L'Art concret et sa poétesse

Publié le par david castel

EXPOSITION. Une petite rétrospective, à la Haus Konstruktiv à Zurich, montre comment Verena Loewensberg a su introduire du charme dans cette tendance connue pour sa rigueur, à travers les œuvres de Max Bill ou de Lohse.

 
   
 
Philippe Mathonnet, Zurich
Mardi 16 janvier 2007


«Wall Drawings», de l´Américain Sol LeWitt, exposé à la Haus Konstruktiv de Zurich. Photo: Keystone
 
   
 
La grande salle du rez-de-chaussée de la Haus Konstruktiv à Zurich est occupée par une importante construction de l'Allemand Günter Umberg, né à Bonn en 1942. Cette installation tient du château de cartes et de tours à la Tatline. Structure en bois, à étages, elle sert de rangements à quelque 70 peintures d'autres artistes. Elle se veut une réflexion sur le constructivisme en tant que possibilité de résumer et de classer toutes les tendances...

Plus intéressant est le résumé de l'œuvre de Verena Loewensberg que représente la petite rétrospective que lui consacre le musée, au quatrième étage. En attendant l'importante monographie à paraître en 2008. Née en 1912, morte à 74 ans en 1986, cette artiste fut membre du groupe des Concrets zurichois. Etudiant à Paris en 1935 à l'Académie moderne, elle fit également partie du cercle Abstraction-Création et s'approcha d'artistes comme Georges Vantongerloo. En 1937, elle figure parmi les fondateurs d'Allianz, mouvement d'artistes alémaniques d'avant-garde.

La conception de ses peintures abstraites, comme celles des Max Bill, Richard Paul Lohse ou Camille Graeser, repose sur des rythmes mathématiques. Mais ses qualités de femme ont su en adoucir la sécheresse. Elle ne s'est pas non plus répandue en écrits théoriques comme ses collègues masculins. Mariée jeune, elle eut aussi deux enfants. Sa production en subit les contrecoups. Avec des phases d'expansion et de stagnation.

Les œuvres les plus anciennes montrées ici datent des années 1942-1944. Elles sont formées de polyèdres irréguliers ou de cercles de différents diamètres qui, en se chevauchant, créent des topologies proliférantes. Les couleurs sont encore restreintes au noir-blanc et au rouge. Mais assez vite, elles vont s'étoffer d'autres nuances, dont la particularité va être de puiser dans des gammes de couleurs rompues par d'autres, comme un mauve, entre le violet et le rose. Son registre reste toutefois celui des couleurs fortes, tel un ocre caramel, mais pas forcément vives à l'exemple des primaires (rouge, bleu, jaune) ou secondaires utilisées par Max Bill. Ses sonorités sont poétiques. Et les notations, les formes qui les sous-tendent sont plus aérées que celles de ses collègues. Ses compositions sont aériennes, comme ces constellations de petits carrés évidés qu'elle peint dans les années 50. Dans les années 60, les lignes de construction basculent. Mais ce n'est que lors de la décennie suivante que ses œuvres se libèrent totalement.

S'ensuit une profusion de séries inépuisables, de suites sans fin (Unendliche Folgen, est sous-titrée l'exposition), de variantes qui s'engendrent les unes les autres. Elle est celle qui, en regard du dogmatisme des autres, a décrispé l'Art concret, l'a ouvert à d'autres recherches. Notamment celles du hasard qu'exploite Gottfried Honegger. Et c'est de ses propositions que partent souvent ceux encore intéressés par cette tendance. Elle-même a exploré quantité de combinaisons, d'oppositions entre surfaces et lignes, ponctuations et envolées, disséminations et étendues, pesanteur et légèreté, symétrie et distorsion. Des ressorts qui lui permettent de disperser une poignée de triangles sur une diagonale, de confronter un carré sage à des baguettes étalées comme un jeu de mikado.

Sa vraie liberté, en fait, n'a pas été de s'affranchir du diktat des rythmes mathématiques mais d'avoir réussi à inscrire dans leurs contraintes ses propres familles de formes, des configurations qui n'appartiennent qu'à elle. Son apport est d'avoir donné de la souplesse à la rigidité.

Verena Loewensberg, Unendliche Folgen. Günter Umberg, Bilderhaus Schattenraum. Haus Konstruktiv (Selnaustrasse 25, Zurich, tél. 044/217 70 80, http://www.hauskonstruktiv.ch). Ma-ve 12-18h (me 20h), sa-di 11-18h. Jusqu'au 18 février.
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Publié dans LAETITIA

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