Une nouvelle guerre d'Espagne

Publié le par david castel

 
Histoire

Riche des ajouts des archives allemandes et soviétiques, l'ouvrage du Britannique Anthony Beevor fait référence sur la guerre civile (1936-1939).
Par Edouard WAINTROP
QUOTIDIEN : Jeudi 14 septembre 2006 - 06:00
Anthony Beevor La Guerre d'Espagne. Traduit de l'anglais par Jean-François Sené. Calmann-Lévy, 680 pp., 26,50 €.
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L a Guerre d'Espagne de l'Anglais Anthony Beevor remporte en Espagne un grand succès depuis 2005. Beevor avait déjà publié en 1982 (après six ans de travail) une première version de cet essai historique. C'est sonMalearu éditeur espagnol, Gonzalo Ponton, directeur de Critica, qui l'a poussé à rédiger une nouvelle mouture en bénéficiant des travaux les plus récents et des archives allemandes et soviétiques. Il a bien fait, puisque cela nous permet de lire aujourd'hui ce livre réaliste, qui, s'il ne participe pas au culte de l'immaculée république (1), ne se prive ni d'expliquer l'illégalité totale ni de détailler la férocité des actions du camp nationaliste. Le livre commence par la préhistoire de la tragédie. En 1936, le pays est profondément divisé socialement, culturellement et politiquement. Trop sans doute pour préserver la jeune république proclamée le 14 avril 1931.
D'un côté, une gauche offensive, une classe ouvrière (urbaine et agricole) organisée, parfois violente, une partie de la population anticléricale de manière mystique, des nationalistes catalans et des basques.
De l'autre, une droite réactionnaire et centraliste, prête à semer la mort, une bourgeoisie accrochée à ses privilèges, une Eglise et une armée complices. Et, au milieu, des voix rares qui ne se feront pas entendre. Dès le lendemain de la proclamation de la république, des officiers de l'armée ont commencé à fomenter des complots. Il ne faudra que quelques jours après la victoire du front populaire en février 1936 pour qu'un gang de généraux se ligue contre le suffrage universel. De l'autre côté, on ne brille pas par l'intelligence. Les leaders de la gauche oublient que la victoire électorale du «frente popular» est ténue et que la coalition qui l'a emporté est fragile et disparate (du centre à l'extrême gauche). Ils se lancent dans la surenchère. Le socialiste et syndicaliste Francisco Largo Caballero, autrefois très modéré, s'est découvert une âme de révolutionnaire. «Le Lénine espagnol» a d'abord refusé d'accepter la victoire électorale de la droite en 1933 (ce qui créait un fâcheux précédent). Il a ensuite participé au soulèvement de la gauche espagnole et des nationalistes catalans en 1934. Mouvement calamiteux partout sauf dans les Asturies, où il tourna au tragique avec le massacre de centaines d'ouvriers insurgés par la troupe commandée par un certain Francisco Franco. Largo Caballero assure maintenant qu'il appelle de ses voeux une société d'où la bourgeoisie serait éliminée. Ce n'est pas le meilleur moyen de s'assurer de la loyauté de celle-ci. De leur côté, les anarchistes s'exercent à la «gymnastique révolutionnaire» (des soulèvements ponctuels et ratés). Chaque parti (de gauche et de droite) possède ses milices armées et semble désirer le grand affrontement. Les assassinats, les bagarres se multiplient. Seul l'intellectuel socialiste Julian Besteiro met en garde ses camarades contre leur folie et leur rappelle que l'armée ne laissera sans doute pas faire.
Les 17, 18 et 19 juillet, les généraux Franco, Sanjurjo, et Mola, passent à l'action. Au Maroc, à Séville, Cadix, La Corogne, Burgos, Salamanque, Pampelune, à Saragosse et Oviedo, l'armée et la droite prennent effectivement le pouvoir et exercent une répression terrible. Ils échouent en revanche à Madrid, Barcelone, Valence, à Bilbao, Malaga, Grenade... «Le succès d'un tel plan reposait davantage sur l'effet psychologique d'une action rapide et d'une violence impitoyable que sur le nombre des insurgés. Et, bien que les rebelles n'aient pas réussi leur coup d'Etat éclair, la république ne parvint pas à écraser le soulèvement dans les premières quarante-huit heures, période la plus cruciale de toute la guerre, alors même  que le contrôle de régions entières se décidait» , écrit Beevor.
La guerre civile a commencé. Elle sera cruelle, massacrante et se terminera le 1er avril 1939 par la victoire complète des franquistes soutenus par la légion Condor allemande et le corps des troupes volontaires italien sur une armée républicaine épuisée, conseillée par les Soviétiques. C'est dans le récit de cette défaite que les archives consultées, surtout les Soviétiques, apportent des lumières nouvelles. On sait par exemple qu'André Malraux a littéralement volé au secours de la république et qu'il a acheté des avions pour renforcer l'armée républicaine. Beevor nous fait lire les remarques des conseillers. L'écrivain aventurier, qui ne sait pas piloter, fait des «propositions absurdes» et ne connaît «pas grand-chose de la tactique aérienne», disent-ils. Les appareils qu'il fait parvenir en Espagne sont obsolètes et ne peuvent espérer lutter contre les Heinkel allemands ou les Fiat italiens, remarque Beevor : «La République, qui méconnaissait le monde troublé des mercenaires et de l'industrie de l'armement, fut la victime de nombreux illusionnistes. Malraux ressort du lot... parce qu'il exploita avec cynisme les circonstances pour se parer d'un héroïsme intellectuel dans la légende de la République espagnole... La république cependant allait souffrir bien plus encore de son puissant allié, l'Union soviétique.» Le refus d'intervenir des Français et des Anglais a laissé l'Espagne légale seule face à face avec Staline. C'est l'époque la plus dure à Moscou, celle des grands procès, de la paranoïa, de la lutte à mort contre les «trotskistes» et leurs amis, obsession maladive des staliniens.
Dans chaque défaite, dans chaque crise Moscou voit la main des trotskistes, qui comploteraient avec les franquistes. Quant aux anarchistes de la CNT, la «fraction makhnoviste espagnole», l'organisation ouvrière la plus puissante, ils doivent être combattus et c'est ce qui sera fait.
En lisant ces extraits d'archives, on peut aussi comprendre pourquoi certains envoyés soviétiques ont été fusillés dès leur retour chez eux en 1937. Ils ont été troublés par la rencontre avec l'Espagne républicaine et avec des révolutionnaires antistaliniens. Ainsi Vladimir Antonov-Ovseenko, le consul général de l'URSS à Barcelone, signe-t-il son arrêt de mort en envoyant un rapport qui affirme : «Notre vision de l'anarchisme en Catalogne est erronée.» L'ancien ami de Trotski aggrave son cas en se querellant avec Juan Negrin, futur président du Conseil et protégé de Moscou.
Ces archives permettent surtout de voir progresser l'emprise communiste sur les appareils répressifs et militaires de l'Etat républicain. Quand l'armée populaire est refondue, les commandements sont distribués à des officiers ayant fait allégeance au PCE. La police et les gardes d'assaut (les CRS espagnols) passent aux mains d'officiers proches où appartenant au parti. Le SIM, le service de renseignements militaire, est lui aussi sous contrôle. Tout cela aidera le PCE à se débarrasser du Poum, le Parti ouvrier d'unification marxiste, petite formation antistalinienne, improprement qualifiée de trotskiste par les communistes (2).
A faire courir des fausses nouvelles (3). A démanteler les communes anarchistes qui se sont développées en Aragon et en Catalogne. A avoir une influence décisive sur la République. Cette prise de pouvoir rampante fait énormément de mal. Elle donne des arguments aux ennemis de la république, déchire le Parti socialiste, l'allié le plus puissant, démoralise les républicains de base et les anarchistes. Elle entraîne les événements de mai 1937 à Barcelone, quelques jours de lutte armée entre cénétistes et staliniens, des centaines de morts. Une guerre civile dans la guerre civile que les communistes gagnent au niveau politique. Elle débouchera plus tard sur le soulèvement de Madrid, avant la reddition, l'alliance de militaires (le colonel Casado), de socialistes, de républicains et d'anarchistes contre les communistes. Commencée dans l'espoir, la lutte des républicains finit dans le désespoir absolu. Pendant ce temps, de l'autre côté, Franco, piètre général mais bon politique, a perdu ses concurrents (Mola et Sanjurjo sont morts dans des accidents d'avion), a mis au pas ses partisans et, soutenu par Hitler et Mussolini, remporte victoire sur victoire.
Beevor raconte tout ceci avec clarté. Il a un atout. Militaire de formation, ancien cadet de l'académie de Sandhurst, il est capable d'apprécier la situation militaire à tout moment.
Il pointe la grande infériorité en armement des républicains, à cause de la politique de non-intervention appliquée par la France du Front populaire et l'Angleterre conservatrice, alors que les nazis et les fascistes se battent aux côtés de Franco. Il remarque combien l'absence de discipline militaire des milices, notamment anarchistes, coûte cher au début de la guerre.
Il souligne à quel point le mythe du soldat communiste est un leurre, évalue la faiblesse chronique des officiers réguliers, dont certains se retrouvent dans l'armée républicaine par hasard. Anthony Beevor souligne enfin la mesquinerie et la bêtise des chefs militaires des deux bords. Tout ceci fait de cette Guerre d'Espagne la meilleure publiée jusqu'ici.
(1) Rappelons qu'il n'y a pas eu qu'une terreur blanche mais aussi une terreur rouge pendant laquelle des milliers de religieux, des journalistes, des bourgeois, et simplement des «mal pensants» ont été passés par les armes.
(2) Issue d'une fusion de deux groupes, dont un seul était trotskiste et avait rompu avec le «Vieux».
(3) En juin 1937, les communistes accusent Andreu Nin, leader du POUM, d'être passé à l'ennemi alors qu'ils savent qu'il vient d'être assassiné par les Soviétiques.



"Walt Disney, l'âge d'or": dans les coulisses des Disney

AP | 14.09.06 | 14:04


PARIS (AP) -- Quarante ans après sa mort, Walt Disney fait toujours autant parler de lui. Parallèlement à une exposition au Grand Palais à Paris, un ouvrage sorti cette semaine, "Walt Disney, l'âge d'or", propose de revivre la genèse de ses treize longs métrages, de "Blanche-Neige et les sept nains" au "Livre de la jungle.
L'auteur, Pierre Lambert, connaît son sujet. Ancien attaché de presse de Walt Disney France, il a déjà écrit six livres, dont "Pinocchio" (1995), "Mickey" (1998) et "Blanche-Neige" (2000). Au fil des pages de son dernier ouvrage, il présente l'oeuvre de Disney à travers ses premiers courts métrages, puis les 13 films qu'il a produits au cours d'une carrière longue de 40 ans.
Il permet surtout de découvrir le "making-of" des Disney, avec de nombreuses illustrations à l'appui. On y apprend ainsi que dans le conte des frères Grimm à l'origine de "Blanche-Neige et les sept nains", les "petits hommes", comme il les appelait, n'étaient pas différenciés. Mais le producteur a rapidement compris qu'il fallait leur donner une personnalité propre. Prof, Simplet, Grincheux, Joyeux, Dormeur, Timide et Atchoum étaient nés.
Le film, son premier long dessin animé, sera un énorme succès lors de sa première mondiale le 21 décembre 1937. Aux Oscars l'année d'après, Walt Disney recevra neuf répliques de la statuette: une grande et sept petites pour Blanche-Neige, ainsi qu'une neuvième pour le court métrage "Ferdinand le taureau". Celles-ci sont présentées à l'exposition consacrée à l'artiste au Grand Palais.
L'animation de son treizième et dernier film, "Le livre de la jungle", s'achèvera après sa mort, le 15 décembre 1966, rappelle le livre. Walt Disney ne verra jamais terminée la fameuse séquence où Mowgli tombait amoureux de la petite Indienne.
Le livre revient ainsi sur l'élaboration de chaque long métrage: son évolution entre le conte dont il est tiré et son adaptation, les modifications nécessaires à la construction du scénario, la composition des personnages et l'élaboration de leurs caractères. Les 335 illustrations sont notamment composées de dessins d'animation, storyboards, études préliminaires ou modèles de personnages.
L'auteur nous rappelle aussi que pas moins de 2.000 personnes ont participé à l'aventure Disney. En fin d'ouvrage, il rend hommage aux 22 artistes les plus influents du studio, dressant notamment le portrait de Marc Davis, Albert Hurter, Kay Nielsen ou encore Gustaf Tenggren. Enfin, il reproduit le générique complet des 13 films.
- "Walt Disney, l'âge d'or", Ed. Démons et Merveilles; 296 pages, 59 euros. AP



Léon Blum, un dandy rose au poing
ERIC ROUSSEL.
 Publié le 14 septembre 2006
Actualisé le 14 septembre 2006 : 14h26
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Léon Blum de Serge Berstein - Fayard, 835 p., 30 €.
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<b>Léon Blum</b> de Serge Berstein - Fayard, 835 p., 30 €.
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Les autres titres

L'historien brosse un portrait complet et nuancé d'une grande figure du socialisme.

 
LÉON BLUM a suscité un véritable culte dont les desservants, hier encore, métamorphosaient allègrement les tièdes en suspects soupçonnables du pire. Les choses ont heureusement un peu changé. Il y a quelques années l'historien israélien Llan Greilsammer a dépoussiéré la statue. Fondé sur des archives revenues de Moscou (où elles étaient arrivées du fait de l'Occupation), son livre mettait l'accent sur le caractère du personnage, ses relations avec la judaïté, quelques contradictions de sa politique étrangère en 1936-1937. Professeur émérite à l'Institut d'études politiques, spécialiste du Parti radical, Serge Berstein s'inscrit dans le même sillon tout au long de l'importante étude qu'il consacre à l'ancien président du Conseil.
 
Première évidence bien mise en lumière : la vie de Blum est loin d'avoir été rectiligne. Fils de commerçants aisés, il a d'abord été un dandy très doué, poussant le dilettantisme jusqu'à dédaigner l'École normale supérieure, réservée selon lui aux besogneux. Tout jeune, il rêvait d'une grande carrière littéraire et faute d'avoir pu s'imposer par ses livres, il devint un critique en vue, à la satisfaction de sa première épouse Lise, plus attirée par les mondanités que par la politique. Entré au Conseil d'État sans grande conviction, il continua longtemps de mener cette existence d'homme de lettres très parisien, entretenant un commerce amical avec des hommes totalement extérieurs au monde qui devint le sien par la suite. A ses débuts, Maurice Barrès est son maître. Devant l'auteur du Culte du moi, Blum est en extase et leurs relations étroites dureront jusqu'à ce que le disciple, ardent dreyfusard, constate que son aîné oppose une fin de non-recevoir aussi catégorique que regrettable à ses tentatives de conversion. Encore les deux hommes ne rompront-ils jamais complètement : plus tard, comme le souligne l'auteur, leurs relations redeviendront amicales, la politique étant cette fois sagement mise de côté.
 
Entre-temps, Léon Blum a adhéré au marxisme. Sur ce point, Serge Berstein apporte un éclairage décisif. Le rôle joué par le dirigeant socialiste lors de la rupture avec les communistes, en 1920, à Tours, sa dénonciation, en termes non équivoques, des fidèles de Lénine, tout cela a fait un peu oublier que, jusqu'au milieu des années 1930, il fit siennes les thèses de l'auteur du Capital. L'explication de ce cheminement intellectuel est simple. Même séparée de son aile bolchevique, la SFIO était écartelée entre plusieurs courants, des prudents nostalgiques du Bloc des Gauches à des révolutionnaires proclamés. Pour maintenir l'unité une certaine phraséologie était indispensable ; il apparaissait également nécessaire de ne pas offrir le moindre prétexte aux accusations de réformisme. Blum avait parfaitement compris tout cela et c'est ainsi qu'il fut l'incarnation d'une stratégie à propos de laquelle Serge Berstein observe très bien : « En entrant dans une surenchère révolutionnaire avec le Parti communiste, il s'interdit de peser sur l'action publique du pays... mais en rejetant la prise de pouvoir immédiate il apparaît légaliste... Il ne peut gérer cette contradiction que par un maintien dans l'opposition. »
 
En 1936, lorsque le Front populaire triompha, cette ligne longtemps maintenue ne fut pas sans conséquences. S'il a fini par accepter l'exercice du pouvoir, Léon Blum s'est trop éloigné des classes moyennes pour définir une politique réaliste. D'où l'échec économique masqué par des mesures symboliques et populaires comme les congés payés. De manière tout aussi convaincante, Serge Berstein montre combien le pacifisme intégral de Léon Blum pesa lourd jusqu'à son arrivée au pouvoir, moment de vérité où il comprit la nécessité d'un changement et se lança dans un effort de réarmement.
 
Il rallia les socialistes à De Gaulle

En Léon Blum, l'homme était très supérieur au politique. Son désintéressement, son immense culture, la noblesse de ses intentions étaient incontestables. Pendant l'Occupation, quand le régime de Vichy entama contre lui des poursuites iniques qui durent être interrompues tant elles tournaient à la confusion des accusateurs, la qualité du personnage et son courage éclatèrent. Dans l'adversité (il fut à la fin de la guerre déporté en Allemagne) l'ex-chef du gouvernement révéla une force d'âme dont on prit la mesure lorsque fut publié son testament spirituel : à l'échelle humaine. Le socialisme n'y était pas renié mais il apparaissait procéder moins du matérialisme historique que d'exigences spirituelles et morales. Certains de ses amis politiques d'ailleurs ne s'y trompèrent pas et déclenchèrent contre lui une campagne à l'issue de laquelle Guy Mollet fit triompher une ligne orthodoxe, (trahie lors de son passage au pouvoir en 1956). A ce Léon Blum, généreux au point d'envisager sans délai la réinsertion de l'Allemagne en Europe, Serge Berstein rend pleinement justice. Il souligne aussi combien pendant la guerre il eut une action positive en ralliant les socialistes parfois méfiants à la cause gaulliste. Pour le reste, le bilan qu'il dresse est nuancé, sans concession aux idées reçues, toujours fondé sur une information solide.

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Publié dans LAETITIA

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