Ressusciter un mort

Publié le par david castel

[Khaled Duzdar dresse le tableau de l'impasse dans laquelle se trouvent les
Palestiniens. Pessimiste et quasiment désespéré, Duzdar ne trouve pour seul
conseil à donner à Mahmoud Abbas que de se débarrasser du Hamas par une
sorte de "coup d'Etat constitutionnel". Très risqué, reconnaît-il lui-même]


www.amin.org

Arabic Media Internet Network, 21 septembre 2006
(diffusé par Common Ground News Service (www.commongroundnews.org)


Khaled Duzdar *

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Les développements, aussi bien en Palestine que dans la région en général,
ne laissent que peu d'options aux dirigeants palestiniens. L'état de
dévastation dans lequel se trouvent les Territoires palestiniens ont atteint
un niveau qui menace à la fois le Président palestinien et le gouvernement
du Hamas.

Le nombre de problèmes non résolus est immense, et le gouvernement d'union
nationale ne serait qu'un petit pas vers la fin de l'embargo international
imposé aux Palestiniens et à leur gouvernement. Mais un accord entre Mahmoud
Abbas et Ismail Haniyeh sur un possible gouvernement d'union est encore bien
vague dans ses détails, et on est très loin d'aboutir.

Des deux côtés, l'accord est compris et interprété de manière très
différente. Le Hamas a répété que cet accord n'indiquait pas de
reconnaissance, implicite ou explicite, d'Israël. De plus, des représentants
du Hamas ont également souligné que le "document de réconciliation des
prisonniers", qui a servi de plate-forme aux récentes discussions entre le
président et le Hamas,  n'a été adopté qu'une fois qu'il a été amendé et que
la mention du droit d'Israël à exister y a été supprimée.

Il en ressort que les conditions préalables posées par la communauté
internationale qui exige du Hamas qu'il accepte les accords signés par l'OLP
et les résolutions des Nations Unies, ont pour l'instant été mises de côté.
Les représentants du Hamas cherchent à trouver des moyens de "s'accommoder"
des conditions posées par la communauté internationale, sans nécessairement
les accepter. Le Hamas a expliqué que les lignes directrices du gouvernement
d'union en gestation, qui acceptent les décisions  du sommet arabe de
Beyrouth en 2002, revenaient à accepter le droit d'Israël à exister, mais
qu'elles ne devaient pas être considérées comme une reconnaissance explicite
d'Israël ni de l'occupation.

Cet accord, selon le Hamas, n'est pas en contradiction avec les principes ou
les positions du Hamas. Ainsi, le Hamas continuera à promouvoir son propre
programme, essentiellement autour des questions de la résistance et du refus
de reconnaître Israël.

L'accord de gouvernement d'union nationale ne propose pas non plus de
programme politique cohérent. Les déclarations des deux parties disent le
contraire, en considérant le "document de réconciliation nationale des
prisonniers" comme la base d'un consensus. Mais ce document ne peut pas être
pris au sérieux en tant que programme politique. Il stipule simplement que
les partis palestiniens doivent parvenir à, et formuler, un programme
politique commun, sans autre précision.
Il semble aujourd'hui que la communauté internationale et certains Etats de
la région aient exprimé leur mécontentement à l'égard d'un possible
gouvernement palestinien d'union. L'Union européenne l'a qualifié de mesure
positive, mais certainement pas du bout du chemin. Il faut donc s'attendre à
ce que l'Union européenne oeuvre à améliorer la situation des Palestiniens,
mais sans réellement lever les sanctions.

Certains Etats de la région ont également formulé leurs réserves et leurs
inquiétudes face à cet accord, en particulier compte tenu du fait que le
Hamas continuerait à diriger le gouvernement.

Israël n'a montré aucune intention de traiter avec un gouvernement dirigé
par le Hamas. Cette position n'est pas éloignée de celle des Etats-Unis. Au
cours de sa conférence commune au Département d'Etat avec la ministre
israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, Condoleezza Rice a affirmé
que les principes fixés par le Quartette représentaient la volonté de la
communauté internationale. Elle a également déclaré : "Il est difficile
d'avoir un partenaire pour la paix quand il n'accepte pas le droit de
l'autre partie à exister. Il va sans dire qu'il est difficile d'avoir un
processus de paix sans renoncer à la violence."

La communauté internationale n'a pas assoupli sa position sur les quatre
conditions préalables (auparavant, il n'y en avait que trois) pour que le
gouvernement du Hamas obtienne une reconnaissance internationale :
reconnaître Israël, renoncer au terrorisme, accepter les accords précédents
signés avec Israël, et adopter l'initiative de paix saoudienne, une
quatrième condition fixée par le Fatah et Mahmoud Abbas.

Le seul résultat important des pourparlers entre les deux partis a été,
jusqu'à présent, le consensus trouvé pour remettre le dossier des
négociations entre les mains du Président palestinien. Cela était d'ailleurs
attendu, car toutes les parties en tirent bénéfice. La communauté
internationale et Israël ont le même objectif, sans rapport avec la
formation d'un gouvernement palestinien d'union. Rice a réitéré l'engagement
des Etats-Unis à poursuivre les négociations avec Mahmoud Abbas, même une
fois créé un gouvernement d'union nationale avec le Hamas : "C'est quelqu'un
avec qui on peut travailler, et nous travaillons". Dans la foulée, le
Président a immédiatement déclaré que les affaires étrangères palestiniennes
étaient de la seule responsabilité de l'OLP et de son président Farouk
Kaddoumi.

Au cours de la même conférence de presse avec Rice, Tzipi Livni a dit
qu'Israêl était désireux de négocier avec Abbas et que "la stagnation n'est
pas la politique du gouvernement israélien."

Du côté du Hamas, Haniyeh a proclamé que cela ne concernait pas le
gouvernement palestinien :  "L'OLP est responsable des négociations [avec
Israël], pas le gouvernement."

Malheureusement, ce petit progrès ne fera pas avancer les Palestiniens, et
il sera inutile si les négociations ne sont pas menées avec un consensus
plein et entier et avec un accord sur le processus de la part des
Palestiniens. Il faudrait alors chercher une autre solution aux dilemmes
internes palestiniens.

Aujourd'hui, le président Abbas n'a plus qu'une option : si un gouvernement
d'union nationale n'est pas viable, il faut constituer un "gouvernement de
salut national" sans le Hamas. Cette option est risquée, pour Abbas comme
pour les Palestiniens. Le Hamas s'y opposera probablement, ce qui conduira à
la guerre civile.

L'échec du système intérieur palestinien finirait alors par entraîner la
communauté internationale à intervenir. Certains Etats de la région
pourraient considérer leur intervention comme nécessaire et inévitable, mais
cela changera-t-il quoi que ce soit? Il est difficile de faire des
prévisions, mais pour le moment, il semble que toute tentative de redonner
vie aux Palestiniens ressemblera à une tentative de ressusciter un mort.


* Khaled Duzdar est le co-directeur palestinien de l¹IPCRI (Israel/Palestine
Center for Research and Information) http://www.ipcri.org


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