Comme c'est bizarre !

Publié le par david castel


[ 10/11/06 ]

UN DVD

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« Ce n'est pas un drame, et ce n'est pas drôle. » Assassine, la critique d'André Maurois après la sortie, sifflée, de « Drôle de drame », le 20 octobre 1937, au Colisée (qui, plus tard, réserva le même accueil à « La Règle du jeu » de Renoir) ! Librement adapté d'un roman britannique par un Jacques Prévert en grande forme, et réalisé par un Marcel Carné quasi débutant (âgé de vingt-huit ans, cet assistant de Jacques Feyder n'avait encore tourné qu'un seul film), ce polar burlesque prit de court un public pas encore prêt à apprécier l'humour anglo-saxon que consacreraient, plus tard, des films comme « Hellzapoppin » ou « Noblesse oblige ». Et choqua sans doute, en ridiculisant notables, curés, et... journalistes. Et pourtant !

Cette histoire improbable d'un digne professeur de botanique qui écrit sous pseudonyme de sanglants romans policiers dénoncés comme dignes d'excommunication par son cousin évêque devient, par le truchement des deux compères, une farce loufoque assez jubilatoire. Prévert prend des libertés, rajoute un personnage poético-terrifiant de tueur de bouchers à bicyclette, cisèle des dialogues truffés d'aphorismes au second degré. Et Carné s'offre le luxe de diriger aux studios de Joinville, dans des décors d'Alexandre Trauner, les plus grands interprètes du moment : Michel Simon (jubilatoire en botaniste dépassé par les évènements) et Louis Jouvet, impayable évêque libertin à la voix sépulcrale dont une réplique, « bizarre, bizarre », est entrée à jamais au panthéon sonore du 7e art. Savoir que les deux comédiens se détestaient ajoute à la drôlerie de leurs tête-à-tête. Ajoutez Françoise Rosay (épouse de Feyder, le mentor de Carné), Jean-Louis Barrault tout jeune, entre mime et théâtre, Jean-Pierre Aumont finement moustachu, en sémillant laitier conteur d'histoires... On est à la fête.

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Carné (et le dixième anniversaire de sa mort) ce DVD Collector propose de passionnants entretiens sur la genèse et la réalisation du film, ainsi qu'une interview de Françoise Rosay.

ANNIE COPPERMANN
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Publié dans LAETITIA

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