Nier l'indéniable

Publié le par david castel


Publié le : 29-04-2006

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Par Yossi Sarid (Photo)

Traduction Zabelle L. et Denis Donikian

La Banalité du Démenti : Israël et le génocide arménien par Yair Auron, les Editeurs de Transaction. (La version hébraïque a été publiée dans Israël par Maba : 308 pages, NIS82.)

Après la parution du livre de Yair Auron en anglais aux USA et en Grande-Bretagne, la version hébraïque vient d’être publiée . Peut-être n'est-ce pas une coïncidence. Israël, qui nie officiellement le génocide arménien, nie aussi officiellement sa documentation.

Auron débat longuement de l'attitude d'Israël sur le génocide en général et le génocide arménien en particulier. L'apparition du mot «démenti» dans le titre du livre n'est pas due au hasard. Nous les juifs, sommes les premiers à être scandalisés et choqués lorsque notre Holocauste est nié, ouvertement ou secrètement, et pourtant nous tournons le dos aux catastrophes des autres. Malheureusement, la communauté académique israélienne elle-même ne fait aucune tentative pour mieux faire connaître les autres génocides. Serait-ce qu’elle ne souhaite pas faire monter plus de douleur dans le monde ?

L'histoire des inhumanités de l'humanité sur le chemin de l'enfer est jonché d’ exemples de génocide.

Au cours du seul siècle dernier, plus de 140 millions d’êtres humains ont été assassinés, et la soif de sang humain a encore à être satisfaite. Pendant que ces lignes sont écrites, un génocide est commis au Darfour, dans l'ouest du Soudan, et le monde continue ses affaires sans même un murmure de protestation, comme si la complicité dans ces atrocités le paralysait. Cependant, comme dans l'histoire de Cain et d’Abel, le sang qui a été répandu s’est écrié. Mais même ici en Israël, personne apparemment personne n’est là pour l’entendre. Nous pouvons être juifs mais nos oreilles sont incirconcises (métaphoriquement).

Nous n’avons pas besoin de comparer l'Holocauste ou les génocides pour comprendre, et identifier les souffrances d'autres nations. L'Holocauste juif était si satanique qu'il nous permet - oblige même – à partager la souffrance et la douleur des autres, mais il ne nous accorde aucun droit de monopole sur le génocide. Même si nous partageons la souffrance des autres et leur chagrin, nous voulons toujours avoir du surplus.

Mon enseignant et mon mentor, Prof. Yehuda Bauer, un des plus grands lettrés contemporains de l’Holocauste, établit des distinctions et des définitions précises dans une lettre qu’il m’a écrite suite à un de mes articles récents paru dans le journal Haaretz :

« Je crois qu’il n'y a pas de contradictions entre l'Holocauste sans précédent et ses implications universelles. Je ne dis pas que l'Holocauste est unique car si c’était le cas, nous ne pourrions pas l'étudier, parce que ce serait au delà du royaume de l’histoire humaine. Ce serait un événement exceptionnel qui serait arrivé à cause de supra-humains ou de forces monstrueuses en travail dans l'histoire. Néanmoins, l'Holocauste était sans précédent ; c'est-à-dire qu’il peut servir de précédent. C’est précisément ce qui est arrivé, même si c’est seulement d’une manière partielle, au Rwanda.

« Ce mot encombrant « unprecedentness, » bien qu'inexistant en hébreu ou en anglais, est un terme plus précis pour décrire la nature de l'Holocauste. Nous pouvons définir l'Holocauste comme le « le génocide commis contre les juifs par les Allemands et leurs collaborateurs pendant la Deuxième Guerre Mondiale ». Appeler un autre génocide national ' Holocauste' placerait tous les cas de génocide sous la rubrique de la catastrophe juive et un tel acte ne contribuerait en rien à clarifier ou à commémorer chaque génocide spécifique ou à tenter d’empêcher de tels événements. Je crois que le signe universel de n'importe quel génocide est le ciblage d'un groupe spécifique et unique pour le meurtre massif. Ce ciblage lui-même est universel pour chaque génocide. C’est pourquoi, je m’élève contre le fait d’octroyer à un génocide national le même nom que celui des autres. 'Le génocide' englobe tous les cas d'une telle tuerie. L'Holocauste est de loin le cas le plus extrême de génocide, mais il n'y a pas de garantie qu’un cas identique ou plus extrême n'arrivera jamais. Comme le cas le plus extrême, il pourrait servir de paradigme pour les génocides futurs. Telle est la réflexion que mène le Groupe De Travail International pour l'Education de l’Holocauste, le Souvenir et la Recherche, conjointement subventionné par 24 nations, et telle aussi la manière dont l'Holocauste est perçue par le groupe que je dirige, une équipe de militants qui se consacre à la prévention du génocide qui a donné la priorité au Darfour dans son ordre du jour parce qu'aujourd'hui un génocide terrifiant y a lieu. "C'est le coeur de la lettre de professeur Bauer, qui contient beaucoup d'idées importantes et qui clarifie beaucoup de choses.


Tous les actes de génocide et de politicide commis au vingtième siècle beaucoup plus que dans un autre, font qu’il est parfois appelé « le siècle des génocides » ou « le siècle de la violence. » Le premier exemple connu de génocide dans le siècle précédent était en Namibie, mais il a été principalement négligé et a été presque oublié. Le second était le génocide commis contre les Arméniens par les Turcs, et sa mémoire persiste malgré tous les efforts de la Turquie pour que le monde l’oublie.

Un des leaders dans la lutte pour empêcher le monde oublie est le professur Yair Auron. Il est aussi un des rares Israéliens à avoir racheté le nom des juifs et d'Israël, au moment où Isarël qui craint d'offenser la Turquie se courbe devant des principes fondamentaux pour ne pas déplaire aux Turcs. Pour des intérêts de realpolitik, Israël se rend coupable de complicité quant à la négation du génocide arménien. Ainsi, comment pouvons-nous accuser d'autres nations de s’avilir en niant l'Holocauste pour des raisons de realpolitik ? Malgré l'importance des relations d'Israël avec la Turquie, il est regrettable et déprimant que cela force Israël à adopter une politique de démenti officiel qui pourrait avoir l'effet inverse sur nous un jour, quand les autres nations nous font à nous ce que nous faisons aux autres, et que nous détestons tellement. Le génocide ne doit jamais être nié, quelles que soient les raisons ou l'identité des meurtriers et de leurs victimes.

On pourrait soutenir que, si le monde n’avait pas adopté une politique"de retour aux affaires" face au génocide arménien, en lui tournant le dos et en fermant les yeux, l'Holocauste juif ne serait jamais arrivé La suffisance, l'indifférence et le silence des nations du monde ont amplement encouragé les national-socialistes allemands pour penser que le monde ne protesterait pas outre mesure ou ne serait pas trop choqué ou outragé si, après les Arméniens, les prochaines victimes du génocide devaient être les juifs, dont le sang n’est pas plus rouge. Dans un discours célèbre, Hitler lui-même a mentionné le destin des Arméniens en sous-entendant ce à quoi les Juifs pourraient s'attendre. Négliger un génocide en provoquera un autre, et les meurtriers émergent d'habitude de l'obscurité, de la caverne nauséabonde que leurs prédécesseurs ont habitée. Ceux qui jusqu'à présent n'ont pas compris ce point - et beaucoup de leaders israéliens appartiennent à cette catégorie - le comprendront certainement après la lecture du livre d'Auron. On ne peut pas prémunir l'humanité contre les génocides de demain sans exposer celui d'hier, le reconnaître et reconnaître ses atrocités.

Pour les Arméniens de par le monde, l'attitude d’Israël et du peuple juif envers leur catastrophe est crucialement importante. Ils ont besoin de notre reconnaissance parce que nous sommes les victimes naturelles, historiques du génocide et parce qu’il est vital pour eux de lutter pour perpétuer la mémoire de leur génocide et de ses implications. Ils cherchent le leadership de Jérusalem ; pourtant cette ville qui s’enveloppe dans un silence qui en dit long, est entourée par des montagnes d'indifférence.

Il est possible qu’aujourd’hui où le monde s’ouvre davantage aux souffrances des Juifs, nous nous pouvons nous ouvrir davantage aux Arméniens. En septembre 2005, l’Assemblée Générale des Nations l'Unies a décidé à l'unanimité que le 27 janvier serait le jour de commémoration internationale de l'Holocauste et de ses victimes. Désormais, les nations du monde observeront cette date, l'anniversaire de la libération par l'Armée Rouge du camp de mort d'Auschwitz-Birkenau. Je suis certain que le jour n'est pas loin où la tragédie des Arméniens sera de la même façon internationalement reconnue. J’aimerais voir Israël comme le champion de cette cause.

La Banalité du Démenti : Israël et le génocide arménien n'est pas juste un document de recherche fascinant, informé ; il défie aussi tous les négationnistes de génocide. Il fait honneur à son auteur et à ses collègues qui refusent la politique de démenti de Jérusalem, dont les murs sont maintenant tristement gardés par l'aveugle, le sourd et le muet.


Le dernier livre de Yossi Sarid : Papiczek : Il n’a pas connu Son Nom a été publié en hébreu et en anglais par Yad Vashem et les Livres d'Ahronoth/Cerné de Yedioth.
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in english


by Yossi Sarid

"The Banality of Denial: Israel and the Armenian Genocide" by Yair Auron, Transaction Publishers. (The Hebrew version has been published in Israel by Maba: 308 pages, NIS82.)

Only after Yair Auron's book appeared in English in America and Britain was the Hebrew version published here. Perhaps this is no coincidence. Israel, which officially denies the Armenian genocide, also officially denies its documentation.



Auron extensively discusses Israel's attitude to genocide in general, and the Armenian genocide in particular. The appearance of the word "denial" in the book's title is no happenstance. We Jews are the first to express shock and outrage when our Holocaust is denied, overtly or
covertly, yet we turn our backs on the catastrophes of others. Unfortunately, even the Israeli academic community is not strenuously trying to increase knowledge of other people's genocides. Is this because it does not want to augment pain in the world?

The history of humanity's inhumanity along the path to hell is strewn with instances of genocide. In the last century alone, more than 140 million human beings were murdered, and the thirst for human blood has yet to be satisfied. As these lines are being written, genocide is being committed in Darfur, in western Sudan, and the world goes about its business without even a murmur of protest, as if complicity in these
atrocities paralyzes it. However, as in the story of Cain and Abel, the blood that has been shed cries out. But even here in Israel, nobody is apparently listening. We may be Jews but our ears are uncircumcised (metaphorically).

We need not compare holocausts or genocides to understand, and identify with, the suffering of other nations. The Jewish Holocaust was so satanic that it allows - even obligates - us to share the suffering and pain of others, but it does not allow us any monopoly on genocide. Even if we share others' suffering and pain, we will still have heavy
surpluses left over.

My teacher and mentor, Prof. Yehuda Bauer, one of the greatest contemporary Holocaust scholars, makes precise distinctions and definitions in a letter he wrote me following a recent article of mine that appeared in Haaretz:

"I believe there is no contradiction between the Holocaust's
unprecedentness and its universal implications. I am not saying the Holocaust is unique because if it were, we could not study it, because it would be beyond the realm of human history. It would be an unrepeatable event that occurred because of suprahuman or subhuman forces at work in history. Nonetheless, the Holocaust was unprecedented;
that is, it can serve as a precedent. That is precisely what happened, even if only partially, in Rwanda.

"This unwieldy word 'unprecedentness,' although nonexistent in Hebrew or English, is a more precise term for describing the Holocaust's nature. We can define the Holocaust as the 'genocide committed against the Jewish people by the Germans and their collaborators during the Second World War.' To call another nation's genocide a 'Holocaust' would place all instances of genocide under the rubric of the Jewish catastrophe and such an act would contribute nothing to the clarification or commemoration of each specific genocide or to attempts to prevent such events. I believe one universal sign of any genocide is the targeting of a specific, unique group for mass murder. This targeting is itself universal in every genocide. Thus, I object to giving one nation's genocide the same name as that of another's. 'Genocide' encompasses all
instances of such mass murder. The Holocaust is the most extreme case of genocide so far, but there is no guarantee that a case equally or more extreme will never occur. As the most extreme case, it could serve as a paradigm for future genocides. That is the thinking of the International
Task Force for Holocaust Education, Remembrance and Research, jointly sponsored by 24 nations, and that is how the Holocaust is perceived by the group I head, a team of activists committed to preventing genocide that has prioritized Darfur in its agenda because today a horrific
genocide is taking place there." This is the core of Prof. Bauer's letter, which contains many important insights and clarifications.

More acts of genocide and politicide were committed in the 20th century than in any other, and it is sometimes called "the century of genocide" or "the century of violence." The first known instance of genocide in the previous century was in Namibia, but it has been largely ignored, almost forgotten. The second was the genocide committed against the Armenians by the Turks, and its memory persists despite all Turkey's efforts to make the world forget.

One person who is among the leaders in the struggle to prevent the world from forgetting is Prof. Yair Auron. He is also one of the few Israelis who have redeemed the Jewish people's and Israel's name, although Israel is so fearful of offending Turkey that it is willing to bend fundamental principles in order not to displease the Turks. For interests of
realpolitik, Israel is guilty of complicity in denying the Armenian genocide. Thus, how can we accuse other nations of debasing themselves by denying the Holocaust for reasons of realpolitik? Despite the admitted importance of Israel's relationship with Turkey, it is regrettable and depressing that it forces Israel to adopt a policy of official denial that could backfire on us one day, when other nations do unto us what we are doing unto others, and which we hate so much. Genocide must never be denied, no matter what the reasons or the identity of the murderers and their victims.

One could argue that, had the world not adopted a policy of "back to business" in the face of the Armenian genocide, turning its back and closing its eyes, the Jewish Holocaust might never have happened. The German National-Socialists derived much encouragement from the complacency, indifference and silence of the world's nations, and decided that the world would not excessively protest or be overly shocked or outraged if, after the Armenians, the next genocidal victim would be the Jews, whose blood is no redder. In one famous speech, Hitler himself referred to the Armenians' fate as he hinted what the Jews could expect. Ignoring one genocide will bring on another, and the murderers usually emerge from the dark, foul-smelling cave their predecessors inhabited. Those who have thus far not understood that point - and many Israeli leaders belong in that category - will certainly understand it after reading Auron's book. One cannot warn humanity of tomorrow's genocide without exposing yesterday's and recognizing it and its atrocities.

For Armenians everywhere, Israel's and the Jewish people's attitude toward their catastrophe is crucially important. They need our recognition because we are genocide's natural, historical victims and because it is vital in their struggle to perpetuate their genocide's memory and implications. They seek Jerusalem's leadership; yet that city, which envelopes itself in a silence that speaks volumes, is surrounded by hills of indifference.

Perhaps today, with the world more open to the Jews' suffering, we ourselves can open up more to the Armenians'. In September 2005, the United Nations General Assembly unanimously resolved that January 27 would be the day of international commemoration of the Holocaust and its victims. The world's nations will henceforth annually observe that date, the anniversary of the Red Army's liberation of the Auschwitz-Birkenau death camp. I am certain that the day is not far off when the Armenians' tragedy will similarly be internationally recognized. I want to see Israel champion that cause.

"The Banality of Denial" is not just a fascinating, informed research document; it also challenges all genocide-deniers. It is a credit to its author and his colleagues who refuse to accept the denial policy of Jerusalem, whose walls are now sadly being guarded by the blind, the deaf and the mute.

Yossi Sarid's latest book "Papiczek: He Didn't Know His Name" has been published in Hebrew and English by Yad Vashem and Yedioth Ahronoth/Hemed Books.

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