Les réservistes : de droite ou de gauche ?

Publié le par david castel

[les ambiguïtés et les contradictions politiques du mouvement de
protestation des réservistes israéliens après la guerre au Liban]

http://www.haaretz.com/hasen/spages/755421.html

Ha¹aretz, 28 août 2006

Les réservistes : de droite ou de gauche ?


Les ministres qui se rendaient à la Knesset dimanche pour la réunion
hebdomadaire du conseil des ministres ont pu se réconforter du petit nombre
de manifestants : 45 personnes armées de sifflets. En dépit de leur petit
nombre, les deux groupes de manifestants, l¹un emmené par le Mouvement pour
la Qualité du Gouvernement, l¹autre par des soldats réservistes, n¹ont pas
su produire un message commun ;

La droite réclame la création d¹une commission d¹enquête, la gauche réclame
la démission du Premier ministre, du ministre de la défense et du chef
d¹état-major.

Cela fait une semaine que les réservistes Roni Zweigenbaum et Assaf Davidoff
ont entrepris de protester auprès des dirigeants du pays et d¹exiger qu¹ils
"assument leurs responsabilités et démissionnent", exigences de plus en plus
au c¦ur du débat. Et les mouvements de droite sont de plus en plus actifs.

La confusion entre les camps politiques vient aussi de la profusion de
pétitions (pas moins de 10) que le public est appelé à signer. L¹une réclame
la démission des trois dirigeants, une autre une commission d¹enquête, une
troisième la démission du seul chef d¹état-major, une autre celle du seul
Premier ministre, une cinquième un changement de statut des réservistes,
etc.

Mais le problème le plus grave auquel les réservistes sont confrontés est la
tentative de récupération de la droite. Si la droite se montre capable
d¹utiliser les protestations pour abattre le gouvernement, l¹évacuation des
colonies sera retardée de plusieurs années. Les réservistes comprennent le
danger de la récupération de droite et tentent de garder leurs distances.

"Nous aurions pu tomber dans le piège et accepter des dons de toutes sortes
de groupes, et nous serions dans une autre situation, mais nous aurions
manqué à notre devoir", dit Nir Hirshman, porte-parole des réservistes
protestataires.

Toutefois, un examen attentif du petit groupe révèle que ses leaders sont
pour la plupart issus de la droite. Parmi eux, le fondateur d¹un avant-poste
illégal dans les Territoires, et un militant de premier plan contre le plan
de retrait unilatéral. Et ceux qui se situent à gauche au sein du mouvement,
qui sont montrés du doigt chaque fois que des accusations sont proférées sur
le sens politique du mouvement, se battent pour que la protestation ne
glisse pas vers l¹"orange" (1).

Le secrétaire de Shalom Arshav (La Paix Maintenant), Yariv Oppenheimer, dit
que le message des réservistes ne peut être compris que comme un message de
droite. "Ils veulent faire tomber le gouvernement, mais refusent de dire ce
qu¹ils veulent à sa place. Il s¹agit d¹un mouvement nationaliste qui ne
parle que de victoire lors de la prochaine guerre et pas de la manière de
l¹éviter. S¹ils réussissent, au bout du compte c¹est Lieberman et Netanyahou
(2) qui arriveront au pouvoir". Il estime que les réservistes n¹évoquent pas
l¹usage excessif de la force par l¹armée, et ne remettent pas question la
nécessité de la dernière opération terrestre, qui a coûté la vie à 34
soldats.

Baroukh Itam, considéré comme le "gauchiste" du groupe, n¹est pas d¹accord.
"Si on raconte notre histoire comme celle d¹une protestation Oorange¹ qui
aura fait chuter le gouvernement, de sera très triste. Le but est de
raconter l¹histoire d¹une protestation qui veut réinsuffler des valeurs au
leadership". Il concède bien que la pression de la droite existe, qui peut
être qualifiée de dangereuse "à cause de ses motivations quant à la chute du
gouvernement. J¹appelle la gauche à nous rejoindre en masse pour
rééquilibrer le tout".

Entre temps, la tension monte parmi les protestataires. L¹un est soupçonné
d¹être une taupe du Shin Bet, deux autres d¹être des militants de Shalom
Arshav qui essaient de saboter la manifestation. Le mouvement a pris
également ses distances avec "Eveil", formé l¹année dernière pour protester
contre le désengagement de Gaza.

/S

Alors que la plupart des occupants de la tente de protestation semblent être
des gens de droite ou du centre, il existe aussi des gens de gauche qui ont,
précédemment, signé des lettres de refus de servir dans les territoires.
Baroukh Eitam, qui a collaboré à l¹édification de la première tente de
protestation à Jérusalem avant de venir aider à en installer une autre à
Tel-Aviv, ne voit aucune contradiction : "Dans les Territoires, Israël
combat un peuple qui veut sa libération ; au Liban, il combat une
organisation dont l¹objectif clairement défini est la destruction d¹Israël."


(1) le camp anti-retrait de Gaza avait adopté la couleur orange.

(2) Avigdor Lieberman, leader du mouvement russophone ultra-nationaliste
"Israel Beitenou". Benjamin Netanyahou, leader du Likoud.
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