Jéricho comme paradigme
[le raid israélien sur la prison de Jéricho serait un paradigme des
relations israélo-palestiniennes présentes et à venir, écrit Alex Fishman,
très proche des milieux militaires israéliens. Si on l¹en croit, il n¹y a
pas grand-chose de bon à attendre de la période à venirS]
Yediot Aharonot, 17 mars 2006
Jéricho comme paradigme
par Alex Fishman
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le raid sur la prison de Jéricho constitue un tournant dans la façon dont
Israël considère la stabilité de l¹Autorité palestinienne. De toutes les
questions soulevées lors de la planification de ce raid, celle des
répercussions sur Mahmoud Abbas n¹a plus intéressé personne. Et cette
manière de penser et d¹agir prévaudra désormais pour tout ce qui concernera
l¹Autorité palestinienne. Nous sommes passés de considérations politiques à
des considérations militaro-sécuritaires. Jusqu¹à présent, ces deux sortes
de considérations se partageaient à peu près à égalité. Et les officiers de
l¹armée le reconnaissent : la situation nouvelle nous convient davantage.
Ce changement de comportement vis-à-vis de l¹Autorité palestinienne après la
victoire du Hamas affectera tout d¹abord l¹importance des actions militaires
et la discrétion qui les entourera : si l¹armée veut assassiner, elle
assassinera. Si elle veut bombarder, elle bombardera. Si elle veut pénétrer
de nouveau dans Gaza, elle le fera. L¹armée a le sentiment que les
restrictions ont été levées. Si elle veut faire savoir à une Autorité
palestinienne dirigée par le Hamas qu¹en un seul instant, elle peut lui ôter
des mains toute indépendance, elle réoccupera l¹axe Philadelphie (frontière
entre Gaza et l¹Egypte, ndt) pour rogner les ailes à ce symbole de
souveraineté et entraver la liberté de mouvement. Le raid sur la prison de
Jéricho ne signifie pas seulement une prise de position ferme sur des
principes, mais également qu¹Israël est prêt à violer les règles du jeu.
Chez les responsables israéliens de la sécurité, il y a le sentiment que
nous nous dirigeons inévitablement vers un clash avec l¹Autorité
palestinienne. En mai, en juin ou en juillet : ils savent qu¹il arrivera.
Cela va aussi influencer certaines décisions comme le tracé de la clôture,
la construction du commissariat de police entre Maale Adoumim et Jérusalem,
l¹interdiction faite aux Palestiniens d¹entrer dans la Vallée du Jourdain,
et d¹autres mesures encore qui toutes servent une politique unilatérale.
Quant au dialogue avec l¹autre côté, il n¹y en aura aucun.
Mais l¹affaire du raid constitue aussi un paradigme de ce qui se passe en ce
moment dans l¹Autorité palestinienne depuis les élections. Pendant toute la
journée du mardi, depuis le stade du raid jusqu¹à l¹abandon de la prison,
des officiers israéliens ont observé de très près le comportement des
policiers palestiniens dans la prison de Jéricho. Il apparaît que les 180
policiers et membres des services de sécurité qui y étaient postés ont fait
preuve de deux qualités évidentes. L¹une a été le manque de volonté de se
battre jusqu¹à la mort ; l¹autre, le manque de volonté de quitter les lieux,
de fuir ou de se rendre, par crainte d¹être considérés comme des
collaborateurs. C¹est comme cela que se comportent aujourd¹hui les services
palestiniens de sécurité, ces dizaines de milliers d¹hommes qui touchent
leur salaire de l¹Autorité palestinienne, malgré le fait que personne ne
sache encore à qui ira leur loyauté ni ce qui se passera.
Le Hamas, d¹après nos responsables de la sécurité, continue à exercer une
certaine retenue dans l¹espoir de disposer de l¹espace nécessaire pour
former un gouvernement et prendre le contrôle de l¹Autorité palestinienne.
Mais du fait de cette retenue, il est en train de ronger son frein. Et cette
retenue, tôt ou tard, prendra fin. L¹opération de Jéricho n¹a rien apporté
au Hamas en termes de prestige. La seule réaction qu¹il ait su offrir, en
tant que parti au pouvoir, a été d¹organiser des manifestations de masse et
de tenter de canaliser la rage de ces masses en des actions contrôlées. Le
Jihad islamique et le Fatah, de leur côté, font tout leur possible pour
attirer le Hamas dans le cycle de la violence. Les tirs continus de
roquettes Qassam finiront par faire des victimes du côté israélien. Et
Israël n¹a pas l¹intention de réagir avec la retenue dont il avait fait
preuve vis-à-vis de l¹Autorité palestinienne d¹avant le Hamas. Il est
possible alors que le Hamas perde le contrôle, et c¹est précisément ce que
souhaite le Fatah. En cas de chaos, un clash violent avec Israël tirera le
tapis de dessous les pieds du gouvernement du Hamas.
-----------------------------------------------------------------------
Ha¹aretz, 20 mars 2006 : Shalom Arshav contre les appels au meurtre du
fasciste Baroukh Marzel
Le leader du parti raciste d¹extrême droite "Front juif" (ex parti "Kakh" du
rabbin Meir Kahana, interdit pour racisme), Baroukh Marzel, a déclaré lundi
que les dirigeants du parti Kadima étaient des "traîtres" et des
"criminels", et a appelé l¹armée à assassiner Uri Avnery, le leader de Goush
Shalom.
Uri Avnery ayant qualifié l¹assassinat du ministre Rehavam Zeevi(1) d¹
"assassinat ciblé", Marzel a dit que l¹armée devait "cibler" Avnery.
Shalom Arshav (La Paix Maintenant) a demandé au procureur général de l¹Etat
d¹examiner les propos de Baroukh Marzel qui, selon le mouvement, pourraient
constituer une incitation au meurtre et donc un délit. "Marzel oublie qu¹il
ne bénéficiera de l¹immunité que quand il sera élu, s¹il est élu, pas avant.
Il fait tout pour faire la une des news et pour choquer les gens" a dit
Shalom Arshav.
D¹après tous les sondages sérieux, le parti de Marzel n¹obtiendrait aucun
siège aux prochaines élections.
(1) le raid sur la prison de Jéricho a eu pour objet de capturer les auteurs
de ce meurtre.
relations israélo-palestiniennes présentes et à venir, écrit Alex Fishman,
très proche des milieux militaires israéliens. Si on l¹en croit, il n¹y a
pas grand-chose de bon à attendre de la période à venirS]
Yediot Aharonot, 17 mars 2006
Jéricho comme paradigme
par Alex Fishman
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le raid sur la prison de Jéricho constitue un tournant dans la façon dont
Israël considère la stabilité de l¹Autorité palestinienne. De toutes les
questions soulevées lors de la planification de ce raid, celle des
répercussions sur Mahmoud Abbas n¹a plus intéressé personne. Et cette
manière de penser et d¹agir prévaudra désormais pour tout ce qui concernera
l¹Autorité palestinienne. Nous sommes passés de considérations politiques à
des considérations militaro-sécuritaires. Jusqu¹à présent, ces deux sortes
de considérations se partageaient à peu près à égalité. Et les officiers de
l¹armée le reconnaissent : la situation nouvelle nous convient davantage.
Ce changement de comportement vis-à-vis de l¹Autorité palestinienne après la
victoire du Hamas affectera tout d¹abord l¹importance des actions militaires
et la discrétion qui les entourera : si l¹armée veut assassiner, elle
assassinera. Si elle veut bombarder, elle bombardera. Si elle veut pénétrer
de nouveau dans Gaza, elle le fera. L¹armée a le sentiment que les
restrictions ont été levées. Si elle veut faire savoir à une Autorité
palestinienne dirigée par le Hamas qu¹en un seul instant, elle peut lui ôter
des mains toute indépendance, elle réoccupera l¹axe Philadelphie (frontière
entre Gaza et l¹Egypte, ndt) pour rogner les ailes à ce symbole de
souveraineté et entraver la liberté de mouvement. Le raid sur la prison de
Jéricho ne signifie pas seulement une prise de position ferme sur des
principes, mais également qu¹Israël est prêt à violer les règles du jeu.
Chez les responsables israéliens de la sécurité, il y a le sentiment que
nous nous dirigeons inévitablement vers un clash avec l¹Autorité
palestinienne. En mai, en juin ou en juillet : ils savent qu¹il arrivera.
Cela va aussi influencer certaines décisions comme le tracé de la clôture,
la construction du commissariat de police entre Maale Adoumim et Jérusalem,
l¹interdiction faite aux Palestiniens d¹entrer dans la Vallée du Jourdain,
et d¹autres mesures encore qui toutes servent une politique unilatérale.
Quant au dialogue avec l¹autre côté, il n¹y en aura aucun.
Mais l¹affaire du raid constitue aussi un paradigme de ce qui se passe en ce
moment dans l¹Autorité palestinienne depuis les élections. Pendant toute la
journée du mardi, depuis le stade du raid jusqu¹à l¹abandon de la prison,
des officiers israéliens ont observé de très près le comportement des
policiers palestiniens dans la prison de Jéricho. Il apparaît que les 180
policiers et membres des services de sécurité qui y étaient postés ont fait
preuve de deux qualités évidentes. L¹une a été le manque de volonté de se
battre jusqu¹à la mort ; l¹autre, le manque de volonté de quitter les lieux,
de fuir ou de se rendre, par crainte d¹être considérés comme des
collaborateurs. C¹est comme cela que se comportent aujourd¹hui les services
palestiniens de sécurité, ces dizaines de milliers d¹hommes qui touchent
leur salaire de l¹Autorité palestinienne, malgré le fait que personne ne
sache encore à qui ira leur loyauté ni ce qui se passera.
Le Hamas, d¹après nos responsables de la sécurité, continue à exercer une
certaine retenue dans l¹espoir de disposer de l¹espace nécessaire pour
former un gouvernement et prendre le contrôle de l¹Autorité palestinienne.
Mais du fait de cette retenue, il est en train de ronger son frein. Et cette
retenue, tôt ou tard, prendra fin. L¹opération de Jéricho n¹a rien apporté
au Hamas en termes de prestige. La seule réaction qu¹il ait su offrir, en
tant que parti au pouvoir, a été d¹organiser des manifestations de masse et
de tenter de canaliser la rage de ces masses en des actions contrôlées. Le
Jihad islamique et le Fatah, de leur côté, font tout leur possible pour
attirer le Hamas dans le cycle de la violence. Les tirs continus de
roquettes Qassam finiront par faire des victimes du côté israélien. Et
Israël n¹a pas l¹intention de réagir avec la retenue dont il avait fait
preuve vis-à-vis de l¹Autorité palestinienne d¹avant le Hamas. Il est
possible alors que le Hamas perde le contrôle, et c¹est précisément ce que
souhaite le Fatah. En cas de chaos, un clash violent avec Israël tirera le
tapis de dessous les pieds du gouvernement du Hamas.
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Ha¹aretz, 20 mars 2006 : Shalom Arshav contre les appels au meurtre du
fasciste Baroukh Marzel
Le leader du parti raciste d¹extrême droite "Front juif" (ex parti "Kakh" du
rabbin Meir Kahana, interdit pour racisme), Baroukh Marzel, a déclaré lundi
que les dirigeants du parti Kadima étaient des "traîtres" et des
"criminels", et a appelé l¹armée à assassiner Uri Avnery, le leader de Goush
Shalom.
Uri Avnery ayant qualifié l¹assassinat du ministre Rehavam Zeevi(1) d¹
"assassinat ciblé", Marzel a dit que l¹armée devait "cibler" Avnery.
Shalom Arshav (La Paix Maintenant) a demandé au procureur général de l¹Etat
d¹examiner les propos de Baroukh Marzel qui, selon le mouvement, pourraient
constituer une incitation au meurtre et donc un délit. "Marzel oublie qu¹il
ne bénéficiera de l¹immunité que quand il sera élu, s¹il est élu, pas avant.
Il fait tout pour faire la une des news et pour choquer les gens" a dit
Shalom Arshav.
D¹après tous les sondages sérieux, le parti de Marzel n¹obtiendrait aucun
siège aux prochaines élections.
(1) le raid sur la prison de Jéricho a eu pour objet de capturer les auteurs
de ce meurtre.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[Irshad Manji est jeune, brillante et combative. Dans « The Trouble With Islam Today: A Muslim's Call for Reform in Her Faith » (traduit en français sous le titre « Musulmane mais Libre », aux éditions Grasset et Fasquelle), elle appelait l'Islam à revenir à la liberté de penser et l'Occident à l'y pousser.
Issue d'une famille musulmane d'origine indienne ayant fui l'Ouganda d'Amin Dada pour le Canada, celle qui s'affirme sur son site (http://www.muslim-refusenik.com) comme une « refuznik » de l'islam refermé sur lui-même que nous connaissons depuis le XIIIe siècle préfère au Jihad (la foi armée) l'Ijtihad (le débat d'idées) et le pratique depuis toujours.
C'est ainsi qu'elle fut, adolescente, renvoyée de la madrassah où elle étudiait le Coran en marge d'un cursus canadien classique pour avoir, troisième et ultime « provocation », demandé à son maître quelles preuves il avait de la « conspiration juive contre l'Islam ». Nullement découragée, elle persiste depuis lors à poser les questions qui fâchent...]
http://www.nytimes.com/2006/03/18/opinion/18manji.html
New York Times, 18 mars 2006
Par Irshad Manji
(trad. Tal pour LPM)
Le 28 mars, les Israéliens éliront un nouveau Premier ministre à la place d'Ariel Sharon, souffrant. Mais je parierais mon dernier shekel que je continuerai à entendre ces mots : « Le mur [fauteur] d'apartheid d'Ariel Sharon ». C'est une phrase toute faite que l'on a crachée sur presque tous les campus où je me suis rendue en Amérique du Nord et en Europe.
Pour toute une génération de musulmans, c'est ainsi qu'Ariel Sharon restera connu bien longtemps après avoir quitté ses fonctions : celui qui a unilatéralement érigé une barrière, pour l'essentiel une clôture, pour partie un mur, qui coupe des villages arabes en deux, empêche la circulation des Palestiniens ordinaires, paralyse l'économie locale et, en fin de compte, sépare des êtres humains.
Les critiques marquent un pointŠ jusqu'à un certain point.
Il est vrai que le « mur » suscite, côté palestinien, d'hypothétiques lamentations. Lorsque je suis allée voir d'imposants blocs de béton aux environs d'Abu Dhis [faubourg arabe de Jérusalem-Est], l'an dernier, un Arabe s'est approché de moi pour épancher sa tristesse. « Ça n'est pas bien, m'a-t-il dit, c'est dur. »
« Pourquoi croyez-vous qu'ils l'ont construit ? » ai-je demandé.
L'homme a hoché la tête et répété : « C'est dur. » Après un silence, il a ajouté : « Nous ne sommes pas deux peuples. Nous en sommes un. »
« Comment expliquez-vous les bombes humaines ? » me suis-je étonnée tout haut.
L'homme a souri. « Je ne comprends pas, a-t-il répliqué. Pas anglais. Merci. Au revoir. »
Était-ce ce que j'avais dit ? L'inconvenance de ma remarque à propos des martyrs palestiniens ? Mais là encore, comment ne pas en parler ?
Après tout, cette barrière, certes construite par M. Sharon, est fille des « shaheed », des auteurs d'attentats suicide que certains chefs palestiniens glorifièrent du titre de martyrs. Une roquette Quassam peut tuer deux ou trois personnes à la fois. Les bombes humaines font bien d'autres ravages. Depuis l'érection de la barrière, le nombre des attaques suicide a plongé, ce qui signifie que des vies d'innocents, arabes comme juifs, ont été ensemble épargnées. Un effort concret en vue de sauver la vie de civils justifie-t-il les épreuves endurées du fait de cette construction ? La fibre humanitaire en moi s'insurge, mais répond finalement que oui.
Il ne s'agit ici ni de nier, ni même de sous-estimer la souffrance arabe. Il mŒa fallu me contorsionner comme une gymnaste d'occasion pour aider une Palestinienne à faire passer ses sacs à provisions par une fente dans le mur (de telles fentes, surveillées de près par les soldats israéliens, existent). Cela m'a fait réfléchir à la difficulté accrue de cette course d'obstacles pour des gens deux fois plus âgés que moi, qui doivent se rendre à l'un des grands points de contrôle officiels des environs.
Je suis consciente qu'Israël n'entend pas tant confiner les Palestiniens « à l'intérieur »[des Territoires] que laisser les bombes humaines « dehors ». Mais, dans l'esprit de nombreux Palestiniens, Ariel Sharon n'a jamais vraiment tenu compte de l'humiliation ressentie par une sexagénaire arabe, dont la famille a cultivé la Terre sainte depuis des générations, quand elle doit montrer ses papiers à un immigrant éthiopien de dix-huit ans en uniforme de l'armée israélienne arrivé dans le pays huit mois plus tôt. En pareilles circonstances, barrières et murs paraissent cruellement gratuits.
Clôture ou non, en tout cas, Israël est une société assez ouverte pour tolérer des assignations en justice de la part d'associations qui refusent le moindre kilomètre du mur. M. Sharon lui-même a accepté d'en redessiner certaines parties quand la Cour suprême du pays a statué en faveur des plaignants. En quel autre lieu du Moyen-Orient Arabes et Juifs peuvent-ils ouvertement agir de concert pour contester, et faire changer, la politique nationale.
Je pensais à cela en observant une jeep de l'armée israélienne patrouillant aux abords de la fente à Abu Dhis. Le véhicule était bourré de soldats qui, en retour, me regardaient filmer le graffiti anti-israélien griffonné par des militants occidentaux : « L'Écosse hait les vampires sionistes ! » Je tournai ma caméra vidéo en direction des soldats. Nul ne m'intima de l'éteindre, ou de montrer ce que j'avais filmé. Mon chauffeur de taxi arabe était là, sans la moindre protection conférée par une plaque diplomatique ou un insigne de presse.
Comme tout(e) musulman(e), j'attends le jour où il n'y aura plus ni jeep ni mur à Abu Dhis. Mais allons-nous dire aux martyrs auto-proclamés de l'islam que le peuple non seulement les Arabes, mais les Arabes et les Juifs « est un » ? Qu'avant la clôture, il y eut l'attentat ? Et que la barrière peut être démontée, mais que les victimes de la bombe ont disparu à jamais ?
Les jeunes musulmans, surtout ceux qui ont eu le privilège de faire des études, ne peuvent éluder ces questions comme le fit mon interlocuteur d'Abu Dhis. En l'imitant, nous ne ferons que nous nuire à nous-mêmes. Après tout, une fois l'élection passée, nous ne pourrons plus nous en prendre à Ariel Sharon.
Issue d'une famille musulmane d'origine indienne ayant fui l'Ouganda d'Amin Dada pour le Canada, celle qui s'affirme sur son site (http://www.muslim-refusenik.com) comme une « refuznik » de l'islam refermé sur lui-même que nous connaissons depuis le XIIIe siècle préfère au Jihad (la foi armée) l'Ijtihad (le débat d'idées) et le pratique depuis toujours.
C'est ainsi qu'elle fut, adolescente, renvoyée de la madrassah où elle étudiait le Coran en marge d'un cursus canadien classique pour avoir, troisième et ultime « provocation », demandé à son maître quelles preuves il avait de la « conspiration juive contre l'Islam ». Nullement découragée, elle persiste depuis lors à poser les questions qui fâchent...]
http://www.nytimes.com/2006/03/18/opinion/18manji.html
New York Times, 18 mars 2006
Par Irshad Manji
(trad. Tal pour LPM)
Le 28 mars, les Israéliens éliront un nouveau Premier ministre à la place d'Ariel Sharon, souffrant. Mais je parierais mon dernier shekel que je continuerai à entendre ces mots : « Le mur [fauteur] d'apartheid d'Ariel Sharon ». C'est une phrase toute faite que l'on a crachée sur presque tous les campus où je me suis rendue en Amérique du Nord et en Europe.
Pour toute une génération de musulmans, c'est ainsi qu'Ariel Sharon restera connu bien longtemps après avoir quitté ses fonctions : celui qui a unilatéralement érigé une barrière, pour l'essentiel une clôture, pour partie un mur, qui coupe des villages arabes en deux, empêche la circulation des Palestiniens ordinaires, paralyse l'économie locale et, en fin de compte, sépare des êtres humains.
Les critiques marquent un pointŠ jusqu'à un certain point.
Il est vrai que le « mur » suscite, côté palestinien, d'hypothétiques lamentations. Lorsque je suis allée voir d'imposants blocs de béton aux environs d'Abu Dhis [faubourg arabe de Jérusalem-Est], l'an dernier, un Arabe s'est approché de moi pour épancher sa tristesse. « Ça n'est pas bien, m'a-t-il dit, c'est dur. »
« Pourquoi croyez-vous qu'ils l'ont construit ? » ai-je demandé.
L'homme a hoché la tête et répété : « C'est dur. » Après un silence, il a ajouté : « Nous ne sommes pas deux peuples. Nous en sommes un. »
« Comment expliquez-vous les bombes humaines ? » me suis-je étonnée tout haut.
L'homme a souri. « Je ne comprends pas, a-t-il répliqué. Pas anglais. Merci. Au revoir. »
Était-ce ce que j'avais dit ? L'inconvenance de ma remarque à propos des martyrs palestiniens ? Mais là encore, comment ne pas en parler ?
Après tout, cette barrière, certes construite par M. Sharon, est fille des « shaheed », des auteurs d'attentats suicide que certains chefs palestiniens glorifièrent du titre de martyrs. Une roquette Quassam peut tuer deux ou trois personnes à la fois. Les bombes humaines font bien d'autres ravages. Depuis l'érection de la barrière, le nombre des attaques suicide a plongé, ce qui signifie que des vies d'innocents, arabes comme juifs, ont été ensemble épargnées. Un effort concret en vue de sauver la vie de civils justifie-t-il les épreuves endurées du fait de cette construction ? La fibre humanitaire en moi s'insurge, mais répond finalement que oui.
Il ne s'agit ici ni de nier, ni même de sous-estimer la souffrance arabe. Il mŒa fallu me contorsionner comme une gymnaste d'occasion pour aider une Palestinienne à faire passer ses sacs à provisions par une fente dans le mur (de telles fentes, surveillées de près par les soldats israéliens, existent). Cela m'a fait réfléchir à la difficulté accrue de cette course d'obstacles pour des gens deux fois plus âgés que moi, qui doivent se rendre à l'un des grands points de contrôle officiels des environs.
Je suis consciente qu'Israël n'entend pas tant confiner les Palestiniens « à l'intérieur »[des Territoires] que laisser les bombes humaines « dehors ». Mais, dans l'esprit de nombreux Palestiniens, Ariel Sharon n'a jamais vraiment tenu compte de l'humiliation ressentie par une sexagénaire arabe, dont la famille a cultivé la Terre sainte depuis des générations, quand elle doit montrer ses papiers à un immigrant éthiopien de dix-huit ans en uniforme de l'armée israélienne arrivé dans le pays huit mois plus tôt. En pareilles circonstances, barrières et murs paraissent cruellement gratuits.
Clôture ou non, en tout cas, Israël est une société assez ouverte pour tolérer des assignations en justice de la part d'associations qui refusent le moindre kilomètre du mur. M. Sharon lui-même a accepté d'en redessiner certaines parties quand la Cour suprême du pays a statué en faveur des plaignants. En quel autre lieu du Moyen-Orient Arabes et Juifs peuvent-ils ouvertement agir de concert pour contester, et faire changer, la politique nationale.
Je pensais à cela en observant une jeep de l'armée israélienne patrouillant aux abords de la fente à Abu Dhis. Le véhicule était bourré de soldats qui, en retour, me regardaient filmer le graffiti anti-israélien griffonné par des militants occidentaux : « L'Écosse hait les vampires sionistes ! » Je tournai ma caméra vidéo en direction des soldats. Nul ne m'intima de l'éteindre, ou de montrer ce que j'avais filmé. Mon chauffeur de taxi arabe était là, sans la moindre protection conférée par une plaque diplomatique ou un insigne de presse.
Comme tout(e) musulman(e), j'attends le jour où il n'y aura plus ni jeep ni mur à Abu Dhis. Mais allons-nous dire aux martyrs auto-proclamés de l'islam que le peuple non seulement les Arabes, mais les Arabes et les Juifs « est un » ? Qu'avant la clôture, il y eut l'attentat ? Et que la barrière peut être démontée, mais que les victimes de la bombe ont disparu à jamais ?
Les jeunes musulmans, surtout ceux qui ont eu le privilège de faire des études, ne peuvent éluder ces questions comme le fit mon interlocuteur d'Abu Dhis. En l'imitant, nous ne ferons que nous nuire à nous-mêmes. Après tout, une fois l'élection passée, nous ne pourrons plus nous en prendre à Ariel Sharon.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[Au Fatah, certains souhaitent qu¹Abbas démissionne et dissolve l¹Autorité
palestinienne. Le Fatah ne participera pas au gouvernement ni, semble-t-il,
les autres petits partis laïques]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/695518.html
Ha¹aretz, 17 mars 2006
Dernières tractations avant la présentation du gouvernement palestinien
par Amira Hass
Plusieurs hauts responsables du Fatah ont demandé à Mahmoud Abbas, président
de l¹Autorité palestinienne, de démissionner, de dissoudre l¹Autorité
palestinienne et de rendre à Israël la responsabilité sur les territoires
occupés, en réaction aux mesures unilatérales israéliennes. Certains de ces
responsables ont dit vendredi que l¹idée de dissoudre l¹Autorité a été
débattue pour la première fois jeudi soir au comité central du Fatah.
Ce débat a mis en lumière les frustrations au sein du Fatah, battu par le
Hamas aux élections de janvier dernier, à la suite de la capture par Israël
d¹un leader palestinien radical dans la prison de Jéricho.
Un hait responsable du Fatah a dit que le collaborateur principal de Mahmoud
Abbas, Tayeb Abdel-Rahim, avait lancé le débat au sein du comité central :
"Abdel-Rahim a dit lors de cette réunion qu¹Abbas devait envisager de
démissionner et de dissoudre l¹Autorité palestinienne si Israël continuait
ses attaques et ses mesures unilatérales" a dit ce haut responsable, qui a
requis l¹anonymat. Il poursuit en citant toujours Abdel-Rahim : "pourquoi
accepter que le président Abbas reçoive coup après coup si, paraît-il, le
monde entier est derrière lui ?"
Abbas, qui a déjà démissionné alors qu¹il était premier ministre (d¹Arafat,
ndt) et qui a plusieurs fois depuis brandi la menace de la démission, a dit
au comité central qu¹il examinerait cette proposition.
Le Hamas, qui est sur le point de former un nouveau gouvernement auquel le
Fatah et d¹autres partis refusent de participer, a déclaré par
l¹intermédiaire du député Khaled Souleiman, qu¹il était contre la
dissolution de l¹Autorité palestinienne.
Un certain nombre d¹ONG et d¹envoyés internationaux ont évoqué les risques
de chaos et de violences su l¹Autorité palestinienne s¹effondrait du fait
des mesures destinées à isoler un gouvernement dirigé par le Hamas.
Les hauts responsables du Fatah cités plus haut disent que la dissolution de
l¹Autorité constituerait une manifestation de protestation contre ce qu¹ils
considèrent comme des efforts de la part d¹Israël et des Etats-Unis de
marginaliser Abbas en tant que partenaire pour de futures négociations.
Le Fatah ne participera pas au gouvernement
Par ailleurs, vendredi, le Fatah a décidé lors de la même réunion du comité
central de ne pas participer au gouvernement du Hamas. Des représentants du
Hamas à Gaza ont qualifié cette décision de "regrettable". Samedi, le Hamas
doit présenter son gouvernement à Mahmoud Abbas, puis lundi devant le
Parlement.
D¹après des sources proches du Hamas, le ministre des Affaires étrangères
serait Mahmoud Al-Zahar, un des leaders du mouvement à Gaza qu¹Israël a
tenté d¹assassiner. Saïd Seyam, autre dirigeant du Hamas, deviendrait
ministre de l¹Intérieur et aurait ainsi le contrôle sur trois forces de
sécurité palestiniennes.
Jeudi, le Hamas a négocié avec un certain nombre de petits partis, dont de
FPLP, la Troisième Voie (dirigée par l¹ancien ministre Salam Fayed), la
Liste alternative (Badil, coalition de trois petits partis de gauche) et
Palestine indépendante (dirigée par Mustafa Barghouti) (2). Les
représentants du Hamas ont dit qu¹ils espéraient encore que ces partis
accepteraient de participer au gouvernement.
Ce refus apparent des petits partis indique que les modifications qu¹a
introduites le Hamas dans son programme de gouvernement sont insuffisantes.
Le Hamas a déjà soumis trois projets successifs. Le premier projet
n¹envisageait des négociations avec Israël qu¹au cas où Israël reconnaissait
les droits du peuple palestinien et garantissait un retrait complet sur les
lignes de 1967.
Le Fatah a affirmé ne pas pouvoir participer à un gouvernement qui n¹accepte
pas le principe "stratégique" de la négociation avec Israël, et Fayed a
déclaré qu¹il ne participerait pas au gouvernement sans le Fatah.
Les autres partis n¹insistaient sur les négociations, mais souhaitaient que
le programme rappelle l¹OLP et son statut en tant que représentant du peuple
palestinien (1), et les décisions internationales concernant la résolution
du conflit israélo-palestinien.
Le Fatah et Palestine indépendante voulaient également qu¹il soit fait
mention de la déclaration d¹indépendance de l¹OLP de 1988, déclaration qui,
comme les décisions internationales, implique la reconnaissance d¹Israël.
(1) Rappel : le Hamas ne fait pas partie de l¹OLP
(2) ne pas confondre avec Marwan Barghouti, qui a conduit la liste du Fatah.
palestinienne. Le Fatah ne participera pas au gouvernement ni, semble-t-il,
les autres petits partis laïques]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/695518.html
Ha¹aretz, 17 mars 2006
Dernières tractations avant la présentation du gouvernement palestinien
par Amira Hass
Plusieurs hauts responsables du Fatah ont demandé à Mahmoud Abbas, président
de l¹Autorité palestinienne, de démissionner, de dissoudre l¹Autorité
palestinienne et de rendre à Israël la responsabilité sur les territoires
occupés, en réaction aux mesures unilatérales israéliennes. Certains de ces
responsables ont dit vendredi que l¹idée de dissoudre l¹Autorité a été
débattue pour la première fois jeudi soir au comité central du Fatah.
Ce débat a mis en lumière les frustrations au sein du Fatah, battu par le
Hamas aux élections de janvier dernier, à la suite de la capture par Israël
d¹un leader palestinien radical dans la prison de Jéricho.
Un hait responsable du Fatah a dit que le collaborateur principal de Mahmoud
Abbas, Tayeb Abdel-Rahim, avait lancé le débat au sein du comité central :
"Abdel-Rahim a dit lors de cette réunion qu¹Abbas devait envisager de
démissionner et de dissoudre l¹Autorité palestinienne si Israël continuait
ses attaques et ses mesures unilatérales" a dit ce haut responsable, qui a
requis l¹anonymat. Il poursuit en citant toujours Abdel-Rahim : "pourquoi
accepter que le président Abbas reçoive coup après coup si, paraît-il, le
monde entier est derrière lui ?"
Abbas, qui a déjà démissionné alors qu¹il était premier ministre (d¹Arafat,
ndt) et qui a plusieurs fois depuis brandi la menace de la démission, a dit
au comité central qu¹il examinerait cette proposition.
Le Hamas, qui est sur le point de former un nouveau gouvernement auquel le
Fatah et d¹autres partis refusent de participer, a déclaré par
l¹intermédiaire du député Khaled Souleiman, qu¹il était contre la
dissolution de l¹Autorité palestinienne.
Un certain nombre d¹ONG et d¹envoyés internationaux ont évoqué les risques
de chaos et de violences su l¹Autorité palestinienne s¹effondrait du fait
des mesures destinées à isoler un gouvernement dirigé par le Hamas.
Les hauts responsables du Fatah cités plus haut disent que la dissolution de
l¹Autorité constituerait une manifestation de protestation contre ce qu¹ils
considèrent comme des efforts de la part d¹Israël et des Etats-Unis de
marginaliser Abbas en tant que partenaire pour de futures négociations.
Le Fatah ne participera pas au gouvernement
Par ailleurs, vendredi, le Fatah a décidé lors de la même réunion du comité
central de ne pas participer au gouvernement du Hamas. Des représentants du
Hamas à Gaza ont qualifié cette décision de "regrettable". Samedi, le Hamas
doit présenter son gouvernement à Mahmoud Abbas, puis lundi devant le
Parlement.
D¹après des sources proches du Hamas, le ministre des Affaires étrangères
serait Mahmoud Al-Zahar, un des leaders du mouvement à Gaza qu¹Israël a
tenté d¹assassiner. Saïd Seyam, autre dirigeant du Hamas, deviendrait
ministre de l¹Intérieur et aurait ainsi le contrôle sur trois forces de
sécurité palestiniennes.
Jeudi, le Hamas a négocié avec un certain nombre de petits partis, dont de
FPLP, la Troisième Voie (dirigée par l¹ancien ministre Salam Fayed), la
Liste alternative (Badil, coalition de trois petits partis de gauche) et
Palestine indépendante (dirigée par Mustafa Barghouti) (2). Les
représentants du Hamas ont dit qu¹ils espéraient encore que ces partis
accepteraient de participer au gouvernement.
Ce refus apparent des petits partis indique que les modifications qu¹a
introduites le Hamas dans son programme de gouvernement sont insuffisantes.
Le Hamas a déjà soumis trois projets successifs. Le premier projet
n¹envisageait des négociations avec Israël qu¹au cas où Israël reconnaissait
les droits du peuple palestinien et garantissait un retrait complet sur les
lignes de 1967.
Le Fatah a affirmé ne pas pouvoir participer à un gouvernement qui n¹accepte
pas le principe "stratégique" de la négociation avec Israël, et Fayed a
déclaré qu¹il ne participerait pas au gouvernement sans le Fatah.
Les autres partis n¹insistaient sur les négociations, mais souhaitaient que
le programme rappelle l¹OLP et son statut en tant que représentant du peuple
palestinien (1), et les décisions internationales concernant la résolution
du conflit israélo-palestinien.
Le Fatah et Palestine indépendante voulaient également qu¹il soit fait
mention de la déclaration d¹indépendance de l¹OLP de 1988, déclaration qui,
comme les décisions internationales, implique la reconnaissance d¹Israël.
(1) Rappel : le Hamas ne fait pas partie de l¹OLP
(2) ne pas confondre avec Marwan Barghouti, qui a conduit la liste du Fatah.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[une idée absurde a cours actuellement en Israël : Israël pourrait
unilatéralement fixer ses frontières. Absurde mais populaire, puisque c¹est
le programme officiel d¹Ehoud Olmert et du parti Kadima]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3227066,00.html
Yediot Aharonot, 13 mars 2006
Espoirs évanouis
par Sever Plocker
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
En aucun cas Israël ne peut fixer unilatéralement ses frontières
Une idée absurde, sans aucun fondement, court en ce moment dans les milieux
politiques israéliens et atteint même Washington : le gouvernement israélien
pourrait passer par-dessus l¹Autorité palestinienne et fixer unilatéralement
ses frontières.
Récemment, le parti Kadima a adopté cette idée, et Ehoud Olmert l¹a évoquée
dans les médias. Un gouvernement dirigé par Olmert, dit-il, donnera aux
Palestiniens une chance limitée de défendre de nouveau leurs positions
autour d¹une table de négociations. S¹ils tardent trop, ou s¹ils choisissent
une approche "pourparlers aujourd¹hui, terrorisme demain", Israël prendra
l¹initiative.
Israël agira seul, a affirmé Olmert en forme de menace, et décidera, après
un dialogue avec la nation et avec la communauté internationale, où, très
précisément, passera la nouvelle frontière, et quelles parties de la
Cisjordanie seront annexées.
Bien entendu, rien de tout cela ne se produira, ni, d¹ailleurs, ne pourra
jamais se produire.
Un peu d¹histoire
Examinons les précédents de 1977 à 2005. Israël a fixé ses frontières au
sud, à l¹est et au nord. Dans chaque cas, sans aucune exception, et que les
gouvernements aient été de droite ou de gauche, il en est ressorti plusieurs
choses :
Israël s¹est toujours retiré sur la ligne d¹armistice de 1949 (frontière
internationalement reconnue avant la guerre de 1967).
Israël n¹a jamais laissé derrière lui un seul soldat ou une seule colonie.
Les colonies ont été évacuées. Car, après tout, les évacuer deux fois
n¹aurait eu aucun sens.
Israël n¹a jamais eu l¹audace de fixer des frontières unilatéralement ou
d¹annexer des territoires conquis en 1967 (1). Les frontières furent tracées
en accord avec certains Etats arabes et avec la communauté internationale.
Nous avons signé des traités de paix avec l¹Egypte et la Jordanie. Le
retrait du Liban a été approuvé (jusqu¹au dernier centimètre) par des
inspecteurs des Nations Unies. Même le désengagement de Gaza a été certifié
par les gouvernements arabes, malgré les objections de l¹Autorité
palestinienne.
Le monde, y compris les Etats-Unis, n¹a fini par accepter le tracé de la
clôture de séparation en Cisjordanie (très proche de la ligne Verte) que
lorsqu¹il a été convaincu sans l¹ombre d¹un doute que cette clôture était
une mesure de sécurité essentielle destinée à prévenir le terrorisme, et non
une mesure politique unilatérale.
Le message est clair
Que pouvons-nous apprendre de ces exemples ? Un message très clair se
dessine. Une frontière définitive sans accord définitif, cela n¹existe pas.
Donc, Israël ne peut en aucun cas tracer fixer unilatéralement ses
frontières avec l¹Autorité palestinienne.
Pour qu¹une pareille frontière bénéficie ne serait-ce que d¹un minimum de
reconnaissance internationale, il faudra prendre en compte les besoins et
les aspirations nationales des Palestiniens, et ils devront être d¹accord
avec le processus. Et ce, quels que soient leurs représentants politiques
élus du moment.
Il est également absurde de penser que le fait de parler de "fixer des
frontières définitives" menace le gouvernement palestinien d¹une quelconque
manière. En particulier aujourd¹hui : tout projet israélien de retrait
unilatéral, même partiel, sert les intérêts du Hamas et renforce à la fois
son pouvoir et sa main mise sur la société palestinienne.
Par ailleurs, il est improductif de coordonner des idées avec un président
Bush si profondément impopulaire et dont la politique moyen-orientale est si
profondément embourbée.
Assez de cartes
Pendant des années, Ariel Sharon se déplaçait avec une série de cartes sous
le bras. Il les dépliait devant tout interlocuteur qui se présentait à lui
pour lui montrer quelles zones Israël se devait de conserver pour toujours
afin d¹assurer sa sécurité et de répondre à ses besoins géographiques et
écologiques.
En 2004, Sharon arrêta de transporter des cartes. Il avait compris, au plus
profond de lui, qu¹Israël n¹était pas dans la position qui était celle des
Alliés en 1945, quand ils avaient forcé l¹Allemagne à la reddition.
Aujourd¹hui, nous ne sommes pas un empire victorieux qui puisse imposer les
frontières qu¹il souhaite sur les sables du Proche-Orient. Jamais nous
n¹avons été autorisés à le faire par le passé, et jamais nous ne le serons à
l¹avenir.
Les pourvoyeurs de cartes sont des marchands de rêves, qui veulent nous
vendre des espoirs évanouis.
(1) l¹auteur parle des territoires qui ont fait l¹objet d¹accords. Le Golan
et Jérusalem Est ont bien été annexés (ce qui n¹a pas empêché Ehoud Barak,
par exemple, de négocier avec la Syrie et avec l¹Autorité palestinienne).
unilatéralement fixer ses frontières. Absurde mais populaire, puisque c¹est
le programme officiel d¹Ehoud Olmert et du parti Kadima]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3227066,00.html
Yediot Aharonot, 13 mars 2006
Espoirs évanouis
par Sever Plocker
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
En aucun cas Israël ne peut fixer unilatéralement ses frontières
Une idée absurde, sans aucun fondement, court en ce moment dans les milieux
politiques israéliens et atteint même Washington : le gouvernement israélien
pourrait passer par-dessus l¹Autorité palestinienne et fixer unilatéralement
ses frontières.
Récemment, le parti Kadima a adopté cette idée, et Ehoud Olmert l¹a évoquée
dans les médias. Un gouvernement dirigé par Olmert, dit-il, donnera aux
Palestiniens une chance limitée de défendre de nouveau leurs positions
autour d¹une table de négociations. S¹ils tardent trop, ou s¹ils choisissent
une approche "pourparlers aujourd¹hui, terrorisme demain", Israël prendra
l¹initiative.
Israël agira seul, a affirmé Olmert en forme de menace, et décidera, après
un dialogue avec la nation et avec la communauté internationale, où, très
précisément, passera la nouvelle frontière, et quelles parties de la
Cisjordanie seront annexées.
Bien entendu, rien de tout cela ne se produira, ni, d¹ailleurs, ne pourra
jamais se produire.
Un peu d¹histoire
Examinons les précédents de 1977 à 2005. Israël a fixé ses frontières au
sud, à l¹est et au nord. Dans chaque cas, sans aucune exception, et que les
gouvernements aient été de droite ou de gauche, il en est ressorti plusieurs
choses :
Israël s¹est toujours retiré sur la ligne d¹armistice de 1949 (frontière
internationalement reconnue avant la guerre de 1967).
Israël n¹a jamais laissé derrière lui un seul soldat ou une seule colonie.
Les colonies ont été évacuées. Car, après tout, les évacuer deux fois
n¹aurait eu aucun sens.
Israël n¹a jamais eu l¹audace de fixer des frontières unilatéralement ou
d¹annexer des territoires conquis en 1967 (1). Les frontières furent tracées
en accord avec certains Etats arabes et avec la communauté internationale.
Nous avons signé des traités de paix avec l¹Egypte et la Jordanie. Le
retrait du Liban a été approuvé (jusqu¹au dernier centimètre) par des
inspecteurs des Nations Unies. Même le désengagement de Gaza a été certifié
par les gouvernements arabes, malgré les objections de l¹Autorité
palestinienne.
Le monde, y compris les Etats-Unis, n¹a fini par accepter le tracé de la
clôture de séparation en Cisjordanie (très proche de la ligne Verte) que
lorsqu¹il a été convaincu sans l¹ombre d¹un doute que cette clôture était
une mesure de sécurité essentielle destinée à prévenir le terrorisme, et non
une mesure politique unilatérale.
Le message est clair
Que pouvons-nous apprendre de ces exemples ? Un message très clair se
dessine. Une frontière définitive sans accord définitif, cela n¹existe pas.
Donc, Israël ne peut en aucun cas tracer fixer unilatéralement ses
frontières avec l¹Autorité palestinienne.
Pour qu¹une pareille frontière bénéficie ne serait-ce que d¹un minimum de
reconnaissance internationale, il faudra prendre en compte les besoins et
les aspirations nationales des Palestiniens, et ils devront être d¹accord
avec le processus. Et ce, quels que soient leurs représentants politiques
élus du moment.
Il est également absurde de penser que le fait de parler de "fixer des
frontières définitives" menace le gouvernement palestinien d¹une quelconque
manière. En particulier aujourd¹hui : tout projet israélien de retrait
unilatéral, même partiel, sert les intérêts du Hamas et renforce à la fois
son pouvoir et sa main mise sur la société palestinienne.
Par ailleurs, il est improductif de coordonner des idées avec un président
Bush si profondément impopulaire et dont la politique moyen-orientale est si
profondément embourbée.
Assez de cartes
Pendant des années, Ariel Sharon se déplaçait avec une série de cartes sous
le bras. Il les dépliait devant tout interlocuteur qui se présentait à lui
pour lui montrer quelles zones Israël se devait de conserver pour toujours
afin d¹assurer sa sécurité et de répondre à ses besoins géographiques et
écologiques.
En 2004, Sharon arrêta de transporter des cartes. Il avait compris, au plus
profond de lui, qu¹Israël n¹était pas dans la position qui était celle des
Alliés en 1945, quand ils avaient forcé l¹Allemagne à la reddition.
Aujourd¹hui, nous ne sommes pas un empire victorieux qui puisse imposer les
frontières qu¹il souhaite sur les sables du Proche-Orient. Jamais nous
n¹avons été autorisés à le faire par le passé, et jamais nous ne le serons à
l¹avenir.
Les pourvoyeurs de cartes sont des marchands de rêves, qui veulent nous
vendre des espoirs évanouis.
(1) l¹auteur parle des territoires qui ont fait l¹objet d¹accords. Le Golan
et Jérusalem Est ont bien été annexés (ce qui n¹a pas empêché Ehoud Barak,
par exemple, de négocier avec la Syrie et avec l¹Autorité palestinienne).
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
qu'Ariel ferait partie d'Israël, l'annonce de la mise en route effective
du projet E-1 entre Maale Adoumim et Jérusalem, et bien d'autres, une
nouvelle réconfortante sur le front judiciaire : la Haute cour (et l'Etat,
par l'intermédiaire du Procureur général) donne raison à Shalom Arshav sur
les colonies illégales. Cette fois, il ne s'agit plus de quelques
caravanes, comme à Amona, mais d'un très gros quartier de 1.500 logements.
Reste à attendre le jugement définitif, et surtout, bien sûr, son
application éventuelle, ce qui est une autre histoire...]
Yediot Aharonot, 15 mars 2006
L'Etat ordonne l'arrêt de la construction dans la colonie de Modi'in Illit
L'Etat va ordonner l'arrêt de la construction de nouveaux logements dans
le quartier "Matityahou Ouest" situé dans la colonie de Cisjordanie de
Modi'in Illit, a annoncé mercredi le cabinet du Procureur de l'Etat au
cours d'une audience de la Haute cour de Justice consacrée à cette
affaire.
En outre, l'Etat envisage d'ouvrir une enquête criminelle sur les
entreprises privées qui ont commencé des constructions illégales;
La procédure contre la construction dans cette colonie est une initiative
conjointe de Shalom Arshav (la Paix Maintenant) et du conseil de Bil'in,
un village palestinien voisin (1). Selon les requérants, ce nouveau
quartier est en train d'être construit sur des terres palestiniennnes
acquises illégalement (2).
L'audience de la Haute cour, présidée par les juges Aharon Barak, Ayala
Procaccia et Salim Joubran, examinait une requête des entrepreneurs qui
souhaitaient annuler la décision de la Cour de stopper la construction
dans un délai de deux mois. Cette décision interdisait toute construction
supplémentaire, et aucun nouvel habitant ne devait y être logé.
Selon Shalom Arshav et le conseil de Bil'in, les habitants de Bil'in ne
s'étaient pas vu offritr la possibilité d'exprimer leur opposition au
projet, et aucun plan de construction ne leur avait été soumis.
Les entrepreneurs, de leur côté, soutenaient que, du fait que de
nombreuses familles avaient déjà acquis des logements et contracté des
emprunts, la construction devait pouvoir se poursuivre et devait être
autorisée de manière rétroactive;
"Il s'agit d'un projet de construction énorme", dit Yariv Oppenheimer,
secrétaire général de Shalom Arshav. "Si, pour Amona (avant-poste illégal
évacué suite à une action en justice de Shalom Arshav, ndt), il ne
s'agissait que de neuf caravanes et et de neuf familles, ici, en
comparaison, c'est une colonie illégale immense, vraiment un quartier
entier".
La Haute cour n'a pas encore statué sur la question de savoir si des
familles pouvaient continuer à habiter les appartements déjà achevés, ni
si celles qui ont acheté des appartements pouvaient s'y installer. L'arrêt
définitif de la cour sera rendu à une date ultérieure.
"Cette position prise par l'Etat, qui interdit donne un coup d'arrêt au
projet de construction illégale le plus important de Cisjordanie, est la
bienvenue. En même temps, nous espérons que la Haute cour interdira aux
gens de résider dans les logements déjà achevés", a déclaré Oppenheimer en
réaction à la décision de la cour.
Depuis le début de la construction du mur de sécurité à Modi'in Illit,
près de Bil'in, cet endroit est devenu l'objet de manifestations
passionnées. Tous les vendredis, des manifestants israéliens de gauche et
des Palestiniens manifestent contre le mur et contre les expropriations de
terres.
Shalom Arshav a intenté une action en justice contre les constructions
dans cette colonie, arguant du fait que l'Etat avait annexé illégalement
des terres qui appartenaient aux habitants de Bil'in.
Il y a environ un an et demi, l'Administration domaniale israélienne
publiait un plan de développement de la Cisjordanie, qui comprenait la
légalisation de 120 avant-postes dont les Etats-Unis avaient exigé le
démantèlement. Les constructions prévues par cette administration,
présidée à l'époque par Ehoud Olmert, aujourd'hui Premier ministre par
intérim, comprenaient 1.500 logements à Modi'in Illit (sur un total de
4.890 logements en Cisjordanie).
(1) Nous avions annoncé cette action en justice de Shalom Arshav :
http:www.lapaixmaintenant.org/article1201
(2) C'est Akiva Eldar, du journal Ha'aretz, qui le premier a révélé cette
affaire. Pour voir son enquête :
http://www.lapaixmaintenant.org/article1199
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