La journée de la Nakba : encore un anniversaire de souffrance

Publié le par david castel


(attention : texte de présentation du sommaire de notre journal à la fin de
l'article ci-dessous)

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[pour la journée de commémoration de la Nakba ("catastrophe"), alors que les
Israéliens célèbrent la fête de l¹Indépendance, Ray Hanania nous livre ses
réflexions, sans haine, mais avec humanité et espérance.]


http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3250418,00.html

Yediot Aharonot, 13 mai 2006

par Ray Hanania (1)

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Pour les deux peuples, le 14 mai représente deux choses différentes. Pour
Israël, c¹est la fête de l¹Indépendance. Pour les Palestiniens, c¹est la
journée de commémoration de la Nakba.

Le 14 mai représente deux choses différentes pour deux peuples différents,
c¹est peut-être bien là une grande partie du problème. Ni d¹un côté ni de
l¹autre, on n¹a envie de montrer de la compassion à l¹autre, car les
Palestiniens et les Israéliens se sont fait une spécialité de la différence
de regard qu¹ils portent sur toute chose.

Pour les Israéliens, "fête de l¹Indépendance". Pour les Palestiniens,
"Catastrophe". Deux regards irréconciliables, d¹autant que des deux côtés,
on utilise toujours l¹histoire comme prétexte pour infliger à l¹autre
davantage de douleur et de souffrance.

Comment les Palestiniens vivent-ils les célébrations israéliennes ? Avec
mépris. Ils crachent dessus, comme si les Israéliens célébraient la
souffrance palestinienne.

La journée de la Nakba palestinienne, pourtant, est l¹occasion de porter un
regard sur sa propre souffrance, un peu comme les Juifs ont considéré leur
Exil. Bien qu¹aucune comparaison ne soit possible, les Palestiniens
considèrent leur Nakba comme un événement qui imite la Shoah.

Bien sûr, les Israéliens n¹envoient pas les Palestiniens dans les chambres à
gaz. Mais ils les poussent dans des réserves qui ressemblent à des prisons.
Ils leur prennent beaucoup de terres, leur refusent beaucoup de droits.

Pourtant, ce que font les Israéliens aux Palestiniens n¹est pas une excuse
pour les Palestiniens. Les Palestiniens ne peuvent pas accuser les
Israéliens pour toutes leurs souffrances.

Je ne m¹attends pas à beaucoup de sympathie de la part des Israéliens. Ils
vivent dans l¹arrogance quand les choses semblent aller comme ils le
souhaitent. Cela est peut-être vrai à court terme, mais sur le long terme,
ce qui se passe, c¹est que le mouvement palestinien pour l¹indépendance, de
mouvement laïque capable de compromis, est en train de devenir lentement un
mouvement religieux qui ne peut avoir qu¹une vision : la défaite d¹Israël.

Parvenir à une paix durable semble la meilleure option pour les Israéliens.
Ehoud Olmert paraît déterminé à définir les frontières entre les droits des
Israéliens et ceux des Palestiniens. S¹il le fait de façon raisonnable et
équitable ­ en échangeant des territoires ­ cela pourrait marcher. Mais s¹il
se sert de la situation pour s¹emparer de davantage de terres, pour
"légitimer" les colonies illégales et agrandir Israël en annexant des
portions de la Cisjordanie, tout ce qu¹il fera, c¹est nous préparer un
conflit auquel nos enfants devront faire face.


"L¹ennemi de mon ennemi est mon ami"

Peut-être nous faudrait-il penser à l¹avenir plutôt qu¹au passé quand nous
nous souvenons du 14 mai 1948. Peut-être devrions-nous tenter d¹imaginer des
manières de vivre ensemble.

En tant que Palestinien, j¹ai un certain nombre de principes, qui ne me
valent aucune approbation, ni chez de nombreux Israéliens ou Juifs, ni chez
même chez les Palestiniens ou les Arabes. Cela fait même de moi le
punching-ball favori des islamistes, qui s¹attaquent à moi de façon aussi
vicieuse que les Israéliens conservateurs. Tous deux sont à égalité dans la
haine.

D¹abord, je pense que la seule réponse à notre conflit, c¹est de faire tout
ce qui est en notre pouvoir pour ne jamais laisser s¹évanouir la perspective
de deux Etats. Un Etat israélien et un Etat palestinien.

Ensuite, nous ne pouvons pas continuer à nous servir de l¹Histoire comme
d¹une réponse aux revendications de chaque côté. Par exemple, les Israéliens
font toujours remarquer, avec raison, que les Palestiniens et les Arabes ont
rejeté la solution à deux Etats en 1947. C¹est exact, mais ils l¹ont fait
pour des raisons qui ne s¹appliquent plus aujourd¹hui.

Plutôt que de respecter un changement d¹attitude, certains continuent à s¹en
servir comme d¹un obstacle qui empêche d¹aller de l¹avant. Les Palestiniens
souhaitaient un seul Etat pour les trois religions. C¹était irréaliste,
"grâce", en partie, au Mandat britannique, à l¹antisémitisme européen et à
la résistance de certains pays, dont les Etats-Unis. Bien que certains
Palestiniens aient soutenu les Nazis, rejoignant en cela les Juifs dans la
même croyance biblique (l¹ennemi de mon ennemi est mon ami), cela est
souvent utilisé hors contexte.


"Nous voulons mettre fin à ce conflit"

En même temps, je comprends également la perspective israélienne de
l¹histoire. Je ne l¹aime pas, mais je la comprends et la respecte.

Je pense que les Palestiniens et les Israéliens doivent arrêter de regarder
le passé et de s¹en servir comme d¹un prétexte pour ne pas aller de l¹avant..
Nous devons être capables d¹accepter que nous considérons l¹histoire
différemment. Si nous n¹y arrivons pas, alors la vérité sera qu¹aucun des
deux côtés ne désire réellement ni la paix, ni le compromis.

Nous devons accepter l¹idée que nous avons des visions différentes du passé,
mais nous devons partager la même vision du futur. Nous devons regarder le
futur, définir une seule réponse à notre conflit, et nous concentrer
exclusivement sur cela.

Oui, il difficile de définir cette réponse, mais le problème tient en partie
au fait qu¹avec tout ce qui s¹est passé, même ceux qui veulent être
équitables ne peuvent l¹être toujours. On devient cupide. On veut toujours
plus, et donner moins à l¹autre.

Il n¹existe qu¹une seule réponse pour empêcher le conflit d¹empirer et pour,
à terme, éliminer toute violence. Cela n¹arrivera pas tout de suite. Cela
prendra du temps. Cette réponse, c¹est deux Etats. Un palestinien, l¹autre
israélien. Et nous devons être capables de partager Jérusalem. Pas la
diviser. La partager. L¹Etat palestinien doit être viable. Et, Israéliens et
Palestiniens, Juifs et Arabes, nous devons nous confronter à la question des
réfugiés, ouvertement, honnêtement, et en montrant du respect pour l¹autre.

Beaucoup de Juifs ont fui les pays arabes. Beaucoup de Palestiniens ont fui
ce qui est aujourd¹hui Israël. Nous n¹avons pas besoin d¹entamer un débat,
perdu d¹avance, sur qui a causé quoi à qui. Cela revient à adopter les
interprétations binaires et irréconciliables de l¹histoire. Il faut tout
simplement considérer les réfugiés comme des personnes, reconnaître leurs
droits et travailler à résoudre ce problème, et non l¹écarter ou nous
montrer indifférents.

En réfléchissant à ce que cette solution signifie, cela veut dire qu¹au
fond, les Israéliens et les Palestiniens veulent la même chose. Nous voulons
mettre fin à ce conflit. Nous savons que, des deux côtés, il y a des forces
qui ne veulent pas du compromis qui mettrait fin au conflit. Toutes veulent
la défaite de l¹autre. Cela n¹arrivera jamais. Plus tôt nous reconnaîtrons
cela, plus tôt nous pourrons trouver des réponses à nos problèmes.


"Le sort des Palestiniens et des Israéliens est indissociable"

Les Israéliens et les Palestiniens ont chacun quelque chose que l¹autre n¹a
pas. Les Israéliens ont le pouvoir de faire ce qui est juste. Ils peuvent
imposer un accord de paix qui soit juste, avec ou sans partenaire.

Je pense aussi que les Palestiniens ont le pouvoir de rendre les choses
pires ou bien meilleures. Ils peuvent arrêter cette stratégie de l¹échec qui
consiste à faire plus de mal aux Israéliens que ce que les Israéliens leur
font. Les Palestiniens peuvent adopter la non-violence, non en tant que
stratégie, mais en tant que manière de vivre.

Récemment, quelqu¹un m¹a demandé si je pensais que nous nous trouvions dans
la deuxième ou dans la troisième Intifada. J¹ai répondu que définir le
conflit de cette manière était trompeur. En réalité, ce conflit a commencé
dans les années 20, et il a connu des périodes de violences plus ou moins
grandes. Le vrai conflit n¹a jamais été résolu.

Il faut que nous résolvions ce conflit si nous voulons empêcher la violence..
Dites-le comme vous voulez, mais le sort des Palestiniens et des Israéliens
est indissociable.

En ce jour qui marque l¹anniversaire de l¹indépendance d¹Israël et la
commémoration de la Nakba palestinienne, j¹espère qu¹un jour, nous
trouverons une voie pour en finir avec ce conflit et, ainsi, mettre fin aux
violences.

Imaginons combien les Palestiniens et les Israéliens pourraient être forts
dans ce monde, s¹ils pouvaient investir leurs énergies et leurs passions,
qu¹ils ont énormes, dans le travail en commun plutôt que dans la haine de
l¹autre.

C¹est ce qui me pousse à me lever tous les matins.


(1) Ray Hanania est un Américain d¹origine palestinienne (sa famille est
originaire de Jérusalem et de Bethléem). Il est éditorialiste et comédien.
Son site internet est : http://www.hanania.com


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Le texte de présentation avait sauté du message précédent. Le voici :

Le dernier numéro du journal vient d'être mis sur le site
(http://www.lapaixmaintenant.org/journal)
 
Outre l'éditorial, vous y trouverez les rubriques habituelles: activités de
cercles de province, du bureau de Paris, du groupe éducation, les actions en
Israël des acteurs de l'initiative de Genève et de Shalom Arshav. Vous
pourrez y découvrir des propos clairvoyants d'Amos Oz sur le Hamas et les
Palestiniens. Vous en saurez un peu plus sur la nouvelle revue "Le meilleur
des Mondes" et sur une association bien sympathique, "Parler en Paix". Il en
a déjà été question dans un numéro précédent de "All for Peace" : l'aventure
continue et se développe. Connaissez-vous le projet "Red Dead" ou "comment
sauver la Mer Morte? Vous pourrez vous convaincre une fois de plus que tous
les religieux en Israël ne sont pas "orange". Vous saviez déjà que les
implantations étaient politiquement néfastes, vous saurez dorénavant
qu'elles  sont économiquement nuisibles! Et enfin, une brève réminiscence de
Camus et de son exigence morale...
 
Si vous souhaitez recevoir une version papier du journal, adressez un mail à
: alain.rozenkier@lapaixmaintenant.org
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