La force, encore et toujours?
["mettre les Palestiniens à la diète" : toujours les mêmes méthodes, qui
plus est inefficaces. Et l'on tente de persuader les Israéliens que "la
logique palestinienne est différente de la logique israélienne,
différente, en fait, de la logique humaine"]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3218685,00.html
Yediot Aharonot, 20 février 2006
par Ro'i Peled
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Depuis un mois, nos meilleurs cerveaux spécialistes de la sécurité
débattent de ce que nous devons faire à propos du Hamas. Ils ont organisé
des forums, se sont assis autour de tables, analysé les informations
fournies par les services secrets, discuté de la situation, imaginé des
scénarios, publié des informations et des statistiques, fait des
prédictions.
A la suite de quoi, ils ont trouvé une solution révolutionnaire à la
situation que constitue un gouvernement Hamas : assiéger la population et
provoquer la chute du gouvernement. Cela ne vous rappelle pas quelque
chose?
Ce même groupe d'experts a déjà vaincu le Hamas. Ses communicants nous ont
répété à l'envi que le Hamas était décapité et qu'il était au bord de
l'effondrement. Or, nous voici avec ledit Hamas qui se retrouve, le
sourire aux lèvres, à la tête de l'Autorité palestinienne.
Ce même groupe d'experts ès sécurité a, au début de la deuxième intifada,
développé le concept du "levier économique", produit de l'ex chef d'état
major Moshe Yaalon, qui était censé forcer Yasser Arafat à renoncer aux
moyens terroristes, confronté qu'il serait aux grognements de la
population civile qui souffrirait tous les jours.
Et on répète les mêmes erreurs
Les gouvernements israéliens ont toujours (sauf dans le cas quelque peu
exceptionnel du gouvernement Rabin), avec la coopération énergique et très
efficace de l'armée, tenté de persuader les Israéliens que la logique
palestinienne est différente de la logique israélienne, différente, en
fait, de la logique humaine.
Alors qu'en Israël, les attentats palestiniens, les incitations à la haine
et les frappes de toutes sortes ont provoqué de la haine et fait monter
notre désir de vengeance, le fait de rendre impossible la vie des
Palestiniens était donc censé renforcer les modérés en leur sein.
Oubliez ce que votre instituteur vous a appris (cercle vicieux de la
violence, la violence appelle la violence, etc.) : les bouclages à
répétition, les incursions de l'armée, les arrestations et les check
points vont amener les Palestiniens à la modération. Ils vont accepter
joyeusement la supériorité d'Israël, ils vont marcher à quatre pattes en
chantant la Hatikva (hymne national israélien, ndt).
Envisager les alternatives
Un petit noyau aux idées différentes, dont Giora Eiland, conseiller à la
sécurité nationale, propose d'attendre un peu et de réfléchir à la
réaction israélienne avant de réagir. Mais ces idées ont été avalées par
un establishment sécuritaire qui a tendance à faire la seule chose qu'il
sache faire : la force, beaucoup, et tout de suite.
Un siège économique de l'Autorité palestinienne en 2006 serait une
démonstration de force particulièrement brutale. Il ne mordrait pas sur le
budget films de l'Autorité palestinienne (pour ceux qui souhaitent se
débarrasser des auteurs de "Paradise Now"), ni sur le budget jardins
publics de la municipalité de Ramallah. Mais il ferait mal, concrètement
et physiquement, à des centaines de milliers de personnes, enfants comme
adultes, qui devraient se débrouiller avec de moins en moins de
nourriture, et ne pourraient plus de payer de médicaments.
Cela, bien entendu, va renforcer leur amour pour Israël, leur modération
et leur désir de paix.
A qui la responsabilité?
Mais pourquoi se plaindre des militaires? La véritable responsabilité
appartient aux dirigeants politiques qui, à chaque crise, se tournent vers
nos experts ès sécurité et appliquent leurs recommandations à la lettre.
Car qui oserait, en particulier à la veille d'élections, envisager des
solutions non agressives? Qui oserait penser que, peut-être, peut-être
seulement, la logique et la compréhension se trouve ailleurs que dans les
bureaux du ministère de la Défense?
Il semble que, au bout du compte, nous allons être forcés d'aller au clash
avec le Hamas. Mais nous ne saurons jamais si ce clash était inévitable,
si les choses auraient pu être différentes. Car le gouvernement israélien
refuse d'envisager toute autre option que celle de galoper vers le clash.
Les souffrances que nous infligerons aux Palestiniens, la pauvreté et la
faim, ne va pas les monter contre leurs dirigeants. Les Palestiniens vont
se souder autour de leurs "leaders forts" pour s'opposer à l'occupation.
Et quand viendra le clash, nous aurons face à nous, non pas une société
palestinienne divisée entre ceux qui sont en faveur du dialogue et les
partisans les Hamas, mais une société unie qui n'aura rien d'autre à
perdre que ses chaînes.
(1) Ro'i Peled dirige le département politique du Mouvement kibboutzique
unifié
plus est inefficaces. Et l'on tente de persuader les Israéliens que "la
logique palestinienne est différente de la logique israélienne,
différente, en fait, de la logique humaine"]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3218685,00.html
Yediot Aharonot, 20 février 2006
par Ro'i Peled
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Depuis un mois, nos meilleurs cerveaux spécialistes de la sécurité
débattent de ce que nous devons faire à propos du Hamas. Ils ont organisé
des forums, se sont assis autour de tables, analysé les informations
fournies par les services secrets, discuté de la situation, imaginé des
scénarios, publié des informations et des statistiques, fait des
prédictions.
A la suite de quoi, ils ont trouvé une solution révolutionnaire à la
situation que constitue un gouvernement Hamas : assiéger la population et
provoquer la chute du gouvernement. Cela ne vous rappelle pas quelque
chose?
Ce même groupe d'experts a déjà vaincu le Hamas. Ses communicants nous ont
répété à l'envi que le Hamas était décapité et qu'il était au bord de
l'effondrement. Or, nous voici avec ledit Hamas qui se retrouve, le
sourire aux lèvres, à la tête de l'Autorité palestinienne.
Ce même groupe d'experts ès sécurité a, au début de la deuxième intifada,
développé le concept du "levier économique", produit de l'ex chef d'état
major Moshe Yaalon, qui était censé forcer Yasser Arafat à renoncer aux
moyens terroristes, confronté qu'il serait aux grognements de la
population civile qui souffrirait tous les jours.
Et on répète les mêmes erreurs
Les gouvernements israéliens ont toujours (sauf dans le cas quelque peu
exceptionnel du gouvernement Rabin), avec la coopération énergique et très
efficace de l'armée, tenté de persuader les Israéliens que la logique
palestinienne est différente de la logique israélienne, différente, en
fait, de la logique humaine.
Alors qu'en Israël, les attentats palestiniens, les incitations à la haine
et les frappes de toutes sortes ont provoqué de la haine et fait monter
notre désir de vengeance, le fait de rendre impossible la vie des
Palestiniens était donc censé renforcer les modérés en leur sein.
Oubliez ce que votre instituteur vous a appris (cercle vicieux de la
violence, la violence appelle la violence, etc.) : les bouclages à
répétition, les incursions de l'armée, les arrestations et les check
points vont amener les Palestiniens à la modération. Ils vont accepter
joyeusement la supériorité d'Israël, ils vont marcher à quatre pattes en
chantant la Hatikva (hymne national israélien, ndt).
Envisager les alternatives
Un petit noyau aux idées différentes, dont Giora Eiland, conseiller à la
sécurité nationale, propose d'attendre un peu et de réfléchir à la
réaction israélienne avant de réagir. Mais ces idées ont été avalées par
un establishment sécuritaire qui a tendance à faire la seule chose qu'il
sache faire : la force, beaucoup, et tout de suite.
Un siège économique de l'Autorité palestinienne en 2006 serait une
démonstration de force particulièrement brutale. Il ne mordrait pas sur le
budget films de l'Autorité palestinienne (pour ceux qui souhaitent se
débarrasser des auteurs de "Paradise Now"), ni sur le budget jardins
publics de la municipalité de Ramallah. Mais il ferait mal, concrètement
et physiquement, à des centaines de milliers de personnes, enfants comme
adultes, qui devraient se débrouiller avec de moins en moins de
nourriture, et ne pourraient plus de payer de médicaments.
Cela, bien entendu, va renforcer leur amour pour Israël, leur modération
et leur désir de paix.
A qui la responsabilité?
Mais pourquoi se plaindre des militaires? La véritable responsabilité
appartient aux dirigeants politiques qui, à chaque crise, se tournent vers
nos experts ès sécurité et appliquent leurs recommandations à la lettre.
Car qui oserait, en particulier à la veille d'élections, envisager des
solutions non agressives? Qui oserait penser que, peut-être, peut-être
seulement, la logique et la compréhension se trouve ailleurs que dans les
bureaux du ministère de la Défense?
Il semble que, au bout du compte, nous allons être forcés d'aller au clash
avec le Hamas. Mais nous ne saurons jamais si ce clash était inévitable,
si les choses auraient pu être différentes. Car le gouvernement israélien
refuse d'envisager toute autre option que celle de galoper vers le clash.
Les souffrances que nous infligerons aux Palestiniens, la pauvreté et la
faim, ne va pas les monter contre leurs dirigeants. Les Palestiniens vont
se souder autour de leurs "leaders forts" pour s'opposer à l'occupation.
Et quand viendra le clash, nous aurons face à nous, non pas une société
palestinienne divisée entre ceux qui sont en faveur du dialogue et les
partisans les Hamas, mais une société unie qui n'aura rien d'autre à
perdre que ses chaînes.
(1) Ro'i Peled dirige le département politique du Mouvement kibboutzique
unifié
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[Sternhell se livre à une critique en règle du parti Kadima, créé par Ariel
Sharon, sous ses apsects diplomatiques comme sous ses aspects sociaux. Sa
conclusion : "Tout le monde va bientôt découvrir que la politique sans les
principes, qu'un parti dont la seule idéologie est de ne pas en avoir, qu'un
parti qui se construit sur l'idée de donner à chacun toutes sortes de bonnes
choses, et immédiatement, est voué à se fracasser à terre et à se
consumer."]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/686847.html
Ha'aretz, 24 février 2006
par Ze'ev Sternhell
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Quel était le secret de la magie d'Ariel Sharon? Pour la gauche, il a établi
un précédent d'une extrême importance : il n'y a pas de situation
irréversible. Pour la grande majorité de ceux qui aiment s'appeler
centristes, Sharon est devenu un héros parce que, tout en se retirant de
Gaza, il a bien fait comprendre aux Palestiniens qu'en ce qui le concernait,
ils ne constituaient pas un facteur qu'une puissance comme Israël avait à
prendre en considération. Tout comme Menahem Begin a évacué des colonies du
Sinaï et fait la paix avec l'Egypte en pensant au Grand Israël et à la paix
avec les Etats-Unis, Sharon a liquidé les colonies de la bande de Gaza pour
s'assurer sa liberté de mouvement en Cisjordanie et calmer les Etats-Unis,
dont il avait besoin pour s'occuper de l'Iran.
De fait l'évacuation du Goush Katif lui a rapporté un soutien populaire
considérable en Israël et dans le monde, fondé sur l'espérance de suites
immédiates et d'une reprise des pourparlers avec l'Autorité palestinienne.
Au lieu de quoi, à partir du moment où il avait décidé d'attendre que les
Palestiniens deviennent des "Finlandais", selon la formule de [son
conseiller] Dov Weissglas (métaphore peu sage d'ailleurs, les Finlandais
n'étant pas spécialement connus pour se rendre facilement), Sharon a préféré
créer à la hâte un parti attrape-tout sans caractère ni principes, mais qui
offrirait à l'Israélien moyen la possibilité d'éviter d'avoir à décider
comment il voyait son avenir et celui de ses enfants. Entre temps, l'opinion
publique israélienne connut une sorte de paralysie partielle, mais les
Palestiniens, dont rien dans leur vie n'avait changé depuis le
désengagement, et pour lesquels aucune perspective d'avenir ne s'était
ouverte, portèrent le Hamas au pouvoir.
Ainsi, nous nous retrouvons aujourd'hui avec le Hamas face à un gouvernement
israélien qui ne diffère d'un gouvernement du Likoud que par son apparence,
non par sa nature ni par ses valeurs fondamentales. Ce gouvernement est
dirigé avec le même aveuglement dont a su faire preuve la droite, tous
avatars confondus. En conséquence, il faut que les électeurs israéliens de
la vraie gauche et du vrai centre, qui lorgnent à droite, ne se racontent
pas d'histoires : le programme diplomatique de Kadima, précisé par Ehoud
Olmert, ne revient à rien d'autre qu'à une domination directe par Israël
d'environ la moitié de la Cisjordanie, et à la division du reste en cantons..
Quiconque croit que, sur cette base, il est possible de parvenir à un
quelconque règlement raisonnable doit donner son vote à Shaul Mofaz, un
likoudnik extrémiste qui, sur le terrain, est en train de jeter de l'huile
sur le feu, à Avi Dichter, le spécialiste des assassinats ciblés qui ne voit
pas plus loin que le bout de son nez, et à la bande de gâchettes faciles qui
les entoure. Ce sont ces gens-là qui contrôleront le parti Kadima de demain..
Comment les 30 millions de personnes qui habiteront en 2050 entre le
Jourdain et la Méditerranée vivront-ils si nous ne parvenons pas à un
règlement pacifique et à une coopération avec les Palestiniens? Ce n'est pas
une question à laquelle ils ont envie de répondre, encore moins à la veille
d'élections.
Et pourtant : si le champ diplomatique est saturé des immenses difficultés
qui nous attendent, le champ social est déjà le théâtre de destructions.
Quelque 1,2 million de personnes ont besoin d'aide immédiate pour subsister
et pour nourrir leurs enfants. Sans doute Olmert a-t-il essuyé la larme
qu'il garde pour de pareilles occasions à l'énoncé de leurs malheurs, mais,
comme nous avons appris à le savoir de la part du Premier ministre par
intérim, il sait offrir la panacée à tous les maux : sa politique
économique, a-t-il proclamé lors de sa première interview télévisée, sera
"une économie de la compassion".
Ce n'est pas un hasard si Israël et les Etats-Unis sont les deux seuls pays
du monde occidental où un homme politique ose employer ce mot sans
comprendre ses connotations humiliantes et méprisantes. Car il n'y a pas
d'autre pays occidental où l'insensibilité vis-à-vis de la pauvreté et de la
perte de la dignité humaine qui résulte de l'angoisse économique ait atteint
de telles proportions. Il n'y a pas un seul autre pays occidental où un
individu qui vit en-dessous du seuil de pauvreté soit considéré comme
quelqu'un qui a besoin de compassion, et non comme quelqu'un qui a été
dépouillé de ses droits.
Encore cette insulte aurait-elle pu être avalée si seulement ce ton cru et
condescendant donnait des résultats. Mais ceux qui aujourd'hui sont à la
tête du gouvernement sont les mêmes qui ont conçu la politique économique
qui a causé la faillite de la société israélienne. Ils peuvent donc déjà
être jugés sur leurs actes, ou plutôt de leurs échecs, et non sur des
programmes de toute façon très généraux et sans substance. Il est quand même
honteux que ces gens se dissocient complètement de l'examen du réel, et
fassent comme s'ils venaient d'arriver au pouvoir depuis les bancs de
l'opposition.
Quiconque pense qu'il est possible d'être à la fois à gauche, à droite et au
centre, va bientôt devoir souffrir d'une douloureuse gueule de bois. Cela
est vrai, en particulier, des électeurs du Shinoui qui ont suivi Uriel
Reishman pour rejoindre Kadima. Cela leur semblait une étape naturelle dans
leur quête d'un parti du centre, laïque et propre. Ils vont bientôt
découvrir qu'ils ont atterri dans le même vieux Likoud, seulement un peu
plus civilisé et un peu moins corrompu que l'original. Qui plus est, si
Olmert juge qu'il lui est utile de forger une alliance à leurs dépens avec
Netanyahou, ou avec les ultra-orthodoxes, il n'hésitera pas beaucoup. Tout
le monde va bientôt découvrir que la politique sans les principes, qu'un
parti dont la seule idéologie est de ne pas en avoir, qu'un parti qui se
construit sur l'idée de donner à chacun toutes sortes de bonnes choses, et
immédiatement, est voué à se fracasser à terre et à se consumer.
Sharon, sous ses apsects diplomatiques comme sous ses aspects sociaux. Sa
conclusion : "Tout le monde va bientôt découvrir que la politique sans les
principes, qu'un parti dont la seule idéologie est de ne pas en avoir, qu'un
parti qui se construit sur l'idée de donner à chacun toutes sortes de bonnes
choses, et immédiatement, est voué à se fracasser à terre et à se
consumer."]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/686847.html
Ha'aretz, 24 février 2006
par Ze'ev Sternhell
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Quel était le secret de la magie d'Ariel Sharon? Pour la gauche, il a établi
un précédent d'une extrême importance : il n'y a pas de situation
irréversible. Pour la grande majorité de ceux qui aiment s'appeler
centristes, Sharon est devenu un héros parce que, tout en se retirant de
Gaza, il a bien fait comprendre aux Palestiniens qu'en ce qui le concernait,
ils ne constituaient pas un facteur qu'une puissance comme Israël avait à
prendre en considération. Tout comme Menahem Begin a évacué des colonies du
Sinaï et fait la paix avec l'Egypte en pensant au Grand Israël et à la paix
avec les Etats-Unis, Sharon a liquidé les colonies de la bande de Gaza pour
s'assurer sa liberté de mouvement en Cisjordanie et calmer les Etats-Unis,
dont il avait besoin pour s'occuper de l'Iran.
De fait l'évacuation du Goush Katif lui a rapporté un soutien populaire
considérable en Israël et dans le monde, fondé sur l'espérance de suites
immédiates et d'une reprise des pourparlers avec l'Autorité palestinienne.
Au lieu de quoi, à partir du moment où il avait décidé d'attendre que les
Palestiniens deviennent des "Finlandais", selon la formule de [son
conseiller] Dov Weissglas (métaphore peu sage d'ailleurs, les Finlandais
n'étant pas spécialement connus pour se rendre facilement), Sharon a préféré
créer à la hâte un parti attrape-tout sans caractère ni principes, mais qui
offrirait à l'Israélien moyen la possibilité d'éviter d'avoir à décider
comment il voyait son avenir et celui de ses enfants. Entre temps, l'opinion
publique israélienne connut une sorte de paralysie partielle, mais les
Palestiniens, dont rien dans leur vie n'avait changé depuis le
désengagement, et pour lesquels aucune perspective d'avenir ne s'était
ouverte, portèrent le Hamas au pouvoir.
Ainsi, nous nous retrouvons aujourd'hui avec le Hamas face à un gouvernement
israélien qui ne diffère d'un gouvernement du Likoud que par son apparence,
non par sa nature ni par ses valeurs fondamentales. Ce gouvernement est
dirigé avec le même aveuglement dont a su faire preuve la droite, tous
avatars confondus. En conséquence, il faut que les électeurs israéliens de
la vraie gauche et du vrai centre, qui lorgnent à droite, ne se racontent
pas d'histoires : le programme diplomatique de Kadima, précisé par Ehoud
Olmert, ne revient à rien d'autre qu'à une domination directe par Israël
d'environ la moitié de la Cisjordanie, et à la division du reste en cantons..
Quiconque croit que, sur cette base, il est possible de parvenir à un
quelconque règlement raisonnable doit donner son vote à Shaul Mofaz, un
likoudnik extrémiste qui, sur le terrain, est en train de jeter de l'huile
sur le feu, à Avi Dichter, le spécialiste des assassinats ciblés qui ne voit
pas plus loin que le bout de son nez, et à la bande de gâchettes faciles qui
les entoure. Ce sont ces gens-là qui contrôleront le parti Kadima de demain..
Comment les 30 millions de personnes qui habiteront en 2050 entre le
Jourdain et la Méditerranée vivront-ils si nous ne parvenons pas à un
règlement pacifique et à une coopération avec les Palestiniens? Ce n'est pas
une question à laquelle ils ont envie de répondre, encore moins à la veille
d'élections.
Et pourtant : si le champ diplomatique est saturé des immenses difficultés
qui nous attendent, le champ social est déjà le théâtre de destructions.
Quelque 1,2 million de personnes ont besoin d'aide immédiate pour subsister
et pour nourrir leurs enfants. Sans doute Olmert a-t-il essuyé la larme
qu'il garde pour de pareilles occasions à l'énoncé de leurs malheurs, mais,
comme nous avons appris à le savoir de la part du Premier ministre par
intérim, il sait offrir la panacée à tous les maux : sa politique
économique, a-t-il proclamé lors de sa première interview télévisée, sera
"une économie de la compassion".
Ce n'est pas un hasard si Israël et les Etats-Unis sont les deux seuls pays
du monde occidental où un homme politique ose employer ce mot sans
comprendre ses connotations humiliantes et méprisantes. Car il n'y a pas
d'autre pays occidental où l'insensibilité vis-à-vis de la pauvreté et de la
perte de la dignité humaine qui résulte de l'angoisse économique ait atteint
de telles proportions. Il n'y a pas un seul autre pays occidental où un
individu qui vit en-dessous du seuil de pauvreté soit considéré comme
quelqu'un qui a besoin de compassion, et non comme quelqu'un qui a été
dépouillé de ses droits.
Encore cette insulte aurait-elle pu être avalée si seulement ce ton cru et
condescendant donnait des résultats. Mais ceux qui aujourd'hui sont à la
tête du gouvernement sont les mêmes qui ont conçu la politique économique
qui a causé la faillite de la société israélienne. Ils peuvent donc déjà
être jugés sur leurs actes, ou plutôt de leurs échecs, et non sur des
programmes de toute façon très généraux et sans substance. Il est quand même
honteux que ces gens se dissocient complètement de l'examen du réel, et
fassent comme s'ils venaient d'arriver au pouvoir depuis les bancs de
l'opposition.
Quiconque pense qu'il est possible d'être à la fois à gauche, à droite et au
centre, va bientôt devoir souffrir d'une douloureuse gueule de bois. Cela
est vrai, en particulier, des électeurs du Shinoui qui ont suivi Uriel
Reishman pour rejoindre Kadima. Cela leur semblait une étape naturelle dans
leur quête d'un parti du centre, laïque et propre. Ils vont bientôt
découvrir qu'ils ont atterri dans le même vieux Likoud, seulement un peu
plus civilisé et un peu moins corrompu que l'original. Qui plus est, si
Olmert juge qu'il lui est utile de forger une alliance à leurs dépens avec
Netanyahou, ou avec les ultra-orthodoxes, il n'hésitera pas beaucoup. Tout
le monde va bientôt découvrir que la politique sans les principes, qu'un
parti dont la seule idéologie est de ne pas en avoir, qu'un parti qui se
construit sur l'idée de donner à chacun toutes sortes de bonnes choses, et
immédiatement, est voué à se fracasser à terre et à se consumer.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
sources de financement et par l'isolement diplomatique, et à terme, de
nouvelles élections palestiniennes. Officiellement, on dément...]
New York Times, 14 février 2006
par Steven Erlanger
Selon certains représentants israéliens ainsi que des diplomates
occidentaux, les Etats-Unis et Israël discutent en ce moment d'une politique
destinée à déstabiliser le gouvernement palestinien, de sorte que les
nouveaux élus du Hamas échouent et que des élections soient de nouveau
organisées.
L'intention est de priver l'Autorité palestinienne d'argent et de relations
internationales jusqu'à ce que, dans quelques mois, son président Mahmoud
Abbas soit obligé d'organiser de nouvelles élections. L'espoir est que les
Palestiniens soient si mécontents de la vie sous un régime Hamas qu'un Fatah
réformé et aux ambitions réduites revienne au pouvoir.
Ces représentants soulignent aussi qu'un examen attentif du résultat des
élections montre que le Hamas bénéficie d'un mandat moins clair que ce que
l'on pensait généralement.
Les sources en question, qui affirment que cette approche est discutée en ce
moment au plus haut niveau du Département d'Etat et du gouvernement
israélien, s'expriment sous le couvert de l'anonymat car ils ne sont pas
autorisés à en faire état publiquement.
Ils disent qu'un choix sera offert au Hamas : ou bien reconnaître le droit
d'Israël à exister, abandonner la violence et accepter les accords
israélo-palestiniens précédents, ou risquer l'isolement et l'effondrement.
Les sondages indiquent que la promesse d'une vie meilleure faite par le
Hamas aux Palestiniens a largement expliqué sa victoire. Mais les Etats-Unis
et Israël affirment que la vie des Palestiniens n'en sera que plus dure si
le Hamas ne répond pas à ces trois exigences. Ils disent que le Hamas compte
renforcer ses milices et intensifier la violence. En conséquence, son
pouvoir doit lui être retiré.
Les officiels en charge de ces plans, savent que les dirigeants du Hamas ont
depuis longtemps rejeté les exigences de changement qu'on leur a présentées,
et ne s'attendent pas à ce que le Hamas y réponde. "L'important est de faire
porter la responsabilité de ce choix au Hamas", dit un diplomate occidental
de premier plan. "S'ils font le mauvais choix, toutes les options conduisent
vers une mauvaise direction".
Cette stratégie comporte de nombreux risques, en particulier compte tenu du
fait que le Hamas va tenter d'obtenir le soutien dont il a besoin auprès du
monde musulman au sens large, dont ses alliés syriens et iraniens, ainsi que
de la part de donateurs privés.
Il fera porter à Israël et aux Etats-Unis la responsabilité de ses
difficultés, appellera l'opinion mondiale à ne pas punir le peuple
palestinien pour leur choix libre et démocratique, montrera les souffrances
réelles que provoquerait un manque de fonds, pourrait avoir recours à la
confrontation militaire ouverte avec Israël, et en un sens, déclencher une
troisième intifada.
Pour nos sources, le plan de déstabilisation va s'effectuer essentiellement
au niveau financier. L'Autorité palestinienne connaît un déficit mensuel de
quelque 60 à 70 millions de $ après l'encaissement de 50 à 55 millions de $
mensuels, produit des taxes et droits de douanes collecté par Israël et due
aux Palestiniens.
Israël affirme qu'il cessera ces versements une fois que le Hamas aura pris
le pouvoir, et qu'il placera l'argent sous séquestre. Pour couronner le
tout, une partie de l'aide que l'Autorité palestinienne reçoit actuellement
sera coupée ou réduite par les Etats-Unis et par les gouvernements de
l'Union européenne, qui vont être contraints, que les considérations soient
légales ou politiques, à ne pas fournir des fonds à une Autorité
palestinienne dirigée par le Hamas. Cette organisation figure sur la liste
des organisations terroristes, à Washington et dans l'Union européenne.
Israël dispose d'autres leviers pour peser sur l'Autorité palestinienne : le
contrôle des entrées et des sorties depuis la Cisjordanie et la bande de
Gaza pour les biens et les personnes, le nombre de travailleurs autorisés à
travailler chaque jour en Israël, et même la monnaie utilisée dans les
territoires palestiniens, qui se trouve être le shekel israélien.
Au sein de l'armée israélienne, il a été envisagé de couper totalement Gaza
de la Cisjordanie et de faire de la frontière Gaza-Israël une frontière
internationale. Il est également envisagé de ne pas autoriser les députés du
Hamas , dont certains sont recherchés par les forces de sécurité
israéliennes, à se déplacer librement entre Gaza et la Cisjordanie.
Dimanche dernier, Ehud Olmert a annoncé après une réunion du conseil des
ministres qu'Israël considérerait que le Hamas serait au pouvoir le jour où
le parlement palestinien prêtera serment (soit ce samedi 19 février).
A partir de mars prochain, l'Autorité palestinienne va devoir faire face à
un déficit d'au moins 110 millions de $ par mois, soit plus d'un milliard de
$ par an, somme dont elle a besoin pour payer ses 140.000 fonctionnaires,
qui nourrissent au moins un tiers de la population palestinienne. Ce chiffre
comprend environ 58.000 membres des forces de sécurité, dont la plupart sont
affiliés au Fatah.
Si un gouvernement Hamas est dans l'incapacité de payer ses fonctionnaires,
d'importer des biens, de transférer des fonds et de recevoir des aides
importantes de l'extérieur, le président Mahmoud Abbas aurait alors le
pouvoir de dissoudre le parlement et d'appeler à de nouvelles élections,
même si ce pouvoir n'est pas explicite d'après la constitution
palestinienne.
Il existe un réel risque de crise économique. La bourse palestinienne a déjà
chuté de 20% depuis les élections du 25 janvier, et l'Autorité palestinienne
a épuisé ses capacités d'emprunt auprès des banques de l'intérieur.
Selon nos sources, le Hamas reçoit environ 100.000 $ en espèces par mois de
l'étranger, "mais il est difficile de transporter des millions de $ dans des
valises". Cela dit, les Etats-Unis, et surtout l'Union européenne,
souhaitent qu'un échec éventuel du Hamas ne soit pas considéré comme de la
responsabilité d'Israël ou des pays occidentaux, mais qu'il soit attribué au
Hamas lui-même.
Nos sources affirment qu'aujourd'hui, beaucoup va dépendre du comportement
de Mr Abbas, à qui il reste 4 ans de mandat présidentiel et qui insiste pour
dire que le Hamas a un droit démocratique à gouverner. Mais en même temps,
Mr Abbas a menacé de démissionner s'il n'a pas un gouvernement qui applique
les principes de sa politique, dont, dit-il, des négociations avec Israël en
vue d'un traité de paix définitif su la base d'une solution à deux Etats.
Les Etats-Unis et l'Union européenne lui auraient fortement demandé de
rester en poste et d'assumer ses responsabilités.
Certains diplomates occidentaux disent qu'ils s'attendent à ce que Mr Abbas
réitère ses positions samedi à l'occasion de son discours devant le nouveau
Parlement, annonçant ainsi une future confrontation avec le Hamas. (1)
Dans le cas de ses préparatifs face à la perspective d'un gouvernement
dirigé par le Hamas, Mr Abbas devrait tenter de renforcer sa position de
commandant en chef de toutes les forces armées palestiniennes, même si le
Premier ministre et le ministre de l'Intérieur disposent également d'un
contrôle à travers un conseil de sécurité présidé par le Premier ministre.
/...
Les nouveaux députés du Hamas affichent la sérénité. Farhat Asaad, l'un des
porte-parole du Hamas, et Nasser Abdaljawad, qui a remporté le siège de
Saffit à cause de deux candidatures du Fatah, ont donné aux Etats-Unis "un
an ou deux" pour accepter l'idée de traiter ouvertement avec le Hamas.
Mr Asaad, anciennement détenu par Israël, a dit : "nous espérons que ce
n'est pas la politique américaine. Parce que quiconque tentera de nous
isoler sera lui-même isolé dans la région". Selon lui, le Hamas va agir sur
deux fronts : réformer la vie politique palestinienne et "rompre l'isolement
de notre gouvernement". Si le Hamas réussit sur ces deux fronts, dit-il,
"nous aurons accompli une grande tâche pour notre peuple : une vie normale
avec la sécurité, et un état de droit sans abus de pouvoirs".
Le Hamas trouvera l'argent dont il a besoin dans le monde musulman, dit Mr
Abdaljawad, qui a passé 12 ans dans les prisons israéliennes et y a décroché
un doctorat. Le Hamas économisera de l'argent en mettant fin à la corruption
et optimisant les services. Le Hamas rompra la dépendance des Palestiniens
vis-à-vis d'Israël, dit-il.
Mr Asaad ajoute en riant : "d'abord, je remercie les Etats-Unis qui nous a
donné l'arme de la démocratie. Maintenant, il n'y a pas de retour en arrière
possible : les Etats-Unis et le monde ne peuvent pas tourner le dos à une
démocratie élue".
(1) cela a bien été le cas.
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New York Times, 15 février
Les Américains et les Israéliens démentent
"Il n'existe ni plan, ni projet, ni complot, ni conspiration de la part des
Etats-Unis et d'Israël pour déstabiliser un futur gouvernement palestinien",
a déclaré Sean McCormack, porte-parole du Département d'Etat. Il; réagissait
aux informations du New York Times (données plus haut).
Scott McClellan, responsable de la presse pour la Maison Blanche, a démenti
toute information "sur quelque sorte de plan que ce soit qui parlerait de
chasser le Hamas du pouvoir et d'organiser de nouvelles élections".
Ce qui existe, ont dit McCormack et McClellan, c'est une menace de couper
l'aide fournie aux Palestiniens si le Hamas ne renonce pas à la violence, ne
reconnaît pas Israël et n'accepte pas les accords antérieurs.
Daniel Ayalon, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, a déclaré :"nous voulons
souligner que nous ne voulons aucun mal au peuple palestinien, et qu'il est
de leur choix, ou bien de respecter les normes internationales, ou bien de
devenir une entité terroriste".
Néanmoins, un responsable israélien, s'exprimant sous le couvert de
l'anonymat à cause du caractère spéculatif de ses commentaires, a dit que
certains responsables pourraient avoir commencé à réfléchir à des scénarios
où le Hamas chuterait si l'aide était coupée. "Cela fait partie de la
diplomatie que d'échafauder différents scénarios, mais sans intention de les
rendre opératifs", a-t-il ajouté.
A Gaza, un responsable du Hamas, Mushir al-Masri, a déclaré que toute
tentative de faire tomber un gouvernement Hamas librement élu consisterait
"un rejet du processus démocratique que les Américains appellent de leurs
voeux jour et nuit".
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