Grands écrivains de Turin
Elias Levy
La Presse
Collaboration spéciale
Primo Levi est né à Turin en 1919 dans une famille de Juifs assimilés piémontais, établis depuis l'an 1 500 dans cette région du nord de l'Italie. En 1942, il obtient un diplôme de chimie à Turin. Il entre dans la résistance antinazie et est arrêté en décembre 1943. Il est déporté au camp d'extermination d'Auschwitz, d'où il sera libéré en janvier 1945 par les troupes soviétiques.
PRIMO LEVI
Primo Levi est né à Turin en 1919 dans une famille de Juifs assimilés piémontais, établis depuis l'an 1 500 dans cette région du nord de l'Italie. En 1942, il obtient un diplôme de chimie à Turin. Il entre dans la résistance antinazie et est arrêté en décembre 1943. Il est déporté au camp d'extermination d'Auschwitz, d'où il sera libéré en janvier 1945 par les troupes soviétiques. À son retour à Turin, il décide de témoigner par écrit de ce qu'il a vécu à Auschwitz et de «méditer sur ce qui s'était produit». Livre après livre, depuis Si c'est un homme jusqu'à Maintenant ou jamais en passant par La Trêve- récit de son retour de déportation- hanté par la présence sans visage des damnés d'un siècle infernal, l'écrivain a mené sa réflexion jusqu'aux frontières de l'humain, explorant même ce qu'il appelle la «zone grise», «cet espace qui sépare (pas seulement dans les Lager nazis!) les victimes des persécuteurs». Au printemps 1987, cet homme tranquille et pacifique, qui avait manifesté une si violente volonté de vivre pendant qu'il était à Auschwitz, se jette de l'escalier de son immeuble, à Turin. Dans ses livres et récits autobiographiques, Turin occupe une place prépondérante.
CARLO FRUTTERO
Carlo Fruttero est né en 1928 à Turin. Avec son inséparable compagnon de route Franco Lucentini, originaire de Rome, qui s'est suicidé en 2002, ils ont formé le tandem littéraire le plus célèbre des Lettres italiennes. Fruttero&Lucentini: si elle n'était pas inédite, la formule était pour le moins originale. À la fois écrivains, essayistes et traducteurs, ils maîtrisaient à eux deux vingt langues et signaient leurs livres à quatre mains. Ils ont commis leur premier grand succès en 1972 avec La Femme du dimanche, un polar-divertissement, dont le récit se déroule à Turin, adapté au cinéma par le réalisateur Luigi Comencini, avec Marcelo Mastroianni, Jacqueline Bisset et Jean-Louis Trintignant. Fruttero&Lucentini sont les auteurs d'une trentaine de livres traduits dans le monde entier, dont: La Chose en soi; Place de Sienne, côté ombre; Ce qu'a vu le vent d'Ouest; L'Amant sans domicile fixe; Le Retour du crétin; La Couleur du destin... Passionné d'Histoire, Carlo Fruttero a reconstitué avec brio dans plusieurs des romans qu'il a coécrits avec Lucentini l'atmosphère sociale qui régnait dans le Turin de l'avant-guerre et des années fascistes mussoliniennes.
ALESSANDRO PERISSINOTTO
Alessandro Perissinotto est considéré comme l'un des grands maîtres du polar italien contemporain. Né à Turin en 1964 au sein d'une famille d'ouvriers- ses parents travaillaient dans les ateliers de production de la Fiat- cet écrivain, sémiologue de formation et spécialiste des traditions transalpines, est l'auteur d'une dizaine de romans policiers traduits dans de nombreuses langues. Il est également chroniqueur au quotidien La Stampa de Turin et membre, aux côtés d'Alessandro Baricco, de l'équipe nationale de soccer des écrivains italiens. Perissinotto combine habilement dans ses livres intrigue policière et roman historique. Ses polars ont été traduits en français par les Éditions Gallimard: La Chanson de Colombano; Train 8017. Son dernier roman, Almio Giudice, a remporté en 2005 un des plus prestigieux prix littéraires italiens, le Premio Grizane Cavon. Turin est au coeur de son roman policier médiéval, La Chanson de Colombano, dont le récit, qui se déroule en 1533, relate les péripéties d'un jeune juge enquêtant sur le meurtre d'une famille dans un alpage isolé entre Turin et Grenoble.
CLAUDIO MAGRIS
Bien qu'il soit né à Trieste en 1939, l'écrivain Claudio Magris est considéré comme le plus illustre des Turinois d'adoption. Professeur à l'Université de Trieste et au prestigieux Collège de France, ce brillant essayiste, qui se définit lui-même comme «Triestin et Turinois», partage sa vie entre ces deux villes, «entre deux amours». Révélé en Italie comme dans le reste du monde avec son essai Danube (Gallimard, 1988), Claudio Magris poursuit une recherche qui associe l'histoire, la littérature de la langue allemande et italienne et une quête autobiographique où l'écriture joue un rôle essentiel. Il est l'auteur de nombreux essais, oeuvres de fiction, pièces de théâtre et recueils d'articles. Grand amoureux de Turin, cette ville est décrite et célébrée dans son beau livre Microcosmes (Gallimard, 1998). «Turin, c'est ma jeunesse, ma maturité, le lieu des sentiments, de l'affectivité profonde. C'est à Turin que j'ai découvert Trieste. C'est là qu'enrichi d'amours et d'amitiés, j'ai pu me recréer une image de Trieste», confie-t-il dans Microcosmes.
CARLO LEVI
Carlo Levi est né en 1902 à Turin dans une famille d'intellectuels juifs. Médecin, écrivain, peintre et journaliste, il fut un farouche adversaire du régime fasciste italien. Arrêté en 1937 par les séides de Mussolini, il fut condamné au confino (résidence surveillée) à la Basilicate, une région éloignée du Mezzogiorno. De cette expérience ardue il écrivit Le Christ s'est arrêté à Eboli, une oeuvre qui marqua profondément sa peinture et que le cinéaste Francesco Rosi a portée à l'écran en 1980. En 1939, Levi s'expatrie en France, d'où il revient en 1941 pour s'établir à Florence. Il entre alors dans la résistance italienne. En 1963, il est élu sénateur indépendant dans les listes du Parti communiste italien. Sa nomination est confirmée aux élections de 1967. Il est mort en 1975 à Rome. Il est l'auteur de deux autres livres autobiographiques qui ont connu un grand succès: La Peur de la liberté et La Montre.