Grossman, hisse le drapeau
[devant les dérives possibles des mouvements de colère et de protestation
qui se développent en Israël, et alors qu¹en cas de nouvelles élections, les
sondages prédisent la victoire d¹une coalition droite-religieux, Dan
Jacobson, membre du secrétariat de Shalom Arshav (La Paix Maintenant)
appelle à une manifestation populaire dont David Grossman serait
porte-parole. Si, bien sûr, il se relève du deuil terrible qui l¹a touché]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/755013.html
Ha¹aretz, 26 août 2006
Grossman, hisse le drapeau
par Dan Jacobson *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
La colère de l¹opinion contre la gestion de la guerre et ses résultats monte
dans le pays. Pour le moment, elle ne se situe pas sur le plan politique, et
repose sur des exigences, évidentes quoique pas nécessairement utiles, de
démissions, d¹enquêtes, etc. Toutefois, il existe clairement une possibilité
que, même sir les porte-parole des réservistes protestataires, des familles
endeuillées, des habitants du Nord et d¹autres n¹ont pas forcément cette
intention, que cette colère donne naissance à une dynamique destructrice qui
pourrait aller dans le sens d¹une droite semi-fasciste. Les protestations
contre les hésitations, l¹argument avancé selon lequel on n¹a pas laissé
Tsahal gagner la guerre et rapporter une "photo de la victoire", sont tous
des signes de ce danger.
Le fossé béant entre d¹une part les attentes exagérées affichées si
prétentieusement par les dirigeants politiques et militaires et les
résultats de la guerre d¹autre part, les échecs terribles qui ont été
révélés, la catastrophe sociale au nord et les soupçons de corruption
personnelle et de comportement erratique qui pèsent sur le président de
l¹Etat : tous ces éléments créent le décor d¹une situation effrayante, à la
fois par ses implications et par les associations historiques qu¹ils
évoquent.
Dans une large mesure, la situation est même pire que lors du choc collectif
essuyé par Israël après la guerre de Kippour, parce qu¹alors, les
protestataires pensaient que les dirigeants devaient être remplacés par
Itzhak Rabin et sa génération. Aujourd¹hui, à notre grand regret, nous ne
disposons pas de solution de rechange aussi évidente.
A gauche, certains n¹ont pas peur de nouvelles élections, même si cela
signifie une victoire de la droite radicale, adoptant en cela l¹adage
trotskiste selon lequel plus les choses tournent au pire et mieux cela vaut.
Mais nous n¹avons pas le temps. La menace nucléaire iranienne avance, et si
nous ne sommes pas suffisamment sages pour la neutraliser par des accords
avec tous ceux nous entourent (Syrie, Liban, Palestine), nous pouvons nous
attendre à des jours très difficiles.
Le danger existentiel qui nous guette ne consiste pas nécessairement en une
destruction physique, mais en un sentiment d¹impuissance qui obligera un
grand nombre de gens à se poser la question de savoir s¹ils souhaitent
vraiment élever leurs enfants dans un environnement aussi dangereux. Ce
sentiment est renforcé par l¹incurie de l¹Etat et par le manque de confiance
envers les institutions censées être responsables du sort des citoyens.
Aujourd¹hui, au milieu du débat public orageux, et sous l¹influence
douloureuse des tragédies personnelles et collectives, il revient au camp de
la gauche, au-delà des partis de gauche, d¹élever clairement la voix. Il
doit fournir sa contribution à un programme alternatif et clair, sur les
plans politique, social et moral.
Le pont de départ ne doit pas être le mot d¹ordre habituel (bien que
correct) de négociations sur des accords de paix avec tous nos voisins, avec
de notre part la volonté de payer le prix nécessaire, mais plutôt la
démonstration d¹un désir populaire de parvenir à une véritable
réconciliation, fondé sur un autre discours qui ne repose plus sur la force
mais sur le respect mutuel. Ainsi, eux et nous pourrons ¦uvrer à réhabiliter
le tissu social, réhabilitation qui constitue la seule chance et la première
défense contre toutes les forces destructrices des fondamentalistes.
Il est temps aujourd¹hui de prendre l¹initiative d¹une large manifestation
citoyenne qui réunisse autant de mouvements sociaux que possible, dont le
dénominateur commun serait la conscience du lien qui existe entre la
réconciliation avec nos voisins et la réhabilitation sur le plan intérieur.
Ce n¹est qu¹en combinant les deux qu¹il y a une chance de mobiliser les
énergies politiques nécessaires.
Il faut beaucoup de culot pour le dire, mais je pense que le porte-parole le
plus approprié, et peut-être le seul, pour une telle manifestation est David
Grossman. Ses positions sont connues, ses déclarations pendant la guerre,
son prestige d¹intellectuel et d¹écrivain, la noblesse d¹esprit de sa
famille et de lui-même, et le prix déchirant, le plus terrible de tous,
qu¹il a payé avec la mort de son fils Uri, font de lui, s¹il peut se relever
de son deuil terrible, un aimant pour les masses. Des milliers de gens
viendront l¹écouter. Son oraison funèbre à son fils est déjà devenue un
texte culte (1). La modération de ses mots, la douceur de son style, la
nuance avec laquelle il exprime ses idées, sa capacité à voir "l¹autre" et
l¹ "israélianité" qu¹il a au c¦ur, sont l¹expression la plus claire de
l¹autre discours que la gauche citoyenne doit adopter en Israël.
(1) Voir http://www.lapaixmaintenant.org/article1354
* Dan Jacobson enseigne à l¹Université de Tel-Aviv. Il est membre du
secrétariat de Shalom Arshav (La Paix Maintenant)
qui se développent en Israël, et alors qu¹en cas de nouvelles élections, les
sondages prédisent la victoire d¹une coalition droite-religieux, Dan
Jacobson, membre du secrétariat de Shalom Arshav (La Paix Maintenant)
appelle à une manifestation populaire dont David Grossman serait
porte-parole. Si, bien sûr, il se relève du deuil terrible qui l¹a touché]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/755013.html
Ha¹aretz, 26 août 2006
Grossman, hisse le drapeau
par Dan Jacobson *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
La colère de l¹opinion contre la gestion de la guerre et ses résultats monte
dans le pays. Pour le moment, elle ne se situe pas sur le plan politique, et
repose sur des exigences, évidentes quoique pas nécessairement utiles, de
démissions, d¹enquêtes, etc. Toutefois, il existe clairement une possibilité
que, même sir les porte-parole des réservistes protestataires, des familles
endeuillées, des habitants du Nord et d¹autres n¹ont pas forcément cette
intention, que cette colère donne naissance à une dynamique destructrice qui
pourrait aller dans le sens d¹une droite semi-fasciste. Les protestations
contre les hésitations, l¹argument avancé selon lequel on n¹a pas laissé
Tsahal gagner la guerre et rapporter une "photo de la victoire", sont tous
des signes de ce danger.
Le fossé béant entre d¹une part les attentes exagérées affichées si
prétentieusement par les dirigeants politiques et militaires et les
résultats de la guerre d¹autre part, les échecs terribles qui ont été
révélés, la catastrophe sociale au nord et les soupçons de corruption
personnelle et de comportement erratique qui pèsent sur le président de
l¹Etat : tous ces éléments créent le décor d¹une situation effrayante, à la
fois par ses implications et par les associations historiques qu¹ils
évoquent.
Dans une large mesure, la situation est même pire que lors du choc collectif
essuyé par Israël après la guerre de Kippour, parce qu¹alors, les
protestataires pensaient que les dirigeants devaient être remplacés par
Itzhak Rabin et sa génération. Aujourd¹hui, à notre grand regret, nous ne
disposons pas de solution de rechange aussi évidente.
A gauche, certains n¹ont pas peur de nouvelles élections, même si cela
signifie une victoire de la droite radicale, adoptant en cela l¹adage
trotskiste selon lequel plus les choses tournent au pire et mieux cela vaut.
Mais nous n¹avons pas le temps. La menace nucléaire iranienne avance, et si
nous ne sommes pas suffisamment sages pour la neutraliser par des accords
avec tous ceux nous entourent (Syrie, Liban, Palestine), nous pouvons nous
attendre à des jours très difficiles.
Le danger existentiel qui nous guette ne consiste pas nécessairement en une
destruction physique, mais en un sentiment d¹impuissance qui obligera un
grand nombre de gens à se poser la question de savoir s¹ils souhaitent
vraiment élever leurs enfants dans un environnement aussi dangereux. Ce
sentiment est renforcé par l¹incurie de l¹Etat et par le manque de confiance
envers les institutions censées être responsables du sort des citoyens.
Aujourd¹hui, au milieu du débat public orageux, et sous l¹influence
douloureuse des tragédies personnelles et collectives, il revient au camp de
la gauche, au-delà des partis de gauche, d¹élever clairement la voix. Il
doit fournir sa contribution à un programme alternatif et clair, sur les
plans politique, social et moral.
Le pont de départ ne doit pas être le mot d¹ordre habituel (bien que
correct) de négociations sur des accords de paix avec tous nos voisins, avec
de notre part la volonté de payer le prix nécessaire, mais plutôt la
démonstration d¹un désir populaire de parvenir à une véritable
réconciliation, fondé sur un autre discours qui ne repose plus sur la force
mais sur le respect mutuel. Ainsi, eux et nous pourrons ¦uvrer à réhabiliter
le tissu social, réhabilitation qui constitue la seule chance et la première
défense contre toutes les forces destructrices des fondamentalistes.
Il est temps aujourd¹hui de prendre l¹initiative d¹une large manifestation
citoyenne qui réunisse autant de mouvements sociaux que possible, dont le
dénominateur commun serait la conscience du lien qui existe entre la
réconciliation avec nos voisins et la réhabilitation sur le plan intérieur.
Ce n¹est qu¹en combinant les deux qu¹il y a une chance de mobiliser les
énergies politiques nécessaires.
Il faut beaucoup de culot pour le dire, mais je pense que le porte-parole le
plus approprié, et peut-être le seul, pour une telle manifestation est David
Grossman. Ses positions sont connues, ses déclarations pendant la guerre,
son prestige d¹intellectuel et d¹écrivain, la noblesse d¹esprit de sa
famille et de lui-même, et le prix déchirant, le plus terrible de tous,
qu¹il a payé avec la mort de son fils Uri, font de lui, s¹il peut se relever
de son deuil terrible, un aimant pour les masses. Des milliers de gens
viendront l¹écouter. Son oraison funèbre à son fils est déjà devenue un
texte culte (1). La modération de ses mots, la douceur de son style, la
nuance avec laquelle il exprime ses idées, sa capacité à voir "l¹autre" et
l¹ "israélianité" qu¹il a au c¦ur, sont l¹expression la plus claire de
l¹autre discours que la gauche citoyenne doit adopter en Israël.
(1) Voir http://www.lapaixmaintenant.org/article1354
* Dan Jacobson enseigne à l¹Université de Tel-Aviv. Il est membre du
secrétariat de Shalom Arshav (La Paix Maintenant)
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