Mes grandes enquêtes criminelles

Marcel Commissaire Guillaume
Les Equateurs
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De 1930 à 1937, le commissaire Marcel Guillaume dirigea la Brigade Criminelle de la Préfecture de Police de Paris. Il enquêta sur tous les grands faits-divers de la Belle Epoque - la bande à Bonnot, Violette Nozières... - et son personnage devint si légendaire - on le surnomma le "Scherlok Holmes français" - que le journal "Paris-Soir" lui demanda à sa retraite d'écrire ses mémoires. Ce sont celles-ci, inédites sous forme de livre, qui sont publiées aujourd'hui dans leur intégralité.
Le commissaire Guillaume (assis à doite) dans son bureau, en 1928, lors de l'interrogatoire fleuve du joaillier Charles Mestorino. |
| Préfecture de Police/DR. |
QUI SE SOUVIENT du commissaire Guillaume, le «flic le plus célèbre de l'entre-deux-guerres», que la presse populaire surnommait «l'As de la PJ», et qui servit de modèle au Maigret de Simenon ?
A la lecture du passionnant document dont on doit la publication à l'historien Laurent Joly, on comprend d'autant moins pourquoi ce personnage haut en couleur a presque totalement disparu de la mémoire collective des Français.
On tente alors de se rassurer, en cherchant le nom de celui qui traqua la bande à Bonnot, qui sonda l'âme de Landru, confessa Violette Nozières ainsi que l'assassin du président Doumer, sans oublier ses investigations au moment de l'affaire Stavisky, dans l'imposant ouvrage Histoire et dictionnaire de la police (dans la collection «Bouquins», chez Robert Laffont). Peine perdue ! Aucune entrée ne porte son nom. Pour les historiens de la police, Marcel Guillaume (1872-1963), ce grand bonhomme à la longue silhouette et aux moustaches gauloises, qui cumule trente-sept ans de bons et loyaux services au sein de la PJ, n'existe donc pas.
«J'avoue que j'ai eu beaucoup de chance de tomber sur les archives qui forment aujourd'hui la matière de ce document exceptionnel, explique Laurent Joly. Pour les besoins de ma thèse, j'étais allé aux archives de la Préfecture de police de Paris. Comme le personnage du commissaire Guillaume m'intéressait à titre personnel, j'ai demandé à voir son dossier administratif, ou son dossier de carrière. Il ne restait rien ! La seule chose que j'ai découverte, finalement, c'est une vieille chemise marron, contenant les «Grandes Enquêtes du commissaire Guillaume», quarante-huit articles parus entre février et avril 1937 dans le quotidien Paris Soir. Ces feuillets jaunis n'étaient même pas classés. Mais, dès la lecture des premières lignes, j'ai vite été époustouflé par le «ton Guillaume», ce mélange d'humour et d'observation psychologique.»
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Dès lors, on comprend mieux pourquoi un certain Georges Simenon se sera chargé de la postérité romanesque de ce grand flic «à l'ancienne». En 1937, alors que le commissaire Guillaume quitte le 36, quai des Orfèvres et prend sa retraite, le génial et prolifique écrivain écrit : «Vous demandez de quel Maigret il s'agit ? Je parle du vrai, bien entendu. Ou plutôt du faux, puisqu'il ne s'appelle pas Maigret, mais Guillaume. Ou plutôt non, j'avais raison, il s'agit bien du vrai, puisque c'est lui, Maigret.»
En vérité, Guillaume et Simenon sont devenus amis, à la fin des années 20. «Après la publication des trois ou quatre premiers Maigret, raconte encore Simenon, Xavier Guichard, alors directeur de la PJ, m'a prié d'aller le voir, pour me montrer des policiers en chair et en os. Et c'est le commissaire Guillaume, chef de la Brigade criminelle, qu'il a chargé de m'initier au fonctionnement de ses services. Il m'a, en particulier, parlé de la technique des interrogatoires, puis m'a mis en rapport avec un de ses anciens collaborateurs, le commissaire Massu, qui devait lui succéder quelques années plus tard. Lequel des deux a le plus «déteint» sur un Maigret déjà existant mais encore schématique ? Il me serait difficile de le dire. Néanmoins, pour moi, Guillaume n'est pas seulement un ami, c'est un peu comme un frère aîné de Maigret.»
Même si aucune ressemblance physique, ou morale, n'existe entre le commissaire Guillaume et son double romanesque Maigret, il semble évident que le grand flic charismatique a donné de l'étoffe au personnage de Simenon. Maigret et Guillaume ont en commun un flair très sûr. Quand ils enquêtent sur le terrain, ou lors des interrogatoires de leurs suspects au «36», ils ont ce même côté bonhomme et matois, mâtiné d'humanité ronchonne. Tous deux font preuve, en outre, d'une grande finesse psychologique.
Pour revenir à Simenon, c'est la célèbre «affaire Charles Mestorino», brillamment résolue en 1928 par Guillaume, qui l'impressionne le plus. Ce grand joaillier parisien avait tué son courtier, et l'avait fait brûler dans une couverture aspergée d'essence sur le bord d'une route, aux alentours de Provins. Finalement, au terme d'un interrogatoire-marathon de vingt-sept heures, Guillaume démasque ce grand bourgeois établi, «ne manquant pas de relations». Et il finit ainsi par apprendre que Mestorino a frappé sa victime avec un triboulet (et non un «triboulot» comme écrit dans l'ouvrage), un outil d'orfèvre en forme de tige graduée servant à mesurer le diamètre intérieur des bagues. Simenon est si admiratif qu'il cite l'affaire par trois fois dans ses romans Maigret à New York (1946), Les Mémoires de Maigret (1950) et Maigret tend un piège (1955).
«Ce qui a plu à Simenon chez Guillaume, analyse Laurent Joly, c'est son côté flic à l'ancienne, extraordinairement humain, contre la peine de mort, ce qui était rare à l'époque. Guillaume s'était fait tout seul, en apprenant sur le tas, et a toujours travaillé sur le terrain, pour s'imprégner de l'atmosphère des lieux.»
Guillaume était aussi – et surtout – un fameux conteur d'histoires, à la plume alerte et fleurie. En lisant la vingtaine d'affaires criminelles qu'il narre pour Paris Soir (avec l'aide d'une «plume amie», précise tout de même Laurent Joly), on peut juger de son style haletant et de ses subtils portraits psychologiques. Quand il plonge son lecteur au coeur de la traque de la bande à Bonnot, on se croirait parfois revenu aux temps des «Brigades du tigre». Tout en nous immergeant dans l'atmosphère des milieux anarchistes du début du XXe siècle, il parvient à brosser un saisissant portrait de l'anarchiste Jules Bonnot, mécanicien, ancien chauffeur de Conan Doyle, «avec son museau de fouine, sa moustache en croc, ses yeux gris, vifs et sournois». Il en va de même pour Landru, qui tuait des femmes d'âge mûr avant de les faire brûler dans le fourneau de cuisine de sa villa. Guillaume remarque rapidement que ce «faux bourgeois cauteleux et poli» possède un «regard d'oiseau de proie». «Jamais je n'oublierai cette flamme d'acier bleu qui brûlait au fond des orbites creuses», note-t-il au sujet du «Barbe-Bleue de Gambais». Voilà bien le seul criminel qui parviendra à lui faire baisser les yeux.
Nombreuses, également, sont les expressions heureuses qui viennent émailler ses récits souvent sordides. Sous sa plume, l'on voit défiler des jeunes filles un peu trop libérées, qui deviennent des «faunesses aux sourcils rasés et aux cheveux courts, tandis que les jeunes gens s'affichent avec des pantalons pattes d'éléphant». Chez Guillaume, les Browning sont «crépitants», quelques «coquebins» du quartier Saint-Germain font «un Trafalgar du diable». Quant aux vieux flics, ils ne tardent pas à «prendre leurs invalides», c'est-à-dire leur retraite.
Aujourd'hui, les commissaires de police de la trempe de Guillaume n'ont plus les honneurs du grand public. Le dernier en date, le commissaire Broussard, qui mit fin à la cavale de Mesrine, remonte aux années 80. Ces grands flics ont été remplacés dans l'imaginaire populaire par les «petits juges». Est-ce pour cette raison que le commissaire Guillaume est progressivement tombé dans l'oubli, malgré Simenon ? Possible. Quoi qu'il en soit, cette publication devrait réparer cette injustice...
de Marcel Guillaume
Edition établie et présentée par Laurent Joly, Editions des Equateurs. 400 p., 21,90 €.



les mémoires du commissaire Guillaume
Quand le modèle de Maigret
traquait la bande à Bonnot à Dieppe
| Le commissaire Marcel Guillaume, vedette de la PJ des années 1910 à 1937, a inspiré le commissaire Maigret , selon son auteur Georges Simenon. L’éditeur dieppois Olivier Frébourg a retrouvé les mémoires de cet adepte de la police à l’ancienne, qui est notamment passé par Dieppe pour traquer la bande à Bonnot. C’est LE livre qui fait parler de lui en ce moment : les mémoires du commissaire Marcel Guillaume viennent d’être publiées par l’éditeur dieppois Olivier Frébourg . Ce « flic à l’ancienne », au contact des meurtriers et parfois compatissant, a notamment inspiré Georges Simenon pour dresser le portrait de son illustre Maigret. Bien que fumeur de cigarette et non de pipe, élancé, costaud et moustachu plutôt que rondouillard et flegmatique comme Maigret, amateur de jolies femmes à l’inverse du fidèle commissaire de la fiction de Simenon qui rejoint madame dans le lit conjugal tous les soirs, Guillaume est cependant ce flic de la vieille école qui a inspiré l’auteur belge de romans policiers. L’as de la PJ essaie de comprendre la psychologie du criminel, va au contact (et parfois même au « carton » dans le cas de la bande à Bonnot) et fait toujours preuve d’un grand humanisme, exactement comme Maigret. Les mémoires de Marcel Guillaume ont été publiées sous forme de feuilleton dans le journal Paris-Soir, mais jamais éditées sous la forme d’un livre. C’est ce livre que publient cette semaine les éditions des Equateurs de Sainte-Marguerite-sur-Mer, dont certains passages – comme la traque de la bande à Bonnot, passent par Dieppe. A Dieppe pour déjouer la police La bande à Bonnot, Landru, Violette Nozières, l’affaire Stavisky : au centre des ces affaires qui ont passionné le public avide d’affaires criminelles au début du XXe siècle et entre les deux guerres, il y a le commissaire Marcel Guillaume, jeune épicier d’Epernay dont le rêve de devenir policier se concrétisera à la célèbre PJ de Paris récemment créée, au point qu’il sera le flic le plus populaire du 36 quai des Orfèvres. Sa carrière démarre aux côtés de « Monsieur » Jouin, chef de la sûreté, puis de Xavier Guichard et du préfet Lépine, dans un bain de sang : la traque sans pitié en 1911-1912 de la bande d’anarchistes sans foi ni loi groupée autour de Jules Bonnot. L’assaut du pavillon de Choisy-le-Roi au cours duquel Bonnot fut tué, celui du Moulin-Rouge à Nogent-sur-Marne qui vit l’arrestation de « Raymond-la-Science », Soudy et les autres, il en était. Il vint aussi à Dieppe, où la bande avait lancé une fausse piste pour faire croire aux « condés » qu’elle avait pris la fuite pour l’Angleterre après le meurtre d’un encaisseur rue de Provence à Paris le 20 décembre 1911. « L’auto file puis stoppe devant une borne. Ils voulaient aller à Beauvais. Bonnot s'est trompé et a pris la route de Dieppe », raconte Marcel Guillaume dans ses mémoires. Voiture incendiée et retour à Paris en train « Allons à Dieppe. La police nous croira en Angleterre, dit Callemin » (Raymond-la-Science, NDLR), poursuit le modèle de Maigret dans ces mémoires exhumées. « Vers 4 heures, ils s’arrêtent dans un village, font provision de pain et de chocolat. A 5 heures et demie, ils achètent un bidon d’huile sur la route. Mais le moteur a des ratés. L’auto s’arrête, c’est la panne. Le soir vient. Ils fouillent la route avec leurs lanternes électriques et ne voient que de la boue. Ils découvrent des falaises, la mer. Le vent roule le chapeau de Callemin, l’emporte. Que vont-ils devenir ? Ils voient les lumières de Dieppe». Il n’y resteront pas longtemps. « Mettons le feu à la voiture, dit Callemin », poursuit Guillaume dans son récit. « On pourrait nous voir, dit Garnier qui tremble de plus en plus. C’est la fin de leur odyssée. Personne ne les remarque dans Dieppe. Ils prennent quatre billets pour Paris, essaient de dormir. En route, ils achètent La Patrie et lisent un titre : « L’audace des bandits ». Ce passage à Dieppe de la bande à Bonnot ne restera pas ignoré des Dieppois, qui ne sauront pourtant pas tout de suite qu’il s’agit de la fameuse bande. La Vigie de l’époque (ancêtre des Informations Dieppoises) fait mention d’un « crime audacieux » (voir encadré), mais ne sait rien de ses auteurs. Il faudra attendre que le commissaire raconte cette partie du feuilleton dans Paris-Soir pour savoir que Jules Bonnot & C° sont venus chez nous. O.B. « Mes grandes enquêtes criminelles, mémoires du commissaire Guillaume, de la bande à Bonnot à l’affaire Stavisky », collection Histoire aux éditions des Equateurs. En vente 21,90 euros à partir de cette semaine. Dans La Vigie du 26 décembre 1911 : « Autour d’un crime audacieux » Voilà ce que relatait La Vigie de Dieppe, ancêtre des Infos, six jours après le meurtre de la rue de Provence : « On a retrouvé l’automobile, mais pas les bandits. Quelle audace ! En plein Paris, dans une rue de Montmartre très animée, ce garçon de banque, Ernest Caby, attaqué soudain par un individu qui lui loge deux balles de revolver dans la poitrine, s’empare de son portefeuille et saute dans une automobile qui, avec quatre autres complices, s’éloigne aussitôt. C’est inouï. Les misérables arrivaient à Dieppe le soir même et le lendemain on retrouvait abandonnée, au Bas Fort-Blanc, l’auto qui les avait emmenés, une jolie Delaunay-Belleville volée six jours plus tôt à un habitant de Boulogne-sur-Seine. Que sont-ils devenus depuis ? On n’en sait absolument rien. Les retrouvera-t-on ? C’est peu probable, s’ils appartiennent comme tout le laisse à croire, à quelqu’une de ces redoutables associations internationales dont les ressources, l’audace et l’habileté déjouent régulièrement la bonne volonté des policiers». Après avoir évoqué une autre affaire de vols de diamants à Rouen commise vingt ans plus tôt et au sujet de laquelle un policier avouait son impuissance malgré sa connaissance des auteurs, le journaliste de La Vigie conclut : « On en sait un peu moins pour les bandits qui ont opéré à Montmartre. Il y a donc bien peu d’espoirs de les voir tomber un jour entre les mains de la justice. La seule pensée consolante, c’est que le garçon de recettes qui a été victime de cette odieuse agression ne succombera probablement pas à ses blessures ». En cela, le journaliste se trompait : quatre mois plus tard, le 29 avril 1912, Bonnot est abattu par la police à Choisy-le-Roi, puis suite à l’assaut de Nogent-sur-Marne, 21 accusés comparaîtront aux assises de la Seine en février 1913. Une autre affaire à Dieppe Bien qu’il n’y soit pas venu à cette occasion, le commissaire Guillaume/Maigret reparle de notre bonne ville dans ses mémoires. C’est à l’occasion de l’affaire Lepère, cet homme qui fut accusé d’avoir, le 17 avril 1931, tué sa maîtresse dans un hôtel de la rue Troyon, à Paris, alors qu’il semble selon Guillaume que celle-ci soit décédée de mort naturelle (étouffement ?) suite à un repas, Lepère s’étant contenté de prendre la fuite pour ne pas mettre son couple en péril, et ayant eu ensuite l’intention de se suicider en compagnie de sa femme légitime qui le souhaitait de longue date. Guillaume cite ainsi la confession de Lepère : « Nous avions décidé depuis longtemps d’aller mourir à Dieppe. Nous partîmes pour la gare Saint-Lazare. L’heure du train était passée ; il nous fallut coucher dans un hôtel. C’est de là que j’ai écrit au commissaire de police. Le lendemain, nous étions à Dieppe. A Dieppe, nous nous disputâmes ; ma femme voulait se jeter dans la mer : je préférais le revolver. Pour décider, nous nous rabattîmes sur Rouen ». |
« Mes grandes enquêtes criminelles. Mémoires »
par le commissaire Guillaume
Les Equateurs, 400 p., 20 euros.
C'est lui qui inspira à Simenon le personnage de Maigret. Marcel Guillaume fut, entre 1930 et 1937, le flic le plus célèbre et le plus respecté du 36, quai des Orfèvres. Dans un style digne d'un véritable écrivain de polars, il raconte entre autres l'arrestation des membres de la fameuse bande à Bonnot, retrace la sulfureuse affaire Stavisky, ne cache pas son dégoût face à l'ignoble Landru et laisse deviner son émotion face à Violette Nozière. D'une étonnante modernité.
Marie-France Rémond
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| Laurent Wolf, Samedi 19 novembre 2005 | |||
| Le 22 avril 1937, à quelques kilomètres de Madrid et pas loin de l'Escurial, des politiciens, des soldats plus ou moins gradés auxquels se sont jointes des célébrités s'apprêtent à fêter la nationalisation de la Quinzième Brigade internationale. C'est la première étape d'une remise en ordre commandée par l'Union soviétique et par son chef, Joseph Staline. Une bataille terrible va bientôt commencer au sein de l'illusoire communauté des défenseurs de la République légitime. Mais l'illusion est encore entretenue par les fanfares et les discours. John Dos Passos et Ernest Hemingway, dont l'amitié s'est forgée dans l'amour de l'Espagne et de la révolution, ont été invités à assister aux festivités. Ils sont à Madrid pour tourner un film à la gloire de la République. Leurs chemins vont diverger. Dos Passos connaît l'amertume politique et ne retrouvera plus l'inspiration de Manhattan Transfert et de la trilogie USA . Hemingway, compagnon de route enthousiaste de la Révolution, ne craint ni les ambiguïtés ni les mensonges. Son écriture patine. Il renaîtra bientôt, avec Pour qui sonne le glas . Stephen Koch raconte l'histoire de cette rupture dans Adieu à l'amitié . Il y a une dizaine d'années, il publiait La Fin de l'innocence: les intellectuels d'Occident et la tentation stalinienne, 30 ans de guerre secrète . Il y revient, dans une veine plus romanesque. Adieu à l'amitié est un récit typique de la littérature historico-biographique à la sauce américaine, si précis et apparemment si bien renseigné que le lecteur a l'impression d'assister aux événements comme si l'auteur y avait lui-même assisté. La fête de la Quinzième Brigade bat donc son plein. Hemingway traverse la cohue et s'approche de Dos Passos. Ce dernier essaie depuis plusieurs semaines de savoir ce qui est arrivé à son ami José Roblès qui a disparu mystérieusement. En vain. Hemingway a appris la vérité, du moins la vérité qui l'arrange. José Roblès n'est pas n'importe qui. Il a été agent de liaison entre les Républicains et les Soviétiques. C'est aussi un jeune homme que Dos Passos a rencontré en 1916 lors de son premier voyage en Espagne dans un train qui le conduisait vers Madrid et avec lequel il a noué une profonde amitié. En 1916, John Dos Passos apprend l'Espagne en la parcourant à pied. Il fait la route de Madrid à Tolède où l'attend L'Enterrement du comte d'Orgaz , le tableau délirant du Greco. Il vole de poètes en paysages, parmi les mots rugueux et dans la poussière. Il raconte ce périple dans Rossinante reprend la route , un livre publié aux Etats-Unis en 1922, qui paraît pour la première fois en français. Dos Passos promène son regard clair et encore enfantin dans les tavernes où il croise la danseuse de flamenco Pastoria Imperio. Le flamenco dont il fait dire à Télémaque, le personnage qui l'incarne dans Rossinante : c'est «quelque chose qui n'est pas travailler, ni s'apprêter à se remettre au travail, afin que le chemin ait suffisamment de sens pour qu'on puisse se passer de destination». Télémaque rencontre un ânier qui admire l'Amérique, un boulanger qui laisse en plan son fournil pour le conduire à une statue de la Vierge Marie. Il trouve, attaché à un acacia, un cheval qui pousse «un hennissement de joie» quand il entend son nom, Rossinante. Dos Passos lit et voyage. Evoque le poète Jorge Manrique, le romancier basque Pio Baroja, Antonio Machado, Miguel Unamuno et un certain Blasco Ibañez, un effroyable pisse-copie encouragé par la machine à écrire dont Dos Passos dit qu'elle «est venue donner un élan catastrophique à l'extension de la pensée hâtive» (qu'aurait-il dit de l'ordinateur). Dans la cohue du 22 avril 1937 sur les hauteurs, près de l'Escurial, Ernest Hemingway assène cruellement la «vérité» à son ami: José Roblès était un «traître», il a été exécuté. Dos Passos ne croira jamais à cette «trahison». Et l'amitié d'Hemingway et de Dos Passos sera emportée dans les tourments de l'histoire. | |||
Cinq des dix premières villes de la région du Golfe sont saoudiennes. Riyad arrive en tête du classement, qui prend en compte divers critères économiques et sociaux. Avec une production annuelle - hors secteur pétrolier - de 20,4 milliards de dollars en 1999, en augmentation de 4 milliards par rapport à 1998, la capitale saoudienne devance Dubaï (Émirats arabes unis), Jeddah et la ville de Koweït.
Avec 4,46 millions d'habitants, dont 1 million d'étrangers, Riyad est également le plus important centre urbain de la région. Construite il y a plusieurs siècles près de l'oasis Wadi Hanifa, elle était alors un important carrefour commercial du royaume Al-Saoud, dont elle est devenue la capitale en 1932. Sa population était alors d'environ 30 000 habitants. La ville est aujourd'hui le siège du gouvernement et de tous les organismes publics. Quarante-deux pour cent de sa population active travaille dans l'administration. L'activité économique y est très réduite, mais la plupart des compagnies privées y sont représentées.

Enivrante joie de voler sur un avion construit par soi-même ! Quel est le fervent de l'air qui n'a pas cette hantise ? Voici une avionnette construite entièrement par un amateur, M. Henri Mignet, et qui ouvre un champ nouveau à l'aviation privée. Envergure 5 mètres, longueur 4 mètres, moteur 10 CV de motocyclette, deux mois de travail, coût... 3.000 francs.

Le "pou du ciel", qui donne une idée des perspectives ouvertes à l'aviation légère, lorsque de tout petits appareils réaliseront le vol à très bon marché, pèse moins de 100 kilogrammes à vide. M. Henri Mignet le remorque facilement derrière sa motocyclette vers le terrain d'essai.
Le commissaire Guillaume (assis à doite) dans son bureau, en 1928, lors de l'interrogatoire fleuve du joaillier Charles Mestorino. 

Titre: Rossinante reprend la route