Pour Dos sonne le glas
QUOTIDIEN : jeudi 03 novembre 2005
«Rossinante reprend la route», traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-France Girod. Grasset, 257 pp., 14 €.
Stephen Koch
«Adieu à l'amitié. Hemingway, Dos Passos et la guerre d'Espagne», même traductrice, même éditeur, 381 pp., 20,90 €.
Ignacio Martínez de Pisón
«Enterrar a los muertos», Seix Barral, 271 pp., 18 €.
Que reste-t-il d'un écrivain aux illusions perdues ? Ni l'horizon, ni la colère. Il flotte dans un récit devenu trop grand, trop triste sans doute, comme étranger aux dépouilles de sa conscience. Les illusions de John Dos Passos ont levé en Espagne, où il se rendit pour étudier à 20 ans. Il aima le pays, son peuple, sa culture. Elles y finirent en 1937, vingt ans après, dans la pénombre stalinienne du camp républicain. En 1937, l'écrivain américain a 40 ans. Il est grand, mince, assez nerveux et presque chauve. Il vient de publier la Grosse Galette, dernière partie de sa trilogie USA (1). Time Magazine lui a consacré sa couverture. Il n'est pas communiste, mais il est engagé contre le fascisme, le capitalisme à tous crins et les appareils d'Etat. Son meilleur et plus vieil ami espagnol, José Robles Pazos, est depuis le début de la guerre agent de liaison entre le gouvernement républicain et les Russes. En décembre 1936, il disparaît.
Par
Le Potentiel (Kinshasa)
1 Novembre 2005
Publié sur le web le 1 Novembre 2005
Donatien Ngandu Mupompa
Kinshasa
Il nous revient de l'antenne de l'Acp au Nord-Kivu, qu'un officier supérieur de la cinquième brigade a été tué dans la localité de Rubare - à Kako - par des éléments non identifiés. Atteint par balle à la tête, son corps a été conduit pour inhumation à l'état-major de la cinquième brigade installé à Rutshuru. Le chauffeur qui conduisait le véhicule s'en est tiré avec quelques balles dans les jambes.
Les témoins pensent que ce militaire du 51ème bataillon a été éliminé par les bandits à main armée qui opèrent dans ce coin, d'autant plus qu'ils le considéraient comme leur bête noire, pour avoir arrêté quelques-uns de leur bande.
A entendre les nouvelles de l'Est, bien que contrôlé par le régiment du major Heshima, l'axe Goma-Rutshuru n'est pas sécurisant pour les usagers de la route.
Néanmoins, la localité de Nyamilima, toujours dans le territoire de Rutshuru, connaîtrait une paix précaire depuis le départ des éléments rwandophones de la douzième brigade qui ont laissé la place à ceux de la cinquième brigade intégrée. Selon la population, cette sécurité est aussi due à la présence des éléments du contingent indien de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc).
Est-il que la paix n'y est pas encore totalement acquise, étant donné la présence sur les lieux des agents des renseignements du groupe Maï Maï d'un certain Jackson qui s'y comporte comme en terrain conquis. Un habitant a même rapporté que ces éléments avaient attaqué le même soir une personne qui les avait dénoncés au courant d'une certaine journée. Mais le commissaire politique du groupe Maï Maï, Joseph Kambuto Bahami, allègue que voir un élément Maï Maï déambuler à Nyamilima ne peut pas constituer un objet d'inquiétude, d'autant plus que ses combattants et agents n'y sont plus opérationnels.
KIVU, BASTION DE L'INSECURITE
Tous les esprits sensés pensent que la République démocratique du Congo ne connaîtra jamais de paix durable tant qu'on n'aura pas totalement sécurisé tout le Kivu. Les abus, il y en a eu de tous genres à l'Est. On se rappelle par exemple qu'au mois de mai 2004, pendant l'odyssée du général dissident Laurent Nkunda, un groupe de soldats non identifiés avait abattu un soldat de la Monuc à Kalehe, localité située à 40 km de Bukavu.
Les choses s'aggravèrent d'ailleurs au mois de juin. Non seulement on déplora des tueries, mais aussi des viols, des pillages et des enlèvements. Propos qui ont été affirmés dans le rapport de « Human rights watch» qui dénonçait le cas des étudiants battus à mort et jetés ensuite dans une fosse peu profonde. Ils avaient pour noms : Mahoro Ngoma, Mande Manege et Rushimisha Mahirwe Manege.
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Ces atteintes aux droits de l'homme furent commises aussi bien du côté du général rebelle Nkunda et son acolyte le colonel Jules Mutebusi, que du côté du gouvernement. Toujours au mois de juin 2004 à Bukavu, les soldats avaient abattu un nommé Tony Nsengumurenyi, et même tué une fille de trois ans qui s'appelait Ani Murama Nyabeji. Ils emmenèrent avec eux d'autres personnes, dont un enseignant nommé Raymond Madila, son épouse et ses quatre enfants.
Or, cet homme faisait partie d'un groupe d'enseignants venus dans cette partie du pays pour faire baisser le taux d'analphabétisme, cette autre tare de la société congolaise. Les familles de tous ces infortunés espèrent que justice sera faite un jour. Car, ce qui se passe dans ce pays atteste que l'Etat de droit et la démocratie restent encore un leurre pour le Congo démocratie.
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| Ariel Herbez, Samedi 29 octobre 2005 | |||
| Will Eisner, l'un des plus grands auteurs de comics américains, n'aura pas vu la sortie de son dernier livre. Ouvrage posthume, Le Complot, histoire secrète des «Protocoles des sages de Sion» sort en français la semaine prochaine, après avoir été publié à New York en mai dernier, cinq mois après la mort du dessinateur, le 3 janvier, à l'âge de 87 ans. Arpenteur infatigable de la bande dessinée, enseignant, théoricien, le père du Spirit, son personnage fétiche, lui-même fils d'émigrés juifs, s'était de plus en plus intéressé dans ses albums à connotation autobiographique et sociale, à dépeindre la condition de la communauté juive (La Valse des alliances) ou à dénoncer les stéréotypes racistes (Fagin le juif, tous deux traduits chez Delcourt). A passé 80 ans, toute son énergie intacte, il sort pour la première fois de la fiction et se lance dans un travail documentaire de longue haleine, qu'il veut engagé et à valeur de témoignage: décortiquer le tristement célèbre faux antisémite des Protocoles des sages de Sion, et tenter de convaincre une fois de plus qu'il n'est que le plagiat grossier d'un libelle français s'attaquant à Napoléon III (voir ci-dessous), forgé par les services secrets russes il y a cent ans exactement, en 1905. Paradoxalement, au départ, il était moins dirigé contre les Juifs que contre les libéraux, qu'il fallait discréditer aux yeux du tsar Nicolas II en démontrant qu'ils étaient manipulés par les instigateurs d'un complot juif mondial. Eisner connaissait ce document, qui figuraient dans sa «bibliothèque des horreurs». Mais c'est en surfant sur Internet, dans la cadre de ses recherches sur l'antisémitisme, qu'il réalise l'ampleur de l'engouement suscité par ce faux. Il découvre qu'il est considéré aujourd'hui encore comme authentique par de larges milieux dans le monde entier, malgré les nombreux démentis irréfutables apportés depuis 1921 déjà, dans une enquête du Times de Londres, et au cours de procès en diffamation victorieux, notamment à Berne en 1935, confirmé en appel en 1937. Réalisant à quel point les Protocoles sont utilisés pour attiser l'antisémitisme, il décide d'utiliser le support de la bande dessinée pour démonter la supercherie en sortant des études historiques universitaires dont l'impact est limité aux convaincus et aux spécialistes. C'est dans cette optique aussi qu'il s'adresse à des éditeurs généralistes, pour élargir son audience au-delà du milieu de la bande dessinée. Ainsi quand Olivier Nora, président-directeur général des éditions Grasset, s'est vu proposer de publier une bande dessinée par ses confrères américains des éditions W. W. Norton, à la foire du livre de Francfort de 2004, il a sans doute dû connaître un instant d'étonnement, puisque aucune des deux maisons, qui collaborent régulièrement, n'avait jusque-là abordé la bande dessinée. Mais l'enthousiasme est communicatif: «C'est le livre le plus formidable que nous ayons acheté», plaident les éditeurs new-yorkais en présentant la dernière graphic novel de Will Eisner. Emballé, Olivier Nora achète les droits français du livre. Mais une surprise de taille attend les responsables de Grasset: ils découvrent alors que leur propre maison a publié elle aussi Les Protocoles des sages de Sion. En 1934, treize ans après la découverte de la supercherie... Pourquoi, et dans quelles conditions? Mystère, assure-t-on chez Grasset: «Il n'y a pas trace de ce livre dans nos dossiers, pas un seul bout de papier», nous dit Ariane Fasquelle, directrice littéraire du département étranger. Epuration délibérée ou élimination fortuite d'archives? Elle ne se prononce pas. La publication du livre d'Eisner n'est donc pas une sorte d'«acte de rédemption» de l'éditeur, comme on l'a entendu, mais une coïncidence: «C'était fortuit, mais nous sommes très heureux de cette publication, qui est pour nous une expérience formidable, ajoute Ariane Fasquelle. Tout le monde chez nous s'est senti concerné par l'envie de participer à la fin d'un mensonge, puisque visiblement il est toujours utile de répéter, encore et encore, qu'il s'agit d'un faux. Nos vendeurs ont été fascinés, et ont dépassé nos objectifs de mise en place de manière hallucinante: nous sommes partis sur un tirage de 30 000 exemplaires, trois fois plus que les ventes habituelles d'Eisner.» Le livre d'Eisner est passionnant, et émouvant, par exemple quand il se met en scène en train de prouver à des jeunes manifestants antisémites que les Protocoles sont un faux: et alors, lui rétorque-t-on, même si c'est le cas, il démasque les plans de conquête des Juifs! C'est ce qu'il y a de plus hallucinant dans cette entreprise pernicieuse, comme le relève Umberto Eco dans son introduction: son retour en force permanent, malgré toutes les preuves du mensonge. Et Eisner en fait le fil rouge de son récit, en espérant contribuer à son éradication mais, à lire sa dernière page, sans trop y croire. D'autant que cette «résilience» trouve de nouveaux terreaux de nos jours dans l'hostilité à l'Etat d'Israël et dans l'extraordinaire engouement que rencontrent les théories du complot universel et l'ésotérisme qui lui est lié. Pour autant, l'acte militant d'Eisner n'est pas exempt de faiblesses formelles (il avait avoué lui-même la peine qu'il avait eue à le mettre en forme) et la critique américaine, tout en saluant l'objectif de salubrité publique, s'est montrée partagée. Ainsi, les dialogues sont parfois «téléphonés» pour faire passer l'information et, surtout, tout le tiers central, démontrant le plagiat paragraphe par paragraphe, implacable sur le fond, est formellement raté. Mais qu'importe, peut-être, si ce petit bréviaire à la fois clair, rigoureux et accessible peut contribuer à l'éradication d'un des faux les plus pernicieux de l'Histoire. | |||