André de Richaud

André de Richaud est né le 6 avril 1909 à Perpignan où son père est professeur. Mobilisé, celui-ci ne reviendra pas d'un combat dans la Meuse en 1914. En compagnie de sa mère, André passera une grande partie de son enfance du côté de Nîmes chez son grand-père maternel. Région du Vaucluse où il situera l'action de la plupart de ses romans.
Sa mère meurt en 1923. Il devient pensionnaire au collège de Carpentras dans les années vingt, période où il rencontre Pierre Seghers, André Gaillard, fondateur des Cahiers du Sud et Joseph d'Arbaud, directeur de la revue Le Feu.
Puis il suit des études de droit et de philosophie à Aix-en-Provence. Il est reçu à l'agrégation et obtient en 1929 un poste dans l'enseignement, au lycée de Meaux. Et il écrit, pendant ses vacances de l'été 1927, Vie de Saint Delteil qui sera publié l'année suivante.
Il s'intéresse au théâtre et Grasset édite en 1930 La Création du Monde. Son premier texte pour le théâtre, Village, est joué cette même année au théâtre de l'Atelier.
C'est La Douleur, publié chez Grasset en 1931, qui le rend célèbre. Le livre retient l'attention d'un jury littéraire qui compte parmi ses membres Mauriac, Bernanos et Julien Green. Mais son sujet, audacieux pour l'époque, empêche qu'il soit couronné. Joseph Delteil, qui a reconnu les qualités exceptionnelles du jeune romancier, prend alors sa défense avec flamme et entame une polémique dont l'effet sensationnel compense largement celui du prix manqué.
En 1932, André de Richaud fait son service militaire à Paris où il fréquente beaucoup Les Deux Magots et y croise Prévert, Queneau, Desnos... C'est aussi l'année de publication de son second roman, la Fontaine des lunatiques. Charles Dullin monte en 1933 sa pièce Château des papes.
Il entreprend un voyage en Grèce qui le bouleverse et rencontre Fernand Léger chez qui il vivra quatorze ans en Normandie et à Paris. Il continue d'écrire pour le théâtre (L'Homme blanc) et de publier des romans chez Grasset : L'Amour fraternel en 1935, La Barrette rouge en 1938.
Il abandonne l'enseignement pour se consacrer entièrement à une carrière littéraire qui s'annonce sous les meilleurs auspices. Plus tard, évoquant devant un journaliste l'époque de ses brillants débuts, il la résumera ainsi : « J'étais jeune, riche, célèbre et jalousé… » Mais, malgré les suffrages d'écrivains aussi différents que Cocteau, Camus ou Joseph Delteil, malgré les succès d'estime que lui valent ses romans, il ne trouve pas la place qu'il mérite. Cela tient à l'originalité déroutante de son talent qui ne se rattache à aucun courant, au climat ténébreux de ses livres pleins d'une sourde violence.
En 1943, il travaille avec Jean-Louis Barrault au projet du film La Fontaine des lunatiques et fait de fréquents séjours chez les Léger, dans l'Orne, avec Picasso, Cocteau et Dominguez. L'année suivante voit paraître chez Laffont La Nuit aveuglante et son très important journal chez Seghers La Confession publique.
En 1950, il s'installe dans un hôtel à Paris, rue des Canettes, d'où il ne bougera quasiment plus. La patronne de l'hôtel n'est autre que la fameuse Céleste Albaret qui fut la gouvernante de Proust. Il devient l'un des vagabonds célèbres de Saint-Germain et participe à l'ambiance des cafés et des caves de la Rive gauche. Alcoolique, oublié, misérable, il vit désormais d'expédients et de secours, comme ce prix de poésie (Prix Apollinaire), fondé pour permettre à un auteur nécessiteux de partir en vacances, et qu'il obtient en 1954 grâce à la protection de Cocteau avec Le Droit d'asile, recueil de poèmes déjà paru en 1937 mais regroupant cette fois les poèmes des dix dernières années. Pour se procurer un peu d'argent, il calligraphie aussi des complaintes qu'il vend par le truchement d'un pharmacien du quartier. Puis il cesse peu à peu d'écrire sans pour autant tout arrêter. Une certaine activité continue autour de son théâtre et une société des amis de Richaud se regroupe pour l'aider.
En 1956, il publie chez Grasset L'Étrange Visiteur, étonnant petit roman qui combine le genre policier et la veine fantastique.
En 1958, il s'installe à Vallauris auprès de son amie Ginette Voiturin où il fait de petits travaux et fréquente de nombreux peintres. En trichant sur son âge (il n'a même pas 50 ans), il parvient à se faire admettre à l'asile de vieux. C'est là qu'il écrit son dernier livre Je ne suis pas mort, récit autobiographique où la complaisance désespérée se hausse jusqu'au tragique par son outrance même, où la rancœur et la hargne trouvent des accents lyriques. Le livre bouleverse tous ceux qui se souviennent d'André de Richaux, et Marcel Aymé, dans une lettre ouverte, en appelle à André Malraux, alors ministre de la culture.
Mais pour Richaud, il est trop tard. Même si après sa rencontre avec l'éditeur Robert Morel en 1965 et lors de la publication de Je ne suis pas mort, la presse littéraire le redécouvre. Même si s'en suivront de nouveaux projets d'écriture. Il n'aura pas le temps de les mener à bien, mourant de la tuberculose le 29 septembre 1968.
Bibliographie
1928 : Vie de Saint Delteil
1930 : La Création du Monde ; Village
1931 : La Douleur
1932 : La Fontaine des lunatiques
1933 : Château des papes ; L'Homme blanc
1935 : L'Amour fraternel
1937 : Le Droit d'asile
1938 : La Barrette rouge
1944 : La Nuit aveugle ; La Confession publique
1956 : L'Étrange Visiteur
1958 : Je ne suis pas mort