La Palestine maintenant par Naomi Hazan

Publié le par david castel

[la souveraineté de la Palestine : un préalable dans les négociations et non
un aboutissement, selon Naomi Hazan, qui fait d¹ailleurs remarquer :
«comment peut-on qualifier une Autorité palestinienne enchaînée d¹Etat raté
si elle n¹a jamais été un Etat ?»]
 
Jerusalem Post, 26 juillet
 
Diffusé par l¹édition du 2 août de Common Ground News Service
www.commongroundnews.org <http://www.commongroundnews.org>
 
La Palestine maintenant
Naomi Hazan
 
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
 
 
L¹intense activité diplomatique qui se déploie à la suite de la prise du
pouvoir du Hamas à Gaza ne donnera absolument aucun résultat à moins de
s¹attaquer sans détours à la question de la souveraineté de la Palestine.
 
Il est temps de redéfinir l¹hypothèse de travail qui a guidé toutes les
négociations depuis Oslo : à savoir que l¹Etat palestinien sera le résultat
final de la résolution du conflit, et non un outil de sa réussite.
 
L¹afflux récent d¹initiatives, y compris la levée du boycott imposé à
l¹Autorité palestinienne, la nomination de Tony Blair au poste d¹émissaire
du Quartette et l¹importante déclaration politique de l¹administration Bush
(qui a déclaré être en accord avec les principes de l¹initiative de paix de
la Ligue arabe, ndt), a eu essentiellement pour but de contenir l¹influence
du Hamas, fortifier le nouveau gouvernement palestinien et empêcher d¹autres
désastres humanitaires.
 
On a prêté une certaine attention à la définition du cadre dans lequel
reprendraient les négociations (l¹initiative de la Ligue arabe), et l¹on
s¹est mis d¹accord sur un mécanisme qui permettrait leur reprise (réunion
d¹une conférence de paix régionale). Mais on n¹a pas assez insisté sur
l¹objectif peut-être le plus urgent : la création d¹un Etat palestinien
indépendant aux côtés d¹Israël.
 
Depuis beaucoup trop longtemps, on traite l¹Autorité palestinienne comme un
acteur étatique, alors qu¹en réalité, elle n¹a aucun statut en tant qu¹Etat
souverain et n¹en a aucune des capacités. Jusqu¹au mois dernier, les
gouvernements palestiniens successifs, dotés d¹une certaine légitimité
intérieure que leur ont accordée les urnes, ont été chargés de multiples
responsabilités, mais sans se voir offrir aucune autorité officielle. Cette
anomalie, quasiment sans précédent dans l¹Histoire, a de plus été compliquée
par la division de fait entre la Cisjordanie et Gaza. Le gouvernement
renégat du Hamas contrôle Gaza, le gouvernement du Fatah contrôle l¹Autorité
palestinienne S et le gouvernement israélien, directement ou indirectement,
contrôle l¹avenir politique des deux.
 
Tous ceux qui sont mêlés au conflit ont intérêt à s¹extirper de ce bourbier.
Israël a réussi, pour son malheur, à donner l¹illusion d¹une responsabilité
de l¹Autorité palestinienne sans créer les conditions qui permettent de
développer les outils nécessaires pour que cette responsabilité soit réelle.
La politique de séparation entre Palestiniens et Israéliens, sans transfert
officiel de compétences, politique adoptée par Ariel Sharon et appliquée sur
le terrain par Olmert, ne peut plus prétendre à ne serait-ce qu¹un atome
d¹effet de sécurité ni de stabilité.
 
 
Comme l¹a montré l¹expérience du désengagement de Gaza, un retrait
territorial, quand il n¹est pas accompagné d¹accords politiques, crée un
vide du pouvoir qui nourrit l¹anarchie et encourage l¹extrémisme. Israël ne
peut pas revenir sur l¹erreur faite à Gaza, mais il peut faire en sorte de
ne pas répéter la même erreur.
 
L¹écrasante majorité des Israéliens qui comprennent qu¹il n¹est pas tenable
de continuer à dominer les territoires conquis en 1967, mais qui, en même
temps, craignent de remettre le pouvoir aux Palestiniens, se trouvent à la
croisée des chemins. Chaque jour qui passe sans qu¹existe au-delà de la
ligne Verte un autre Etat souverain signifie qu¹Israël est responsable de ce
qui s¹y passe, même quand les événements ne sont pas de son fait. S¹il
souhaite se soulager de ce fardeau et regagner sa légitimité internationale,
il doit être prêt à abandonner le contrôle et renoncer à toute revendication
en termes de souveraineté.
 
L¹Autorité palestinienne et ses dirigeants, en particulier Mahmoud Abbas et
Salam Fayyad, doivent eux aussi progresser sur le chemin qui mène à un Etat,
non seulement pour résoudre la dichotomie qui prévaut depuis la sécession du
Hamas, mais aussi pour assurer leur primauté en Cisjordanie. Cela ne peut
être fait que s¹il est mis fin à l¹asymétrie qui els retient prisonniers
dans une situation où ils dirigent un gouvernement sans attributs ni
capacités d¹un Etat.
 
Si l¹Autorité palestinienne se délite par son incapacité à répondre à des
attentes dont il est clair qu¹elles sont très difficiles à remplir, la
situation d¹aujourd¹hui, déjà précaire, sera totalement à reconstruire. Mais
le gouvernement palestinien ne peut rien faire s¹il ne possède que les
accoutrements et quelques rares pouvoirs d¹un Etat normal. La question de la
souveraineté n¹est donc pas seulement centrale dans le cadre d¹un accord
israélo-palestinien : elle constitue en réalité une mesure vitale dans sa
direction.
 
Toute tentative de faire traîner les négociations autour de mesures
provisoires de sécurité, ou d¹éviter la question de la souveraineté,
constitue une recette sûre pour que les choses se détériorent encore
davantage, avec cette fois des conséquences lourdes sur le plan régional. Le
temps, qui conforte les extrémismes, ne joue en faveur d¹aucune des parties
du conflit.
 
La propension à la mode (mais totalement erronée) dans certains milieux de
classer l¹Autorité palestinienne dans la catégorie des Etats ratés procède
elle aussi d¹une courte vue. La faiblesse institutionnelle de
l¹infrastructure administrative palestinienne, systématiquement affaiblie à
la fois par Israël et par la mauvaise gestion et les conflits internes
palestiniens, ne constitue aucunement une preuve de son incapacité à
constituer un Etat. Car comment peut-on qualifier une Autorité palestinienne
enchaînée d¹Etat raté si elle n¹a jamais été un Etat ?
 
Le problème que pose cette anomalie fondamentale continuera à suivre à la
trace tout effort de faire advenir une fin du conflit, à moins de s¹y
confronter sérieusement. La souveraineté palestinienne doit être la
prochaine phase, et non la dernière, du processus de réconciliation. Sans
elle, aucun sentiment de sécurité, pour aucune des deux communautés, ne
pourra être assuré.
Il se peut que les négociations sur les frontières définitives entre Israël
et la Palestine, et avec elles, sur toutes les immenses questions relatives
à un règlement définitif, ne résolvent pas tous les problèmes liés à
l¹autorité, la légitimité, la responsabilité et le contrôle qui pour le
moment sont la plaie de ce conflit. Mais ce qui est de plus en plus clair,
c¹est que sans une Palestine indépendante à côté d¹Israël, aucune de ces
questions ne pourra être traitée, et encore moins résolue.
 
 
Naomi Hazan est professeur de science politique à l¹Université Hébraïque de
Jérusalem et dirige le département Société et Politique au Collège
académique de Tel-Aviv - Jaffo. Ancienne vice-présidente (Meretz) de la
Knesset, elle est signataire des Accords de Genève
 
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