impérialisme, stade suprême du capitalisme
Impérialisme, stade suprême du capitalismede Nikolaï Chenguelaia
Bach Films - Les Chefs-d'oeuvre du cinéma russe 2006 / 7 € - 45.85 ffr.
Durée film 110 mn.
Classification : Tous publics
Avec : K.Gasanov, Melikov-Ali Sottar, Baba-Zade, Hairi Emir-Zade, etc.
Sortie Cinéma, Pays : Russie/Géorgie, 1932
Titre original : Dvadsat’ chest’ komissarov
Version : DVD 9, Zone 2
Format vidéo : PAL
Format image : Noir & Blanc, 4/3
Format audio : Russe, muet, mono
Sous-titres : Cartons français
Bonus :
- Révolution interplanétaire de Z.M. Komissarenko (1929)
- Fable politique ou comment expédier des capitalistes inutiles dans l’espace
- Tout sur le film
- Filmographie
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Dvadsat’ chest’ komissarov : Les 26 commissaires est un film d’un des pionniers du cinéma géorgien (et le père biologique de deux autres cinéastes géorgiens renommés : Eldar (Une exposition extraordinaire, 1968) et Guéorgui (Pirosmani)). Chenguelaïa est surtout connu pour son Elisso, classique recommandé à tous ceux qui étudient la culture traditionnelle géorgienne.
Les 26 commissaires est basé sur les événements historiques de la Révolution et de la Guerre civile à Bakou en 1918. Ville pétrolière de l’empire russe, renommée pour ses réserves d’or noir et l’empressement des compagnies étrangères - depuis la fin du XIXe siècle - à en assurer l’exploitation très lucrative, Bakou est l’objet de toutes les convoitises, entre Rouges et Blancs, mais aussi entre Russes et Puissances européennes. Profitant du chaos qui règne dans l’ancien empire, Grande-Bretagne et Etats-Unis se disputent le contrôle de la ville, en promettant leur aide militaire aux forces politiques locales. Plus que la lutte contre le bolchévisme en Russie, c’est la mise en coupe réglée des pétroles de Bakou qui motive cette ingérence étrangère «démocratique». A la limite, les puissances sont prêtes à laisser la Russie s’épuiser et exploser, tant qu’un cordon sanitaire empêche le bolchévisme de faire tâche d’huile… Ce qu’elles veulent en revanche, c’est préserver l’accès aux richesses des régions périphériques. D’autant que le pétrole doit échapper au contrôle de l’Allemagne de Guillaume II, qui veut déjà (ce sera une des obsessions de Hitler jusqu’à son suicide dans Berlin) s’emparer des richesses du Caucase et de la Caspienne.
Le film se fait donc traduction en images superbes de la théorie de Lénine dans Impérialisme stade suprême du capitalisme. Le monde industriel capitaliste profite du retard économique russe et de ses faiblesses politiques pour se disputer le contrôle de ses matières premières, hydrocarbures et main d’œuvre et la guerre mondiale est le déploiement radical de la lutte inexpiable entre intérêts capitalistes nationaux, dont la Russie – maillon faible du système capitaliste – fait les frais. Tant la richesse naturelle d’une région peut faire le malheur de ses habitants, s’ils n’ont pas la puissance militaire. Un sujet d’actualité, tant pour l’Asie centrale actuelle que pour d’autres régions pétrolières du monde. Nous sommes toujours dans l’âge du capitalisme mondialisé euro-américain et du pétrole avec une Russie affaiblie qui tente de garder le contrôle de son empire et pour cela choisit un régime autoritaire.
Bakou est divisée : socialistes et bolchéviks se disputent les faveurs des soviets locaux. Les dirigeants socialistes et libéraux russes pensent pouvoir profiter de l’éloignement et avoir le dessus sur les communistes. Ils présentent l’intervention étrangère comme une protection pour la révolution et la démocratie russes ; mais ceux qui comptent sincèrement sur les Alliés en seront pour leur frais : les autorités militaires britanniques leur font comprendre qui est le maître. Organisateurs de la résistance et de la grève, les commissaires bolchéviques sont arrêtés et exécutés, devenant les martyrs d’une cause qu’ils ont servie au sacrifice de leur vie. Sacrifice pas inutile puisqu’il aidera le prolétariat de Bakou, auquel le film est dédié, à prendre conscience de la justesse de leur combat.
C’est donc un beau film de propagande, qui célèbre le rôle des bolchéviks dans la Révolution fondatrice de l’URSS. Le spectateur cultivé ne peut s’empêcher de penser au paradoxe de cette instrumentation de l’histoire : en 1933, l’équipe stalinienne contrôle un Etat qui n’a de «soviétique» que le nom, qui a diabolisé et exilé le vainqueur de la Guerre civile (Trotsky) et liquide tranche par tranche, tendance par tendance, dans des procès truqués les vieux bolchéviks qui firent la révolution. Sans parler des socialistes révolutionnaires ou menchéviks restés en URSS…
Le film tourné par les studios d’Azerbaïdjan à Bakou fut encensé par la critique à sa sortie. Il est très spectaculaire, remarquable par ses métaphores poétiques et son symbolisme: la séquence de la marée noire est magnifique avec ses nappes, ses jets et bains de pétrole. L’or noir y apparaît comme une sorte de source de vie et de richesse qui, dans sa somptueuse opulence et son abondance, peut s’avérer fontaine de mort et cause du malheur. Réussie aussi son alternance de violence, de satire et parfois de grotesque. Des caractères d’expressionnisme lié à sa qualité de film muet. Quoique réalisé en 1932 et sorti en 1933, le film est en effet muet et c’est un des derniers du genre. La musique du concerto de Rachmaninov n’est évidemment pas d’origine, d’autant que le compositeur était Russe-blanc en exil et en pleine retour au religieux !
Les bonus comportent une fiche sur le film (l’orthographe des noms devrait être systématisée pour des raisons de cohérence et de clarté), la filmographie de Chenguelaïa et un court-métrage amusant de Z.M.Komissarenko : «fable politique ou comment expédier les capitalistes inutiles dans l’espace», sorte de divertissement à la Mélès revu par le bolchévisme.
Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 07/12/2006 )
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