L'HUMANITE DE JAURES A NOS JOURS
Sous la Direction de Christian Delporte, Claude Pennetier, Jean-François Sirinelli et Serge Wolikow
Editions Nouveau Monde
A lire si l'on veut connaître tout le trajet et les tribulations d'un quotidien qui a marqué l'histoire de la France.
C'est un énorme ouvrage entièrement consacré à l'histoire de l'HUMANITE, le journal du Parti Communiste, anciennement celui du Parti Socialiste. L'introduction du livre est assez révélatrice de ce qui va suivre tout au long vis-à-vis de la création de ce fameux journal. "Le projet, à l'origine, paraît bien double : un projet éditorial, d'abord, qui nourrit une conception et une forme propres du journalisme de mission, alors que l'exigence de vérité est profonde dans une République rongée par les mensonges de l'affaire Dreyfus ; un projet politique et militant, ensuite, tendu vers la pomotion du socialisme dans la classe ouvrière."
Le quotidien servait la cause au départ du Parti Socialiste, unifié en 1905, devint un organe d'expression en 1911. Des collaborateurs célèbres participèrent, comme Lucien Herr, Anatole France, Daniel Halévy, Aristide Briand, Gustave Mirbeau, Tristan Bernard, Jules Renard,.......
"A cela, s'ajoute la ferme volonté de Jaurès de conserver, sur le plan financier comme sur le plan idéologique, les mains libres à l'égard du Parti, tout en s'exprimant au nom du socialisme français. Le double défi de l'Humanité est donc d'amener à elle un public qui, pour des raisons sociales et culturelles, ne lit pas la presse – en tout cas pas régulièrement – ou est devenu familier de titres que Jaurès et ses amis jugent néfastes à son éducation sociale, et de ne rien lâcher sur l'autonomie financière."
"Le succès de l'Humanité se situe au-delà du Congrès de Tours lorsque, sous la direction communiste, il devient un "organisateur collectif" de la classe ouvrière. Les beaux jours sont ceux du Front Populaire, alors que le journal s'ouvre à une masse de nouveaux lecteurs, contribue à animer les forts débats du temps, et accueille les signatures d'illustres intellectuels....."
Jusqu'en 1918, le tirage du journal plafonne à 60-70 000 exemplaires. En 1937, c'est à 350 000 exemplaires qu'il monte. "L'objectif est de comprendre l'évolution et les multiples facettes d'un journal qui, à la fois, se place dans la catégorie de la "presse d'opinion" et s'affiche comme l'organe d'un parti se désignant lui-même comme "révolutionnaire".
"Le discours et le comportement du journal s'inscrivent eux-mêmes en rupture avec le reste de la presse française.....Dans les conditions du "seul contre tous", les journalistes de l'Humanité se considèrent, non comme des journalistes ordinaires, mais comme des permanents d'un Parti révolutionnaire. De même, les modalités de fonctionnement et le financement du journal l'éloignent des modèles connus par les historiens de la presse.....Et puis, il y a ce lien sensible, cette relation affective entretenue par le quotidien avec ses lecteurs qui marque la culture communiste et se transmet, bien souvent de génération en génération."
L'Humanité navigue, même avec ses idées révolutionnaires, dans un monde totalement libéral. Il doit, comme tout journal qui veut vivre et se développer, fidéliser ses lecteurs en lui offrant ce "qu'il veut". Il lui cédera ce côté sensationnel qui fait recette depuis la nuit des temps. L'appel sera aussi fait à la publicité pour recourir à des fonds. "Le Parti a impérativement besoin du journal ; d'abord pour mobiliser les militants et leur faire assimiler les changements de ligne ; ensuite, pour occuper l'espace politique et électoral."
Le livre est basé sur quatre axes principaux :
– "Comment se positionne le quotidien et quel est son degré d'autonomie par rapport au parti et à sa direction ?...."
– "L'Humanité contribue à un imaginaire collectif et à une mémoire commune, qui s'expriment par les mots, par les images, par les souvenirs."
– L'équipe journalistique avec ses méthodes et son approche du journalisme.
– "L'Humanité, actrice de la vie politique, et sociale. Comment le quotidien s'applique-t-il à mobiliser ses lecteurs et à peser sur l'évènement et les formes qu'il ébranle ? Ou, plus exactement : comment le parti use-t-il du journal pour influer sur le débat public ? Et puis, comment le quotidient s'inscrit-t-il dans les mécanismes du Quatrième Pouvoir ?"
"Le présent ouvrages montre la complexité d'un quotidien, vecteur d'une culture communiste aux multiples dimensions : dimension poltique, dimension populaire, dimension de masses......Le présent ouvrage est le fruit d'un travail collectif, réunissant des historiens, mais aussi des politistes, des sociologues, des littéraires. Leurs contributions bâtissent le premier ouvrage scientifique sur l'histoire de l'Humanité, de Jaurès à nos jours......Les recherches présentées ici sont inédites et ont bénéficié de l'ouverture des archives de l'Humanité, déposées tout récemment aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis."
"NOTRE BUT"
Jean Jaurès, l'Humanité, 18 Avril 1904
"De nations à nations, c'est un régime barbare de défiance, de ruse, de haine, de violences qui prévaut encore....... Le sublime effort du prolétariat international, c'est de réconcilier tous les peuples par l'universelle justice sociale.....A mesure que se développpent, chez les peuples et les individus la démocratie et la raison, l'histoire est dissipée de recourir à la violence."
"Je sais bien quel est aujourd'hui, dans tous les pays, l'âpreté des controverses et des polémiques contre les socialistes.....L'union ne peut naître de la confusion......Socialistes révolutionnaires et socialistes réformistes sont avant tout, pour nous, des socialistes.....Sous des formules diverses, dont quelques-unes, nous paraissent surannées et par conséquent dangereuses, tous les socialistes servent la même cause....Nous voudrions de même que le journal fût en communion constante avec tout le mouvement ouvrier, syndical et coopératif.....Mais que serait et que vaudrait cette action politique sans une forte organsiation économique, de la classe ouvrière, sans une vive action continue du prolétariat lui-même ?"
"C'est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les évènements du monde....Il n'y a que les classes décadentes qui ont peur de toute la vérité ; et je voudrais que la démocratie socialiste unie à nous de cour et de pensée, fût fière bientôt de constater avec nous que tous les partis et toutes les classes sont obligés de reconnaître la loyauté de nos comptes-rendus, la sûreté de nos renseignements, l'exactitude contrôlée de nos correspondances."
"Mais tout cela ne serait rien et toute notre tentative serait vaine ou même dangereuse si l'entière indépendance du journal n'était point assurée et s'il pouvait être livré, par des difficultés financières, à des influences occultes. L'indépendance du journal est entière."
"Faire vivre un grand journal qu'il soit à la merci d'autre groupe d'affaires, est un problème difficile mais non pas insoluble. Tous ici, nous nous donnerons un plein effort de conscience et de travail pour mériter ce succès : que la démocratie et le prolétariat nous y aident."