Olmert : le syndrome Golda a-t-il encore frappé ?

Publié le par david castel

[un mal mystérieux semble frapper tour à tour tous les premiers ministres
israéliens depuis Golda Meir. Quel est-il ? Quels en sont les symptômes ?
Olmert sera-t-il épargné ?]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/730476.html

Ha¹aretz, 23 juin 2006

Olmert : le syndrome Golda a-t-il encore frappé ?
par Doron Rosenblum

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Israël ne serait pas Israël que nous connaissons si le premier ministre
Ehoud Olmert avait donné dans l¹évidence et rencontré Mahmoud Abbas juste
après que la constitution de son gouvernement et le vote d¹approbation de la
Knesset. Mais, puisque chez nous, précisément, ce qui est évident ne vient à
l¹esprit de personne, Olmert n¹a pas dévié d¹un pouce du chemin suivi par
ses prédécesseurs. Dès son entrée en fonction, il s¹est mis en action et
s¹est envolé voir Bush, Blair, Chirac, Moubarak et Abdallah. Bref, tous les
dirigeants du monde à l¹exception du président palestinien, et ce pour leur
expliquer pourquoi les conditions ne sont pas mûres pour un dialogue sans
condition préalable avec les Palestiniens. Ce n¹est qu¹avec une mauvaise
volonté évidente qu¹Olmert s¹est arrangé pour ne pas pouvoir éviter une
semi-rencontre avec Abbas cette semaine, et encore, pour ne pas vexer le roi
Abdallah. D¹ailleurs, il s¹agissait d¹une "rencontre protocolaire", comme
les sources de chez nous se sont assurées d¹expliquer.

Si cela vous rappelle quelque chose, c¹est parce que la planète Israël
tourne toujours autour du même axe rouillé, comme s¹il n¹y avait pas eu
d¹élections (comme toujours après les élections). Au moins au début de son
mandat, chaque nouveau premier ministre retourne immédiatement pour adopter
la conduite défectueuse de son prédécesseur, qu¹il considère alors, soudain,
comme "parfaite". Comme eux, le nouveau premier ministre commencera toujours
par jouer du muscle militaire, car tout compte fait, l¹option guerrière est
l¹option par défaut la plus prête à l¹emploi. La seule option par défaut qui
soit encore plus facile à l¹emploi, c¹est d¹envoyer de l¹argent aux
colonies.

Ainsi, élections ou pas, les assassinats et les bavures regrettables
reprennent majestueusement, avec leur cortège habituel d¹auto-justifications
et d¹auto-congratulations, sur notre "pureté des armes" et nos prétention à
avoir l¹exclusivité du sentiment de victimes, alors que l¹inertie de la
colonisation continue à nous perturber en secret, comme un tic
incontrôlable.

Ehoud Olmert, en à peine deux mois, s¹est débrouillé pour remplir son quota
de clichés, alors que ses prédécesseurs avaient eu besoin pour le faire de
la totalité de leur mandat. Il est arrivé à dire que "Tsahal est l¹armée la
plus morale du monde", sans vérifier, juste en le disant, comme tout premier
ministre. Il a déjà demandé que "tous les Juifs du monde immigrent en
Israël" (où ? à Sderot ?). Tout ce qui lui manque, c¹est de dire ques
habitants de Sderot "ne sont pas sympathiques" (1), ou "qu¹il ne pardonnera
jamais aux Arabes de nous obliger à les tuer" (2), et nous pourrions alors
identifier immédiatement le syndrome qui frappe tous les premiers ministres
israéliens depuis Golda Meir : le terrible "syndrome Golda".

Bien entendu, il est prématuré de juger Olmert en tant que premier ministre,
mais il n¹est jamais trop tôt pour l¹avertir des horreurs de ce syndrome,
dont les symptômes sont clairs et sans équivoque. Symptômes les plus
spectaculaires : arrogance et condescendance à l¹égard de l¹environnement
moyen-oriental en général ; besoin d¹être didactique ; un point aveugle qui
rend invisible la présence politique des Palestiniens ; une bonne conscience
primaire et sans fin, qui voit tout en noir et blanc (nous avons toujours
raison, le mal est entièrement du fait de nos ennemis, et toute chose
justifie le maintien du statu quo).

Ce syndrome est si virulent que même des premiers ministres audacieux, qui
ont entamé leur mandat dans un état d¹esprit révolutionnaire et vigoureux,
ont été désarmés. Tous, ou quasiment, finissent par se transformer en Golda
et ont du mal à échapper au moule. La plupart perdent les deux tiers de leur
mandat en arguties arrogantes et confortables, pleines d¹autosatisfaction et
d¹idées arrêtées, croyant qu¹il n¹y a rien à faire, qu¹il n¹y a personne à
qui parler et que nous n¹avons "pas le choix", à part celui offert par le
chef d¹état-major. Le dernier tiers, ils le passent en gesticulations
diverses, ayant soudain vu la lumière et essayant désespérément d¹accomplir
quelque chose de courageux et d¹historique. Mais à ce stade, ils sont usés,
et le mandat se termine.

Olmert sera-t-il épargné par ce syndrome ? Par mesure préventive, on
pourrait lui conseiller d¹essayer de renverser le calendrier israélien
habituel. Cela pourrait vraiment constituer un cahngement révolutionnaire :
essayer l¹intelligence, le changement et un sentiment d¹urgence dès le début
de son mandat, en laissant pour la fin le confort, la prétention et les
arguties.


(1) mots de Golda Meir après une rencontre avec les "Panthères Noires ",
mouvement de protestation de Juifs orientaux actif dans les années 70.

(2) autre déclaration de Golda
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