Un big bang palestinien ?
[Mahmoud Abbas a fait savoir aujourd¹hui (lundi) que l¹ultimatum qu¹il a
lancé concernant le référendum sur le "document des prisonniers" expire dans
48h. Les sondages lui prédisent une large victoire. Par ailleurs, le
"dialogue de réconciliation nationale" s¹est terminé sur un constat d¹échec.
Dans cet article : le Fatah reprend des couleurs, le Hamas est en
porte-à-faux et une recomposition du paysage politique palestinien (avec un
"Kadima" à l¹israélienne) se profile]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/722032.html
Ha¹aretz, 2 juin 2006
Un big bang palestinien ?
par Akiva Eldar
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Dimanche dernier, un long convoi s¹arrête devant l¹entrée du magasin de
robes de mariée sur la rue Manara, dans le centre de Ramallah. Y entre le
président Mahmoud Abbas, accompagné d¹une brigade de gardes du corps et
d¹une meute de journalistes. Le distingué visiteur exprime son intérêt pour
le business du mariage dans la grande ville. "Très calme", dit le
propriétaire. Les journalistes prennent des notes. "Les gens ne se marient
plus. Ils n¹ont même pas de quoi s¹acheter à manger".
Abbas n¹a pas eu besoin qu¹on lui explique pourquoi on n¹entend plus de
bruits de mariage dans les rues de Ramallah. N¹importe quel enfant
palestinien sait pourquoi les donateurs ont divorcé de l¹Autorité
palestinienne en emportant l¹argent de papa. Les collaborateurs et les
porte-parole s¹en retournèrent à la Mouqata satisfaits. Pour la première
fois depuis que le Hamas les a chassés de leurs beaux bureaux et pris les
clés des limousines officielles, les joues des apparatchiks du Fatah ont
retrouvé quelques couleurs.
Ils sentent les élections. Le patron, qui déteste les médias, commence à
coopérer, et va même dans la rue serrer les mains des passants. En général,
il ne perd pas son temps en relations publiques, en discussions stratégiques
ni en plans sur le long terme. La plupart du temps, il opère au jour le
jour, à résoudre une crise en attendant la suivante. Mais le "document des
prisonniers" et le projet de référendum ont été comme une piqûre
d¹adrénaline pour l¹homme qui a été bien plus le n° 2 de Yasser Arafat que
le n° 1 d¹Ismail Haniyeh. En général, Abbas arrive à son bureau à 10h,
rentre chez lui vers 14h pour faire une sieste, et retourne pour travailler
4 ou 5 heures. Mais depuis quelques jours, les lumières de la Mouqata
restent allumées bien plus tard. Après des mois de deuil, quelque chose
semble en train de se produire.
Mahmoud Abbas avait 13 ans quand ses parents ont fui Tsfat (Safed) vers le
Nord, en Syrie, où il finit une licence à l¹université de Damas. Dans les
années 80, il fut doctorant en Russie. En Russie comme en Syrie, il n¹a pas
appris grand-chose sur la manière de bâtir une démocratie ou d¹introduire
des réformes politiques. Mais, d¹un autre côté, il a appris des bolcheviks
comment éliminer des rivaux ou des jeunes aux ambitions suspectes, et
comment éviter tout changement. Même après le vote massif des Palestiniens
contre les ministres corrompus et la vieille garde hédoniste du Fatah, Abbas
continue à leur payer leurs salaires, et il préfère leur compagnie à celle
de la jeune garde. Ainsi, au lieu de réhabiliter l¹image du Fatah, il se
concentre sur une stratégie qui consiste à détruire le Hamas et à le traîner
dans la boue.
Yasser Abed Rabbo, de l¹Initiative de Genève, a passé des semaines à la
Mouqata à essayer de convaincre Mahmoud Abbas de prendre l¹initiative au
détriment du premier ministre israélien Ehoud Olmert et du Hamas. Ses
conseillers en communication ont repris l¹idée, et lui ont conseillé de
faire savoir au monde que l¹Autorité palestinienne voulait entamer des
négociations sur la base des paramètres Clinton ou de l¹Initiative de
Genève.
Tout le monde est d¹accord pour dire que les accusations mutuelles avec le
leader du Hamas (en Syrie) Khaled Meshal, le conflit autour du contrôle des
points de passage frontaliers et des forces de sécurité, et le boycott
économique conduisent inévitablement au clash. Les conseillers affirment
qu¹une initiative politique qui forcerait les Américains à faire pression
sur Israël pour qu¹il renonce à son "plan de convergence" permettrait aux
Palestiniens de mener le conflit sur leur terrain.
Abbas marque des points
Mahmoud Abbas, comme à son habitude, a hésité, pesé le pour et le contre, et
s¹est montré évasif, bloqué qu¹il était sur la proposition de paix de la
Ligue arabe. Cette décision de mars 2002 est devenue sa marque de fabrique,
et il a du mal à changer de formule. Israël continuait à l¹ignorer, les
Etats-Unis se taisaient et l¹Europe était fuyante. Mais cette fois,
l¹hésitation d¹Abbas que certains appellent faiblesse a payé. Marwan
Barghouti et ses camarades prisonniers ont fait le travail pour lui. Et Abou
Mazen n¹aurait pu trouver meilleurs alliés que les héros de la lutte contre
l¹occupation. Tous les sondages indiquent que pour l¹opinion, la libération
des prisonniers détenus en Israël est la question la plus importante.
De fait, le jour même de la publication du Document de réconciliation
nationale (appelé "document des prisonniers"), une cassure s¹est opérée
entre les membres du Hamas de l¹intérieur et ceux de l¹étranger. Si ce
document n¹avait été signé que par Ababs et le Fatah, le Hamas l¹aurait voué
aux gémonies. Mais il est difficile d¹accuser de défaitisme des prisonniers
condamnés à perpétuité. Un bon nombre d¹entre eux appartiennent au Hamas,
des jeunes gens qui ont donné les meilleures années de leur vie pour la
liberté de leur peuple.
Les différences d¹appréciation autour de la formulation de ce document ont
approfondi le fossé entre le Hamas dans les territoires et le Hamas à Damas,
ainsi qu¹entre le Hamas en Cisjordanie et le Hamas à Gaza. Le document
transcende les lignes partisanes et annonce la possibilité d¹un big bang :
la création d¹un "Kadima" palestinien, qui au lieu de proposer des mesures
unilatérales, présenterait une perspective de négociations en vue d¹un
règlement définitif du conflit. Une victoire éclatante lors d¹un référendum
sur le soutien à ce document, initiative annoncée de manière spectaculaire
par Abbas dans le cadre des réunions de "dialogue national", pourrait lui
fournir l¹occasion de créer une infrastructure politique en vue de
constituer un gouvernement d¹union nationale sur une base pragmatique.
D¹après un sondage téléphonique réalisé par un institut de recherche
américain en coopération avec un institut suisse, si le référendum avait eu
lieu cette semaine, la victoire d¹Abou Mazen aurait été assurée. Les
résultats de ce sondage, publiés dans le quotidien de Jérusalem Est Al-Quds,
indiquent que 85% des personnes interrogées soutiennent cette initiative.
Résultat : le soutien au Fatah a bondi à 45%, soit 11% de plus qu¹au sondage
précédent, et le soutien au Hamas a baissé de 42% à 29%. Il existe des
signes que, comme c¹était le cas pour le parti des retraités en Israël, de
nombreux électeurs du Hamas ceux qui ont voulu protester contre le pouvoir
du Fatah n¹ont pas imaginé que leur vote puisse porter ce parti au
pouvoir.
Toujours d¹après le même sondage, l¹initiative du référendum a déjà amélioré
le statut de Mahmoud Abbas. Le président jouit du soutien de 62%, contre 38%
à Ismail Haniyeh (avant l¹initiative, les chiffres étaient de 49% pour
Haniyeh contre 51% pour Abbas). Autre chiffre non moins important : la
proposition de soumettre le document à référendum recueille l¹adhésion de
81% de l¹opinion chiffe avec lequel le groupe parlementaire du Hamas
aurait du mal à faire échouer la Loi du référendum national. Chez les
partisans du Fatah, le soutient approche les 95%, mais des 72% des électeurs
du Hamas et 71% des électeurs sans préférence partisane se disent eux aussi
intéressés par le référendum.
L¹idée de deux Etats sur la base des lignes de 1967 est soutenue par 71% des
personnes interrogées, et le soutien est plus important dans la bande de
Gaza qu¹en Cisjordanie. Ce qui semble indiquer une corrélation directe entre
la profondeur du désarroi économique et le soutien à un accord politique.
Cela dit, le camp Abbas se garde de triompher prématurément. Le Hamas n¹est
pas encore tombé, et le Fatah ne s¹est pas encore relevé de sa chute. A la
Mouqata, on estime que la victoire au référendum, inch¹ Allah, ne sera pas
par KO, mais aux points. La grande question est par quelle marge. On sait
qu¹une faible participation et une faible marge, sans même parler d¹une
défaite, feront le jeu du Hamas et hâteront la fin de Mahmoud Abbas.
D¹après la constitution, le jour où Mahmoud Abbas s¹en va, le président du
parlement, un homme du Hamas, assumera la fonction pendant 60 jours, puis
des élections seront organisées. Il est peu probable que le Fatah, qui en 4
mois n¹a pas même commencé à se remettre de sa défaite, aura le temps de se
reprendre en 2 mois. L¹appareil de sécurité israélien, en tout cas, tient
compte de l¹éventualité que la présidence (dernier pont avec l¹Autorité
palestinienne) tombe elle aussi entre les mains du Hamas.
Cette crainte n¹a pas empêché quelqu¹un, au sein de l¹appareil israélien de
sécurité, de laisser filtrer une information sur la décision de permettre
aux forces de Mahmoud Abbas de s¹équiper en armes et en munitions, et de le
dépeindre en partenaire d¹Israël. A Ramallah, les membres de la précédente
administration se sont frotté les yeux en voyant Amos Gilad, haut
fonctionnaire du ministère de la défense, expliquer à la télévision pourquoi
cette décision était essentielle pour la sécurité d¹Israël. Car ils se
souviennent qu¹à la veille du désengagement, quand l¹ancien ministre de la
défense Shaul Mofaz, dans un moment de "faiblesse", avait envisagé la même
chose, ce fut le même Amos Gilad qui le renvoya sur les roses. Par ailleurs,
les réserves exprimées par Israël à propos du "Document", en le présentant
comme "extrémiste", servent en fait Mahmoud Abbas.
Les Américains étaient au parfum
Mahmoud Abbas peut être certain que le lendemain du référendum ; Olmert ne
ratera pas l¹occasion de lui jeter à la figure les paragraphes qui appellent
à "s¹opposer à l¹occupation" (principalement en Cisjordanie), ou d¹agiter
les mots magiques "droit au retour". Même Yossi Beilin (Meretz) a eu du mal
à avaler ces paragraphes. Mais vu sa situation, et vu surtout la situation
du Fatah, Abbas n¹ose pas toucher à l¹¦uvre délicate tissée par le leader du
Tanzim Marwan Barghouti et par Abdel Khaleq al-Natshe, l¹important
prisonnier du Hamas. En fait, ce que dira Olmert ou la réaction de Bush ne
compteront pas beaucoup pour lui. Il n¹attend rien non plus de Javier
Solana, de l¹Union européenne. Le "Document des prisonniers" est
essentiellement à usage interne, et destiné à prendre le Hamas à revers.
Si Ariel Sharon avait su que les prisonniers palestiniens allaient un jour
devenir ceux qui menaceraient de détruire le statut de "pas de partenaire"
qu¹il avait tant travaillé à concevoir pour Mahmoud Abbas, il n¹aurait
jamais donné l¹ordre de permettre à Barghouti de tirer les ficelles
politiques depuis sa cellule de la prison de Hadarim. Et cela continue sous
le gouvernement Olmert, peut-être par simple inertie. Mais si le nouveau
ministre de la sécurité intérieure, Avi Dichter, avait voulu empêcher
l¹initiative des prisonniers, en tant qu¹ancien chef du Shin Bet, il aurait
su comment s¹y prendre.
On peut donc supposer que les amis de Dichter au Shin Bet ont rapporté à
Olmert que le président palestinien s¹est assuré de mettre les Américains
dans le secret. 24 heures avant de présenter son ultimatum au Hamas
concernant le référendum, Abbas rencontrait le consul général américain à
Jérusalem, Jack Wallace. Il a informé le diplomate américain, qui a
probablement rendu compte immédiatement à Washington. Ses collègues du
Département d¹Etat ont recommandé aux journalistes américains de ne pas se
laisser emporter par la joie de leurs confrères israéliens autour du "plan
de convergence", ni par l¹accueil enthousiaste du Congrès. Ils savent que
l¹étiquette "il n¹y a pas de partenaire" pour laquelle Sharon a travaillé si
dur pour en affubler Mahmoud Abbas est en danger.
lancé concernant le référendum sur le "document des prisonniers" expire dans
48h. Les sondages lui prédisent une large victoire. Par ailleurs, le
"dialogue de réconciliation nationale" s¹est terminé sur un constat d¹échec.
Dans cet article : le Fatah reprend des couleurs, le Hamas est en
porte-à-faux et une recomposition du paysage politique palestinien (avec un
"Kadima" à l¹israélienne) se profile]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/722032.html
Ha¹aretz, 2 juin 2006
Un big bang palestinien ?
par Akiva Eldar
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Dimanche dernier, un long convoi s¹arrête devant l¹entrée du magasin de
robes de mariée sur la rue Manara, dans le centre de Ramallah. Y entre le
président Mahmoud Abbas, accompagné d¹une brigade de gardes du corps et
d¹une meute de journalistes. Le distingué visiteur exprime son intérêt pour
le business du mariage dans la grande ville. "Très calme", dit le
propriétaire. Les journalistes prennent des notes. "Les gens ne se marient
plus. Ils n¹ont même pas de quoi s¹acheter à manger".
Abbas n¹a pas eu besoin qu¹on lui explique pourquoi on n¹entend plus de
bruits de mariage dans les rues de Ramallah. N¹importe quel enfant
palestinien sait pourquoi les donateurs ont divorcé de l¹Autorité
palestinienne en emportant l¹argent de papa. Les collaborateurs et les
porte-parole s¹en retournèrent à la Mouqata satisfaits. Pour la première
fois depuis que le Hamas les a chassés de leurs beaux bureaux et pris les
clés des limousines officielles, les joues des apparatchiks du Fatah ont
retrouvé quelques couleurs.
Ils sentent les élections. Le patron, qui déteste les médias, commence à
coopérer, et va même dans la rue serrer les mains des passants. En général,
il ne perd pas son temps en relations publiques, en discussions stratégiques
ni en plans sur le long terme. La plupart du temps, il opère au jour le
jour, à résoudre une crise en attendant la suivante. Mais le "document des
prisonniers" et le projet de référendum ont été comme une piqûre
d¹adrénaline pour l¹homme qui a été bien plus le n° 2 de Yasser Arafat que
le n° 1 d¹Ismail Haniyeh. En général, Abbas arrive à son bureau à 10h,
rentre chez lui vers 14h pour faire une sieste, et retourne pour travailler
4 ou 5 heures. Mais depuis quelques jours, les lumières de la Mouqata
restent allumées bien plus tard. Après des mois de deuil, quelque chose
semble en train de se produire.
Mahmoud Abbas avait 13 ans quand ses parents ont fui Tsfat (Safed) vers le
Nord, en Syrie, où il finit une licence à l¹université de Damas. Dans les
années 80, il fut doctorant en Russie. En Russie comme en Syrie, il n¹a pas
appris grand-chose sur la manière de bâtir une démocratie ou d¹introduire
des réformes politiques. Mais, d¹un autre côté, il a appris des bolcheviks
comment éliminer des rivaux ou des jeunes aux ambitions suspectes, et
comment éviter tout changement. Même après le vote massif des Palestiniens
contre les ministres corrompus et la vieille garde hédoniste du Fatah, Abbas
continue à leur payer leurs salaires, et il préfère leur compagnie à celle
de la jeune garde. Ainsi, au lieu de réhabiliter l¹image du Fatah, il se
concentre sur une stratégie qui consiste à détruire le Hamas et à le traîner
dans la boue.
Yasser Abed Rabbo, de l¹Initiative de Genève, a passé des semaines à la
Mouqata à essayer de convaincre Mahmoud Abbas de prendre l¹initiative au
détriment du premier ministre israélien Ehoud Olmert et du Hamas. Ses
conseillers en communication ont repris l¹idée, et lui ont conseillé de
faire savoir au monde que l¹Autorité palestinienne voulait entamer des
négociations sur la base des paramètres Clinton ou de l¹Initiative de
Genève.
Tout le monde est d¹accord pour dire que les accusations mutuelles avec le
leader du Hamas (en Syrie) Khaled Meshal, le conflit autour du contrôle des
points de passage frontaliers et des forces de sécurité, et le boycott
économique conduisent inévitablement au clash. Les conseillers affirment
qu¹une initiative politique qui forcerait les Américains à faire pression
sur Israël pour qu¹il renonce à son "plan de convergence" permettrait aux
Palestiniens de mener le conflit sur leur terrain.
Abbas marque des points
Mahmoud Abbas, comme à son habitude, a hésité, pesé le pour et le contre, et
s¹est montré évasif, bloqué qu¹il était sur la proposition de paix de la
Ligue arabe. Cette décision de mars 2002 est devenue sa marque de fabrique,
et il a du mal à changer de formule. Israël continuait à l¹ignorer, les
Etats-Unis se taisaient et l¹Europe était fuyante. Mais cette fois,
l¹hésitation d¹Abbas que certains appellent faiblesse a payé. Marwan
Barghouti et ses camarades prisonniers ont fait le travail pour lui. Et Abou
Mazen n¹aurait pu trouver meilleurs alliés que les héros de la lutte contre
l¹occupation. Tous les sondages indiquent que pour l¹opinion, la libération
des prisonniers détenus en Israël est la question la plus importante.
De fait, le jour même de la publication du Document de réconciliation
nationale (appelé "document des prisonniers"), une cassure s¹est opérée
entre les membres du Hamas de l¹intérieur et ceux de l¹étranger. Si ce
document n¹avait été signé que par Ababs et le Fatah, le Hamas l¹aurait voué
aux gémonies. Mais il est difficile d¹accuser de défaitisme des prisonniers
condamnés à perpétuité. Un bon nombre d¹entre eux appartiennent au Hamas,
des jeunes gens qui ont donné les meilleures années de leur vie pour la
liberté de leur peuple.
Les différences d¹appréciation autour de la formulation de ce document ont
approfondi le fossé entre le Hamas dans les territoires et le Hamas à Damas,
ainsi qu¹entre le Hamas en Cisjordanie et le Hamas à Gaza. Le document
transcende les lignes partisanes et annonce la possibilité d¹un big bang :
la création d¹un "Kadima" palestinien, qui au lieu de proposer des mesures
unilatérales, présenterait une perspective de négociations en vue d¹un
règlement définitif du conflit. Une victoire éclatante lors d¹un référendum
sur le soutien à ce document, initiative annoncée de manière spectaculaire
par Abbas dans le cadre des réunions de "dialogue national", pourrait lui
fournir l¹occasion de créer une infrastructure politique en vue de
constituer un gouvernement d¹union nationale sur une base pragmatique.
D¹après un sondage téléphonique réalisé par un institut de recherche
américain en coopération avec un institut suisse, si le référendum avait eu
lieu cette semaine, la victoire d¹Abou Mazen aurait été assurée. Les
résultats de ce sondage, publiés dans le quotidien de Jérusalem Est Al-Quds,
indiquent que 85% des personnes interrogées soutiennent cette initiative.
Résultat : le soutien au Fatah a bondi à 45%, soit 11% de plus qu¹au sondage
précédent, et le soutien au Hamas a baissé de 42% à 29%. Il existe des
signes que, comme c¹était le cas pour le parti des retraités en Israël, de
nombreux électeurs du Hamas ceux qui ont voulu protester contre le pouvoir
du Fatah n¹ont pas imaginé que leur vote puisse porter ce parti au
pouvoir.
Toujours d¹après le même sondage, l¹initiative du référendum a déjà amélioré
le statut de Mahmoud Abbas. Le président jouit du soutien de 62%, contre 38%
à Ismail Haniyeh (avant l¹initiative, les chiffres étaient de 49% pour
Haniyeh contre 51% pour Abbas). Autre chiffre non moins important : la
proposition de soumettre le document à référendum recueille l¹adhésion de
81% de l¹opinion chiffe avec lequel le groupe parlementaire du Hamas
aurait du mal à faire échouer la Loi du référendum national. Chez les
partisans du Fatah, le soutient approche les 95%, mais des 72% des électeurs
du Hamas et 71% des électeurs sans préférence partisane se disent eux aussi
intéressés par le référendum.
L¹idée de deux Etats sur la base des lignes de 1967 est soutenue par 71% des
personnes interrogées, et le soutien est plus important dans la bande de
Gaza qu¹en Cisjordanie. Ce qui semble indiquer une corrélation directe entre
la profondeur du désarroi économique et le soutien à un accord politique.
Cela dit, le camp Abbas se garde de triompher prématurément. Le Hamas n¹est
pas encore tombé, et le Fatah ne s¹est pas encore relevé de sa chute. A la
Mouqata, on estime que la victoire au référendum, inch¹ Allah, ne sera pas
par KO, mais aux points. La grande question est par quelle marge. On sait
qu¹une faible participation et une faible marge, sans même parler d¹une
défaite, feront le jeu du Hamas et hâteront la fin de Mahmoud Abbas.
D¹après la constitution, le jour où Mahmoud Abbas s¹en va, le président du
parlement, un homme du Hamas, assumera la fonction pendant 60 jours, puis
des élections seront organisées. Il est peu probable que le Fatah, qui en 4
mois n¹a pas même commencé à se remettre de sa défaite, aura le temps de se
reprendre en 2 mois. L¹appareil de sécurité israélien, en tout cas, tient
compte de l¹éventualité que la présidence (dernier pont avec l¹Autorité
palestinienne) tombe elle aussi entre les mains du Hamas.
Cette crainte n¹a pas empêché quelqu¹un, au sein de l¹appareil israélien de
sécurité, de laisser filtrer une information sur la décision de permettre
aux forces de Mahmoud Abbas de s¹équiper en armes et en munitions, et de le
dépeindre en partenaire d¹Israël. A Ramallah, les membres de la précédente
administration se sont frotté les yeux en voyant Amos Gilad, haut
fonctionnaire du ministère de la défense, expliquer à la télévision pourquoi
cette décision était essentielle pour la sécurité d¹Israël. Car ils se
souviennent qu¹à la veille du désengagement, quand l¹ancien ministre de la
défense Shaul Mofaz, dans un moment de "faiblesse", avait envisagé la même
chose, ce fut le même Amos Gilad qui le renvoya sur les roses. Par ailleurs,
les réserves exprimées par Israël à propos du "Document", en le présentant
comme "extrémiste", servent en fait Mahmoud Abbas.
Les Américains étaient au parfum
Mahmoud Abbas peut être certain que le lendemain du référendum ; Olmert ne
ratera pas l¹occasion de lui jeter à la figure les paragraphes qui appellent
à "s¹opposer à l¹occupation" (principalement en Cisjordanie), ou d¹agiter
les mots magiques "droit au retour". Même Yossi Beilin (Meretz) a eu du mal
à avaler ces paragraphes. Mais vu sa situation, et vu surtout la situation
du Fatah, Abbas n¹ose pas toucher à l¹¦uvre délicate tissée par le leader du
Tanzim Marwan Barghouti et par Abdel Khaleq al-Natshe, l¹important
prisonnier du Hamas. En fait, ce que dira Olmert ou la réaction de Bush ne
compteront pas beaucoup pour lui. Il n¹attend rien non plus de Javier
Solana, de l¹Union européenne. Le "Document des prisonniers" est
essentiellement à usage interne, et destiné à prendre le Hamas à revers.
Si Ariel Sharon avait su que les prisonniers palestiniens allaient un jour
devenir ceux qui menaceraient de détruire le statut de "pas de partenaire"
qu¹il avait tant travaillé à concevoir pour Mahmoud Abbas, il n¹aurait
jamais donné l¹ordre de permettre à Barghouti de tirer les ficelles
politiques depuis sa cellule de la prison de Hadarim. Et cela continue sous
le gouvernement Olmert, peut-être par simple inertie. Mais si le nouveau
ministre de la sécurité intérieure, Avi Dichter, avait voulu empêcher
l¹initiative des prisonniers, en tant qu¹ancien chef du Shin Bet, il aurait
su comment s¹y prendre.
On peut donc supposer que les amis de Dichter au Shin Bet ont rapporté à
Olmert que le président palestinien s¹est assuré de mettre les Américains
dans le secret. 24 heures avant de présenter son ultimatum au Hamas
concernant le référendum, Abbas rencontrait le consul général américain à
Jérusalem, Jack Wallace. Il a informé le diplomate américain, qui a
probablement rendu compte immédiatement à Washington. Ses collègues du
Département d¹Etat ont recommandé aux journalistes américains de ne pas se
laisser emporter par la joie de leurs confrères israéliens autour du "plan
de convergence", ni par l¹accueil enthousiaste du Congrès. Ils savent que
l¹étiquette "il n¹y a pas de partenaire" pour laquelle Sharon a travaillé si
dur pour en affubler Mahmoud Abbas est en danger.
Publicité