Peretz menace de faire voter la dissolution du Parlement

Publié le par david castel


AFP
Mis en ligne le 13/11/2005
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La législature actuelle s'achève normalement en novembre 2006.

AP

Le chef du parti travailliste israélien, Amir Peretz, a menacé de soutenir mercredi au parlement une proposition de loi de l'opposition pour sa dissolution, s'il ne pouvait auparavant convenir avec le Premier ministre Ariel Sharon d'une date pour des élections anticipées.

"Je n'ai pas l'intention de laisser Sharon jouer sur la scène politique comme s'il s'agissait de sa chasse gardée. Avec tout le respect que je lui dois cette époque est révolue", a déclaré M. Peretz dont les propos sont rapportés dimanche par les médias israéliens.

"Mercredi, le député Zevoulon Orlev (Parti National Religieux) doit soumettre à la Knesset une proposition de loi pour la dissolution de la Chambre. Je lui ai demandé de coordonner sa démarche avec moi et il a accepté" a-t-il ajouté.

"Sharon a reporté à jeudi ma rencontre avec lui qui était prévue dimanche. Il s'agit d'une décision irresponsable, car le parti travailliste entend quitter la coalition gouvernementale, et il vaut mieux que cela se fasse de façon coordonnée", a-t-il poursuivi.

M. Peretz, selon les commentateurs, craint qu'en ayant reporté son rendez-vous avec lui de dimanche à jeudi, M. Sharon veuille gagner du temps et enrayer ainsi "l"effet Amir Peretz" sur la scène politique, son élection surprise jeudi face à Shimon Peres, figure historique du parti, ayant créé chez les travaillistes l'espoir d'un retour au pouvoir.

Si la proposition de loi du PNR pour la dissolution de la Chambre ne recueille pas une majorité mercredi, il ne sera plus possible en effet de la soumettre à nouveau avant six mois, selon la loi.

La législature actuelle s'achève normalement en novembre 2006.
Samedi 12 Novembre 2005
["quiconque veut faire avancer le processus de paix et sait (contrairement à
Sharon) que, dans cette région, le temps joue contre les partisans de la
raison, doit comprendre qu¹il n¹y a aucune chance pour une Pax Americana. La
seule formule applicable, c¹est Ofaisons-le nous-mêmes¹"]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/643701.html

Ha¹aretz, 10 novembre 2005


par Yossi Beilin

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Le rêve du président Bush n¹a jamais été de trouver une solution au conflit
israélo-palestinien. Bien au contraire : puisque cela a été le "bébé" de
Clinton, et puisque pour Bush, tout ce qui est lié à Clinton est à rejeter a
priori, il était clair depuis le début qu¹il ne toucherait pas à ce conflit.

La richesse de la langue diplomatique permet de parler de l¹inaction en
termes sérieux et respectables. Ainsi, la décision de ne pas jouer un rôle
actif dans la recherche d¹une solution au conflit israélo-palestinien
s¹appelle une "gestion de conflit". En pratique, la décision de
l¹administration américaine revient à dire que, tant que les Israéliens et
les Palestiniens se tuent en "basse intensité", ils peuvent continuer à
saigner. Si le conflit s¹aggrave, il faut déclarer quelque chose (du genre
de la "vision" pathétique de Bush en juin 2004, ou de la Feuille de route
remise aux parties en avril 2003 sans que ni ses initiateurs ni les parties
ne s¹y attachent sérieusement).

Quand on se rend à Washington en ce moment, on a du mal à se défaire de
l¹impression que l¹administration américaine est prise d¹une profonde
dépression et veut qu¹on la laisse tranquille, à se débrouiller avec ses
problèmes internes sans qu¹on l¹ennuie avec les problèmes internationaux. Le
cyclone qui a frappé le Sud a montré une administration incapable de traiter
des questions vitales pour ses concitoyens et qui abandonne les pauvres et
les faibles à leur sort. Le sang de soldats et de civils américains continue
à couler en Irak, et l¹énorme déficit budgétaire créé par Bush, qui avait
hérité de Clinton d¹un budget sans déficit, contribuent également à une
sensation de faiblesse américaine (en particulier si l¹on considère qu¹une
proportion importante de la dette extérieure américaine est constituée
d¹obligations détenues par les Chinois).

L¹affaire surréaliste de la dénonciation d¹un agent de la CIA est le dernier
d¹une série de coups portés au président et à son administration. Les
sondeurs jurent que si Bush devait se mesurer aujourd¹hui à n¹importe quel
Démocrate anonyme, il serait battu à plate couture. On s¹accorde à penser
qu¹aujourd¹hui, Bush est un canard boiteux, à plus de trois ans de la fin de
son mandat.

Il y a un peu moins de trois ans, Thomas Friedman, l¹éditorialiste vedette
du New York Times, avait proposé un test pour mesurer le succès de la guerre
en Irak : si le prix du baril de pétrole, à l¹époque en dessous de 30 $,
descendait sous les 6 $, cela signifierait une grande victoire ; s¹il
grimpait au-dessus de 60 $, ce serait la défaite. Friedman, partisan de la
guerre, n¹a plus jamais reparlé de son échelle, mais même sans cela, le
sentiment général est que les Etats-Unis ont perdu une large part de leur
influence en tant que super-puissance. Et l¹éveil du géant chinois crée
l¹impression que quelqu¹un, dans un futur proche, va prendre la relève.

La situation en Irak renforce cette impression : la quasi-totalité de
l¹armée américaine est maintenant clouée là-bas, et le résultat en est que
personne ne prend au sérieux les menaces américaines d¹actions militaires
contre la Syrie ou l¹Iran.

Pour ce qui nous concerne, dès l¹élection de Bush pour son second mandat, il
y a eu plusieurs de ses proches pour dire que le conflit israélo-palestinien
serait l¹une des priorités de sa politique étrangère et que la secrétaire
d¹Etat Condoleezza Rice serait en pratique une émissaire spéciale au
Moyen-Orient. Il est aujourd¹hui clair que les scandales intérieurs et
l¹échec en Irak ont tant détourné de nous l¹administration américaine
qu¹elle ne remarque même pas que nous brûlons.

L¹unique super-puissance du monde joue depuis quelque temps à esquiver ses
responsabilités. La vision américaine se fonde sur l¹idée absurde de
transformer Gaza en un modèle de succès régional à l¹image de Singapour ou
de Hong Kong, et la secrétaire d¹Etat ne se montre que pour s¹occuper de
l¹évacuation des gravats des colonies du Goush Katif ou de la question
vitale des dispositions techniques à prendre pour le passage frontalier de
Rafah.

Quiconque veut faire avancer le processus de paix et sait (contrairement à
Sharon) que, dans cette région, le temps joue contre les partisans de la
raison, doit comprendre qu¹il n¹y a aucune chance pour une Pax Americana. La
seule formule applicable, c¹est "faisons-le nous-mêmes".


Yossi Beilin est président du parti Meretz-Yakhad. Il est à l¹origine, avec
Yasser Abed Rabbo, de l¹Initiative de Genève.
Vendredi 11 Novembre 2005
[dès son élection à la tête du Parti travailliste, Amir Peretz a réaffirmé
que le parti se situerait désormais dans l¹opposition, ce qui entraîne quasi
automatiquement de nouvelles élections, peut-être en mars prochain. Une
recomposition du paysage politique israélien est probable. Sharon
restera-t-il au Likoud ou va-t-il créer un parti "centriste", peut-être avec
Shimon Peres ? Déjà, dans cet article, Sarid propose une fusion entre
travaillistes et Meretz]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/644153.html

Ha¹aretz, 10 novembre 2005


par Yossi Sarid

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Surprise ? Pas vraiment. Comment peut-on être surpris par un échec de plus
de Shimon Peres, l¹homme qui n¹a jamais raté une occasion de perdre ? Une
révolution ? Oui, absolument. Qui aurait cru qu¹Amir Peretz, de Sderot,
pouvait être sacré leader du Parti travailliste ?

Le ranch d¹Ariel Sharon est très proche de Sderot, mais la distance qui
sépare les deux hommes est comme celle qu¹il y a entre le levant et le
couchant. Et le soleil, comme chacun sait, se lève à l¹est et se couche à
l¹ouest. Il est fort possible que l¹avènement de Peretz signifie le déclin
de Sharon. De toute façon, Sharon a aujourd¹hui une opposition et, à long
terme, une alternative. Le règne de Sharon n¹est plus de l¹ordre de la force
suprême. Des rangs du deuxième parti en importance, un challenger est
arrivé, enfin.

Ces dernières années, c¹était comme si les travaillistes avaient accepté de
servir de cinquième roue au carrosse de Sharon. La vie politique du pays
s¹est donc transformée en un grand bal masqué, où personne ne pouvait dire
qui représentait quoi. (S) Au milieu de la nuit, alors que l¹on
comptabilisait les votes, le bal s¹est brusquement terminé, les masques sont
tombés, et maintenant, deux visions du monde s¹affrontent à visage
découvert. L¹opinion peut faire la différence et décider de son choix.

Je connais Amir Peretz depuis de nombreuses années. Ses idées en politique
étrangère sont à gauche, et cela remonte au temps où il fut l¹un des
premiers à rejoindre Shalom Arshav (La Paix Maintenant). Cela n¹a pas été
facile, il y a plus de 20 ans, de diriger une ville de développement du sud
sans cacher ses penchants colombes. Amir Peretz l¹a fait, en dépit de toutes
les difficultés.

Il n¹a jamais eu honte d¹être socialiste, terme qui, pour des raisons de
superstition, est parfois remplacé par celui de "social-démocrate". Les
démagogues et tous ceux qui profitent du système tombent à bras raccourcis
sur les socialistes. Que veulent-ils, ces imbéciles (disent-ils) ? Que l¹on
vive comme à Cuba ? Que l¹on en revienne aux temps de l¹URSS qui a fait
honte à tout ce qui ressemble à du "socialisme réel" ? Amir n¹a pas peur des
démagogues. Non, il ne veut pas que nous ressemblions à Cuba, ce pays pauvre
et malheureux. Ce qu¹il veut, c¹est que nous soyons comme la Finlande, le
Danemark, les Pays-Bas et d¹autres pays qui, contrairement à Israël, n¹ont
pas déchiré leur filet de protection sociale et qui n¹ont pas ouvert de
gouffres sociaux qui menacent de les avaler.

Il y a eu ici des tentatives, largement réussies, de persuader les gens que
le choix était soi-disant clair et décisif : ou bien la voie carnivore de
Benjamin Netanyahou ou de ses partenaires du Likoud et du Parti
travailliste, ou bien une économie bolchevik. Peretz montre une troisième
voie : le monde entier n¹est pas une Amérique obsédée par la propriété ; il
y a une alternative, et un socialiste d¹aujourd¹hui le sait bien. Ce qu¹il
faut, c¹est choisir le bon modèle.

Si Shimon Peres l¹avait emporté, ce qui était aurait continué à être, avec
les mêmes. Maintenant, l¹horizon s¹est éclairci, et il y a des signes d¹une
nouvelle chance. Le programme politique et social d¹Amir Peretz est très
semblable à celui du Meretz, et il est possible que cette similarité appelle
une fusion. Il n¹y a aucune certitude que cette fusion soit électoralement
payante, mais il n¹est pas certain non plus que l¹élection de Peretz le
conduise directement au poste de Premier ministre aux prochaines élections,
trop proches. Il faut considérer l¹élection de Peretz comme un
investissement à long terme. Entre temps, organisons l¹opposition,
développons progressivement une alternative, et alors, le jour ne sera pas
si lointain où le régime changera. Tôt ou tard, le peuple en aura assez de
ce capitalisme avilissant qui rejette les enfants et les vieillards, et de
cet " Etat juif " qui a perdu la tête et son c¦ur juif.

Aujourd¹hui, cela dépend avant tout de Peretz : aura-t-il la force
nécessaire au sein d¹un parti déchiré et divisé qui dévore ses dirigeants,
voudra-t-il créer un front pour sauver Israël ? L¹initiative est entre ses
mains.


Yossi Sarid, ancien ministre, ancien président du parti Meretz, est
aujourd¹hui simple député depuis qu¹il a cédé sa place à Yossi Beilin.
Vendredi 11 Novembre 2005
[contre toute attente, Amir Peretz a remporté les élections internes au
Parti travailliste en battant Shimon Peres. Curieusement, cette élection
s¹est déroulée pendant les cérémonies à la mémoire d¹Itzhak Rabin. Peretz a
clairement revendiqué son héritage. Devant la tombe d¹Itzhak Rabin, Amir
Peretz a souligné que la recherche d¹un accord de paix avec les Palestiniens
serait sa principale priorité : "je suis venu ici  pour faire le serment à
Rabin, une fois encore, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour
poursuivre dans la voie qu¹il a tracée, et tout faire pour que son assassin
sache qu¹il a échoué à assassiner la paix".]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/644045.html

Ha¹aretz, 10 novembre 2005

Avec Amir Peretz, le Parti travailliste est de retour
par Daniel Ben-Simon

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


L¹élection d¹Amir Peretz [à la présidence du Parti travailliste] a secoué le
système politique et pourrait marquer le début d¹une nouvelle ère. Le grand
vainqueur est le Parti travailliste, ne serait-ce qu¹à cause de la capacité
de Peretz à attirer à lui des secteurs qui depuis de nombreuses années sont
inaccessibles au parti.

Le profil personnel de Peretz est presque identique à celui de millions
d¹Israéliens immigrés en Israël ou nés après sa création : fils d¹immigrants
marocains, élevé dans une ville de développement du sud, il est parvenu à la
position qu¹il occupe grâce à un labeur incessant. Ironie de l¹histoire, ce
sont les nouveaux immigrants des années 50 et 60 qui votaient travailliste
et faisaient la force du parti face à la droite, dirigée à l¹époque par
Menahem Begin. L¹arrivée au pouvoir du Likoud, en 1977, a détourné les
classes défavorisées du Parti travailliste, qui depuis lors se traîne
derrière le Likoud.

Il se pourrait que Peretz symbolise pour les populations exclues de la
société le fait que le Parti travailliste peut devenir leur maison politique
au sens où, si lui, Peretz, a pu grimper jusqu¹au sommet, elles aussi le
peuvent. Le fait qu¹il ait grimpé l¹échelle politique pour en arriver à la
tête du Parti travailliste, traditionnellement considéré comme un bastion
conservateur et ashkénaze, est une bonne nouvelle pour le parti. Il est
possible que, parmi ces populations exclues, nombreux soient ceux qui
abandonneront le Likoud ou le Shas [ultra orthodoxe] pour rejoindre Peretz.

Peretz va aussi bénéficier de ses positions sur l¹économie, qui cherchent à
réduire le fossé entre pauvres et possédants. En dix ans, Israël est devenu
la société la plus socialement polarisée du monde occidental, et il a le
taux de pauvreté le plus important chez les personnes âgées. Peretz a
annoncé son intention de relever le salaire minimum, et d¹insister sur le
rôle de l¹Etat en tant qu¹aide aux plus défavorisés. En ce sens, il est un
pionnier du retour à la politique de l¹Etat-providence, politique
particulièrement mise à mal ces dernières années sous les gouvernements
Likoud.

De plus, la victoire de Peretz pourrait provoquer un changement des
priorités de l¹Etat. Le temps est révolu où des ex-généraux dirigeants du
Likoud comme des travaillistes dictaient un ordre du jour où tous les
aspects de la vie étaient subordonnés aux questions militaro-politiques. Le
système politique a été dominé par d¹anciens généraux, ce qui en a
profondément modifié la nature. Et Peretz constitue une menace pour
l¹hégémonie des militaires si crûment mise à jour quand le député
travailliste Danny Yatom s¹est ouvertement moqué du non-passé militaire
d¹Amir Peretz. (1)

Le Parti travailliste ne pouvait espérer meilleure issue. Peretz pourrait
annoncer une ère nouvelle pour le Parti travailliste, qui le ferait sortir
de l¹isolation dont il souffre depuis l¹accession au pouvoir du Likoud en
1977. Le Parti travailliste fait de nouveau partie du jeu.


(1) sur cet épisode, et plus généralement pour un portrait plus fouillé
d¹Amir Peretz : http://www.lapaixmaintenant.org/article1072
mis en ligne le samedi 28 mai 2005
par Daniel Ben Simon
Dans un mois auront lieu les primaires du Parti travailliste. [1] Pour l’instant, personne n’oserait parier un centime sur la défaite du Likoud aux prochaines élections. Amir Peretz (ancien militant de Shalom Arshav, ancien dirigeant syndicaliste) peut-il réussir là où Peres, Barak et d’autres semblent n’avoir aucune chance ? Pour cela, il faudrait déjà qu’il gagne ces primaires. Plongée dans la problématique orientaux-ashkénazes, ou, ce qui est souvent perçu comme la même chose, riches-pauvres, qui permet de comprendre quelque chose de la société israélienne

Ha’aretz, 27 mai 2005
Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

 

Ni l’âge ni le temps ne l’ont endurci. A chaque histoire humaine qu’il raconte, ses yeux rougissent. Il pleure presque quand il rappelle que le père d’Itsik Moyal s’était inscrit au parti juste avant de mourir. Ou la rencontre fortuite avec une aide-soignante à l’hôpital, qui lui a dit que quand il deviendrait premier ministre, les gens danseraient dans les rues. Ou tous les gens ordinaires qui l’arrêtent dans la rue et déclarent que lui seul peut sauver le pays.
C’est là son public naturel. Les gens ordinaires. Avec eux, il se sent chez lui. Il parle leur langue et les comprend. Il les caresse, ils le caressent en retour. Ils racontent des blagues, parfois en arabe marocain. Ce n’est qu’avec eux qu’Amir Peretz abaisse les défenses qu’il a élevées autour de lui.
Récemment, il a élargi son cercle de rencontres pour y inclure de jeunes avocats, des experts-comptables, des millionnaires du hi-tech, des médecins, des entrepreneurs. Ils voulaient le connaître de près, voir comment il est vraiment. Ils lui ont posé des questions sur son attitude vis-à-vis du profit, du capital, des riches, sur le fossé entre riches et pauvres, et sur ce qui se passerait en cas d’explosion sociale. A sa grande surprise, il a trouvé chez eux un souci véritable pour le pays et une grande inquiétude concernant la détresse sociale grandissante dans la société israélienne.
A chaque rencontre avec ce genre de cercles, on lui demande comment être certain que les pauvres voteraient pour lui. Comment être certain qu’il les détacherait du Likoud et les amènerait à voter travailliste. On lui dit qu’il s’agit d’un "gène Likoud". S’ils pouvaient être certains qu’il remporterait les voix des Juifs orientaux qui votent instinctivement Likoud, ils travailleraient pour lui de toutes leurs forces. Et de tout leur argent.
Le scepticisme qu’il suscite le blesse. Il a l’impression qu’on ne pose ces questions qu’à lui, et à aucun autre candidat. Comme si lui seul avait pour mission de provoquer une révolution psychologique et électorale au sein des classes populaires. Pourquoi ne soumet-on pas Peres à ce test ? Ou Ehoud Barak ? Ou Matan Vilanï ? Même Benjamin Ben-Eliezer n’a pas droit à ces questions, lui qui pourtant véhicule une bonne dose de populisme.
"Si tu nous prouve que tu ramèneras des électeurs du Likoud vers le Parti travailliste, on est complètement avec toi", lui a promis un jeune avocat. Quand il entend cela, Peretz a l’impression d’être un candidat sous condition. Cette semaine, il rencontrait un millionnaire israélien qui fait souvent les titres de la presse économique. "Amir", lui dit l’homme, "je t’aime, mais tu sais bien que les classes populaires au nom desquelles tu t’exprimes finiront par voter Likoud. Alors, pourquoi te soutenir ?"
Malgré le scepticisme, les rencontres avec les jeunes entrepreneurs et les capitalistes lui ont donné de l’espoir. A sa grande surprise, il a découvert chez eux une certaine empathie pour les pauvres et les faibles, et de l’inquiétude pour l’image de la société. En tant que président de la Histadrout (confédération des syndicats), il a fait feu de tout bois sur les capitalistes. Plus d’une fois, lors de conflits du travail particulièrement durs, il les a traités de capitalistes ivres de leur richesse et sans autre souci qu’eux-mêmes. Aujourd’hui, il a changé d’avis. Depuis qu’il est candidat au poste de président du Parti travailliste, il a modéré son attitude vis-à-vis de groupes qu’il condamnait quand il était à la tête de la Histadrout.
Points d’interrogation
Les surprises et les interrogations ne concernent pas seulement les riches. Les "gens ordinaires" lui lancent des regards hésitants. Après lui avoir juré fidélité, l’avoir inondé d’amour et promis qu’"ils le suivraient jusqu’en enfer", ils lui disent ce qu’ils entendent dire : que sa candidature n’attirerait pas les ashkénazes, les gens aisés et l’électorat traditionnel de gauche. Même au sein de son cercle rapproché, Amir Peretz voit des points d’interrogation sur la légitimité de sa candidature.
"Amir, ne sois pas naïf !", lui a dit un syndicaliste. "Tu sais bien qu’ils ne te laisseront jamais gagner. Tu sais qu’ils ne voteront pas pour toi. Les riches ne voteront pas pour toi, ni les anciens du parti". Un autre proche lui a dit que le parti n’était pas prêt à mettre sa tête un candidat comme lui. "Pourquoi ?" ; lui demanda-t-il. "Parce que je suis marocain ? que je suis syndicaliste ? que je suis de Sderot ? A cause de ma manière de parler ? de ma tête ? Pourquoi ?"
"Pour toutes ces raisons", lui répondit l’homme.
Amir Peretz nomme cela le syndrome "Ils-ne-voteront-pas-pour-toi !". Dans [les quartiers bourgeois du] nord de Tel-Aviv, on lui dit que [la ville pauvre de] Dimona ne votera pas pour lui, et à Dimona, on lui dit que Tel-Aviv Nord ne votera pas pour lui.
"C’est un phénomène bizarre que j’ai du mal à expliquer", dit-il. Comme s’il ne pouvait toucher l’héritage qu’à condition de prouver qu’il a déjà en main la dot.
"C’est comme un trou noir qui se rapproche de vous. Les gens ne croient pas qu’on laissera quelqu’un comme moi être à leur tête. Je ne sais pas d’où cela vient. Parfois, je pense que c’est seulement en m’élisant qu’on fera tomber les murs entre les deux communautés, et disparaître les soupçons mutuels".
Le débat très médiatisé entre lui et Danny Yatom a placé sous les spots la rivalité entre deux Israéliens qui revendiquent la direction du pays : le sabra caustique, né en Israël, qui a connu essentiellement l’armée, et l’immigrant du Maroc qui habite une ville de développement, et qui a connu surtout les lignes de production des usines, au temps où il représentait la Histadrout. Toute sa vie, Danny Yatom a vu des uniformes kaki et des armes ; Amir Peretz a surtout vu des bleus de travail et des machines.
Ce débat lui a valu des vagues d’empathie et d’admiration venues de tous les côtés. Il était le faible, la victime. Yatom l’a attaqué avec l’arrogance et la condescendance caractéristiques du sabra de la première génération. Ce qui a fait le plus mal à Peretz, c’est que Yatom l’ait décrit comme quelqu’un arrivé là par hasard, dans des habits trop grands pour lui. Pour lui, cette déclaration révélait la peur du sabra devant ce qui est différent de lui.
"C’était une déclaration terrible", se souvient-il. "Cela revient à dire qu’il y a des groupes qui sont nés pour commander, et d’autres pour être commandés. Pour lui, nous sommes restés les mêmes apparatchiks, qui ne doivent pas oser aspirer au rôle de dirigeants".
Peretz a été blessé. Mais il a su tout de suite que, derrière Yatom, il y avait Barak. Il est persuadé que les deux hommes, avec d’autres anciens généraux, préparent une embuscade pour empêcher sa candidature. Il n’a rien contre Yatom, qui n’est que le messager. Mais Barak, c’est une autre histoire. Personne ne le dégoûte davantage. Pas même Benjamin Netanyahou.
Le conflit avec Barak a commencé dès que celui-ci eut pris le contrôle du parti. Barak ayant renvoyé la plupart des employés du parti, Peretz vint le voir à son bureau. A l’extérieur, les employés renvoyés manifestaient. Peretz exigea qu’il revienne sur sa décision. Barak refusa, expliquant à son visiteur que s’il cédait aux employés, qu’allaient penser Assad et Arafat ? Ils penseraient qu’il avait cédé aux pressions et tenteraient de le piéger. Peretz demanda comment il osait comparer des travailleurs à des ennemis. Barak répondit que sur le principe, il n’y avait pas de différence, et que c’était une question de leadership. Peretz se leva. "Je ne reste pas ici avec toi", dit-il, et il quitta le Parti travailliste.
Retour à la maison
Mardi dernier, il a lancé sa campagne. 1.500 partisans et sympathisants se serraient dans le quartier populaire de Hatikva. Peretz allait de l’un à l’autre, avec force embrassades et tapes dans le dos. Sans costume ni cravate. Peres n’est pas venu, ni Barak, ni aucun dirigeant du parti. Mais certains de ses anciens amis étaient là, qui, il y a quelques années, avaient tenté de prendre le parti. Sans succès.
A cette occasion, tous les groupes se sont mêlés. Un observateur chevronné de la scène politique décrit ce qui s’est produit comme un événement fondateur annonciateur d’une révolution politique. "Dans ce parti endormi, je n’ai jamais rien vu de tel depuis l’élection d’Yitzhak Rabin", dit-il. "Tout le monde est parti de là avec le sentiment que nous avions ici les énergies nécessaires à une révolution. Tous les secteurs étaient là : Arabes, Juifs religieux, Juifs laïques, kibboutzniks, moshavniks, cadres et ouvriers. Et pour la plupart d’entre eux, Amir symbolise le retour à la maison". Avraham Burg, Ouzi Baram, Natan Zakh [2] et d’autres sont montés à la tribune pour couronner Amir Peretz seul candidat capable de ramener le Parti travailliste au pouvoir.
Peretz lui-même déborde de confiance. Pour lui, il sera élu chef du parti aux primaires du 28 juin prochain. Il est certain de réussir à surmonter les mythes, les préjugés et les mauvaises vibrations qui sont en travers de son chemin. De tous les dirigeants, Menahem Begin est son modèle, pour avoir réussi à agréger un public qui a produit la défaite historique des travaillistes en 1977, quand le Likoud est arrivé pour la première fois au pouvoir. "Je veux être le Begin travailliste, bien sûr", précise-t-il. "S’il a réussi, c’est grâce au Second Israël [3], et pas pour le Grand Israël".
Comme Begin, il veut entraîner les masses vers une victoire qui définira un nouvel ordre des priorités dans ce pays. "Je veux provoquer une révolution qui enrôlera la société pour la paix", explique-t-il. "Mon rêve est que les habitants de Rahat et d’Ofakim [4] manifestent côte à côte, sans barrière de nationalité. Et quand les habitants de Césarée et d’Or Akiva [5] participeront à la même manifestation, côte à côte, je saurai qu’une vraie révolution aura commencé en Israël."
Il a un mois pour réussir. Il est convaincu que s’il gagne, il battra le Likoud aux prochaines élections. A condition, bien sûr, que se dissipe le "syndrome Ils ne voteront pas pour toi", qui forme une certaine ombre sur son parcours.

 

[1] ces primaires ont finalement été repoussées au mois de novembre 2005
[2] Avraham Burg et Ouzi Baram sont d’anciens dirigeants travaillistes. Natan Zakh est une sorte de poète officiel proche des travaillistes
[3] "Second Israël" : terme utilisé (autrefois) pour parler des Juifs orientaux (à tort appelés séfarades), par opposition avec l’establishment, composé essentiellement de Juifs ashkénazes
[4] Rahat : ville bédouine du nord du Néguev. Ofakim est une ville de développement juive, proche de Rahat. Toutes les deux sont en grande difficulté économique et sociale
[5] Césarée est une ville en grande partie peuplée d’ashkénazes aisés, Or Akiva d’orientaux défavorisés

Jeudi 10 Novembre 2005



NOUVELOBS.COM | 10.11.05 | 15:59

Amir Peretz est le premier syndicaliste, mais aussi le premier sépharade (juif oriental) à prendre la tête du mouvement travailliste israélien. Son élection symbolise pour lui une revanche pour toute une population juive orientale, trop longtemps victime de discrimination.
Né au Maroc, ce social-démocrate de 53 ans est issu d'un milieu populaire et a immigré à l'âge de quatre ans.
Il ne prétend pas être un révolutionnaire et n'est absolument pas hostile à l'économie de marché, mais il veut lui imposer des limites.
Secrétaire général de la centrale syndicale Histadrout, il sera le candidat travailliste au poste de Premier ministre lors des prochaines élections prévues en novembre 2006.
Amir Peretz a derrière lui un long passé de politicien et de syndicaliste, sa moustache poivre et sel, à la russe, devenant une véritable image de marque.
Il a grandi à Sdérot, une ville pauvre du sud d'Israël.

Favorable à des négociations de paix


Après son service militaire dans les parachutistes et une grave blessure accidentelle qui le condamnera pour un temps au fauteuil roulant, il gagne sa vie dans l'horticulture avant de ravir, sous les couleurs travaillistes, la mairie de Sdérot, qu'il occupe de 1983 à 1988, date de son entrée au Parlement.
En 1999, il est réélu à la Knesset à la tête de Am Ehad (Un seul peuple), sa propre formation, résolument orientée sur le combat social. En mai 2004, sous la pression de Shimon Peres, il revient au parti travailliste.
Dans le passé, Amir Peretz a été militant de la "Paix Maintenant", le principal mouvement d'opposition à la colonisation israélienne des territoires palestiniens. Aujourd'hui, il se dit aussi favorable à des négociations de paix avec les Palestiniens, y compris, sous certaines conditions, avec le mouvement islamiste Hamas.
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