Quand «l'idée» devient «bombe»

Publié le par david castel

Le terrorisme Définition, histoire, idéologie et passage à l'acte de Liess Boukra paraît chez Chihab

«Alors que durant des décennies, le terrorisme était dilué dans la violence, aujourd'hui, on a fini par dissoudre toute forme de violence politique dans le terrorisme », écrit-il en introduction. Pour Liess Boukra, ce «retournement» est perceptible dans la liste annuelle établie par le département d'Etat américain «qui recense comme terroristes toutes les entreprises d'opposition armée contre les Etats en place». Pour l'auteur, ce grave amalgame entraîne inévitablement la «condamnation sans appel de n'importe quelle forme de résistance armée contre l'ordre établi», ajoutant que «le terrorisme n'est plus rien d'autre qu'un usage illégal de la force».
Reprenant, dans le premier chapitre, une étude de Bachelard, l'auteur se propose de résumer l'analyse des «obstacles épistémologiques» à la connaissance objective du terrorisme. Six intitulés vont être décortiqués, à commencer par «L'idéalisme» qui emmure le terrorisme dans l'univers clos de la conscience, lui contestant toute existence objective.Vient, ensuite le second intitulé : «Le positivisme», suivi du «Relativisme absolu» qui paralyse la pensée, «Le populisme», «Le point de vie occidental» et «Le substantialisme».
A partir du second chapitre, l'étude amorce un tournant plus digeste pour le lecteur, à travers, d'abord l'histoire du terrorisme.
Liess Boukra remonte aux origines de la violence, en s'attardant sur «La terreur jacobine», «Le legs historique de la révolution de 1789», «Le catéchisme révolutionnaire», «Le Ku Klux Klan» et, plus récemment, «Les brigades rouges», «L'action directe»…
Cela amène l'auteur à aborder dans le troisième volet de son ouvrage «Le terrorisme comme forme de violence politique». Basant son analyse sur des arguments tangibles, l'essayiste conclut que «Le développement spectaculaire des sociétés dites multinationales  dès 1950, et plus particulièrement à partir des années 1960, marque le début d'une nouvelle étape dans l'évolution du capitalisme…C'est dans le cadre de ces transformations, qu'éclôt le «deuxième âge d'une violence politique dite terroriste», qui se clôt avec l'effondrement du bloc soviétique. Il apparaît évident que la violence dite terroriste a connu des mutations profondes. Elle a évolué et s'est renouvelée en fonction des transformations qui affectent le mode de production des biens matériels dominant, le champ politico-idéologique et les structures sociales. Il n'y a donc pas un terrorisme, mais des terrorismes».
Dans l'avant dernier chapitre, l'auteur tente de définir le terrorisme, à travers toutes les formes de violence qui ont jalonné et marqué l'histoire de l'humanité, depuis l'ère jacobine jusqu'au terrorisme de la troisième vague : décembre 1992 à 2005. Enfin, dans le cinquième et dernier chapitre, il revient sur les causes et mécanismes du passage à l'acte.
En conclusion, Liess Boukra écrit que «Le terrorisme n'est pas seulement une simple construction visant à disqualifier un adversaire ; il est autant et surtout un mode d'usage de la violence armée, qui relève d'une logique spécifique. Quel que soit l'angle privilégié, le terrorisme est une forme de violence politique, qui renvoie à des modes d'action divers et hétéroclites pouvant s'inscrire dans des contextes sociopolitiques différents», ajoutant que «Le terrorisme ne se définit pas par les victimes apparentes de ses actes. Il n'est ni indiscriminé, ni aveugle, encore moins «lâche, parce qu'il s'attaquerait à des civils innocents ; la définition de «victime innocente» n'étant pas la même pour tous».
Pour l'auteur, le «terroriste», c'est une «idée» qui est devenue «bombe». D'où, combattre le terrorisme, implique combattre en premier lieu «une logique d'idée».
Liess Boukra, Le terrorisme. Définition, histoire, idéologie et passage à l'acte, éd. Chihab, Alger 2006, 250 pages, prix 500 DA


18-10-2006
Hassina A.


Publicité

Publié dans Munich Selon Spielberg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article