Lécrivain en quelques lignes
Œuvres complètes de C.F. Ramuz. Déjà paru, le Journal (trois volumes 1895-1903, 1904-1920, 1921-1947), 38 fr. version brochée, 65 fr. version reliée. Prochaines publications: Ramuz avant Ramuz et cinq volumes de nouvelles.
Infos et vente en librairie et aux Editions Slatkine, rue des Chaudronniers 5, 022 776 25 51. Mail: slatkine@slatkine.com. Net: www.slatkine.com
Bio: naît à Lausanne en 1878 dans une famille de commerçants. Licencié ès lettres, enseigne au Collège d'Aubonne, puis comme précepteur en Allemagne. Veut devenir écrivain, s'installe à Paris de 1903 à 1914. Retour en Pays de Vaud où il mène une vie assez retirée. Séjours en Valais. Meurt à Pully en 1947.
Ecrits: à retenir parmi les plus connus, Aline, premier roman paru 1905. Suivront Jean-Luc persécuté (1909), Aimé Pache, peintre vaudois (1911), Le règne de l'esprit malin (1917), La guérison des maladies (1917), l'Histoire du soldat (avec Stravinsky, 1918), Les signes parmi nous (1919), La séparation des races (1922), Passage du poète (1923), L'amour du monde (1925), La grande peur dans la montagne (1926), La beauté sur terre (1927), Adam et Eve (1932), Derborence (1934), Le garçon savoyard (1936), Besoin de grandeur (1937), Découverte du monde (1939), La guerre aux papiers (1942).
Modernité d'Arthur Schnitzler
Coïtus repetitus
En 1891, l'auteur de « la Ronde » publie un texte qui en remontrerait à nos plus audacieux érotomanes
On se souvient du succès, il y a quatre ans, de « la Vie sexuelle de Catherine M. », où l'auteur relatait avec une neutralité obsessionnelle ses milliers de rencontres d'où tout rapport humain, on allait dire tout échange de regards, était exclu. Sans doute cet ouvrage n'aurait-il pas suscité autant d'échos si ses lecteurs avaient eu connaissance de la nouvelle d'Arthur Schnitzler, en 1891, intitulée « la Fiancée ».
Un homme se laisse fasciner, au cours d'un bal, par une invitée dont l'allure témoigne d'une «honorable naissance» et qui pourtant, à l'évidence, relève de cette catégorie de femmes à l'appétit sexuel fort développé - une grue, comme on disait alors. Il lui pose des questions sur sa vie, sa jeunesse. Elle lui raconte qu'elle devait épouser un jeune homme, autrefois, mais qu'elle lui avait avoué tout d'abord ce besoin encore imprécis qu'elle ressentait : celui d'appartenir bientôt à tous ceux qui la désireraient. Horrifié, le garçon avait abusé d'elle, pour la première fois, puis l'avait abandonnée sans remords. Le narrateur lui demande alors ce qu'elle avait éprouvé, et elle lui répond que cela n'avait eu aucune importance... Mais mieux vaut citer Schnitzler : «Il y avait sur son visage la sérénité des gens heureux qui ont trouvé leur véritable vocation, sans se soucier de l'opinion d'autrui. Je fus alors en mesure de comprendre ce qu'elle avait voulu dire : oui,savoir quel était l'homme avec lequel elle avait passé cette première nuit n'avait pas d'importance, pas plus qu'il n'était important de savoir qui lui avait succédé.» Puis, plus loin : «Le bref moment d'inconscience en effet, pendant lequel la nature fait prévaloir sa fin, n'a besoin que d'un homme et d'une femme, et toute la richesse d'invention de notre esprit a beau parer ce qui précède et ce qui suit des multiples lumières de notre individualité, elles s'éteignent toutes chaque fois que nous environne la lourde et sombre nuit de l'accomplissement.»
En huit pages à peine, avec un sens admirable du raccourci qui est le propre des grands écrivains, Schnitzler nous dit tout de ce que des expérimentateurs développent en 200 feuillets, comme si des relevés de travaux pratiques avaient quelque chose à voir avec la littérature.
Il faut lire et relire les nouvelles d'Arthur Schnitzler. Ne pas se suffire de ses célébrissimes pièces de théâtre comme « la Ronde » ou de ses romans comme « Vienne au crépuscule ». Il faut s'enchanter de ce recueil posthume de 1932, « Une petite comédie », traduit pour la première fois sous cette forme originale en français. Il faut se laisser étourdir par l'ébriété mélancolique de ses personnages qui se travestissent, se convoitent, se trahissent. Schnitzler n'ignore rien des petites ironies de la vie. C'est un maître de l'illusion. Ou mieux, de la désillusion.
Frédéric Vitoux
«Une petite comédie», par Arthur Schnitzler, traduit de l'allemand par Pierre Gallissaires, 10/18 , 320 p., 8,50 euros.
Arthur Schnitzler (1862-1931), médecin et écrivain, fut le contemporain de Sigmund Freud à Vienne. Celui-ci lui écrivit un jour : « Je pense que je vous ai évité de crainte de rencontrer mon double. »
Par Frédéric Vitoux
Nouvel Observateur - 19/01/2006
Infos et vente en librairie et aux Editions Slatkine, rue des Chaudronniers 5, 022 776 25 51. Mail: slatkine@slatkine.com. Net: www.slatkine.com
L’écrivain en quelques lignes
Bio: naît à Lausanne en 1878 dans une famille de commerçants. Licencié ès lettres, enseigne au Collège d'Aubonne, puis comme précepteur en Allemagne. Veut devenir écrivain, s'installe à Paris de 1903 à 1914. Retour en Pays de Vaud où il mène une vie assez retirée. Séjours en Valais. Meurt à Pully en 1947.Ecrits: à retenir parmi les plus connus, Aline, premier roman paru 1905. Suivront Jean-Luc persécuté (1909), Aimé Pache, peintre vaudois (1911), Le règne de l'esprit malin (1917), La guérison des maladies (1917), l'Histoire du soldat (avec Stravinsky, 1918), Les signes parmi nous (1919), La séparation des races (1922), Passage du poète (1923), L'amour du monde (1925), La grande peur dans la montagne (1926), La beauté sur terre (1927), Adam et Eve (1932), Derborence (1934), Le garçon savoyard (1936), Besoin de grandeur (1937), Découverte du monde (1939), La guerre aux papiers (1942).
Modernité d'Arthur Schnitzler
Coïtus repetitus
En 1891, l'auteur de « la Ronde » publie un texte qui en remontrerait à nos plus audacieux érotomanes
On se souvient du succès, il y a quatre ans, de « la Vie sexuelle de Catherine M. », où l'auteur relatait avec une neutralité obsessionnelle ses milliers de rencontres d'où tout rapport humain, on allait dire tout échange de regards, était exclu. Sans doute cet ouvrage n'aurait-il pas suscité autant d'échos si ses lecteurs avaient eu connaissance de la nouvelle d'Arthur Schnitzler, en 1891, intitulée « la Fiancée ».
Un homme se laisse fasciner, au cours d'un bal, par une invitée dont l'allure témoigne d'une «honorable naissance» et qui pourtant, à l'évidence, relève de cette catégorie de femmes à l'appétit sexuel fort développé - une grue, comme on disait alors. Il lui pose des questions sur sa vie, sa jeunesse. Elle lui raconte qu'elle devait épouser un jeune homme, autrefois, mais qu'elle lui avait avoué tout d'abord ce besoin encore imprécis qu'elle ressentait : celui d'appartenir bientôt à tous ceux qui la désireraient. Horrifié, le garçon avait abusé d'elle, pour la première fois, puis l'avait abandonnée sans remords. Le narrateur lui demande alors ce qu'elle avait éprouvé, et elle lui répond que cela n'avait eu aucune importance... Mais mieux vaut citer Schnitzler : «Il y avait sur son visage la sérénité des gens heureux qui ont trouvé leur véritable vocation, sans se soucier de l'opinion d'autrui. Je fus alors en mesure de comprendre ce qu'elle avait voulu dire : oui,savoir quel était l'homme avec lequel elle avait passé cette première nuit n'avait pas d'importance, pas plus qu'il n'était important de savoir qui lui avait succédé.» Puis, plus loin : «Le bref moment d'inconscience en effet, pendant lequel la nature fait prévaloir sa fin, n'a besoin que d'un homme et d'une femme, et toute la richesse d'invention de notre esprit a beau parer ce qui précède et ce qui suit des multiples lumières de notre individualité, elles s'éteignent toutes chaque fois que nous environne la lourde et sombre nuit de l'accomplissement.»
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Il faut lire et relire les nouvelles d'Arthur Schnitzler. Ne pas se suffire de ses célébrissimes pièces de théâtre comme « la Ronde » ou de ses romans comme « Vienne au crépuscule ». Il faut s'enchanter de ce recueil posthume de 1932, « Une petite comédie », traduit pour la première fois sous cette forme originale en français. Il faut se laisser étourdir par l'ébriété mélancolique de ses personnages qui se travestissent, se convoitent, se trahissent. Schnitzler n'ignore rien des petites ironies de la vie. C'est un maître de l'illusion. Ou mieux, de la désillusion.
«Une petite comédie», par Arthur Schnitzler, traduit de l'allemand par Pierre Gallissaires, 10/18 , 320 p., 8,50 euros.
Arthur Schnitzler (1862-1931), médecin et écrivain, fut le contemporain de Sigmund Freud à Vienne. Celui-ci lui écrivit un jour : « Je pense que je vous ai évité de crainte de rencontrer mon double. »
Par Frédéric Vitoux
Nouvel Observateur - 19/01/2006
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