Le premier ministre et le Contrôleur de l'Etat se déchirent en public
Voici plusieurs semaines que les deux hommes échangent des propos peu amènes. A la base: l’enquête menée par les services de l’ex-juge Mikha Lindenstrauss sur le comportement de la Protection civile au cours de la 2ème guerre du Liban, en juillet août l’an passé. Une enquête diligentée d’ailleurs par Ehoud Olmert lui-même. Depuis, les rapports entre les deux hommes sont allés de charybde en Silla.
L’un a accusé l’autre d’entraver sciemment la bonne marche de l’enquête. L’autre a dénoncé des fuites systématiques aux médias et, surtout, une manœuvre visant à le pousser vers la sortie. Le tout, bien entendu, par presse interposée. Du jamais vu dans les annales du pays. Et si l’on sait que le juge Mikha Lidenstrauss planche aussi sur quatre dossiers mettant en cause le premier ministre… Alors, dans cette pièce à deux qui frôle le grotesque, qui a tort, qui a raison ou les torts sont-il partagés ?
Claude Klein, juriste, professeur de droit à l’université hébraïque.
Claude Klein : Je crois que dans cette affaire, les deux parties ont tort et raison en même temps. Le contrôleur de l’Etat est parfaitement justifié à dire que le premier ministre traîne les pieds en ce qui concerne ses réponses aux questions posées et, donc, il est en droit de déposer son pré-rapport sans plus attendre ces réponses. Cependant, la courtoisie voudrait que l’on accorde au chef du gouvernement un délai supplémentaire, même s’il est manifeste que celui-ci veut gagner du temps. Pourquoi? Et bien, le premier ministre a essayé de gagner du temps dans la perspective de la publication du rapport de la commission Vinograd. Là, c’est lui qui est en accusation et, donc, c’est lui qui se trouve dans la position la plus délicate. Cela dit, je pense que les deux parties se sont montrées d’une extrême maladresse. Le Contrôleur de l’Etat a eu hâte de courir à la presse, ce qui ne se fait pas en général, surtout quand on occupe une fonction de ce type, et le premier ministre, lui, a tenté de temporiser.
SO : Cette affaire témoigne, au fond, du climat délétère qui règne dans les hautes sphères de l’Etat. Les affaires de négligence, de corruption se sont multipliées. Ce qui a amené le Conseiller juridique du gouvernement à proposer la nomination d’un procureur spécial, chargé uniquement des enquêtes touchant les hommes politiques. A l’américaine! Qu’en dites-vous?
Claude Klein : Cette proposition risque de compliquer un peu les choses. Les critères retenus ne seront plus aussi clairs en ce qui concerne les hommes politiques. Il faudra également définir qui sont des hommes politiques. Les députés? Les ministres? Les maires des grandes villes? Je crois donc que cette idée posera plus de problèmes qu’elle n’aidera à en résoudre. Mais c’est une chose qui est à envisager.
SO : Une dernière question : d’aucuns, pour évacuer autant que faire se peut, ce fléau qu’est la corruption au plan politique d’une part et, d’autre part, remédier à la médiocrité de la classe politique, propose une modification radicale du système électoral israélien. Est-ce également votre sentiment?
Claude Klein : En effet, c’est vrai. Si l’on modifiait le système électoral, cela permettrait à des gens qui, aujourd’hui s’en éloigne, d’accéder à la classe politique. Malheureusement, il faudrait que les partis acceptent de modifier la loi électorale, d’autant plus qu’il faut une majorité absolue pour le faire. Mais c’est vrai, il y aurait des effets bénéfiques à adopter un mode de scrutin semblable à celui de l’Allemagne fédérale, par exemple, qui combine la proportionnelle et le scrutin de circonscription, mais je ne suis pas certain que l’on puisse y parvenir.