L'opinion israélienne désorientée par l'opération à Gaza

Publié le par david castel

LE MONDE | 08.07.06 | 14h30  •  Mis à jour le 08.07.06 | 14h33
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L'opinion israélienne semble désorientée par la tournure que prend l'opération "Pluie d'été" à Gaza. Les sondages, très divergents, parus à quelques jours d'intervalle, sont symptomatiques. Le 30 juin, le quotidien Yediot Aharonot (centre droit), indiquait que 53 % des Israéliens soutiennent une solution négociée avec le Mouvement de la résistance islamique (Hamas), contre 43 % qui favorisent l'option militaire. Et 58 % se déclarent favorables à un "échange de prisonniers" pour obtenir la libération du caporal Gilad Shalit, détenu par des groupes palestiniens armés.

Israël ne négociera pas avec le Hamas



Un autre quotidien, Maariv (droite), fournissait, jeudi 6 juillet, des données inverses. Selon lui, seuls 20 % des Israéliens soutiennent la libération de Palestiniens en échange de celle du soldat Shalit. Mais 82 % sont favorables à "l'élimination des dirigeants du Hamas", 53 % jugent qu'Israël devrait "réoccuper des parties de la bande de Gaza" et 74 % appellent l'armée à "bombarder les institutions de l'Autorité palestinienne".

Dans Haaretz (centre gauche), le chroniqueur Yoël Marcus résume l'état d'esprit des partisans de la manière forte. "Aucun pays n'admettrait" des tirs de mortiers sur ses villes, écrit-il. Il faut, selon lui, "nettoyer ce qui doit l'être" à Gaza. "Israël n'a pas intérêt à faire souffrir une population innocente. Mais il doit, intelligemment, utiliser sa force pour protéger ses citoyens. Le temps est venu de cesser de tergiverser et de s'y mettre."

Plus l'opération dure, plus la nature de ses enjeux fait débat. "Nous n'avons pas l'intention de nous enfoncer dans le bourbier de Gaza. Nous ne nous en sommes pas retirés pour y retourner. L'opération poursuit deux objectifs : ramener Shalit chez lui et faire cesser les tirs de Qassam", déclarait mercredi le ministre de la défense, Amir Peretz.

Plusieurs commentateurs notent que la destruction d'infrastructures de base utiles à toute une population - centrales électriques, routes, adductions d'eau... - ne va pas dans le sens des objectifs affichés. Surtout, ils ne croient plus que tels soient les buts réels de l'opération.

Leur circonspection est renforcée par des déclarations de militaires et de responsables politiques évoquant la nécessité d'instaurer "un nouvel ordre" dans les territoires occupés ou de "rétablir le pouvoir de dissuasion" d'Israël à l'égard des Palestiniens.

Pour Yediot Aharonot, l'opération vise en réalité "à détruire le gouvernement du Hamas, avec l'espoir que les Palestiniens, la prochaine fois, choisiront des dirigeants responsables". Une idée confirmée par le ministre du logement, Meïr Shitrit, qui a déclaré : "S'il n'y a plus de gouvernement Hamas, les Palestiniens pourront élire une équipe différente." Il s'est attiré dans la presse des sarcasmes quant à l'illusion ainsi entretenue. Le bilan que les Palestiniens tireraient de l'éradication par Israël d'un gouvernement élu démocratiquement, notent-ils, aurait peu de chances d'aller dans le sens espéré par le ministre...

"Les images parlent d'elles-mêmes, estime le chroniqueur militaire du Haaretz. Elles prouvent que l'armée se laisse entraîner malgré elle dans la bande de Gaza moins d'un an après son évacuation."

Son homologue du Yediot partage son pessimisme. L'objectif des militaires, pense-t-il, est d'"user l'ennemi dans l'espoir qu'avec le temps il se passe quelque chose. Peut-être qu'il cédera, qu'il libérera l'otage, qu'il demandera un cessez-le-feu. Peut-être. En attendant, le prix payé par les Palestiniens crée les prochains kamikazes".

Le journal Haaretz qui, la semaine dernière, estimait que le gouvernement avait "perdu la raison" en engageant une "escalade militaire dénuée de toute logique", enfonçait le clou jeudi.

Dans son éditorial, le quotidien de référence du pays écrit : "Le charme de la rhétorique sécuritaire, une fois de plus, captive le coeur de l'opinion, bien que cette formule, mise en oeuvre depuis quarante ans que dure l'occupation, a totalement échoué. (...) Dans ces moments, il faut dire et redire qu'Israël n'a pas d'autre option à terme que de se retirer des territoires et de cesser l'occupation. (...) En finir avec l'occupation, tel devrait rester l'objectif auquel toute tactique utilisée dans la crise actuelle devrait mener."

Sylvain Cypel
Article paru dans l'édition du 09.07.06
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