Gaza et le Liban, ce n¹est pas la même chose

Publié le par david castel

["oï oï oï, nous nous sommes retirés du Liban et de Gaza et regardez ce qui
nous arrive", dit-on souvent en Israël en ce moment. Bar¹el montre pourquoi
les deux fronts ne peuvent être mis sur le même plan : défense légitime d¹un
territoire d¹un côté, poursuite de l¹occupation de l¹autre]

http://www.haaretz.com/hasen/spages/738738.html

Ha¹aretz, 16 juillet 2006

By Zvi Bar'el

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Les pleurs et les grincements de dents qu¹on entend en ce moment contre les
retraits du Liban et de Gaza sont dignes d¹un sketch comique : "oï oï oï,
nous nous sommes retirés du Liban et de Gaza et regardez ce qui nous
arrive".

Le problème n¹est pas le nombre de victimes, de morts et de personnes
enlevées que compte Israël depuis les retraits du Liban et de Gaza, mais
dans quelle position stratégique ces retraits nous ont placés. Mieux
vaudrait commencer par dire que malgré les similitudes entre les deux
opérations militaire sur les deux fronts (tanks ici et là-bas, enlèvements
ici et là-bas), il n¹y a aucune similitude de fond entre les deux
occupations.

Israël a occupé le Liban pour des raisons militaires et non au nom d¹un rêve
idéologique. Il n¹a pas créé de colonies, même s¹il a prétendu changer la
politique libanaise (et échoué). Mais même cette prétention découlait de
raisons de sécurité. En revanche, Gaza, et les territoires en général, sont
devenus u rêve idéologique. Kfar Darom [colonie de la bande de Gaza avant le
retrait] était aussi sacrée que Jérusalem, le Grand Israël s¹étendait de la
Méditerranée au Jourdain.

Le caractère de l¹occupation a joué sur le caractère des retraits. Le
retrait du Liban a été total, jusqu¹aux points les plus minuscules délimités
par les Nations Unies. Si total que même les gouvernements syrien et
libanais n¹ont pu le contester. Au point qu¹ils n¹ont pu que demander, par
des canaux diplomatiques, que les Fermes de Shaba [situées en territoire
syrien selon les cartes internationales] soient désormais reconnues comme
territoire libanais, puis exiger qu¹Israël s¹en retire.

Le retrait total du Liban est ce qui donne à Israël aujourd¹hui l¹entière
légitimité de mener une guerre contre le Hezbollah et aussi de tenir le
Liban pour responsable du comportement de cette organisation. Quant à savoir
si un assaut suscitera un comportement différent de la part du gouvernement
libanais, c¹est une autre question. Il semble qu¹au Liban, il n¹y ait pour
le moment aucun gouvernement capable de bloquer le Hezbollah, en particulier
depuis la rupture entre le Liban et la Syrie, qui ne considère plus comme un
succès à elle le rétablissement du Liban et la préservation de l¹harmonie
censée y régner. Ainsi, la nature des actions israéliennes est une question
de résultats, et non de légitimité, qui lui est acquise inaliénablement,
avec une réserve : la proportionnalité de ses réactions doit être maintenue.

L¹opération militaire à Gaza est d¹une nature complètement différente.
Israël, qui à bon droit, exige du Hamas qu¹il reconnaisse les accords signés
entre Israël et l¹Autorité palestinienne, est signataire des accords d¹Oslo,
qui stipulent que Gaza fait partie intégrante de la Palestine. En d¹autres
termes, un retrait de Gaza, même sur la frontière internationale, est comme
le retrait d¹une partie d¹un pays, et non la fin de l¹occupation.

Contrairement au retrait du Liban, le retrait de Gaza a été délibérément
conçu pour protéger la majorité des colons de Cisjordanie d¹un retrait. Le
retrait de Gaza a servi une idéologie pas moins que son occupation : c¹était
une nouvelle démarcation du Grand Israël et non les frontières d¹un Etat. En
comparaison, le retrait du Liban a découlé d¹une prise de conscience, bien
tardive, qu¹on ne peut défendre des frontières légitimes à partir d¹une
position au-delà de ces frontières.

(S) Le retrait de Gaza en lui-même ne peut pas donner à Israël la légitimité
que lui a donnée le retrait du Liban. Israël a été et demeure responsable de
la vie à Gaza. Il reste l¹occupant qu¹il faut jeter dehors par tous les
moyens. Le retrait du Liban a donné à Israël la position stratégique d¹un
pays dont l¹espace territorial a été violé, et lui accorde en cela une
permission pleine et entière d¹entreprendre des actions militaires, même si
leur efficacité peut être mise en doute. Le retrait de Gaza, en revanche,
n¹est rien d¹autre qu¹une perpétuation de l¹occupation par d¹autres moyens,
plus confortable parce qu¹il n¹y a plus de colonies, mais pas moins brutale.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article