Sur un air de 36 en 2006

Publié le par david castel

The Secrets of Atlantis
Nouvel opus de la série de jeux d'aventure The Secrets of Atlantis - L'Héritage sacré entraîne les joueurs dans les années 1930 à la recherche d'un mystérieux héritage. Un fabuleux voyage qui n'est pas sans compter quelques escales.

1937. Howard Brooks, jeune ingénieur en aéronautique, rentre d'une conférence donnée en Allemagne. A bord du Zeppelin « le Hindenburg » qui le ramène à New-York, Howard est attaqué par les membres d'un groupe occulte... Il apprend rapidement que ces hommes convoitent à des fins néfastes un mystérieux secret d'une civilisation oubliée dont lui même semble être l'Héritier. Persuadés que Howard possède un élément clé de leur recherche, ils décident de lui tendre un guet-apens.

Rattrapé par son passé, Howard se lance alors dans une aventure qui le conduit tour à tour vers des destinations fascinantes : le territoire de Macao, un palais en Inde, un temple en Mésopotamie, l'Empire State Building à New-York. Chaque destination possède sa propre culture, ses décors mais aussi ses secrets. Embarqué à bord du « Hindenburg », d'escales en escales, notre héros va faire des découvertes sur lui-même, et sur les origines de l'humanité, au-delà de tout ce qu'il pouvait imaginer.

La démo de ce jeu, entièrement en français, vous propose une petite portion du début du jeu.
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Sur un air de 36 en 2006

Les questions de l’art à l’histoire, à la philosophie et à la politique abordées à travers les photographies de Willy Ronis. 36, un photographe, deux philosophes, trois musiciens...

Il s’appelle Louis Coquillet, matricule 812655. Il est beau, très jeune, résistant. Il a une chérie. Dans la fièvre joyeuse de 36, il ne sait pas que ce 17 avril 1942 il n’aura plus qu’une heure à vivre. Les Allemands, qui l’emmènent au mont Valérien, le photographient avant de le fusiller. De lui, il reste quelques effets personnels et ce quelque chose de si fort qui, sur l’écran de la scène des Amis, fait trace de sa chair, de son regard.

Car samedi soir, avant le grand bal avec Marc Perrone, André Minvielle, Louis Sclavis et la Compagnie Lubat au grand complet, Louis Coquillet revit. Il nous regarde dans les yeux, comme ressuscité par la force du jazz qu’improvise, devant son image géante, bouleversé, inspiré, de son destin constitué, son neveu, le contrebassiste Henri Texier, fils de sa soeur Angèle.

Louis Sclavis au sax et à la clarinette, Bernard Lubat au piano et aux percussions, les deux autres héritiers de ce moment d’anthologie l’accompagnent après avoir swingué, la tête dans l’avenir, le premier devant la photo de son grand-père Humbert Sclavis, fier ouvrier, manifestant du Front Populaire, le second devant le portrait de son père, Alban Lubat, métayer, gascon, autre acteur du Front populaire qui ouvrit son estaminet d’Uzeste en 1937...

La fillette sur les épaules de son père

La veille, un autre homme, Félix Gilles, cheminot, ardent communiste, qui défilait le 14 juillet 1936, rue Saint-Antoine, sa fille de sept ans juchée, poing levé, sur ses épaules, ressuscite aussi par la magie d’une photographie

de Willy Ronis publiée à l’époque dans l’Humanité et par la présence, au stand des Amis, de sa fille Suzanne, épouse Trompette, soixante-dix-sept ans, sténodactylo à la retraite, oeil témoin de ces jours mémorables.

Il faudra deux ans à Suzanne pour remonter le fil de cette image qui la fit fondre en larmes lorsqu’elle l’aperçut à la télévision, pour en retrouver l’auteur, le rencontrer, et entrer, sur la pointe des pieds, dans le cercle ému des anonymes immortalisés par le talent de Willy Ronis. Suzanne en perd ses mots. Ses yeux se remplissent de larmes. Trop de bonheur bouscule sa vie. Ah, si son père pouvait voir qu’elle est honorée à la Fête de l’Huma, qu’elle signe des autographes comme une vedette, qu’elle pose, dans l’exposition consacrée au plus grand photographe vivant du front Populaire, pour ses pairs venus entourer Willy, lui dire leur attachement ! S’il pouvait voir qu’elle côtoie la présidente des Amis de l’Humanité, l’écrivaine Edmonde Charles-Roux, qui, dans un très beau texte, parle d’« hymne à la joie » en évoquant le talent de Willy pour capter « le grand bonheur public d’une population qui reçoit pour la première fois la vérité des vacances » !

Willy, le courage intellectuel

Car dans la lignée de Jean Ferrat, d’Henri Alleg, qui l’ont précédé à cette place, Willy, immense artiste, est reconnu comme une autorité morale. « Je suis véritablement en admiration devant Willy Ronis, explique Marc Riboud. Il y a le courage chevaleresque, naïf, intelligent. Lui, c’est le courage intellectuel, politique. Au sommet de son succès, pour rester fidèle à ses opinions, il s’est trouvé coupé du mouvement général de la photo. Il a alors connu des années très dures. Jamais un photographe n’a autant mérité ce qui lui arrive car il était tombé au bas de croire à son métier. » Fidèle parmi les fidèles, Guy Le Querrec, honoré, cet été, en Arles, par Raymond Depardon, à ses côtés dans le stand des Amis, n’est pas pour rien dans cette chaîne d’amour et de haute considération. L’historienne Françoise Denoyelle non plus. « C’est quelqu’un qui a spécialement des valeurs et qui ne les a jamais trahies. En plus, le portrait qu’il a fait de moi est celui que je préfère. C’est celui que je donne lorsqu’on me - demande une photo », - confie Martine Franck, veuve d’Henri Cartier-Bresson.

Marx et Bakounine

Un autre beau moment intense, romantique, utopique réunit sur le plateau du stand, autour de Charles Silvestre et du peintre Ernest Pignon-Ernest, en présence de quelque 700 personnes, Michel Onfray et Régis Debray. Une première ! La photographie étant décidément en majesté, les deux philosophes entament une réflexion sur le panoramique de Willy Ronis montrant la Fête de l’Humanité, à Garches, le 15 août 1934.

Partis de la peinture de Signac et Seurat, voilà déjà nos deux débatteurs évoquant le pouvoir de mobilisation des images qui mettent les peuples en marche, ce qui les amène à ferrailler sur les mérites comparés de Marx et Bakounine. Puis, on les retrouve critiquant, de concert, les anarchistes qui, faute de discipline, ne peuvent pas faire la guerre, défendant, ensemble, la République lorsqu’elle est branchée sur les mouvements sociaux et même l’État, lorsqu’il est instrument de justice sociale. Faisant fi de ce qui les sépare, les voilà en train de rêver ensemble à un candidat unique de la gauche de la gauche. « Aujourd’hui, nous sommes atomisés. On nous monte les uns contre les autres. Essayons d’avoir un candidat unique capable de soulever un moment d’avancée », propose Régis Debray. « Je n’entends que ce désir à la Fête de l’Humanité », dit Michel Onfray. Les applaudissements fusent. On se croirait dans un meeting politique. « Onfray candidat ! » crie un spectateur.

Magali Jauffret

Article paru dans l'édition du 18 septembre 2006.

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Publié dans LAETITIA

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