L'Afghanistan comme jamais vu

Publié le par david castel

Editos, Analyses, Presse
christophe lamfalussy envoyé spécial à paris

Mis en ligne le 06/12/2006
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Pour la première fois, quatre trésors inestimables du patrimoine afghan sont montrés au public.
Ouverture de l'expo ce mercredi, au Guimet, à Paris.


Si, pour vous, l'Afghanistan est un pays de brigands, le couteau entre les dents, prêts à décapiter les mécréants, alors courez voir l'exposition qui s'ouvre à Paris au musée Guimet, "Afghanistan, les trésors retrouvés" . Non seulement ce sera un choc, mais aussi vous pourrez voir des objets d'une richesse éblouissante .

"Une exposition spectaculaire et historiquement importante", nous a dit, tout remué, lundi Paul Bernard, lors de l'inauguration. L'archéologue français fouilla le site d'Aï-Khanoum, une ville grecque aux avant-postes du monde hellénisé, à partir de 1964. Il fut aussi, jusqu'à l'intervention soviétique en 1979, le directeur de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA).



Un euro pour Kaboul


Le parlement afghan n'a consenti à laisser partir ces objets d'or, de lapis-lazuli et d'ivoire qu'après de nombreuses hésitations. Mais la situation précaire dans le pays, un coup de pouce du Président Chirac et la promesse qu'un euro de chaque billet d'entrée vendu à Paris ira à un fonds qui financera la construction d'un nouveau musée à Kaboul ont convaincu les députés de la Loya Jirga.

Au total, 220 pièces sont présentées, couvrant quatre trésors, qui représentent plusieurs périodes de ce pays qui fut un carrefour des commerçants, des généraux et des religieux qui allaient de la Chine à l'Europe et à l'Inde. "Nous montrons une Eurasie ouverte où se rejoignent les grands courants de pensée", explique le directeur du musée, Jean-François Jarrige. "C'est un patrimoine universel".

D'emblée le visiteur est saisi par quelques vases en or, finement ciselés, du trésor de Fullol, découvert fortuitement en 1966 et dont certaines pièces ont échappé à la hache de paysans trop contents de se partager le butin. Les récipients datent de l'âge du bronze, vers 2 000 ans avant notre ère, et témoignent de la richesse et du rayonnement de la province de la Bactriane, qui s'étendait le long du cours moyen de l'ancien fleuve Oxus. Le fleuve irriguait une longue vallée fertile qui jouxte actuellement les frontières du Turkménistan et de l'Ouzbékistan.

Aï Khanoum se trouvait aussi en Bactriane, mais c'était une ville plus tardive, qui est probablement l'"Alexandrie de l'Oxus" décrite par Ptolémée. C'était une avant-garde fonctionnelle de l'hellénisme, entre deux fleuves, où on a retrouvé des chapiteaux corinthiens et un magnifique cadran solaire, exposé au Guimet. Malheureusement, Aï Khanoum est aussi le symbole du pillage systématique auquel a été livré l'Afghanistan pendant les années de guerre. Le site a été sondé, trou par trou, et les objets sont aujourd'hui dispersés dans des collections privées en Europe et aux Etats-Unis. "80pc des richesses du pays ont été pillées", estime Paul Bernard. "Beaucoup a été volé en 1994-1995 quand les factions se disputaient Kaboul. Les Taliban ne cherchaient pas à piller mais à casser, comme nos révolutionnaires cherchaient à détruire les porches de nos cathédrales".

Le trésor de Begram, dont certaines pièces se trouvent dans les collections permanentes du Guimet, évoque lui l'empire des Kouchans qui prospéra aux premiers siècles après J-C. Exhumé par les archéologues français entre 1937 et 1939, à soixante kilomètres à l'est de Kaboul, là où se trouve désormais une base de l'armée américaine, le mystérieux trésor révèle d'étonnants ivoires indiens, des gobelets à décor de résille et des verres de décoration. Cargaison d'un marchand ambulant ? Vestige d'une civilisation multiculturelle ? Le mystère subsiste.

Le secret des sept clés

Mais le clou de l'exposition est sans hésitation le trésor de Tillia Tepe, découvert par un archéologue russe en 1978. C'est une débauche d'or, de grenats, de turquoise et de lapis-lazuli qui émerveille le visiteur. Viktor Sarianidi découvrit 21 618 pièces dans six tombeaux. Le trésor fut d'abord caché dans la cave du musée de Kaboul, puis mis à l'abri en 1989 dans une chambre forte de la banque nationale, dont la lourde porte était fermée par sept clés. Les sept Afghans gardèrent le secret, et ni les communistes, ni les Taliban ne parvinrent à ouvrir la porte.

Musée Guimet, 6 place Iéna à Paris, du 6 décembre 2006 au 30 avril 2007. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h.
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Publié dans a l'étranger

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