Chanteuse arabo-andalouse de talent

Publié le par david castel

Incarnant, depuis quelques années déjà, la variante algéroise et féminine de la musique arabo-andalouse, Nassima Chabane a sorti un album intitulé «Voix soufie, voix d’amour».

Le rossignol de la musique arabo-andalouse, qu’est Nassima Chabane, a bercé très jeune dans cette mouvance andalouse. Sa mère chantait et son père l’emmenait aux concerts. Elle a commencé au conservatoire par une formation classique universelle. Elle a eu la grande chance d’être encadrée par de grands maîtres, tels que Dahmane Benachour, Hadj Medjeber… Elle rejoint El-Widadia, fondée en 1932. Elle a fait son apprentissage aux quatre coins de l’Algérie. Douée d’une voix exceptionnelle, elle prend son envol en sol en 1979. Le regretté Hadj Hamidou Djaïdir, conseiller artistique au niveau de la Télévision algérienne, lui a demandé d’enregistrer une anthologie de la musique andalouse. L’enregistrement en question s’est déroulé sous la houlette de Mustapha Skandrani. Elle a été, pour ainsi dire, la première femme à exécuter totalement la nouba. Son départ en France en 1994 n’a fait que raffermir davantage sa carrière artistique. Son dernier album, édité en France, est essentiellement axé sur la philosophie soufie. Pour ce dernier album, elle a opté pour une nouvelle démarche musicale mais aussi religieuse à travers la philosophie soufie. Depuis très longtemps, elle voulait apporter un souffle nouveau tout en restant dans le patrimoine ancestral. Dans les années 80, elle avait enregistré plusieurs noubas avec l’orchestre symphonique de la Radio nationale et ce, sous la direction d’Abdelwahab Salim et Nachid Benderssi. Dans sa ville natale à Blida, elle chantait déjà des textes de cheikh Ahmed El-Alaoui de Mostaganem (1874-1934), grand maître spirituel de la confrérie soufie Al-Aâwiyya, mais à l’époque, confie-t-elle, elle ne savait pas qu’il s’agissait de textes soufis.
Dans son dernier album, elle a exhumé ses textes anciens, datant d’un millénaire mystique du soufisme. A travers son produit, elle a voulu mettre en exergue les mystiques andalous et maghrébins afin que le public les découvre. Elle a découvert l’Emir Abdelkader sous un autre angle. C’était, dit-elle, un homme détenteur d’une vaste culture.
C’était un intellectuel pieux, un poète magnifique. Il a été élevé par une mère illettrée qui, dans un premier temps, lui a enseigné le Coran et les bases théologiques. J’ai découvert ce personnage et choisi d’interpréter un beau poème intitulé «Je suis l’amour de l’Emir Abdelkader».
Le texte qu’a choisi Nassima est un texte remarquable dont la rime en arabe est sublime. Il est, confie-t-elle, proche d’Ibn Arabi, l’un des plus grands poètes qui soient en toutes langues. Cet album lui a nécessité deux ans de travail. Pour ce faire, elle a assisté à des conférences, consulté des livres et visité des expositions. Le message qu’elle avait transmis à travers son album est un message de paix et de tolérance. Ce qui a éveillé en elle le besoin de réaliser ce CD, a été la lecture d’un ouvrage collectif intitulé «Le livre international de la paix». Il est à noter, par ailleurs, que Voix soufie, voix d’amour sera disponible en début d’année en Algérie.

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