1932 : le plus beau raté du Goncourt
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| Ils étaient dix à décider du trentième lauréat. Dix jurés, dont quatre siégeaient depuis 1903, année du premier Goncourt. Quatre hommes d’influence, capables de faire basculer une décision : Rosny aîné, Rosny jeune, Léon Daudet, Lucien Descaves. Une météorite littéraire vient tout juste de leur tomber dessus. Publié par Robert Denoël, un roman déchire la critique. Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline. Céline est sûr de son coup. Dans une lettre adressée aux éditions Gallimard, il promet déjà "le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil" à l’éditeur qui le publiera. Denoël flaire également l’aubaine. Il incite Céline à prendre contact avec Descaves. Rapidement, une complicité s’établit entre les deux hommes. Descaves vote par correspondance depuis 1917. Il promet à Céline de retourner chez Drouant et l’assure de son vote. Il se met dans la poche Ajalbert et Daudet. Il n’y a plus qu’à convaincre Rosny aîné (président du jury), qui se chargera de convaincre Rosny jeune, pour que Voyage soit consacré. Le plus sérieux concurrent s’appelle Guy Mazeline, auteur des Loups, publié chez Gallimard. Sérieux ? Pas suffisamment selon Descaves, Daudet et Denoël. Rien n’égale la puissance de Voyage. Et comme le Goncourt récompense un roman "aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme"... Pourtant, dès le premier tour de scrutin (tout le monde pensait qu’il y en aurait plusieurs), la surprise est totale. Mazeline est élu par six voix contre trois pour Céline. La raison ? Rosny aîné a préféré voter pour l’un de ses amis, M. de Rienzi. Descaves, furieux, quitte Drouant et s’insurge contre "ces manœuvres de la dernière heure" et la défection de Rosny aîné. La presse s’empare du scandale, les insultes fusent, des procès pour diffamation éclatent. Et Céline obtient le Renaudot quelques jours après... |

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