9 NOVEMBRE 1932 - QUAND L'ARMÉE SERVIT LE FASCISME

Publié le par david castel


Souvenirs utiles et mémoire vive

Les commémorations servent à nous mettre en garde. Pour que l'Histoire ne se répète pas, encore faut-il la connaître.
 

DANS CE NUMERO :
Mention « intellectuels précaires »
Quand la République s'emballe
Métro, boulot et interros
Le profit sans rivage
Une machine à éjecter


Sur la plaine de Plainpalais, à Genève, deux monuments se font face de part et d'autre d'une avenue : une pierre brute, un petit morceau de rocher, sur lequel est gravé « Aux victimes du 9 novembre 1932. Plus jamais ça », et un ensemble métallique à la mémoire des Brigadistes suisses de la guerre d'Espagne en 1936. Géographiquement proches, les monuments symbolisent la descente aux enfers de l'Europe aux prises avec le fascisme.

Les victimes du 9 novembre 1932 étaient treize travailleurs genevois tués et soixante-cinq blessés par l'armée au cours d'une contre-manifestation organisée par le Parti socialiste, pour s'opposer à la mise en accusation publique des dirigeants de gauche, Léon Nicole et Jacques Diker.

 

Une raison d'Etat

Les commémorations relèvent souvent d'une forme plus ou moins développée de nostalgie, parfois d'un passéisme sans saveur ou d'une habitude dont on ne sait se défaire. Mais, s'il fallait une raison, une seule, pour se souvenir et maintenir la mémoire des événements du 9 novembre 1932, ce serait la raison… d'Etat. Le 9 novembre, date anniversaire d'une épouvantable « bavure », est l'occasion d'affirmer, à titre encore et toujours préventif, le danger de l'intégration des partis réactionnaires dans des coalitions bourgeoises.

 

« Mise en accusation publique »

En 1932, les libéraux et les radicaux siègent au Conseil d'Etat aux côtés d'un fasciste de l'« Union nationale » dont le chef, Géo Oltramare, prône la dictature. Le 5 novembre, une affiche de l'« UN » apparaît sur les murs de Genève, annonçant pour le 9, dans la salle communale de Plainpalais, la « mise en accusation publique des sieurs Nicole et Viker ». Le parti socialiste (37 députés au Grand Conseil) demande l'interdiction de l'assemblée de l'« Union Nationale ». Le Conseil administratif et le Conseil d'Etat refusent. « Ceux-là seuls qui troubleront l'assemblée prendront la responsabilité de ce désordre », précisera le document rejetant la demande d'interdiction. Les autorités obtiennent le soutien de l'armée.

Le 9, à 21h35, l'armée suisse tire sur une foule désarmée. Pendant une quinzaine de secondes, semble-t-il. A la troupe, les officiers auraient dit : « C'est une révolution ». La première victime fut Henri Fürst, président du Parti communiste.

 

Plus proches des actionnaires que du peuple

Les temps ont changé. Le fascisme a montré sa monstruosité. La majorité de la population vit dans un confort très acceptable, les communistes ne sont plus pourchassés, les luttes sociales ont porté des fruits, la justice fait son travail et l'armée n'est plus censée intervenir dans les rues de Genève… Quoique, certains projets rivalisent de témérité à ce propos, et l'action de sécurité intérieure des militaires pourrait évoluer à la faveur d'une guerre antiterroriste dont il convient encore de définir les critères. Les politiciens sont désormais policés, même si quelques véloces parmi eux revendiquent une Suisse plus fermée et plus proche des actionnaires que du peuple. Le Parti socialiste participe au pouvoir, les syndicats négocient ce qu'ils peuvent et l'atmosphère n'est plus à la lutte des classes…

Restent les pauvres, les étrangers sans-papiers, mais rien n'est jamais parfait. Pour beaucoup, le combat pour plus de justice continue.

« Plus jamais ça », est-il gravé sur la pierre de Plainpalais. Plus jamais de compromissions entre le pouvoir et les plus… barbares d'entre nous.

Dan Rajtberger

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Publié dans Le Secret Bancaire

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