Aucun Palestinien n¹acceptera le "plan de convergence"

Publié le par david castel

[Baskin explique pourquoi, surtout après les dégâts causés dans l¹opinion
palestinienne par le désengagement unilatéral de Gaza et ses conséquences
(ou plutôt ses non-conséquences) sur le plan économique, le "plan de
convergence" unilatéral cher à Ehoud Olmert est totalement inacceptable pour
un Palestinien, quel qu¹il soit]


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Jerusalem Post, 8 mai 2006

Aucun Palestinien n¹acceptera le "plan de convergence"
par Gershon Baskin (1)
 
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Depuis plusieurs mois, le gouvernement israélien prépare son retrait
unilatéral de la Cisjordanie. Ariel Sharon avait nommé une équipe chargée de
planifier le grand désengagement (appelé "convergence") de la plupart des
colonies de Cisjordanie située à l¹est de la barrière de séparation.

Cette équipe a tenté de tirer les leçons du retrait de Gaza. Les leçons qui
concernent les colons ont pour la plupart été comprises. Mais l¹on en sait
beaucoup moins sur ce qui a transpiré de l¹autre côté. Quelles leçons tirer
de l¹impact du désengagement sur les Palestiniens ?

Pour les Palestiniens, l¹effet le plus important a été une montée en flèche
de la popularité du Hamas. Leur version du désengagement montre qu¹une
majorité écrasante de Palestiniens est convaincue que ce qui a conduit
Sharon à se retirer de Gaza a été ce qu¹ils appellent résistance (et ce que
nous nommons terrorisme).

Les Palestiniens croient profondément qu¹Israël a été chassé de Gaza,
principalement par le Hamas. La plupart des Palestiniens pensent qu¹Israël a
manqué une occasion en or de renforcer la cause de la paix en ne rendant pas
Gaza à Mahmoud Abbas dans le cadre d¹un processus de dialogue et de
négociation.

Ils croient, à tort, que les colons de Gaza ont été réinstallés dans des
colonies de Cisjordanie. La perception qu¹ont la plupart des Palestiniens
est qu¹aucun bien n¹en est sorti, et que quasiment rien n¹a changé. Gaza a
bien été évacué par Israël, mais (pensent-ils) Israël a renforcé son
contrôle de Gaza et s¹est renforcé en Cisjordanie. La plupart des
Palestiniens pensent également que Gaza constituait le fardeau principal de
l¹occupation, et qu¹en renonçant à ses responsabilités à Gaza, Israël se
rend la vie plus facile pou continuer à occuper la Cisjordanie.

Pour la plupart des Gazaouis, la vie est plus difficile aujourd¹hui qu¹avant
le désengagement. Ils espéraient fortement que le désengagement apporterait
le développement et la prospérité. L¹ancien émissaire du Quartette, James
Wolfensohn, avait conçu un plan détaillé pour le développement de Gaza. Les
Israéliens et les Palestiniens s¹étaient mis d¹accord sur un plan concernant
la circulation et les accès, négocié avec l¹aide de Condoleezza Rice.
Wolfensohn a même dépensé 500.000$ de sa poche et a levé 13,5 millions de $
supplémentaires pour racheter les serres des colons [pour les céder aux
Palestiniens].

Malgré certaines informations qui ont circulé sur la destruction de ces
serres, plus de 3.500 d¹entre elles ont connu une très belle récolte, mais
quasiment aucun produit n¹a pu parvenir sur les marchés. L¹accord sur la
circulation et les accès n¹a jamais été appliqué, et à part le passage de
Rafah (avec l¹Egypte), qui donne aux Palestiniens, un certain sentiment de
liberté, Gaza est virtuellement fermée au monde.

La principale artère de la vie économique pour Gaza est le passage de Karni..
Depuis trois mois, Karni a été fermé 50% du temps. Même aux moments où il a
été ouvert, il n¹a jamais pu approcher le niveau de trafic prévu, soit 150
camions par jour. Seuls une vingtaine de camions par jour pouvait passer. Il
n¹y a eu aucun progrès concernant la construction du port maritime du Gaza,
et sur l¹aéroport, aucune discussion n¹a même été entamée.

A la lumière de cette situation à Gaza, il est plus facile de comprendre les
réactions négatives et extrêmement émotionnelles de la plupart des
Palestiniens au "plan de convergence".

Israël aimerait faire valoir qu¹en se retirant des territoires, il en
termine avec sa responsabilité à l¹égard des Palestiniens, et en termine,
pour l¹essentiel, avec l¹occupation. Mais du point de vue palestinien, les
retraits unilatéraux d¹Israël non seulement renforcent le Hamas et le Jihad
islamique, mais entraînent un renforcement de l¹occupation.

Les Palestiniens pensent que si plusieurs dizaines de milliers de colons
sont évacués de colonies situées à l¹est de la barrière de séparation vers
des colonies à l¹ouest ­ mais à l¹est de la ligne Verte ­ rien n¹aura
changé, sauf le fait qu¹Israël pourra tromper le monde en créant l¹illusion
qu¹il se retire de territoires occupés.

La plupart des Palestiniens, y compris les proches de Mahmoud Abbas, pensent
que si Israël met en ¦uvre son plan unilatéral de convergence, il s¹en sera
fini de la faisabilité d¹une solution à deux Etats, et il n¹y aura plus
aucune viabilité pour la création d¹un Etat palestinien.

De leur point de vue, la convergence ne signifie pas seulement que Jérusalem
disparaît des questions à négocier, mais qu¹un n¦ud coulant étranglera la
Cisjordanie. La Vallée du Jourdain restera sous contrôle israélien, y
compris les passages frontaliers vers la Jordanie, et à l¹ouest, la
Cisjordanie sera complètement fermée. Il n¹y aura aucune liaison
territoriale entre les deux territoires palestiniens (Gaza et Cisjordanie)
ni aucune politique qui permette la circulation des personnes et des biens
entre Gaza et la Cisjordanie, à travers Israël.

Gaza sera étranglée, à part un minuscule tube d¹air à Rafah, et, selon les
Palestiniens, Israël aurait mis son veto à des conversations avec l¹Egypte
qui devaient permettre aux Palestiniens de développer un fret à Rafah. Si
l¹on a à l¹esprit cette représentation des choses, comment un seul
Palestinien pourrait-il être favorable au plan de convergence ?

L¹alternative est de reprendre le processus bilatéral avec l¹OLP représentée
par Mahmoud Abbas. Bien qu¹il n¹y ait aucune garantie que cela réussisse, il
n¹y a pas grand-chose à perdre. Et Israël pourrait toujours avancer dans sa
planification du plan de convergence. Un autre processus unilatéral en
Cisjordanie comporte davantage de risques pour Israël qu¹un éventuel
réengagement avec Mahmoud Abbas.


(1) Gershon Baskin est le co-directeur israélien de l¹IPCRI
(Israel/Palestine Center for Research and Information). http://www.ipcri.org

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