et Israël démantèlerait-il le
Mur, qui a coûté des centaines de millions?

Israël démantèlera-t-il les énormes terminaux construits pour les
Palestiniens à Kalandiya, Gilo, et al-Zaim? Construira-t-il un nouveau mur
entre quartiers israéliens et palestiniens, ou permettra-t-il aux
Palestiniens d'entrer librement dans Jérusalem et de là en Israël, ce qui
ferait de toute la clôture de sécurité un énorme éléphant blanc?

Comment un dirigeant palestinien, quel qu'il soit, accepterait-il que
continue le régime des autorisations de déplacement mis en place près des
zones tampon, où plus de 95% des Palestiniens n'ont pas le droit d'être
présents dans la zone comprise entre la clôture et la ligne Verte?

Et que se passerait-il? Le gouvernement israélien annulerait-il ce régime
purement et simplement et permettrait-il à tout Palestinien de traverser
cette zone et de continuer sans interruption pour se retrouver en Israël, ou
essaierait-il de déplacer vers l'Est les terres palestiniennes et les
milliers de Palestiniens qui s'y trouvent encore, au prix d'encore quelques
bons milliards? (sans parler du coût humain, ndt).

Y a-t-il une chance pour qu'un gouvernement palestinien, même dirigé par le
seul Fatah, accepte que continue l'existence de la zone H2 à Hebron (le
quartier juif au coeur de la ville, qui fait tant de bruit, ndt), devenue
ville fantôme où des dizaines de milliers de Palestiniens rasent les murs de
peur de se faire agresser par des colons fanatiques?

Comment les représentants de l'Etat pourraient-ils revenir sur les
considérations de sécurité qu'ils ont présentées à la Haute cour, arguant
qu'il n'y a pas de sécurité sans séparation? Et puis, y a-t-il quelqu'un
pour penser sérieusement qu'il serait plus logique et possible s'évacuer
35.000 Palestiniens plutôt que 500 colons israéliens?

Et alors, alors seulement, regretterons-nous d'avoir confié aux mains d'une
poignée de ministres sans aucune vision de l'avenir la continuité d'une
présence belliqueuse et voleuse censée maintenir le lien du judaïsme à la
ville de ses ancêtres, même en cas de paix?

Comment les Palestiniens accepteraient-ils le régime des routes mis en place
aujourd'hui, qui leur interdit tout déplacement sur la plupart des grandes
artères de Cisjordanie, artères construites sur des terres qui leur ont été
confisquées?

Comment Israël permettra-t-il le libre déplacement des Palestiniens depuis
la ligne Verte vers les grandes villes palestiniennes, sur des routes qui
ont été, sans réelles raisons de sécurité, repoussées dans des zones
tampons, comme les autoroutes 443, 60, 5 et 446? Et que vont proposer les
architectes de l'annexion, "au nom de la sécurité" : des postes d'inspection
sur chaque route, qui coûteraient des dizaines de millions? Des routes
séparées pour les Juifs et les Arabes, avec au milieu un mur, sur le modèle
de la route que l'on est en train de construire à l'Est de Jérusalem? Ou
devront-ils démanteler des dizaines de kilomètres de clôture construits sans
raison (voir la décision de la Haute cour concernant la barrière de ciment
au Sud du Mont Hebron)?

Comment Saeb Erekat (négociateur en chef de Mahmoud Abbas, ndt)
accepterait-il que se poursuive le détachement de la Vallée du Jourdain de
l'espace vital palestinien, détachement effectué par un système de check
points opérés par de seuls ordres oraux, et non par écrit? Israël
pourra-t-il continuer à empêcher les "propriétaires absents" palestiniens de
retourner depuis la Jordanie sur les terres dont ils sont propriétaires dans
la Vallée du Jourdain?

Tout comme Sharon et Mofaz en leur temps, Olmert pense lui aussi que le
front palestinien du refus offre à Israël le temps nécessaire pour créer une
situation où "de nouveaux faits accomplis sur le terrain" renforceraient la
position du président Bush, à savoir qu'il serait irréaliste de s'attendre à
ce que le résultat de négociations soit un retrait total sur les frontières
de 1949 (ou du 4 juin 1967, ce qui revient au même, ndt).

Mais si la politique décrite ci-dessus continue longtemps, Olmert va se
rendre compte que, pendant qu'il s'occupe d'affaires futiles, ses manoeuvres
ne font que contribuer à la perpétuation d'un conflit auquel les radicaux
ont grand intérêt, et donner au Hamas le temps dont il a besoin pour
s'établir dans la société palestinienne sans autre alternative modérée.


* Le colonel (réserve) Saul Arieli est l'un des artisans des accords de
Genève. Il en est l'un des principaux négociateurs sur les questions de
sécurité.




[En refusant de répondre aux questions qui fâchent et même de les aborder,
dont certaines sont posées par Arieli dans cet article, Olmert contribue à
geler la situation. Comme on pouvait s'y attendre, la réunion d'hier
(dimanche) avec Abbas n'a strictement rien donné. Il se pourrait bien que
cette attitude ne lui laisse que le Hamas et le front du refus comme seul
interlocuteur dans la société palestinienne]

Yediot Aharonot, 10 mars 2007

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3374712,00.html

Quelques questions qui fâchent à Ehoud Olmert
Shaul Arieli *

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Par le refus justifié d'Israël de parler au Hamas, et par le refus
destructeur d'Olmert de donner toute substance à ses rencontres avec Mahmoud
Abbas, une situation désastreuse est en train d'émerger, désastreuse pour
les pragmatiques des deux côtés qui souhaitent avancer vers une solution.

La politique de Sharon et Mofaz, menée "au nom de la sécurité", sera un
obstacle sur le chemin de la stabilité nécessaire pour entamer un processus,
et sera même utilisée par les radicaux pour lui faire échec.

Si Olmert cherche encore à faire sortir le processus diplomatique du formol
où l'ont placé ses prédécesseurs, par la "Feuille de route" et par le "plan
de désengagement unilatéral", voici une liste non exhaustive de questions
auxquelles il aura à répondre :

Y a-t-il une chance pour que les dernières personnalités laïques parmi les
dirigeants de l'Autorité palestinienne acceptent le détachement qui se
poursuit de la Jérusalem Est arabe, y compris ses lieux saints, de l'espace
vital palestinien?

Y a-t-il quelqu'un, de l'autre côté, qui accepterait la poursuite de
l'effondrement économique et social de Jérusalem, résultat de sa coupure de
son tissu social naturel et quotidien que connaissait la zone métropolitaine
palestinienne qui s'étendait de Naplouse à Hebron?

Y a-t-il un seul dirigeant palestinien qui accepterait la séparation de la
Cisjordanie en deux parties, par une enclave qui comprendrait Ma'aleh
Adoumim, enclave plus grande que Tel-Aviv? Et Israël démantèlerait-il le
Mur, qui a coûté des centaines de millions?

Israël démantèlera-t-il les énormes terminaux construits pour les
Palestiniens à Kalandiya, Gilo, et al-Zaim? Construira-t-il un nouveau mur
entre quartiers israéliens et palestiniens, ou permettra-t-il aux
Palestiniens d'entrer librement dans Jérusalem et de là en Israël, ce qui
ferait de toute la clôture de sécurité un énorme éléphant blanc?

Comment un dirigeant palestinien, quel qu'il soit, accepterait-il que
continue le régime des autorisations de déplacement mis en place près des
zones tampon, où plus de 95% des Palestiniens n'ont pas le droit d'être
présents dans la zone comprise entre la clôture et la ligne Verte?

Et que se passerait-il? Le gouvernement israélien annulerait-il ce régime
purement et simplement et permettrait-il à tout Palestinien de traverser
cette zone et de continuer sans interruption pour se retrouver en Israël, ou
essaierait-il de déplacer vers l'Est les terres palestiniennes et les
milliers de Palestiniens qui s'y trouvent encore, au prix d'encore quelques
bons milliards? (sans parler du coût humain, ndt).

Y a-t-il une chance pour qu'un gouvernement palestinien, même dirigé par le
seul Fatah, accepte que continue l'existence de la zone H2 à Hebron (le
quartier juif au coeur de la ville, qui fait tant de bruit, ndt), devenue
ville fantôme où des dizaines de milliers de Palestiniens rasent les murs de
peur de se faire agresser par des colons fanatiques?

Comment les représentants de l'Etat pourraient-ils revenir sur les
considérations de sécurité qu'ils ont présentées à la Haute cour, arguant
qu'il n'y a pas de sécurité sans séparation? Et puis, y a-t-il quelqu'un
pour penser sérieusement qu'il serait plus logique et possible s'évacuer
35.000 Palestiniens plutôt que 500 colons israéliens?

Et alors, alors seulement, regretterons-nous d'avoir confié aux mains d'une
poignée de ministres sans aucune vision de l'avenir la continuité d'une
présence belliqueuse et voleuse censée maintenir le lien du judaïsme à la
ville de ses ancêtres, même en cas de paix?

Comment les Palestiniens accepteraient-ils le régime des routes mis en place
aujourd'hui, qui leur interdit tout déplacement sur la plupart des grandes
artères de Cisjordanie, artères construites sur des terres qui leur ont été
confisquées?

Comment Israël permettra-t-il le libre déplacement des Palestiniens depuis
la ligne Verte vers les grandes villes palestiniennes, sur des routes qui
ont été, sans réelles raisons de sécurité, repoussées dans des zones
tampons, comme les autoroutes 443, 60, 5 et 446? Et que vont proposer les
architectes de l'annexion, "au nom de la sécurité" : des postes d'inspection
sur chaque route, qui coûteraient des dizaines de millions? Des routes
séparées pour les Juifs et les Arabes, avec au milieu un mur, sur le modèle
de la route que l'on est en train de construire à l'Est de Jérusalem? Ou
devront-ils démanteler des dizaines de kilomètres de clôture construits sans
raison (voir la décision de la Haute cour concernant la barrière de ciment
au Sud du Mont Hebron)?

Comment Saeb Erekat (négociateur en chef de Mahmoud Abbas, ndt)
accepterait-il que se poursuive le détachement de la Vallée du Jourdain de
l'espace vital palestinien, détachement effectué par un système de check
points opérés par de seuls ordres oraux, et non par écrit? Israël
pourra-t-il continuer à empêcher les "propriétaires absents" palestiniens de
retourner depuis la Jordanie sur les terres dont ils sont propriétaires dans
la Vallée du Jourdain?

Tout comme Sharon et Mofaz en leur temps, Olmert pense lui aussi que le
front palestinien du refus offre à Israël le temps nécessaire pour créer une
situation où "de nouveaux faits accomplis sur le terrain" renforceraient la
position du président Bush, à savoir qu'il serait irréaliste de s'attendre à
ce que le résultat de négociations soit un retrait total sur les frontières
de 1949 (ou du 4 juin 1967, ce qui revient au même, ndt).

Mais si la politique décrite ci-dessus continue longtemps, Olmert va se
rendre compte que, pendant qu'il s'occupe d'affaires futiles, ses manoeuvres
ne font que contribuer à la perpétuation d'un conflit auquel les radicaux
ont grand intérêt, et donner au Hamas le temps dont il a besoin pour
s'établir dans la société palestinienne sans autre alternative modérée.


* Le colonel (réserve) Saul Arieli est l'un des artisans des accords de
Genève. Il a été l'un des principaux négociateurs sur les questions de
sécurité du côté israélien.
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