Le Christ s'est arrêté à Eboli
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De christomenzo, le 7 mai à 17:33
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De Cebolette, le 5 novembre à 23:46
De Cebolette, le 5 novembre à 23:46
Il est surprenant (quoique?!) que ce film ne soit réédité en DVD! Cerait-ce une actualité politique (même transposée) qui dérange encore?
De christomenzo, le 7 mai à 17:33
J'ai vu ce film en 1980; j'avais alors 17 ans et mon prof de français nous l'avait conseillé... je ne l'oublierai jamais...
le film bien sûr. il est tout à la fois un documentaire saisissant sur l'époque du fascisme en italie et un témoignage plein de sensibilité et d'intelligence sur la vie dans un village oublié du sud de l'italie.Ajoutez à cela un jeu parfait de l'acteur principal
un trés grand film en somme, et croyez moi, je suis trés trés difficile. cela fait 26 ans que je rêve de le revoir...
le film bien sûr. il est tout à la fois un documentaire saisissant sur l'époque du fascisme en italie et un témoignage plein de sensibilité et d'intelligence sur la vie dans un village oublié du sud de l'italie.Ajoutez à cela un jeu parfait de l'acteur principal
un trés grand film en somme, et croyez moi, je suis trés trés difficile. cela fait 26 ans que je rêve de le revoir...
Grand film, crucial pour comprendre le fascismo
De Arca1943, le 22 mai à 17:48
Note du film : 6/6
De Arca1943, le 7 mai à 17:06
Note du film : 6/6
De Arca1943, le 22 mai à 17:48
Note du film : 6/6
Autre fait important repérable dans ce film de Francesco Rosi - et dans le livre, bien sûr. Quand je dis « repérable », en fait j'y ai mis le temps, parce qu'il s'agit ici de repérer l'absence de quelque chose. Voilà : nous sommes en 1936; un leader antifasciste de Turin, Carlo Levi, membre du réseau clandestin Giustiza e Libertà (le futur Parti d'Action) est arrêté par le régime totalitaire pour activités antifascistes et condamné au « confino » (exil intérieur). Le docteur Levi est un ennemi du régime, un type à mettre à l'écart, un paria, un pestiféré ; le fascisme se mobilise contre lui. Pourtant, du fait que Carlo Levi soit juif, il n'est question nulle part ; ni le podestà local auquel il est confronté, ni les autorités de Rome qui l'ont arrêté ne s'en soucient. C'est la différence la plus frappante entre le fascisme italien et le nazisme : pendant les 15 premières années du « Ventennio », que tu sois Juif ou pas, le régime de Mussolini s'en fout comme de l'an quarante. C'est vraiment en tant qu'antifasciste que Carlo Levi est arrêté, et pas du tout en tant que Juif.
Flash forward. Par contre, quand l'autre Levi de Turin, Primo de son prénom (*) - aussi le personnage central d'un autre film de Francesco Rosi, La Trève - est arrêté en 1943, il est arrêté parce qu'il est Juif, et non parce qu'il est membre (lui aussi!) du glorieux Parti d'Action. Primo Levi insiste là-dessus dans l'entrevue « Le Devoir de mémoire ». L'intervieweur parle de cette arrestation comme une conséquence de son appartenance au Parti d'Action, mais Levi le coupe. Non, non, dit-il. « J'ai été arrêté [par les chemises noires] en tant que Juif, et aucunement en tant qu'antifasciste. »
Ces deux arrestations d'un Levi peuvent servir de premier point de repère pour bien comprendre l'enchaînement des faits et des idées. Le "virage antisémite" du fascisme italien se produit quelque part entre 1936 et 1940. (Certaines sources disent 1938, d'autres 1937). La suite du cauchemar est évoquée, notamment, dans L'Or de Rome et Le Jardin des Finzi-Contini indirectement (par métaphore) dans Une Journée particulière et Les Lunettes d'or et rétrospectivement dans Sandra.
Arca1943
(*) Aucun lien de parenté entre les deux Levi.
(**) Tout ceci ne veut évidemment pas dire que, comme par magie, il n'y ait eu aucun antisémite en Italie dans les années 20 ! On en trouvera une brochette, notamment, du côté du « Selvaggio », la revue de Mino Maccari, proche des positions du « fascisme agraire » et de celles de Curzio Malaparte (même si ce dernier, tout hystérique et ultraréactionnaire fût-il, n'était pas raciste. « Nous sommes de toutes les races ! », clamait-il). On trouvera dans les éditoriaux de Maccari et consorts le blabla habituel sur les méchants « banquiers juifs », etc. Il y en a, donc ; ce n'est pas qu'il n'y en eût pas du tout, évidemment. Cependant, le régime ne s'en empare pas pour sa propagande. Dans « L'idéologie fasciste », l'historien Zeev Sternhell explique que, jusqu'au milieu des années 30, les Juifs italiens ont été fascistes et antifascistes dans les mêmes proportions, tout simplement, que les autres Italiens ; l'historien Renzo De Felice note la même chose dans « Storia degli Ebrei italiani sotto il fascismo » ; et aussi Milza et Berstein dans « Le Fascisme italien ». Situation très différente de ce qui se passe dès le début en Allemagne. La suite est encore plus dingue, car le fascisme, s'il entreprend vers 1937 de devenir raciste, continue de ne pas croire à ce que Mussolini lui-même appelait en 1932 « le délire de la race » . Même Farinacci, le fasciste le plus enragé, « ne croyait pas aux théories du sang », nous apprend De Felice; ce qui en dit long. Donc, le Duce demande au "penseur" Julius Evola (ces guillemets sont une gracieuseté de l'historien Gaetano Salvemini) de lui pondre une théorie raciste susceptible de correspondre au nouveau tournant du régime et celui-ci revient avec la notion de « race intérieure »... Ouais, c'est pas les oxymorons qui les arrêtaient, ces gens-là !
Flash forward. Par contre, quand l'autre Levi de Turin, Primo de son prénom (*) - aussi le personnage central d'un autre film de Francesco Rosi, La Trève - est arrêté en 1943, il est arrêté parce qu'il est Juif, et non parce qu'il est membre (lui aussi!) du glorieux Parti d'Action. Primo Levi insiste là-dessus dans l'entrevue « Le Devoir de mémoire ». L'intervieweur parle de cette arrestation comme une conséquence de son appartenance au Parti d'Action, mais Levi le coupe. Non, non, dit-il. « J'ai été arrêté [par les chemises noires] en tant que Juif, et aucunement en tant qu'antifasciste. »
Ces deux arrestations d'un Levi peuvent servir de premier point de repère pour bien comprendre l'enchaînement des faits et des idées. Le "virage antisémite" du fascisme italien se produit quelque part entre 1936 et 1940. (Certaines sources disent 1938, d'autres 1937). La suite du cauchemar est évoquée, notamment, dans L'Or de Rome et Le Jardin des Finzi-Contini indirectement (par métaphore) dans Une Journée particulière et Les Lunettes d'or et rétrospectivement dans Sandra.
Arca1943
(*) Aucun lien de parenté entre les deux Levi.
(**) Tout ceci ne veut évidemment pas dire que, comme par magie, il n'y ait eu aucun antisémite en Italie dans les années 20 ! On en trouvera une brochette, notamment, du côté du « Selvaggio », la revue de Mino Maccari, proche des positions du « fascisme agraire » et de celles de Curzio Malaparte (même si ce dernier, tout hystérique et ultraréactionnaire fût-il, n'était pas raciste. « Nous sommes de toutes les races ! », clamait-il). On trouvera dans les éditoriaux de Maccari et consorts le blabla habituel sur les méchants « banquiers juifs », etc. Il y en a, donc ; ce n'est pas qu'il n'y en eût pas du tout, évidemment. Cependant, le régime ne s'en empare pas pour sa propagande. Dans « L'idéologie fasciste », l'historien Zeev Sternhell explique que, jusqu'au milieu des années 30, les Juifs italiens ont été fascistes et antifascistes dans les mêmes proportions, tout simplement, que les autres Italiens ; l'historien Renzo De Felice note la même chose dans « Storia degli Ebrei italiani sotto il fascismo » ; et aussi Milza et Berstein dans « Le Fascisme italien ». Situation très différente de ce qui se passe dès le début en Allemagne. La suite est encore plus dingue, car le fascisme, s'il entreprend vers 1937 de devenir raciste, continue de ne pas croire à ce que Mussolini lui-même appelait en 1932 « le délire de la race » . Même Farinacci, le fasciste le plus enragé, « ne croyait pas aux théories du sang », nous apprend De Felice; ce qui en dit long. Donc, le Duce demande au "penseur" Julius Evola (ces guillemets sont une gracieuseté de l'historien Gaetano Salvemini) de lui pondre une théorie raciste susceptible de correspondre au nouveau tournant du régime et celui-ci revient avec la notion de « race intérieure »... Ouais, c'est pas les oxymorons qui les arrêtaient, ces gens-là !
De Arca1943, le 7 mai à 17:06
Note du film : 6/6
« Cristo si è davvero fermato a Eboli, dove la strada e il treno abbandonano la costa di Salerno e il mare, e si addentrano nelle desolate terre di Lucania. Cristo non è mai arrivato qui, né vi è arrivato il tempo, né l'anima individuale, né la speranza, né il legame tra le cause e gli effetti, la ragione e la Storia. » (Carlo Levi, Cristo si è fermato a Eboli, chapitre 1)
Je vais me risquer. « Le Christ s'est vraiment arrêté à Eboli, là où la route abandonne la côte de Salerne et la mer pour s'enfoncer dans les terres désolées de Lucanie. Le Christ n'est jamais arrivé jusqu'ici, pas plus que ne sont arrivés le temps, ni l'âme individuelle, ni l'espoir, ni le lien entre les causes et les effets, ni la raison, ni l'Histoire. »
Rappelons que Carlo Levi, fils d'une riche famille libérale de Turin, en plus d'être médecin et militant politique du Parti d'Action (ex-Giustizia e Libertà), était également peintre. Et pendant son exil forcé à Gagliano, il a peint les paysans de Lucanie. Et de retour à Turin une fois la guerre finie, il a continué à les peindre, cette fois tels qu'ils apparaissaient dans son souvenir. Ça l'a travaillé toute sa vie.
À Montréal il y a deux ou trois ans, nous avons eu droit à une exposition Carlo Levi, très belle et révélatrice de l'état d'esprit de cet homme qui a subi, dans son propre pays, un intense choc culturel. La profonde ironie de la chose est que cet exil auquel le régime fasciste l'avait condamné lui a fait constater, lui a fait toucher du doigt à quel point le slogan fasciste d'une identité nationale italienne uniforme (*) était factice et mensonger.
« Allons, don Carlo, vous parlez comme s'il y avait deux Italies... »
(*) Voir par exemple ce titre révélateur de la revue Roma Futurista d'avril 1912 : «Facciamo l'Italiano tipo unico !» (Faisons l'Italien de type unique!) Il se retrouvera pratiquement tel quel dans le programme du MinCulPop - ou Ministère de la Culture Populaire - fondé dans les années trente pour fabriquer «L'Homme nouveau».
Je vais me risquer. « Le Christ s'est vraiment arrêté à Eboli, là où la route abandonne la côte de Salerne et la mer pour s'enfoncer dans les terres désolées de Lucanie. Le Christ n'est jamais arrivé jusqu'ici, pas plus que ne sont arrivés le temps, ni l'âme individuelle, ni l'espoir, ni le lien entre les causes et les effets, ni la raison, ni l'Histoire. »
Rappelons que Carlo Levi, fils d'une riche famille libérale de Turin, en plus d'être médecin et militant politique du Parti d'Action (ex-Giustizia e Libertà), était également peintre. Et pendant son exil forcé à Gagliano, il a peint les paysans de Lucanie. Et de retour à Turin une fois la guerre finie, il a continué à les peindre, cette fois tels qu'ils apparaissaient dans son souvenir. Ça l'a travaillé toute sa vie.
À Montréal il y a deux ou trois ans, nous avons eu droit à une exposition Carlo Levi, très belle et révélatrice de l'état d'esprit de cet homme qui a subi, dans son propre pays, un intense choc culturel. La profonde ironie de la chose est que cet exil auquel le régime fasciste l'avait condamné lui a fait constater, lui a fait toucher du doigt à quel point le slogan fasciste d'une identité nationale italienne uniforme (*) était factice et mensonger.
« Allons, don Carlo, vous parlez comme s'il y avait deux Italies... »
(*) Voir par exemple ce titre révélateur de la revue Roma Futurista d'avril 1912 : «Facciamo l'Italiano tipo unico !» (Faisons l'Italien de type unique!) Il se retrouvera pratiquement tel quel dans le programme du MinCulPop - ou Ministère de la Culture Populaire - fondé dans les années trente pour fabriquer «L'Homme nouveau».
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- et dans le livre, bien sûr. Quand je dis « repérable », en fait j'y ai mis le temps, parce qu'il s'agit ici de repérer l'absence de quelque chose. Voilà : nous sommes en 1936; un leader antifasciste de Turin,
- est arrêté en 1943, il est arrêté parce qu'il est Juif, et non parce qu'il est membre (lui aussi!) du glorieux Parti d'Action.
indirectement (par métaphore) dans
et
et rétrospectivement dans
.
(même si ce dernier, tout hystérique et ultraréactionnaire fût-il, n'était pas raciste. « Nous sommes de toutes les races ! », clamait-il). On trouvera dans les éditoriaux de Maccari et consorts le blabla habituel sur les méchants « banquiers juifs », etc. Il y en a, donc ; ce n'est pas qu'il n'y en eût pas du tout, évidemment. Cependant, le régime ne s'en empare pas pour sa propagande. Dans « L'idéologie fasciste », l'historien Zeev Sternhell explique que, jusqu'au milieu des années 30, les Juifs italiens ont été fascistes et antifascistes dans les mêmes proportions, tout simplement, que les autres Italiens ; l'historien Renzo De Felice note la même chose dans « Storia degli Ebrei italiani sotto il fascismo » ; et aussi Milza et Berstein dans « Le Fascisme italien ». Situation très différente de ce qui se passe dès le début en Allemagne. La suite est encore plus dingue, car le fascisme, s'il entreprend vers 1937 de devenir raciste, continue de ne pas croire à ce que Mussolini lui-même appelait en 1932 « le délire de la race » . Même Farinacci, le fasciste le plus enragé, « ne croyait pas aux théories du sang », nous apprend De Felice; ce qui en dit long. Donc, le Duce demande au "penseur" Julius Evola (ces guillemets sont une gracieuseté de l'historien Gaetano Salvemini) de lui pondre une théorie raciste susceptible de correspondre au nouveau tournant du régime et celui-ci revient avec la notion de « race intérieure »... Ouais, c'est pas les oxymorons qui les arrêtaient, ces gens-là !
, chapitre 1)