Otages d’hier et d’aujourd’hui

Publié le par david castel


9 juillet 2006 - Par Viviane Miles © Metula News Agency

Or, au fil des années, au lieu de s’estomper, le terrorisme s’est imposé comme la menace numéro un au niveau mondial


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Beaucoup se souviennent d'un raid sur Entebbe. C'était il y a trente ans déjà !

 

Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, un commando de l'armée israélienne dirigé par le lieutenant-colonel Yonathan (Yoni) Netanyahou, le frère de Bibi, avait libéré une centaine d'otages, tous juifs, à l'exception des membres de l'équipage d'un avion d'Air France détourné par des terroristes palestiniens et allemands sur Entebbe, en Ouganda.

 

A l'époque, une unité d'élite de Tsahal avait sauvé plus de cent personnes, à des milliers de kilomètres du petit Etat hébreu, lors d'un raid éclair, dont la partie décisive avait duré environ une demi-heure. Ce coup d'éclat était la seule réponse appropriée à une prise d'otages. Pourtant, si l'opinion publique admira l'opération israélienne - il y eut trois longs-métrages d'action relatant cet épisode -, il se trouva des gouvernements, parmi lesquels celui de la France, pour la condamner, au motif de la violation d'un territoire national indépendant.

 

Aujourd'hui, trois décennies plus tard, des organisations palestiniennes tiennent toujours le rôle de kidnappeurs, alors que les otages sont toujours israéliens. Et la ligne de conduite de Jérusalem demeure inchangée depuis Entebbe : ne pas céder au chantage, ni négocier avec les terroristes, sauf, peut-être, pour gagner du temps. Car le gouvernement hébreu, tout comme les puissances anglo-saxonnes, ont saisi depuis fort longtemps que plier devant des terroristes dans les affaires d'otages est le meilleur encouragement pour qu'ils recommencent.

 

Si la perception du terrorisme par les gouvernements européens est restée quasiment la même que dans les années 1970, ce qui a fondamentalement changé au cours de ces dernières années, c'est la nature même du terrorisme. Dans ces années-là, le terrorisme était l'un des modes d'expression de la lutte anti-impérialiste. Un phénomène considéré alors marginal, que le monde civilisé tenait, de plus, pour une menace éphémère. Une menace qui ne requérait pas de mesures majeures en conséquence. Le terrorisme arabe s'inscrivait à cette époque dans une logique globale gauchiste. Une révolution exclusivement rouge, téléguidée par l'Union Soviétique, qui générait des conflits en différents points du globe, les attisait en leur fournissant des armes sans compter et en formant des cadres révolutionnaires - y compris les chefs de l'OLP - dans les universités moscovites. Les terroristes palestiniens étaient souvent assistés, dans leurs prises d'otages, par des « collègues » allemands, italiens ou japonais, recrutés parmi les mouvements d'extrême gauche. Personne n'entendait parler de nationalisme islamiste, de Djihad. Le XXIème siècle a vu cette dimension « rouge » disparaître totalement du terrorisme arabe, excepté peut-être pour le FPLP, isolé dans une tendance post-soixante-huitarde. Il n'y a que le vocabulaire révolutionnaire décrivant ces pratiques qui soit resté inchangé, témoin de l'aveuglement plus ou moins volontaire de l'Occident.

 

Même après le détournement d'avions sur Zarka, en Jordanie, en 1970, puis l'attentat à l'aéroport de Lod, en Israël, en mai 1972, on n'avait pas encore saisi la nécessité de protéger hermétiquement l'accès aux aéroports ; les contrôles étaient aléatoires. Certains aérodromes, tel celui d'Athènes, étaient d'authentiques passoires sécuritaires ; il n'existait pas d'unités anti-terroristes spécialisées dans les polices occidentales : il n'est que de se souvenir du dramatique cafouillage aux conséquences tragiques de la police allemande, non préparée, lors de la prise d'otages des athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich, en septembre 1972, pour saisir le degré d'insouciance qui régnait alors à l'Ouest.

 

Or, au fil des années, au lieu de s'estomper, le terrorisme s'est imposé comme la menace numéro un au niveau mondial. Les gouvernements des pays civilisés ont mis longtemps à prendre la mesure de la menace terroriste, et à comprendre qu'elle peut frapper n'importe où, n'importe qui et n'importe quand. D'autre part, parallèlement à l'augmentation et à l'intensification des actes terroristes, ceux-ci ont la fâcheuse tendance de glisser de plus en plus vers la barbarie. Il y a vingt ans, il était ainsi absolument inconcevable qu'un terroriste tranche la tête d'un journaliste américain devant une caméra vidéo ou qu'un avion percute le World Trade Center.

 

Les raisons qui ont modifié la nature du terrorisme sont, premièrement, la chute du bloc communiste, à la fin des années ‘80, qui a provoqué un décloisonnement Est-Ouest et un effritement du clivage dominant capitaliste-communiste. Il faut ajouter à ce phénomène le ressentiment, toujours pas résorbé, de la défaite des puissances arabes face à l'Etat d'Israël lors des différentes guerres classiques israélo-arabes. Ces facteurs ont poussé les masses arabes et musulmanes dans les bras de l'islamisme, présenté comme une alternative efficace à l'humiliation des musulmans par les infidèles. On oublie trop souvent, en Occident, que dans la tradition musulmane, le musulman est le « seigneur du monde ». Or, dans les faits, on observe exactement le contraire : ce sont les non-musulmans qui possèdent des armements sophistiqués, qui créent de grandes industries, qui raflent la plupart des Prix Nobel, qui valorisent les ressources naturelles de leurs pays ; et ce sont les musulmans qui ont faim, qui, désorganisés, souffrent de tous les retards. De ce constat a émergé une offense et un ressentiment prépondérants, que les islamistes offrent de compenser par des actes de terreur, seul moyen, à leurs yeux, de reconquérir le statut supérieur qui leur est promis dans les prophéties de Mahomet.

 

A cet effet, la destruction des Tours jumelles new-yorkaises a été vécue par des multitudes de musulmans comme une victoire sur l' « arrogant Occident », une manière de laver l'humiliation de leur condition. On a pu voir, à travers le monde, leurs manifestations de joie à l'annonce des milliers de morts, ce qui reflète un mépris, une haine, non plus d'adversaires politiques, mais du monde non-musulman dans son ensemble. La violence contre l'Occident y trouve sa légitimité, car il conteste l'hégémonisme de l'islam sur le reste du monde. Le terroriste arabe actuel kidnappe ou tue, non plus pour obtenir des avantages politiques ou territoriaux, ni, principalement, comme monnaie d'échange afin de faire libérer des prisonniers, comme c'était le cas pendant la guerre froide, mais simplement pour tuer le plus de non-musulmans possible. Et pour imposer l'islam dans toutes les zones de la planète qu'il a, à un moment ou un autre, conquises. Ainsi en est-il de la terre d'Israël, de l'Espagne, de la moitié de la France, considérées comme des colonies conquises, des wakf, qui appartiennent à l'islam pour l'éternité.

 

Tant que la conception islamiste prévaudra au sein du gouvernement palestinien, de même que, dans une large portion du monde musulman, toutes les reconnaissances implicites ou explicites d'Israël par un gouvernement arabe n'auront aucune valeur. L'abandon des wakf par n'importe quel pouvoir politique étant considéré comme nul et non avenu dans ce faisceau d'interprétation de la religion coranique.

 

Faudra-t-il alors attendre que les islamistes - Iran en tête - se détournent de ces interprétations pour voir poindre la possibilité d'une paix véritable au Proche-Orient ? Ou l'unique moyen pour l'Occident de cohabiter, à terme, avec le 1.4 milliard de musulmans que compte la planète passe-t-il par la confrontation et l'anéantissement de l'expression de cet intégrisme ? L'Etat hébreu a, en tous cas, bien compris qu'il ne sert à rien de courber l'échine devant ce fanatisme pour espérer composer avec lui, et c'est pour cela qu'il riposte fermement, et avec tous les moyens dont il dispose, à la tentative d'éradication de sa souveraineté et de sa population, dans toutes les formes qu'elle revêt.

 

Une réponse forte à cette agression perpétuelle et insatiable est, pour Israël, la seule manière de rester en vie. Il semblerait, cependant, que certains, dans l'Hexagone, n'aient pas une grande estime pour cette approche défensive, considérant que l'intervention de Tsahal pour récupérer son soldat kidnappé et faire cesser les tirs incessants de Qassam contre les villes israéliennes, est « disproportionnée ». D'autres, encore plus naïfs, voire antijuifs, n'y voient qu'un prétexte pour « réenvahir Gaza ». Ceux-là ne prennent même pas la peine de se demander pourquoi Israël aurait abandonné ce territoire il y a dix mois à peine, si c'était pour s'infliger la peine de devoir le reconquérir.

 

Il suffit pourtant de constater le passage du terrorisme « utile » au tir, sans justification militaire, politique ou territoriale, et sans avoir eu à répondre à la moindre provocation de la part de Jérusalem, de 600 Qassam sur les villes d'Israël depuis le désengagement de Gaza, pour saisir la sanguinaire dialectique du nouveau terrorisme islamiste. Un terrorisme qui exprime uniquement la haine de la différence de l'autre, de tous ceux qui n'adhèrent pas explicitement à ses règles. De plus, il est impossible aux têtes bien faites de circonscrire ces assassinats et tentatives d'assassinats à Israël seule, au nom d'un prétexte de différend territorial dont aucune forme de règlement consensuel n'intéresse les diverses métastases des Frères musulmans. Il faut également considérer les morts - exempts de tout soupçon d'anti-islamisme -  des Tours jumelles, de la gare de Madrid et du métro de Londres. Et puis, pour ceux qui ont vraiment la comprenette difficile, il faut regarder du côté de l'Irak, où les kamikazes du néo-terrorisme religieux assassinent les tenants des obédiences différentes des leurs par vagues de milliers d'absolus innocents.

 

La naïveté n'a qu'un temps, ensuite elle devient irresponsabilité. C'est le moment de changer à la fois de conception et de vocabulaire, ne serait-ce que pour être capable de savoir dans quel océan on nage..
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Publié dans Munich Selon Spielberg

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