Pour une conférence de Madrid II

Publié le par david castel

Parce qu¹il faut bien continuerS
Merci à tous ceux qui ont envoyé un message de sympathie à David Grossman.
Leurs messages lui parviendront de manière collective, en temps et en heure.

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[Yossi Beilin, l¹artisan israélien de l¹Initiative de Genève, réclame une
commission d¹enquête sur la guerre et appelle Olmert à prendre l¹initiative
d¹une conférence de paix internationale à l¹image de la conférence de Madrid
de 1991. Cette initiative, pense Beilin, aurait de meilleures chances de
succès que la précédente, qui avait déjà changé en partie le cours de
l¹histoire du Moyen-Orient.]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/749682.html

Ha¹aretz, 13 août 2006

Pour une conférence de Madrid II
Par Yossi Beilin (1)

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Le "matin d¹après", une commission d¹enquête sera créée pour examiner la
manière dont cette guerre a été menée, et peut-être aussi pour répondre à
d¹autres questions, comme celle de savoir s¹il n¹aurait pas été possible
d¹empêcher l¹armement du Hezbollah depuis six ans par des moyens politiques
ou militaires.

Ces dernières semaines, pendant lesquelles une grande partie du pays a été
exposée aux obus du Hezbollah, où l¹économie s¹est arrêtée pour un tiers du
pays, où le tourisme a stoppé net ; où les conséquences sur le plan de la
sécurité des énormes fossés qui séparent les riches et les pauvres, les
Juifs et les Arabes, ont éclaté au grand jour ; et où des dizaines de
milliers de réservistes ont été mobilisés ; où le prix, militaire et civil,
a été si lourd : tous exigent une commission d¹enquête, et elle sera créée.

Au lieu de réagir aux exigences présentées par les médias ou par des
manifestants venus de sa coalition parlementaire ou de l¹opposition, Ehoud
Olmert doit lui-même et le plus tôt possible prendre l¹initiative de cette
commission d¹enquête. Il doit d¹ores et déjà se préparer à la création de
cette commission pour s¹assurer qu¹il n¹y ait aucun soupçon à son encontre
selon lequel il chercherait à échapper aux questions gênantes. (S)

Le gouvernement devra accomplir un gros effort pour que le budget 2007 soit
conçu de telle sorte que les différences entre couches économiques soient
comblées, même s¹il n¹est pas possible de couper dans le budget de la
défense comme il s¹y était engagé. Par ailleurs, Olmert devra mener une
initiative politique qui constitue une alternative à son plan de
"convergence".

Le "matin d¹après", Olmert ne pourra pas conduire en pilote automatique. Il
est arrivé au pouvoir en promettant des négociations politiques avec les
Palestiniens. Si cela ne marchait pas, il évacuerait de manière unilatérale
certaines colonies de Cisjordanie et déménagerait leurs habitants au sein
des blocs de colonies.  Or, ce plan est devenu impossible à cause des
événements à Gaza et au Liban, qui ont convaincu l¹opinion que des mesures
unilatérales ne remplaçaient pas des accords. Par ailleurs, ce plan ne
disposerait plus d¹une majorité à la Knesset. La droite et les partis
religieux ne prêteraient pas la main au retrait et à l¹évacuation de colons,
et la gauche ne le laisserait pas renoncer aux négociations et déménager des
colons d¹un côté de la clôture de Cisjordanie à l¹autre sans qu¹un accord
intervienne.

Une initiative consistant à réunir une deuxième conférence de Madrid serait
un geste politique énorme, dramatique, qui serait accepté, du moins au
début, par une grande majorité de l¹opinion et par la Knesset. La première
conférence de Madrid, en octobre 1991, a changé la face du Moyen-Orient.
Pour la première fois dans l¹histoire, des négociations directes ont eu lieu
entre Israël, la Syrie, le Liban et une délégation jordano-palestinienne
autour d¹un accord de paix. Ces pourparlers ont conduit, trois ans plus
tard, au traité de paix israélo-jordanien rendu possible par les accords
d¹Oslo signés par Israël et l¹OLP. Les discussions avec le Liban, qui
dépendaient entièrement de celles avec la Syrie, n¹ont donc mené nulle part.
Les discussions avec la Syrie, qui ont cessé en 1996 et repris en 1999, se
sont de nouveau arrêtées alors que les parties étaient parvenues à un accord
quasi total sur tous les problèmes à l¹ordre du jour, sauf celui qui
concerne la côte nord-est du lac de Tibériade.

Il est vrai que depuis lors, des événements terribles se sont produits : la
deuxième Intifada, la victoire du Hamas, le 11 septembre, l¹extrémisme
iranien, le conflit à Gaza après le désengagement et une autre guerre au
Liban. Mais il y a eu également des développements positifs : la Syrie a
quitté le Liban, le régime de Saddam Hussein a été renversé, Fouad Siniora a
été élu premier ministre du Liban, Bachar Assad et Mahmoud Abbas ont exprimé
leur désir d¹entamer des négociations avec Israël, tous éléments qui créent
des circonstances pour une deuxième conférence de Madrid bien plus
favorables que celles qui prévalaient à la veille de la première.

Il faut aussi ajouter que les fossés entre les parties concernant un accord
de paix définitif se sont considérablement rétrécis depuis 15 ans. En
Israël, en 2006, il existe un quasi-consensus autour de l¹idée d¹un Etat
palestinien, et le premier ministre d¹Israël est prêt à renoncer à près de
90% de la Cisjordanie, unilatéralement. Les paramètres Clinton, la "vision"
de Bush, la Feuille de route, la décision du sommet de la Ligue arabe en
2002 et l¹Initiative de Genève dépeignent tous une image claire d¹un accord
israélo-palestinien. Les pourparlers, publics ou secrets, avec les Syriens
depuis 1991 jettent eux aussi presque complètement les bases d¹un accord
israélo-syrien.

En 1991, ce sont les Etats-Unis qui ont fait l¹effort de convaincre Israël
de participer à cette conférence. Cette fois, ce sera le rôle d¹Olmert de
convaincre le président Bush que faire sortir la Syrie de l¹"Axe du Mal", la
paix avec le Liban et la fin du conflit israélo-palestinien constituent des
objectifs réalisables par des actes pratiques qui, s¹ils marchent, peuvent
sauver le Moyen-Orient et contribuer à mettre en ¦uvre la vision
réformatrice en laquelle Bush croit tant.


(1) Yossi Beilin, ancien ministre, est président du parti Meretz-Yakhad. Il
est à l¹origine, avec Yasser Abed Rabbo, de l¹Initiative de Genève.
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