Les jeunes Israéliens de gauche et de droite unis contre la guerre

Publié le par david castel

[La deuxième guerre du Liban et ses résultats ont suscité l'angoisse de
nombreux Israéliens. Les jeunes y sont les plus sensibles. Et pour une fois,
fait extrêmement rare sinon unique, ils manifestent unis, doite et gauche,
quitte pour chacun à repartir plus tard combattre pour ses idées]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/772897.html

Ha'aretz, 11 octobre 2006


Lily Galili

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


La protestation publique contre la guerre du Liban, qu'on avait déclarée
morte il y a plusieurs semaines, refuse de rendre son dernier souffle. Même
si l'establishment politique semble être revenu à l'état de "business as
usual", les  groupes extra-parlementaires refusent de céder aux tentatives
de forcer la protestation à tomber dans les oubliettes.

Il ne s'agit pas seulement de la manifestation prévue pour demain à
Jérusalem, pour exiger une commission d'enquête d'Etat.  La protestation a
changé de nature, et la composition de cette manifestation indique la
profondeur de la crise que la guerre a provoquée.

Seule une vraie crainte sur la conduite du pays, au front comme à l'arrière,
pouvait créer une alliance politique entre la droite et la gauche et donner
naissance à une coalition qui comprend, outre les parents endeuillés, les
mouvements de jeunesse du Meretz, d'Israel Beitenou et du Parti
travailliste, ainsi que le président des étudiants de l'Union nationale. (1)

Ce genre d'alliances politiques n'est pas rare à la Knesset, quand il s'agit
pour les partis de survie politique. Mais c'est pratiquement du jamais vu
dans le domaine de la protestation, où l'on met l'accent en général sur les
différences. Cette fois, c'est autre chose : le gouffre, ce ne sont pas les
clivages idéologiques entre les jeunes gardes des partis, mais l'abîme entre
les intentions du gouvernement et le désir commun des manifestants. Seul un
sentiment de panique et d'urgence pouvait créer une pareille alliance.

Beaucoup plus important encore que ces alliances politiques inhabituelles,
la deuxième guerre du Liban a provoqué un phénomène rare dans notre réalité
politique divisée : une alliance sur une base générationnelle. Les jeunes de
partis de droite et de gauche ont uni leurs forces avec les réservistes pour
délivrer un message de la part d'un groupe d'âge qui n'a pas seulement fait
l'expérience personnelle des fiascos de la guerre, mais qui sait que les
échecs qui se sont révélés (au front comme à l'arrière) retomberont sur leur
génération. Pour un instant, les clivages idéologiques entre représentants
de partis rivaux ont été mis de côté, et un choeur dont le lien est l'âge et
l'angoisse parle à l'unisson.

"Ce que cette guerre a révélé compte plus pour ceux qui ont notre âge", dit
Uri Zaki, président des Jeunes de Meretz-Yakhad. "Les jeunes du Meretz qui
étaient au front sont revenus avec un ras le bol. En tant que jeune et
militant politique, je ne peux pas ne pas entendre ces voix. Dans mes
conversations avec des militants, d'anciennes peurs surgissent de nouveau,
et des questions sur notre capacité à nous défendre."

Zaki dit que cela lui a facilité le fait de nouer une alliance avec les
jeunes d'Israel Beitenou. En fait, les jeunes du Meretz ont été les premiers
à rejoindre cette surprenante coalition, par "un intérêt commun pour changer
les choses, avant que chacun ne reparte combattre pour ses idées."

Dani Toledano, président des jeunes d'Israel Beitenou, est tout à fait
d'accord, mais ajoute un autre objectif à cette mobilisation des jeunes. En
tant qu'étudiant, dit-il, il a vécu l'apathie générale des étudiants
vis-à-vis de différentes campagnes. Cette fois, il considère cette coalition
de jeunes comme une occasion de revitaliser sa génération. "Cette guerre a
fait trembler nos fondations", dit Toledano. "Nous n'avons aucun problème à
manifester côte à côte avec le Meretz. Bien sûr, c'est inhabituel, mais
c'est beau."

La situation d'Eran Harmoni, président de la Jeune garde travailliste, est
bien entendu plus inconfortable que celle de ses camarades des partis
d'opposition. La participation des travaillistes "n'est peut-être pas
naturelle dans notre paysage politique, mais le rôle d'un mouvement de
jeunes d'un parti est de servir de boussole."

De plus, Hermoni est d'accord avec Toledano pour dire que cette coalition
générationnelle se bat aussi contre l'apathie de la jeunesse :  "A cet
égard, notre protestation donne la parole à la jeune génération, elle la
réveille."




(1) Meretz : gauche, proche des positions de Shalom Arshav (La Paix
Maintenant)
Israel Beitenou : parti russophone et populiste (proche de l'extrême droite)
Union nationale : parti religieux nationaliste proche des colons
Travaillistes : travaillistes... (gauche, centre, parfois droite, c'est
selon)
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