Un bol pour chacun

Publié le par david castel

[130 artistes palestiniens et israéliens exposent leurs ¦uvres pour la
réconciliation entre leurs peuples. Le point commun des ¦uvres? un simple
bolS]

http://www.commongroundnews.org

Article paru sur le site d¹Al-Jazira le 16 mai 2006 et diffusé par Common
Grounds

par Rachel Shabi (1)

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Des artistes israéliens et palestiniens ont mis leurs efforts en commun pour
envoyer un message de réconciliation. Leur exposition, qui s¹est ouverte
samedi dernier, a attiré plus de 2.500 personnes au Musée de l¹Art
Israélien, à Ramat-Gan (proche de Tel-Aviv).

"Offrir une réconciliation" (c¹est le nom de l¹exposition) présente le
travail de 130 artistes israéliens et palestiniens qui ont pris part à ce
projet, dont l¹initiative revient au Forum des familles endeuillées pour la
paix, la réconciliation et la tolérance (2). Ce groupe espère diffuser son
message à une audience plus large par l¹intermédiaire de l¹art.

"Pour toucher des gens différents, il faut des supports différents", dit
Aziz Abou Sarah, l¹un des dirigeants du Forum. "Même les gens qui sont en
désaccord avec notre message ont pu venir à notre exposition et voir ce que
nous faisons."

L¹exposition présente des artistes confirmés, comme Menashe Kadishman, Dani
Karavan et Mohammad Saïd Kalash, ainsi que des jeunes talents.

On a attribué à chaque artiste un bol de céramique identique à partir duquel
il était censé créer son ¦uvre. "Le bol est lié à un acte fondamental, celui
de nourrir ou de donner", dit Dafna Zmora, l¹une des organisatrices de
l¹exposition. "C¹est quelque chose qui contient un message, ou une idée".
Certains artistes ont brisé leur bol et ont fabriqué une ¦uvre à partir des
débris. D¹autres ont conçu des sculptures avec le bol pour base, ou utilisé
le bol en tant que support de peinture.

"Chacun a appliqué la consigne dans un sens qui lui est propre, avec sa
propre interprétation de la réconciliation et des éléments qui en découlent
: coexistence, douleur, sentiment de perte, fracture ou unité", dit Orna
Tamir Shastovitz, directrice du projet. "Chaque artiste présente un bol
particulier de réconciliation, un bol de paix et d¹espoir, et non
d¹animosité".

Aliza Olmert, épouse du premier ministre israélien, a apporté sa
contribution. Son bol est peint en noir, avec les mots en hébreu : "les
Juifs ne chassent pas les Arabes qui ne chassent pas les Juifs qui ne
chassent pas les Arabes", etc., écrits en boucle et qui couvrent entièrement
le bol.

Dalia Reisel, artiste israélienne, a sculpté une paire de mains émergeant
d¹une corde enroulée vers un bol rouge sang. Les mains tentent de saisir des
feuilles d¹olivier, symboles de paix, disséminés sur l¹assiette. "Cette
sculpture, c¹est un utérus féminin, couvert de cordes, avec des mains qui en
sortent et qui tentent d¹attraper les feuilles d¹olivier. Les feuilles sont
à peine hors de portée, mais on peut espérer que les mains s¹en saisiront un
jour".

Jamal Kamel a représenté un homme palestinien en train de ciseler le mot
"paix" en trois langues sur une grosse pierre. La pierre est censée
symboliser la Palestine, avec ses bâtiments et son exportation principale,
dit Kamel : "le message est très clair. L¹homme écrit la paix sur la pierre,
quelque chose de solide que personne ne peut bouger, aucune force ni aucun
Etat", dit l¹artiste venu de Bethléem.

Kamel est l¹un des nombreux artistes palestiniens qui n¹ont pu être
présents. Il n¹a pas obtenu l¹autorisation d¹entrer en Israël. Selon Aziz
Abou Sarah, seuls 20 artistes palestiniens ont pu assister à l¹inauguration
: "C¹est le côté triste de cette histoire. Le gouvernement proclame qu¹il
souhaite une solution pacifique, et il combat les initiatives pacifiques de
gens comme nous."

Les organisateurs prévoient des tournées pour l¹exposition, en Israël et en
Palestine, puis à l¹étranger. L¹idée d¹origine était de vendre les ¦uvres
aux enchères. Les fonds récoltés auraient été destinés aux ateliers de
réconciliation pour les écoles israéliennes et palestiniennes. Mais James
Wolfensohn, qui a récemment démissionné de son poste d¹émissaire particulier
du Quartette au Moyen-Orient, a fait un gros don au Forum, ce qui a permis
de conserver l¹ensemble des ¦uvres.

Le Forum des familles endeuillées est né en 1994, et il est composé de
centaines d¹Israéliens et de Palestiniens qui ont perdu des êtres chers au
cours du conflit. Il a organisé des séminaires pour adultes et des camps de
vacances pour les enfants.

Au tout début de la deuxième Intifada, le groupe a apporté 1.200 faux
cercueils couverts de drapeaux palestiniens et israéliens au siège des
Nations Unies à New York. "Nous voulions montrer que des gens qui meurent ne
sont pas seulement des chiffres" , dit Aziz Abou Sarah.

A l¹inauguration de cette exposition, qui d¹après le musée a attiré un
nombre record de visiteurs, les salles étaient bondées et s¹attardaient
souvent devant tel ou tel bol. "Quand j¹ai appris qu¹il y avait des gens
prêts à s¹asseoir, discuter et travailler ensemble, il a fallu que je vienne
voir", dit Sarah Breitberg-Semel, conservatrice et conférencière à Tel-Aviv.
"C¹est tellement le contraire de ce qui se passe au niveau politique, je ne
peux pas vous dire à quel point l¹impact sur moi a été fort."


(1) Rachel Shabi est la correspondante d¹Al-Jazira à Tel-Aviv

(2) association fondée par Itzhak Frankenthal, dont nous avions publié,
entre autres, l¹article "Le Hamas a tué son fils, il ¦uvre pour la paix" :
http://www.lapaixmaintenant.org/article1228
et "La mort rôde à notre porte" : http://www.lapaixmaintenant.org/article752
Le site internet de l¹association est :
http://www.mideastweb.org/bereaved_families_forum.htm
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