Vladimir Poutine à Munich : un discours marqué par la franchise
Les attentes n’ont pas été vaines : le chef de l’Etat russe, qui a commencé par promettre d’éviter les "formules diplomatiques aux angles arrondis mais vides", a exposé franchement, carrément par endroits, la position de Moscou sur des questions comme le programme nucléaire de l’Iran, l’élargissement de l’OTAN et la réforme de l’ONU. Et, bien que Vladimir Poutine ait spécialement noté que la Russie et les Etats-Unis ne seraient jamais ennemis, sa franchise ne peut qu’être considérée comme une sorte de réponse au récent "aveu sincère" du chef du Pentagone, Robert Gates, qui a publiquement rangé la Russie parmi les voyous et les ennemis de l’Amérique.
Pour commencer, le président de la Russie a constaté l’état de crise dans lequel se trouve le système des relations juridiques internationales : "Personne ne se sent plus en sécurité, a-t-il estimé, personne ne peut se réfugier derrière le droit international comme derrière une muraille de pierre".
Il a mentionné également que, dans les années 80, l’URSS et les Etats-Unis avaient signé un traité sur l’élimination de toute une classe de missiles de moyenne et de plus courte portée (traité FNI signé le 8 décembre 1987. - La Russie a accusé les Etats-Unis de violer ce traité en utilisant des missiles Hera pour tester leur système ABM - NdlR). "Aucun caractère universel n’a été conféré à ce document" et c’est pourquoi, aujourd’hui, "toute une série de pays – la RDPC, la République de Corée, l’Inde, l’Iran, le Pakistan et Israël – possèdent ce type de missiles."
Vladimir Poutine a également évoqué le sort du traité russo-américain sur la réduction des potentiels offensifs stratégiques (ce document n’a pas été nommément cité mais le sous-entendu était clair). Selon lui, la Russie a l’intention de remplir scrupuleusement ses engagements et de réduire, d’ici à 2012, le nombre de ses charges nucléaires à 1 700 (au lieu de 2 200). "J’espère, a-t-il dit, que nos partenaires agiront également dans la transparence et ne mettront pas de côté, à tout hasard, pour les mauvais jours, les quelque deux cents charges nucléaires excédentaires. Si le nouveau ministre américain de la Défense annonce, aujourd’hui, que les Etats-Unis ne vont pas planquer les charges excédentaires ni dans les arsenaux, ni sous l’oreiller, ni sous une couverture, je vous propose de vous lever et de l’applaudir debout. Ce serait très important." Ce n’est pas un hasard si le président Poutine a parlé de "couverture" : en vertu de la nouvelle politique nucléaire des Etats-Unis (2002), le nombre des charges sera réduit non par destruction, mais en recyclant des vecteurs stratégiques pour des missions non nucléaires. En d’autres termes, la possibilité demeure de déployer à nouveau les charges "réduites".
Vladimir Poutine a mentionné encore un autre problème lié, lui aussi, à la politique des Etats-Unis, le problème de la militarisation de l’Espace. Les conséquences de cette militarisation peuvent, dit-il, ne pas être "moindres que celles du début de l’ère nucléaire". Comme il l’a annoncé, la Russie a préparé un projet de traité international sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace, qui sera prochainement "adressé aux partenaires en qualité de proposition officielle". La question est de savoir si cette proposition retiendra l’attention des "partenaires" : Washington a jusque là bloqué tous les efforts déployés en vue de parvenir à un accord international sur la démilitarisation de l’Espace. D’ailleurs, le projet de budget des Etats-Unis pour 2008, que le Congrès est en train d’examiner, prévoit d’accroître de 25 % le financement du programme militaro-spatial, qui passerait de 4,8 milliards de dollars cette année à 6 milliards en 2008.
D’ailleurs, de l’avis du chef de l’Etat, la création d’un système ABM constitue une menace non seulement pour la Russie mais encore pour le monde entier : "nous nous plaçons dans l’hypothèse où, à un certain moment, la menace pouvant émaner de nos forces nucléaires sera totalement neutralisée. Cela signifie que l’équilibre sera rompu et que l’une des parties aura le sentiment de sa pleine sécurité ce qui, par conséquent, lui déliera les mains dans des conflits non seulement locaux mais aussi, peut-être, globaux."
Vladimir Poutine n’a pas éludé la question de la prolifération des technologies nucléaires qui inquiète aujourd’hui le monde entier. Soulignant que "l’attrait que présente, pour toute une série de pays, la possession d’armes de destruction massive" est nourri pas la domination du facteur "force" qui s’est imposé dans les relations internationales, le chef de l’Etat a appelé à une solution raisonnable du problème nucléaire iranien. Selon lui, "si la communauté internationale n’élabore pas une solution raisonnable pour résoudre ce conflit, le monde continuera d’être secoué par des crises semblables, déstabilisantes." Rappelons que la Russie avait proposé, il y a quelque temps, d’ouvrir des centres internationaux pour l’enrichissement de l’uranium. Les Etats-Unis ont eux aussi avancé une proposition analogue.
Pour ce qui est du programme de missiles de l’Iran, Vladimir Poutine a affirmé que la Russie n’avait pas fourni de technologies balistiques à l’Iran mais que, par contre, "d’autres pays (d’Europe et d’Asie) s’y étaient montrés très actifs. Il a rappelé que, dans les années 90, la Russie avait cessé, à la demande des Etats-Unis, de former les spécialistes iraniens qui étudiaient ces technologies, alors que des partenaires étrangers, notamment en Europe, n’avaient pas réagi de façon similaire. "Qui plus est, a ajouté le chef de l’Etat, aujourd’hui encore du matériel de guerre et des équipements spéciaux en provenance des Etats-Unis lui sont fournis (à l’Iran). Des pièces de rechange pour les avions F-14 sont toujours livrées", en dépit des enquêtes effectuées aux Etats-Unis.
Vladimir Poutine a également fourni certains éclaircissements concernant la politique énergétique de son pays qui est souvent examinée, ces derniers temps, dans le cadre des discussions sur la sécurité. Premièrement, il a une nouvelle fois déclaré que le Charte énergétique "ne satisfait pas vraiment" Moscou, qui n’a donc pas l’intention de la ratifier. Deuxièmement, il a répété que "les tarifs de l’énergie doivent être fixés par le marché et non faire l’objet de spéculations politiques, de pressions économiques ou de chantage". Enfin, a-t-il indiqué, la Russie est ouverte à la coopération dans le secteur de l’énergie et des entreprises étrangères participent aux grands projets énergétiques du pays. "Selon diverses estimations, a-t-il noté, jusqu’à 26 % du pétrole extrait en Russie… revient à des capitaux étrangers. Citez-moi donc des exemples d’une présence aussi importante du monde russe des affaires dans les secteurs économiques clefs des Etats occidentaux. Ces exemples n’existent pas."
Après avoir donné un exemple visible de "la stabilité et (de) l’ouverture" de l’économie russe, le président Poutine est passé à la politique intérieure, vu que, aujourd’hui, de nombreux pays voient dans le niveau de démocratie atteint par tel ou tel pays un prétexte à intervenir dans ces affaires intérieures (ce qui constitue déjà une question de sécurité, objet de la conférence de Munich). Après avoir rejeté les assertions sur "l’unilatéralité du gouvernement russe", il a relevé que la Russie cherchait à établir un système pluraliste et que les modifications de la législation électorale allaient dans ce sens.
"La Russie a une histoire de plus de mille ans, a résumé Vladimir Poutine. Et elle a pratiquement toujours usé du privilège de mener une politique extérieure indépendante. Nous n’avons toujours pas, aujourd’hui encore, l’intention de modifier cette tradition."
RIA Novosti
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Le président russe, Vladimir Poutine, a quitté l’Arabie Saoudite satisfait. L’obligé des États-Unis dans la région a mis en évidence l'entente croissante entre les deux pays et le roi Abdallah a salué Poutine comme un homme de paix et de justice.
Des propos qui confirment les rapprochements très nets des deux pays, ennemis jurés avant l’effondrement du communisme. “Je vois dans le président Poutine un homme d'État, un homme de paix et un homme de justice et de droit. C'est pourquoi le royaume saoudien tend la main à la Russie pour nouer une amitié fondamentale”, devait déclarer le roi Abdallah d'Arabie en recevant son hôte. Riyad s’est souvenu que la Russie avait été le premier pays à reconnaître le royaume saoudien lors de sa création en 1932. En signe de reconnaissance, Poutine a été décoré des insignes du roi Abd el Aziz, fondateur du royaume, la plus haute distinction saoudienne. Poutine, dont la visite officielle de deux jours est la première d'un chef d'État russe en Arabie Saoudite, a souligné sa volonté de promouvoir les relations bilatérales, qui, a-t-il dit, ont connu un changement radical. “Ces dernières années, il n'y a plus de divergences idéologiques entre la Russie et le monde arabe et musulman”, a assuré Poutine, exprimant sa considération pour la contribution du souverain saoudien pour que la Russie obtienne, en 2005, le statut d'observateur au sein de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), qui compte 57 pays.Sur une population totale de 143 millions d'habitants, environ 15 à 20 millions de Russes sont des musulmans. Le président russe devait également s'entretenir avec le prince héritier, sultan Ben Abd el Aziz, ministre de la Défense.
Un accord aurait été obtenu, lors du séjour de Poutine, sur la vente de quelque 150 chars T-90 russes à l'Arabie Saoudite. Ce dernier, un client traditionnel des pays occidentaux, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement en armes.
La Russie a également proposé à Riyad des hélicoptères Mi-17 pour le transport de troupes. De fait, Riyad veut briser son intenable tête-à-tête avec Washington. Le courant s’est gâté entre les deux pays depuis septembre 2001, l’attentat des deux tours new-yorkaises.
D. B.

