La bataille du Litani
Gilles Munier 08/08/2006
URL : http://www.anti-imperialism.net/lai/texte.phtml?section=BRBF&object_id=24796
Palestine
Sionisme Quels sont les véritables objectifs israéliens au Liban ? Toujours les mêmes : démembrer le pays, créer un Etat chrétien vassal, occuper les rives du fleuve Litani. Les plans « Grand Moyen-Orient », et plus récemment « Proche-Orient nouveau », donnent l’opportunité à Israël de redessiner ses « frontières », comme les ont rêvé ses fondateurs.
Le mouvement sioniste n’a jamais accepté le partage du Proche-Orient effectué par la Grande-Bretagne et la France aux lendemains de la Première guerre mondiale. La déclaration Balfour de 1917 promettant la création d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, ne suffisait pas. Les dirigeants sionistes voulaient en dessiner la carte. Ils réclamaient les deux rives du Jourdain, sa source, et le Litani. Le 29 décembre 1919, Haïm Weizmann – Président de l’Organisation sioniste mondiale – demanda à Lloyd George, Premier ministre britannique, que le futur Etat « englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles – soit environ 40 km - en amont du coude, ainsi que les flancs ouest et sud du Mont Hermon ». A la conférence de Versailles, non seulement Georges Clemenceau refusa – le territoire réclamé faisait partie de l’accord Sykes-Picot, encore tenu secret - mais il intégra le Djebel Amel, et le Litani, dans le « Grand Liban » créé sous mandat français. Depuis, Israël n’a jamais laissé en paix les habitants du sud du Liban.
« Rétrécir le Liban »
En 1937, Levi Eshkol – futur Premier ministre israélien – créa Mekorot, une agence chargée de contrôler les ressources hydrauliques en Palestine, financée par l'Agence juive et le Fonds national juif (Kéren Kayémeth Leisraël), un organisme constitué en 1921 pour acheter des terres arabes pour les colons juifs. En 1940, Yossef Weitz, directeur Fonds national juif, écrivait : « Il faut expliquer à Roosevelt, et à tous les chefs d'Etats amis, que la terre d'Israël n'est pas trop petite si tous les Arabes s'en vont, et si les frontières sont un peu repoussées vers le nord, le long du Litani, et vers l'est, sur les hauteurs du Golan. »1
Les premières agressions du sud du Liban eurent lieu dès 1948. La Haganah – ancêtre de « Tsahal » - occupa plusieurs villages du Djebel Amel, massacrant une centaine d’habitants. De 1949 à 1964, on dénombra 140 agressions israéliennes dans cette région, plus de 3000 entre 1968 à 1974 ! 2
Pour les politiciens israéliens – d’extrême droite ou travaillistes – la guerre israélo-arabe de 1948 ne sera terminée - au nord – qu’après la prise du Litani. Dans l’esprit de David Ben Gourion, les frontières du Grand Israël – Eretz Israël - étaient toutes provisoires. Les seules qui comptaient, étaient celles décrites dans la Bible… Concernant le Liban, on lit dans son Journal, à la date du 21 mai 1948: « La suprématie musulmane dans ce pays est artificielle, et peut aisément être renversée; un Etat chrétien doit être instauré dans ce pays. Sa frontière sud serait le fleuve Litani ».
Le 27 février 1954, dans le bureau de Moshé Sharett – alors Premier ministre israélien - Ben Gourion et le général Moshé Dayan envisagèrent d’envahir le Liban pour y créer un Etat chrétien. Dans ses Mémoires 3, Sharett écrit qu’il n’était pas d’accord avec les plans de ses interlocuteurs. Il les trouvait « insensés ». Ben Gourion le relança le jour même, par courrier, pour le faire changer d’avis et le convaincre de « rétrécir » le Liban 4: « C'est peut-être le moment de créer un État chrétien dans notre voisinage. Cela signifie que, cette fois, toute l'énergie et tous les moyens doivent être employés dans ce but et que nous devons agir dans toutes les directions pour provoquer un changement radical au Liban ».
Moshé Dayan, chef d’Etat major, revint à la charge le 16 mai 1954. Il proposa à Sharett de « soudoyer un officier (libanais) qui accepterait de servir de marionnette afin que l'armée israélienne paraisse répondre à un appel pour la libération du Liban de ses oppresseurs musulmans ». Après, « l’armée israélienne investira le Liban, occupera le territoire nécessaire et installera un régime chrétien susceptible de devenir l’allié d’Israël. Israël annexera en bloc le territoire libanais qui s’étend du fleuve Litani jusqu’au sud du Liban… » 5. Nouveau refus. Un projet pour le détournement de 400 millions de mètres cubes d'eau du Litani aurait néanmoins été proposé selon Ghassan El Ezzi, spécialiste du Moyen-Orient 6.
David Ben Gourion avait de la suite dans les idées. En octobre 1955, il a suggéré à Guy Mollet, Président du Conseil français, et à Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères, de profiter de l’expédition de Suez – en préparation en Israël sous le nom d’ « Opération Kadesh » - pour instaurer un « ordre nouveau » au Liban. Il voulait dans la foulée démembrer la Jordanie et y installer les réfugiés palestiniens sur une portion du territoire. Les Français refusèrent 5.
Des guerres de l’eau
En juin 1967, la guerre dite « des six jours » - permit à Israël de réaliser un des vieux objectifs du mouvement sioniste : occuper le plateau syrien du Golan, riche en ressources hydrauliques. La Syrie en libéra une partie en 1973, mais ne put empêcher la Knesset de décréter l’annexion du restant le 14 décembre 1981. Son sous-sol représente aujourd’hui le tiers des réserves en eau de l’Etat hébreu. Damas en réclame en vain la restitution, s’appuyant sur une résolution de l’ONU déclarant la décision israélienne « nulle et non avenue ». Mais, comme aucune résolution internationale condamnant Israël n’est appliquée – le site Internet pro israélien WorldNetDaily en a décompté 97, rien qu’entre 1948 et 1991 ! - comme aucune sanction n’est jamais prise contre l’Etat hébreu, on voit mal comment la libération du Golan pourrait se faire autrement que par les armes.
Le 14 mars 1978 eut lieu la première grande invasion israélienne du Liban. L'opération «Litani», lancée officiellement pour repousser de l’autre côté du fleuve les organisations palestiniennes implantées au sud du Liban. Le retrait des troupes israéliennes exigé par la résolution 425 de l’ONU du 19 mars 1978, ne sera pas total. Les Israéliens créeront une petite « zone de sécurité » en territoire libanais avec l’aide du Major Saad Haddad, chef d’une milice anti-palestinienne, dans le rôle de « l’officier acceptant de servir de marionnette », comme disait Moshé Dayan. Elle permettra à Israël – c’était un des buts de l’opération - d’utiliser à satiété les eaux du Litani, comme l’ont constaté des observateurs de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban).
En février 1982, Oded Yinon – haut fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères - publia dans la revue Kivounim (Orientations) de l’Organisation sioniste mondiale, un article qui fait date. Il décrit ce que doit être la politique d’Israël dans les années 80-90 : démanteler les pays arabes – Egypte, Syrie, Irak - « sur la base de critères ethniques ou religieux », diviser le Liban en cinq provinces. On dit que le plan de remodelage du Proche-Orient de George W. Bush en est largement inspiré.
En juin 1982, nouvelle agression du Liban. L’opération « Paix en Galilée » est déclenchée par Menahem Begin, comme toujours dans un but défensif. Il s’agissait encore cette fois de « repousser les katyushas à 40 kilomètres de la frontière ». En fait, les Israéliens voulaient chasser l’OLP du Liban et investir Beyrouth pour y installer au pouvoir un « Quisling local ». Ariel Sharon l’a avoué neuf mois plus tôt au journaliste pacifiste israélien Uri Avnery 7.
La résistance libanaise – personnifiée par le Hezbollah – obligea Israël à battre en retraite. Entre 1985 et 2 000, les Israéliens maintiendront avec beaucoup de difficultés une nouvelle « zone de sécurité » de huit à quinze kilomètres de profondeur le long de la frontière israélo-libanaise. Ils en confieront l’administration au successeur de Haddad, le lieutenant-général à la retraite Antoine Lahad. Mais, la guérilla du Hezbollah obligea finalement Ehoud Barak, Premier ministre travailliste, à évacuer l’enclave en juin 2000 et à surseoir… au détournement du cours inférieur du Litani vers le Jourdain. Toutes les infrastructures liées au barrage de Qaraoun sur le fleuve avaient été préalablement sabotées par l’armée israélienne. Ariel Sharon fit savoir que la construction d’une station de pompage sur le Wazzani, destinée à l’irrigation des terres agricoles autour de Marjayoun, serait considérée par Israël comme un casus belli.
Le bilan humain de « Paix en Galilée » est terrible : près de 20 000 libanais tués et 30 000 blessés. A Beyrouth, l’opération s’acheva par l’assassinat de Béchir Gemayel, chef des Phalanges propulsé Président de la République - qui tardait, dit-on, à reconnaître Israël - et par le massacre de Sabra et Chatila.
Assurer l’avenir du « royaume d’Israël »
En 1996, les ultra-sionistes israéliens et leurs correspondants américains - à moins que ce ne soit l’inverse - décidèrent de mettre un terme au processus de paix d’Oslo en présentant à leur ami Benjamin Netanyahu, Premier ministre, un nouveau plan de domination américano-israélien du Proche-Orient appelé « Une rupture nette. Une nouvelle stratégie pour assurer l'avenir du royaume (celui d’Israël dans sa version biblique) ». Ses rédacteurs étaient : David Wurmser, Douglas Feith, Richard Perle, Eliott Abrams, des néo conservateurs influencés par les idées de l’orientaliste britannique Bernard Lewis, un de ceux qui ont le plus contribué à « israéliser » la vision du monde arabe et de l’islam aux Etats-Unis 8.
Tous les événements politiques qui se sont produits dans la région depuis, y sont programmés noir sur blanc : le renversement de Saddam Hussein, la Syrie chassée du Liban, la guerre actuelle contre le Liban et le Hezbollah, la désignation de la Syrie et de l’Iran comme responsables de la crise 9. Il ne manque dans le document que l’assassinat de Rafic Hariri ! 10…
« Le début de la fin pour Israël »
Rien ne sert de s’attarder longtemps sur le prétexte annoncé par Israël pour entrer en guerre. Il est faux, comme ceux utilisés lors des guerres précédentes. Selon le San Francisco Chronicle (21/8/06), l’opération en cours a été présentée aux Etats-Unis, il y a plus d’un an, à des militaires, des diplomates, des journalistes et dans des think-tanks. Ariel Sharon, salué à cette époque comme un « homme de paix », était encore aux commandes ! Rien n’a changé depuis que Moshé Dayan a reconnu dans une interview au Yediot Aharonot qu’en 1967 les menaces syriennes sur la sécurité d’Israël étaient de la « foutaise ». « Laissez tomber... », avoua-t-il au journaliste qui l’interrogeait : « Je sais comment au moins 80% de tous les incidents avec la Syrie ont commencé. Nous envoyions un tracteur dans une zone démilitarisée et nous savions que les Syriens allaient tirer ». Il admettait que ce qui poussait l’Etat hébreu à provoquer la Syrie de cette manière, c’était « l'appât de la terre », l'idée qu'il est possible « d'accaparer une parcelle de terre et de la garder, jusqu'à ce que l'ennemi soit fatigué et nous l'abandonne » 11.
Les deux soldats israéliens capturés par le Hezbollah le 12 juillet 2006 faisaient partie d’un commando surpris en territoire libanais. Plusieurs dépêches d’agences - notamment l’Associated Press - l’ont annoncé. La chaîne MSNBC aussi. Puis, la version israélienne a prévalu : le Hezbollah les avaient kidnappés en Israël, la sécurité de l’Etat hébreu était menacée… Aucun journaliste ne s’est alors demandé pourquoi le char Merkava qui les protégeait, détruit par la résistance libanaise, était encore sur place au Liban, à Aitaa Al-Chaab. « Tsahal » n’arrivait pas à le récupérer 12.
Le plan « Grand Moyen-Orient » est entré dans une nouvelle phase sanglante. Qu’importe pour Condoleezza Rice les râles et les cris de douleur des Libanais. Ce sont, dit-elle, les premiers vagissements du « Proche-Orient nouveau » 13. On croirait entendre Madeleine Albright qui – avec la même inhumanité - disait que la mort d’un demi million d’enfants irakiens était un prix raisonnable à payer pour renverser Saddam Hussein.
George Bush, Ehud Olmert – et Jacques Chirac ! - sous estiment la volonté de résistance du Hezbollah et du peuple libanais. Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et directeur exécutif de la Commission Trilatérale, lui, semble inquiet. Il pense que l’usage de la force pour remodeler la carte du Proche-Orient peut mal tourner pour les Etats-Unis et Israël. Après les massacres de Qana au Liban, ou de Haditha en Irak, dit-il, le « Nouveau Proche-Orient » est, pour les Arabes et les Iraniens, synonyme « d’occupation, de carnage et de bain de sang ». Si les Etats-Unis sont chassés de la région, ajoute-t-il, ce sera aussi « le début de la fin pour Israël » 14.
(8/8/06)
Notes:
1 Journal, par Yossef Weitz - Tel-Aviv, 1965.
2 Liban : Cette « bande » que veut Israël, par Stefano Chiarini - il manifesto.
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3898
3 Journal, par Moshé Sharett, Ed. Maariv, Tel-Aviv 1978. Cet ouvrage n’a jamais été traduit en français.
4 Lettre confidentielle de Ben Gourion, publiée en 1979, en annexe de ses Mémoires posthumes.
5 Conférence de Sèvres organisée pour répondre à la nationalisation du Canal de Suez par le Président Nasser. Dans Histoire de ma vie, par Moshé Dayan – Ed. Fayard, Paris, 1976.
6 L'eau du Liban, source de toutes les convoitises, par Gilles Labarthe, Le Courrier - 25/5/04.
7 Membre de l’organisation terroriste Irgoun dans les années 40, devenu dirigeant du mouvement pacifiste israélien et éditorialiste de Ha'olam Hazeh « Ce Monde ». C’est un des plus fins analystes de la scène politique israélienne.
8 Ancien membre du Bureau arabe du Foreign Office et des renseignements militaires anglais, aujourd’hui à l’Université de Princeton. Il est notamment l’auteur de The Middle East and the West, Indiana University Press, Bloomington, 1964). Le « choc des civilisations », popularisé par Samuel P. Huntington, est tiré de l’ouvrage.
9 A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm http://www.iasps.org/strat1.htm
10 Gilles Munier : Qui a assassiné Rafic Hariri (AFI-Flash du 21/2/05), et La piste interdite (AFI-Flash du 17/7/06).
11 Yediot Aharonot, 27 avril 1997. Déclaration citée par Tanya Reinhart, professeur de linguistique à l'Université de Tel Aviv, dans « Déchaînement du Mal » http://www.globalresearch.ca/articles/REI201A.html
12 Liban : le gros mensonge d’Israël et de l’Occident, par Ashoka http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=2520
13 Rice sees bombs as "birth pangs" http://www.informationclearinghouse.info/article14146.htm
14 Interview de Zbigniew Brzezinski, par Nathan Gardels
http://www.huffingtonpost.com/nathan-gardels/beginning-of-the-end-for-_b_26247.html
Douce France, fausse amie des Arabes
Mondher Sfar 10/08/2006
source : michelcollon.info
URL : http://www.anti-imperialism.net/lai/texte.phtml?section=BRBK&object_id=24808
Palestine
Israël et l'Europe
La France fait figure aujourd’hui d’une puissance amie des Arabes, cherchant à pondérer les ardeurs fanatiques des Américains dans la nième guerre israélienne. Il n’en est rien. Ce n’est qu’une douce illusion. La réalité est toute autre. La France, c’est Israël, et Israël c’est la France, depuis bien longtemps.
Leurs crimes d’hier, comme ceux d’aujourd’hui, sont communs.
Le poids majeur du lobby sioniste en France est loin d’expliquer le proisraélisme français. La France n’est pas devenue sioniste à cause du lobby sioniste. La France a plutôt adopté le sionisme. Elle en a fait un des piliers stratégiques de la République. Elle en a fait un outil efficace dans sa politique impérialiste non seulement dans le Moyen-Orient, mais aussi dans le monde arabe, en Afrique et ailleurs. La France s’est volontairement sionisée du fait de sa vocation impérialiste.
C’est que le sionisme est fondamentalement un pur produit impérialiste. C’est un mercenariat au service de l’impérialisme mondial. Dès ses débuts, Herzl a offert les services du sionisme aux Empires de son époque : aux Ottomans, aux Russes, et après sa mort, les mêmes services ont été offerts aux Français, aux Allemands, aux Anglais, et aujourd’hui aux Américains. Et c’est en tant que mercenaires au service de l’impérialisme occidental que les sionistes sont devenus aux yeux du monde une superpuissance en soi. Celle-ci n’est qu’une illusion et un leurre. Le sionisme n’est rien d’autre que de l’impérialisme occidental déguisé. Il en est la créature, et il ne subsiste que par son bon vouloir.
Dès avril 1917, et bien avant la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, la France a été la première puissance mondiale à faire appel au mercenariat sioniste dans la guerre qui l’opposait à l’Allemagne. Il s’agissait de reconnaître diplomatiquement le sionisme en contre partie de l’intervention de celui-ci auprès des Révolutionnaires russes pour empêcher une paix unilatérale avec l’Allemagne. C’est à cette occasion que le sionisme s’est hissé au rang d’un partenaire diplomatique mondial, confirmé aussitôt dans ce nouveau rôle par la Déclaration Balfour. Et c’est la France, lors de la Conférence de la Paix en 1919, qui a donné son plein appui au mandat de l’Angleterre sur la Palestine en vue de la réalisation d’un prétendu Etat « juif » au service des puissances réunies peu après au sein de la Société des Nations (SDN), dont le premier acte a été d’inscrire dans ses statuts la réalisation du projet sioniste sur la Palestine.
A la fin de la Deuxième guerre mondiale, la France s’est trouvée face à un grand défi : récupérer et restaurer son Empire mis à mal par la Guerre. Dès la Conférence de Dumbarton Oaks en 1944, fondatrice des Nations Unies, la France a obtenu des Etats Unis l’abandon de sa proposition du démantèlement des empires coloniaux, dont celui de la France, en contre partie de l’adoption de la règle du veto au sein du Conseil de sécurité exigé par les USA. Le nouvel ordre mondial s’est ainsi inscrit depuis 1945 dans la continuité de la politique impérialiste classique.
L’on s’explique dès lors que la France, n’ayant pas d’engagement direct en Palestine, mais ayant un empire à majorité arabo-musulmane à consolider, a décidé au cours du mois de novembre 1947 de s’opposer au coup de force des Etats-Unis d’imposer un Etat juif en Palestine présenté à l’ONU sous la forme diplomatique de « partage de la Palestine ». La France a donné à ses représentants des consignes pour voter contre le projet. Mais, les sionistes, et à leur tête Léon Blum, se rappelèrent au bon souvenir de la France et à ses engagements sionistes de trente ans. Sur instigation de Nahum Goldmann, président du Congrès Juif Mondial, Léon Blum, sioniste de la première heure (dès 1919 il intervient en faveur du mandat britannique sur la Palestine, et en 1937 un kibboutz est créé en son honneur en Haute Galilée) écrit à son ami Georges Bidault, Ministre des Affaires étrangères, pour faire revenir la France sur sa décision de voter contre la résolution de partage. Un télégramme de dernière minute a alors été envoyé par le Quai d’Orsay à New York donnant la consigne d’un vote favorable au « partage » de la Palestine. Et c’est grâce à ce vote français que la Résolution fatidique eut la majorité requise des deux tiers, et elle fut adoptée. Ce coup d’Etat sioniste à l’intérieur de la diplomatie française montre l’osmose établie depuis novembre 1917 entre le sionisme et la France coloniale : ils sont les deux faces d’une même pièce de monnaie : l’impérialisme.
Cette fois-ci, la tâche impartie au sionisme est d’aider l’impérialisme américain à s’opposer au communisme bolchevique qui menaçait de damer le pion aux puissances dominant le Moyen-Orient, sans parler de leur servir de base militaire pour leurs opérations dans le monde et protéger les réserves pétrolières tombées entre leurs mains. C’est ce rôle que joue encore de nos jours le mercenariat sioniste, devenu bastion contre les mouvements de libération nationale dans tout le Moyen-Orient et en Afrique.
Ainsi, Israël n’a cessé d’être conforme à sa nature de joker de l’impérialisme ouvert au plus offrant. En octobre 1956, la France a offert la bombe atomique à Israël à charge à celle-ci d’attaquer l’Egypte accusée de fournir des armes au FLN. Un symbole qui ne trompe pas : l’aviation française a participé à l’expédition sous les couleurs israéliennes. Et c’est sous les couleurs israéliennes que les Européens et les Américains font aujourd’hui la guerre aux peuples de l’Orient, y compris dans la guerre actuelle contre le Liban martyre.
Ne nous y trompons pas. La France de Chirac, comme celle naguère de de Gaulle, reste l’ennemie - au sens militaire – de l’Orient au moyen d’un pseudo Etat qui n’a aucune autre raison d’être que la préservation des intérêts stratégiques des puissants. Croire que la France joue les modérateurs face à l’Oncle Sam, ce serait se bercer de doucereuses illusions que l’on paie au prix du sang. La France n’est pas moins sioniste que les Etats-Unis, et elle le restera tant qu’elle n’aura pas renoncé définitivement à sa politique impérialiste, et tant qu’elle n’aura pas mis fin à son empire colonial au Moyen-Orient, dans les pays arabes et africains, et dans ses confettis océaniens.
Ce n’est pas seulement Israël qui envahie et assassine au Liban. C’est aussi la France qui l’arme, le finance et le soutient. Et la France est moins entre les mains des sionistes, que ceux-ci sont aux mains de la France : les sionistes sont de fidèles mercenaires au service de projets impérialistes. Le sionisme, c’est comme les paradis fiscaux : l’impérialisme y prospère dans l’anonymat, à l’abri des juridictions établies, ou des lois humaines.
Ne nous trompons pas. Le vrai combat contre le sionisme, nous devons le mener non pas contre ‘Israël’, mais contre l’impérialisme qui se cachent derrière lui.
La France doit avouer sa politique coloniale et impérialiste. Elle doit s’engager solennellement à y renoncer, non seulement en rendant leur indépendance aux territoires et aux pays qui sont encore sous sa domination directe ou indirecte au moyen de ses marionnettes, mais elle doit aussi mettre fin au contrat stratégique qui la lie aux mercenaires sionistes, ses créatures.
Aujourd’hui, le combat contre l’impérialisme passe par l’éradication du sionisme, son véritable alibi.
Loin d’être l’amie du Liban ou des Arabes, la France en a été le plus grand prédateur.
Nous demandons à la France de cesser son agression contre le Liban, en cessant de soutenir, d’armer et de financer ses mercenaires sionistes oeuvrant à l’intérieur de son territoire comme à l’extérieur.
Paris, le 2 août 2006
Mondher Sfar
Pour plus de détails, lire : Manifeste pour l’éradication du sionisme, mars 2006, Collection Manifestes.