Quelques conclusions à tirer de la guerre

Publié le par david castel

[la crise morale en Israël est aussi sociale. L¹impression est que, pendant
la guerre, le gouvernement a abandonné à leur sort les plus faibles.
Soldats, kibboutzniks, personnes âgées, malades et pauvres, etc. : tout le
tissu social qui constitue le peuple israélien a souffert de cette guerre et
en veut aux responsables. Sur le ton de l¹ironie amère, l¹écrivain Meir
Shalev en tire des conclusions apocalyptiques, reconnaît-il lui-même]

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,3295890,00.html

Yediot Aharonot, 25 août 2006

Quelques conclusions à tirer de la guerre
Par Meir Shalev*

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Tout le monde parle, avec raison d¹ailleurs, des péchés d¹arrogance et
d¹euphorie commis par nos dirigeants. Mais il est un autre péché : celui de
gaspillage. Je ne parle pas du gaspillage d¹argent, pas plus que du
gaspillage de notre pouvoir de dissuasion, ni même (mes doigts tremblent sur
mon clavier) de gaspillage de vies humaines. Je parle du gaspillage de
ressources. Pour être plus précis, d¹une ressource unique et inestimable :
l¹aptitude de nos citoyens à souffrir, à se mordre les lèvres et à attendre.
De l¹aptitude de nos réservistes à quitter leur domicile, leur famille et
leur travail pour aller à la bataille. Tous ont cru que la guerre serait
correctement menée. Tous ont cru que les conditions étaient réunies pour
qu¹ils investissent leurs "ressources de volonté".

Pendant la guerre d¹Indépendance, Natan Alterman, le célèbre poète,
journaliste et traducteur, a écrit dans son poème "Le Plateau d¹argent"
("magash hakessef") : "Nous sommes le plateau d¹argent sur lequel l¹Etat
juif vous a été servi", en parlant de notre aptitude à mourir pour lui.

Or, un petit changement est intervenu dans cette guerre : l¹aptitude et
l¹esprit de cette même nation ont été servis au gouvernement du même Etat
juif, mais le gouvernement a renversé par terre le contenu du plateau
d¹argent.

Mais qui sommes-nous pour nous plaindre ? Comme l¹armée, les citoyens
israéliens ont été surpris en état d¹impréparation. Nous aurions dû savoir
que, ces six dernières années, le gouvernement s¹était barricadé, et que son
idéologie s¹appliquerait avec encore plus de force pendant la guerre. Si
d¹ordinaire, le gouvernement est indécis, cela s¹aggrave en temps de guerre.
Si d¹ordinaire il néglige les pauvres, les vieux et les malades (qui n¹ont
de recours qu¹auprès des organisations charitables), alors, pourquoi cela
changerait-il en temps de guerre ?

Entre tous, Benjamin Netanyahou nous a donné une raison de sourire cette
semaine, quand il s¹est joint aux critiques adressées au gouvernement. Car
ce pouvoir a émergé à partir de sa politique économique à lui. Les personnes
jeunes, en bonne santé ou qui avaient les moyens ont pu être évacuées
pendant la guerre. Les malades, les vieux et les pauvres sont restés dans
leurs abris bombardés. Et les unités de combat ? Elles aussi ont dû chercher
des fonds pour acheter de la nourriture, de l¹essence et des équipements de
base.


S¹occuper de son cas personnel avant la prochaine guerre

Nous tous tirons nos leçons. Nous nous expliquons mutuellement qui et quoi
s¹est passé de travers, ce qui va encore et ce qui ne va plus. Qui doit être
renvoyé et qui doit rester. Ce qui est arrivé, et ce qui reste encore en
magasin. Mais ces questions sont débattues au sein de nos directions
politiques et militaires. Moi, je suggère aux lecteurs de tirer aussi des
leçons plus personnelles en prévision de la prochaine guerre.

Ce ne sont pas des leçons d¹une grande profondeur. La majorité des lecteurs
ne mobilise pas de troupes, n¹appelle pas de réservistes, n¹envoie pas
d¹unités spéciales opérer derrière les lignes de l¹ennemi et ne parle pas
avec Condoleezza Rice. Mais nous avons tous notre cachette secrète, et
inutile de dire que nous avons intérêt à la protéger. Puisque le
gouvernement a prouvé de toutes les manières imaginables qu¹il n¹est pas
intéressé par notre bien-être personnel ­ et cela vaut aussi bien pour le
temps de paix que pour le temps de guerre ­ il est essentiel que nous
pensions un peu à nos familles et à notre sort personnel. Nous nous le
devons à nous-mêmes.

Je n¹écrirai pas ici sur les évidences, à savoir que tout citoyen doit
s¹assurer qu¹il dispose d¹un masque à gaz et un abri anti-bombe bien équipé.
Mais j¹oserai proposer d¹autres idées, comme celle de planter des graines de
tomates et de poivrons dans des boîtes de verre ou sur le balcon, et si le
lecteur a un jardin, il ou elle devrait avoir une chèvre, quelques arbres
fruitiers et un petit poulailler, et si vous ne mangez pas casher, je vous
conseille aussi une cage à lapins au milieu de votre salon.

A part des lapins et des poulets, je propose aussi d¹avoir chez vous des
armes, comme des mines et des missiles, parce qu¹il n¹y a aucune raison de
supposer que la police nous protégera en temps de guerre davantage qu¹elle
ne le fait en temps de paix, et que quelqu¹un pourrait très bien avoir envie
de vous voler votre chèvre.

Il est temps aussi d¹acheter un petit générateur et un véhicule
tout-terrain. Cela vous demandera bien sûr de stocker une modeste quantité
d¹essence, et tant que nous y sommes, je vous conseille également de
mémoriser un trajet pour vous échapper, et de préparer des cachettes sur et
sous terre tout le long du trajet.

Toutefois, avant de plonger trop profondément dans cette vision
d¹apocalypse, je conseille de se rappeler aussi quelques trucs faciles :
dresser la liste de toutes les organisations charitables en Israël, et
parallèlement, se souvenir de tous ces amis et parents perdus de vue qui
habitent Jérusalem, et commencer à leur envoyer régulièrement des petits
cadeaux.



* Meir Shalev est écrivain. Il a publié notamment "Mari et femme", "Le
baiser d'Esaü", "Que la terre se souvienne", "Pour l'amour de Judith", "La
meilleure façon de grandir", "Vie amoureuse".
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