Pie XI a envisagé de nouer des relations avec les communistes français
, selon une historienne --par Ariel David--

AP | 16.10.06 | 16:07

ROM108-0918060934
ROME (AP) -- A l'approche de la Seconde Guerre mondiale, le pape Pie XI a envisagé de "tendre la main" aux communistes français pour contrer la menace du nazisme, révèle une historienne italienne étudiant les archives secrètes du Vatican récemment ouvertes.
Selon Emma Fattorini, de l'université La Sapienza à Rome, cette idée est venue à Pie XI lors d'une nuit d'insomnie passée à réfléchir à l'avancée du totalitarisme en Europe. Il en a fait part au cardinal Eugenio Pacelli, son secrétaire d'Etat, qui lui a succédé sous le nom de Pie XII.
Le 6 novembre 1937, cette pensée "est venue (à l'esprit) du Saint-Père lors d'une nuit blanche, mais aussi calme et relaxante", écrit Mgr Pacelli, qui prenait des notes quasi-quotidiennes sur ses conversations avec le pape.
Mme Fattorini, qui évoque sa découverte dans le quotidien économique "Il Sole-24 Ore" publié dimanche, précise que Pie XI songeait à la "main tendue" proposée en 1936 par Maurice Thorez, alors chef du Parti communiste français, envers les catholiques français.
Cette archive permet de mieux comprendre comment la position de Pie XI a évolué face au danger de plus en plus visible du fascisme et du nazisme, alors qu'au début de son pontificat, il considérait les régimes d'extrême droite comme un rempart contre la laïcité et le communisme, selon Mme Fattorini.
"Il n'est pas devenu brusquement pro-communiste", souligne-t-elle. "Il est resté conservateur, mais il y a des signes qui montrent qu'il adoptait une position très ouverte."
Selon Mme Fattorini, Pacelli a résumé la pensée de Pie XI de cette manière: "nous vous tendons la main et vous demandons de l'accepter, (...) aucune confusion ou mélange idéologiques, (...) aucun compromis sur les principes" de l'Eglise catholique.
En 1936, dans un discours radiodiffusé, Thorez avait tendu la main aux ouvriers catholiques. Etant donné les liens du secrétaire général du PCF avec l'Union soviétique, Pie XI avait initialement rejeté l'appel, mais "après cette méditation il a changé d'avis, décidant de saisir cette main pour le bien commun", écrit Mme Fattorini.
L'historien français Philippe Chenaux, qui a examiné les mêmes archives, a déclaré avoir vu le document sur la réflexion nocturne de Pie XI, mais n'a pas jugé qu'il constituait la preuve d'un tournant majeur. Il souligne que la ligne du Vatican sur le communisme "n'a pas changé" à cette époque.
Mme Fattorini estime au contraire que les réflexions de Pie XI reflètent "le tourment intérieur auquel il était confronté dans ces années" d'avant-guerre. Seulement quelques mois plus tard, en mars 1937, il a publié deux encycliques condamnant fermement le nazisme et le communisme. Mais fin 37, "il soulignait davantage les dangers du nazisme, et c'était un tournant majeur", affirme l'historienne. Pie XI meurt en février 1939.
Pacelli, son successeur sous le nom de Pie XII, a adopté une approche plus diplomatique durant la Seconde Guerre mondiale, et a plus tard été accusé par des historiens et organisations juives de ne pas en avoir assez fait pour sauver les juifs de la Shoah. Le Vatican affirme qu'il a mené une action diplomatique discrète pour tenter d'aider les juifs.
Pacelli, qui était fermement opposé au communisme, n'exprime pas son opinion personnelle dans ses notes sur la nuit blanche de Pie XI, précise Mme Fattorini. AP
AP | 16.10.06 | 16:07
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ROME (AP) -- A l'approche de la Seconde Guerre mondiale, le pape Pie XI a envisagé de "tendre la main" aux communistes français pour contrer la menace du nazisme, révèle une historienne italienne étudiant les archives secrètes du Vatican récemment ouvertes.
Selon Emma Fattorini, de l'université La Sapienza à Rome, cette idée est venue à Pie XI lors d'une nuit d'insomnie passée à réfléchir à l'avancée du totalitarisme en Europe. Il en a fait part au cardinal Eugenio Pacelli, son secrétaire d'Etat, qui lui a succédé sous le nom de Pie XII.
Le 6 novembre 1937, cette pensée "est venue (à l'esprit) du Saint-Père lors d'une nuit blanche, mais aussi calme et relaxante", écrit Mgr Pacelli, qui prenait des notes quasi-quotidiennes sur ses conversations avec le pape.
Mme Fattorini, qui évoque sa découverte dans le quotidien économique "Il Sole-24 Ore" publié dimanche, précise que Pie XI songeait à la "main tendue" proposée en 1936 par Maurice Thorez, alors chef du Parti communiste français, envers les catholiques français.
Cette archive permet de mieux comprendre comment la position de Pie XI a évolué face au danger de plus en plus visible du fascisme et du nazisme, alors qu'au début de son pontificat, il considérait les régimes d'extrême droite comme un rempart contre la laïcité et le communisme, selon Mme Fattorini.
"Il n'est pas devenu brusquement pro-communiste", souligne-t-elle. "Il est resté conservateur, mais il y a des signes qui montrent qu'il adoptait une position très ouverte."
Selon Mme Fattorini, Pacelli a résumé la pensée de Pie XI de cette manière: "nous vous tendons la main et vous demandons de l'accepter, (...) aucune confusion ou mélange idéologiques, (...) aucun compromis sur les principes" de l'Eglise catholique.
En 1936, dans un discours radiodiffusé, Thorez avait tendu la main aux ouvriers catholiques. Etant donné les liens du secrétaire général du PCF avec l'Union soviétique, Pie XI avait initialement rejeté l'appel, mais "après cette méditation il a changé d'avis, décidant de saisir cette main pour le bien commun", écrit Mme Fattorini.
L'historien français Philippe Chenaux, qui a examiné les mêmes archives, a déclaré avoir vu le document sur la réflexion nocturne de Pie XI, mais n'a pas jugé qu'il constituait la preuve d'un tournant majeur. Il souligne que la ligne du Vatican sur le communisme "n'a pas changé" à cette époque.
Mme Fattorini estime au contraire que les réflexions de Pie XI reflètent "le tourment intérieur auquel il était confronté dans ces années" d'avant-guerre. Seulement quelques mois plus tard, en mars 1937, il a publié deux encycliques condamnant fermement le nazisme et le communisme. Mais fin 37, "il soulignait davantage les dangers du nazisme, et c'était un tournant majeur", affirme l'historienne. Pie XI meurt en février 1939.
Pacelli, son successeur sous le nom de Pie XII, a adopté une approche plus diplomatique durant la Seconde Guerre mondiale, et a plus tard été accusé par des historiens et organisations juives de ne pas en avoir assez fait pour sauver les juifs de la Shoah. Le Vatican affirme qu'il a mené une action diplomatique discrète pour tenter d'aider les juifs.
Pacelli, qui était fermement opposé au communisme, n'exprime pas son opinion personnelle dans ses notes sur la nuit blanche de Pie XI, précise Mme Fattorini. AP
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